Auteur : Marika Guilbeault-Brissette

Reconstitution de mon âme rapaillée

À Marie-Andrée Beaudet À lire en écoutant le son de la musique à bouche La venue du printemps et de son compagnon le beau temps me ramène toujours à lui. «Tu as les yeux pers des champs de rosées tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière la douceur du fond des brises au mois de mai» (p.59) L’épanouissement de cette saison en fleur et l’éclosion de toutes ces passions ont fait renaître en moi ce besoin de m’évader à travers la poésie: eau-de-vie, source de bien-être, nectar de béatitude. «tu viendras toute ensoleillée d’existence la bouche envahie par la fraîcheur des herbes le corps mûri par les jardins oubliés où tes seins sont devenus des envoûtements tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras où tu changes comme les saisons je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine à bout de misères et à bout de démesures je veux te faire aimer la vie, notre vie t’aimer fou de racines à feuilles et grave de jour en jour à travers nuits et gués de moellons nos vertus …

Les muets de Monet

Il y a deux ans, presque jour pour jour, je me suis promise à l’homme que j’attendais depuis toujours. Notre amour a pris forme dans l’ombre d’un arbre. Il en a fait son modèle et depuis, il ne cesse de croître. Dans ce moment d’épanouissement, je nous ai imaginés flottants dans un tableau de Monet et j’ai donné naissance à ce texte: Les muets de Monet Nous avions arrêté le temps un dimanche après-midi. L’union de nos deux êtres permettait un souffle plus long. Nos vies avaient soudainement droit à un temps mort. Même les nuages étaient partis en vacances. Nous découvrions notre univers au même rythme, sur la même note, un toucher à la fois. La synchronisation de cet instant n’avait pas été établie de prime abord. La mélodie de la béatitude était son guide. Seule la timidité gardait nos doigts loin de ceux de l’autre. À plusieurs reprises, ils se sont frôlés, nos corps furent alors parcourus de frissons. Deux gamins qui partagent la même envie sous une pluie de fébrilité. Puis, tu m’as …

La dualité des amours passionnels

L’amour est multiple. L’amour est contradiction. L’amour est dualité. L’amour est passion. L’amour est haine. L’amour est vérité. L’amour est mystère. L’amour est espoir. L’amour est désespoir. L’amour est folie. L’amour est tranquillité. Et tout ça, Ernesto Sábato l’a bien compris. Dans son ouvrage Le tunnel, l’auteur nous présente une histoire d’amour passionnel comme moteur du déclenchement de la folie chez le protagoniste. Qui n’a jamais vécu ce délire incontrôlable créé par une obsession soudaine pour l’être aimé ou admiré secrètement? La maladie d’amour est puissante, dévastatrice et bien peu souvent, mutuelle. Lorsque l’éclatement de l’âme se fait de façon solitaire, il arrive que le mal-aimé cède à son penchant impulsif. L’artiste peintre Juan Pablo Castel est un assassin. «Il y a eu quelqu’un qui pouvait me comprendre. Mais c’est précisément, la personne que j’ai tuée.» (p.15) Consterné par la vie qui lui semble être vide et sans substance, Castel voit une lueur d’espoir dans cette jeune femme qui s’est arrêtée devant l’une de ses toiles lors de son exposition. «Ce fut le jour du vernissage. …

La crise nocturne

Tous les deux à chacune des extrémités du lit. L’un face au mur, l’autre face au néant. La guerre des sexes avant le sommeil est chose commune chez l’espèce humaine. Comme si nous pensions que le rêve allait nous faire oublier ce moment désagréable que l’on appelle le réel. La femme, elle, ne s’endort pas. Les deux camps savent que c’est un peu leur faute. Les excuses restent coincées dans les bâillements timides qui se forment au fond des gorges sèches. La colère goûte le désert. Puis, il y a l’orgueil. Grande passagère de nos voyages nocturnes avec turbulence. L’apogée du silence arrive à son aboutissement. Un corps nu recroquevillé sur lui-même n’est pas beau dans sa solitude. Accompagné de cette fierté vagabonde, il est exécrable. La femme, elle, réfléchit. Son partenaire ne bronche pas. Elle, plus vulnérable, mais plus boudeuse, se retourne. Elle est maintenant devant l’immensité d’un dos qui s’impose comme l’obstacle. La femme, elle, se souvient. Elle se souvient ces dix jours où l’homme fut parti. Elle revit cette absence comme un …

Les Barbouillés

Lorsque le printemps se pointe le bout du nez, les femmes s’empressent de ressortir leur bas collants et leurs jupes affriolantes qui hibernaient depuis quelques mois au fond des tiroirs froids. Et malgré que mon père m’ait répété un milliard de fois qu’en avril il ne faut pas se découvrir d’un fil, je fais partie intégrante de celles qui s’impatientent. Dès lors, faire tenue légère implique d’afficher ma deuxième peau, soit mes tatouages. J’affronte donc au quotidien le regard de la majorité sur la différence de l’autre. Moues dégoûtées de la part de vieilles dames et regards en coin des hommes d’un certain âge font partie de mon quotidien dès que la température permet que mes jambes et mes bras vivent pleinement leur liberté. Avec le temps, on se forge une sorte de carapace face à ces comportements totalement humains qui cachent tout de même une poignée de préjugés. Est-ce véritablement cette fille qui enseignera à mes enfants? Sort-elle vraiment de l’université celle-là? L’altérité devrait être davantage abordée dans les centres pour personnes âgées. Pendant que ces …

La fabuleuse métamorphose de Josh Tillman

Lors de la première écoute… je me suis imaginée arborant une longue jupe de gitane, le sourire aux lèvres et les doigts levés en signe de peace (je passerai la couronne de fleurs, trop cliché) courant dans un champ sous un soleil brûlant. Lors de la deuxième écoute… les ombres de mon copain et moi qui valsons sur la piste de danse lors du grand jour prennent vie dans mon esprit . Particulièrement, lors de When You’re Smiling And Astride Me. Sachez qu’il en faut beaucoup pour déloger Tom Waits de ma tête lorsque je pense mariage. Lors de la troisième écoute… le fantôme de mes pensées a finalement vu le jour puisque nous avons uni nos corps pour accompagner les délicieuses mélodies de cet homme si chaleureux. Il tombait juste à point en cette soirée de St-Valentin. Lors de la quatrième écoute…du nouvel album de Father John Misty, I Love You, Honeybear, j’assistais à la performance en direct de celui-ci. C’est beau quand les rêves se réalisent. Il faut avouer que c’était la troisième fois que mes …

Hymne à mes amis imaginaires

On dit souvent qu’il y a une place pour tout dans la vie. L’humain a son lieu de prédilection. L’endroit où son âme s’évapore, où son esprit s’élargit. L’humain a sa boîte. Son espace est souvent conquis, mais il partage. Après tout, il y a une place pour tous. La mienne doit se trouver entre un bouquin de Laferrière et un vinyle de Tom Waits. On peut sentir une légère odeur de feu dans l’air. Près de la fenêtre qui laisse s’infiltrer la musique de la pluie et le souffle du vent, il y a Poe et Baudelaire qui discutent vivement de poésie, de mort et de traduction. Dans le bol à fruits, Nothomb fleurit parmi les bananes noircies et les pommes pourries. Une inquiétante étrangeté parfume cette salle. Je m’y sens comme chez moi. Il y a le chat roux qui pose délicatement sa gueule sur la pile de bandes dessinées de La Guerre des Étoiles. Kafka profite du sommeil du félin pour se faufiler à l’aide de ses six petites pattes de cancrelat …