Littérature québécoise
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La petite fille qui lisait Gabrielle Roy

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Située d’un côté dans Outremont et l’autre dans le Mile-End, la rue Hutchinson est le reflet miniature d’une société. Abla Farhoud y vit depuis plus de 30 ans et ce fut, sans aucun doute, le point central de son inspiration lors de l’écriture de son roman Le sourire de la petite juive, paru en 2011.

Si vous lisez le blogue régulièrement, vous vous doutez bien que c’est suite à ma lecture de Toutes celles que j’étais, sa dernière parution, que je me suis intéressée à l’oeuvre de Farhoud. Comme je l’avais écrit dans l’article commun du mois dernier, une de mes amies m’avait dit à quel point elle avait adoré Le sourire de la petite juive et j’ai enfin pu comprendre les raisons pour lesquelles cette oeuvre d’Abla Farhoud est un petit bijou, tout comme Toutes celles que j’étais.

La narratrice de l’oeuvre, Françoise Camirand nous raconte son parcours d’écriture où elle écrit sur ses voisins de la rue Hutchinson. Le lecteur a donc accès aux réflexions de la narratrice et aussi, à ses écrits. Un point qui m’a réellement plu de l’oeuvre est justement le fait qu’on entre dans la tête de Françoise, mais aussi dans son monde créatif, car le roman se divise en petites parties indépendantes qui nous font découvrir différents personnages.

Il y a Chawki, Isabelle, la petite fille juive et plein d’autres. La rue Hutchison, qui depuis plusieurs années est devenue un lieu mythique des juifs hassidiques, devient le centre multiculturel de l’intérêt de la narratrice. Cette dernière devient extrêmement attirée et inspirée par les juifs qu’elle tente de comprendre et de découvrir. Elle y fait la connaissance de la petite juive qui lit Gabrielle Roy et à mon sens, c’est la plus belle histoire du roman. Nous avons accès au journal intime de la jeune fille et cela nous permet de comprendre le dilemme entre la culture familiale de la petite fille et celle de la société. À l’image de Toutes celles que j’étais, on fait la connaissance d’une jeune fille créative et sensible.

Bien évidemment il y a des rapprochements à faire avec le parcours d’Abla Farhoud, dont le fait qu’elle vit sur la rue Hutchinson depuis 30 ans et qu’elle est écrivaine, mais il ne faut pas tomber dans l’attente autobiographique. Le roman est une fiction et nous entraîne dans un monde créé entièrement.

J’ai toujours aimé les romans qui se déroulent dans les villes parce que cela nous entraîne dans un monde paradoxal, celui de la proximité et de la solitude. Farhoud nous fait découvrir des personnages pourtant si près en distance, mais si loin en réalité. Combien de personnes connaissent réellement leurs voisins? Si peu. Et pourtant, nous vivons collés les uns sur les autres. Cette solitude des grandes métropoles permet un vrai regard critique sur la distance qui unit les gens, et ce, peu importe l’origine. Dans Le sourire de la petite juive, il y a autant des Québécois pure laine, comme on dit, que des immigrants. Les gens qui nous entourent ne sont pas seulement des figurants croisés à l’épicerie du coin, ce sont des gens qui peuvent nous en apprendre tellement. Il suffit seulement d’ouvrir les yeux et le coeur pour s’intéresser à l’autre. Et voilà ce que réussit à merveille ce roman, s’ouvrir à l’autre, dans toute sa différence comme dans sa plus grande simplicité, celle de n’être qu’humain.

 

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  1. Ping : Coffret de juin : Entrevue avec Abla Farhoud | Le fil rouge

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