Littérature québécoise
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Les sanguines, du dessin au décès

Il m’a bien pris la moitié du roman avant de réaliser qu’une sanguine n’est pas qu’histoire de sang, mais bien un outil à dessin. Le sourire en coin, c’est un peu comme si je découvrais une tout autre facette à ce roman qui, déjà dès les premières pages, m’a éblouie de par sa beauté.

Les sanguines raconte l’histoire de Sarah et Avril Becker, deux sœurs aux antipodes l’une de l’autre, vivant chacune sur leur propre planète, jusqu’à ce qu’Avril, sœur étoile, cesse de briller à petit feu, atteinte d’un type de leucémie dite orpheline. À ce récit s’ajoute celui de plusieurs histoires du sang, écrites par Victor, mourant, qui cherche à laisser sa marque en relatant l’histoire de ceux qui ont laissé la leur dans l’avancement des sciences de l’hématologie.

On s’habitue vite à cet équilibre entre les deux récits, équilibre nécessaire pour alléger quelque peu l’histoire des sœurs Becker et donner le temps au lecteur de savourer et de digérer chacun des chapitres, tout en sortant du récit lui-même, en construisant quelque chose de plus que l’histoire close de deux sœurs.

C’est d’une plume poétique et émouvante qu’Elsa Pépin met en mots toute la complexité des relations entre sœurs, de la notion de sacrifice, du don de soi.

Sarah, peinte copiste qui vit dans une coquille, fermée de tout, se voit devant le choix déchirant de devoir, ou non, se prêter à un don de moelle osseuse, choix qui se révèle beaucoup plus complexe qu’un simple oui. Pépin aborde avec tant de justesse, de vérité et de beauté les questionnements et les déchirements qui entourent la complaisance qu’on trouve parfois dans les mauvaises situations, la perte d’identité à travers le don de soi, mais aussi la découverte de soi à travers le don à l’autre, en plus de dépeindre les liens familiaux dans toute leur complexité et leur beauté.

En ajoutant au récit l’écriture, par Victor, d’un roman sur ceux qui se sont sacrifiés pour faire avancer la science, elle met en avant-plan le jeu entre ceux qui se sont donnés à la science par choix et les questionnements de Sarah quant au don de soi. L’amalgame des deux récits offre un portrait complexe et à la fois si juste.

Bref, ce petit roman qui bouleverse tout en égayant de par sa poésie, les intertextes, les liens, les jeux de langage, tout dans ce roman est poétique, du semblant apathique de Sarah à la résilience d’Avril, en passant par les colères et simples mondanités qui persillent l’histoire. C’est une œuvre qui, malgré le drame, est imprégnée d’espoir.

Puisque je me suis prise à plier plusieurs coins de pages pour me rappeler certaines phrases qui m’ont touchée, je vous laisse sur quelques extraits, question de vous donner le goût d’accourir à la librairie (si ce n’est pas déjà fait).

Personne n’est à l’abri des prisons, même les plus légères créatures.

De la même manière qu’un étranger s’installe dans votre maison et vous observe nuit et jour sans vous laisser une seconde d’intimité, la chimiothérapie a occupé son corps, prenant les commandes et lui laissant bien peu d’espace pour être.

Je n’ai pas raconté cette histoire pour vous mettre de la pression, mais pour vous montrer que votre geste s’inscrit aussi dans un grand récit qui nous dépasse. Je trouve rassurant de penser qu’on fait partie de cette histoire-là, de la grande fraternité des cobayes qui font avancer la science. Je me sens moins seul quand j’y songe.

J’avais très peur que les objets s’envolent, alors je les dessinais. Je trouvais la vie plus belle sur papier qu’en vrai.

Elle a soudain le sentiment d’entrer dans cette lignée dont elle s’est toujours sentie exclue. À la manière des Furies vengeresses, Sara a dû passer par le feu pour trouver sa place au sein d’une tribu soudée par la colère.

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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