Féminisme
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The mother of all questions : Le féminisme de Rebecca Solnit

Rebecca Solnit, c’est un peu ma découverte de 2017. Je la trouve intelligente, posée, nuancée et tranchante à la fois. Elle m’impressionne sans cesse par sa prose et par la manière excessivement intéressante qu’elle a de mélanger histoire, actualité, statistiques, faits, art, littérature, environnement, politique, sociologie et j’en passe. Bien que je sois loin d’avoir lu l’ensemble de son œuvre, elle a quand même 17 livres à son actif, je crois quand même pouvoir affirmer qu’elle est une essayiste et une auteure fascinante qui mérite d’être lue.

J’étais donc bien heureuse de retrouver sa plume dans son tout dernier essai : The mother of all questions, présenté comme une suite à son plus populaire — et controversé — livre qui popularisa le terme « mansplaining » : Men explain things to me.

Une suite logique

The mother of all questions est véritablement une suite au premier recueil d’essais féministe de Solnit. On y retrouve le même ton, le même humour, les mêmes thématiques. Très souvent, l’auteure s’attarde à la violence faite aux femmes. Au viol, à la violence conjugale et, plus particulièrement, aux attentats et fusillades volontairement dirigés contre les femmes. Disons que ce n’est pas très léger, quoique très nécessaire. Elle réussit à analyser le tout de manière pragmatique tout en infusant chacun des textes d’émotions.

Parmi les autres thématiques abordées par l’auteure, on retrouve un essai sur le silence, sur le choix d’être mère ou non — d’où le titre du livre — sur l’histoire derrière les « blagues » de viol et sur la masculinité fragile chez certains hommes. Chacun des textes porte à réflexion et, une fois de plus, le côté politique est omniprésent. Solnit s’en prend aux institutions qui perpétuent les fautes ou n’osent pas prendre les devants dans des cas de viols, elle s’en prend à nos perceptions, en tant que société, à l’effet de groupe qui empêche parfois de dénoncer.

Encore plus que dans son premier livre, j’ai été fascinée par chacun des textes. Parfois difficiles à lire, de par la dureté des sujets, ils sont tous intéressants, intelligents et même très drôles par moments.

La place des hommes

Au début, j’ai été un peu prise de court par les propos de Solnit. À certains moments, j’avais l’impression qu’elle regrettait presque certains de ses propos parfois durs envers les hommes et qu’elle cherchait à se rattraper en les incluant dans ses textes, de manière plutôt maladroite. Est-ce que je me trompe dans ma perception? Je ne saurais dire. J’ai simplement l’impression qu’elle a senti, au début, le besoin de justifier la présence des hommes comme allié féministe. Peut-être voulait-elle simplement mettre les cartes sur table en parlant des Aziz Ansari de ce monde qui prennent aussi parole contre la violence faite aux femmes et qui sont sensibles et conscients des différentes violences — sous maintes formes — auxquelles font face les femmes, au quotidien.

En même temps, fidèle à elle-même, elle reste intransigeante envers l’absurdité de phénomènes sociaux culturels tels que le mot-clic #notallmen, la controverse du gamegate, les blagues sur le viol, les boysclubs et autres effets de masse du genre.

Un rappel sur le mansplaining

Vers la fin de son livre, Solnit propose deux essais sur les hommes et la littérature. Je me suis régalée de ses propos sur les grands auteurs, la littérature « des femmes » et sa critique du roman Lolita, de Nabokov.

Le premier est un essai répondant à un texte, paru dans le magazine pour homme Esquire, qui propose la liste des 80 livres que tout homme devrait lire. Elle critique le fait que seulement 1 de ces 80 livres est écrit par une femme et que l’article pourrait tout aussi bien s’appeler « 80 livres que les femmes ne devraient pas lire ». C’est d’ailleurs ainsi qu’elle a nommé son propre texte.

Le second essai reprend le même sujet, à la suite des critiques négatives qu’elle a reçues après la publication de 80 books no woman should read. Elle affirme que, après la parution de son contre argument, plusieurs hommes ont essayé de lui expliquer en quoi Lolita n’était en fait qu’une métaphore et qu’elle ne comprenait clairement pas l’essence du livre, qu’elle n’avait pas véritablement droit à sa propre analyse. Du beau mansplaining quoi!

En réponse à tout le backlash qu’a créé son article, elle écrit :

When I wrote the essay that provoked such splenetic responses, I was trying to articulate that there is a canonical body of literature in which women’s stories are taken away from them, in which all we get are men’s stories. And that there are sometimes books that not only describe the world from a woman’s point of view but inculcate denigration and degradation of women as cool things to do.

Bref, sa vision est juste et ses opinions bien documentées, il n’y a pas de doute. Solnit sait de quoi elle parle et elle sait comment bien mettre ses propos en mots. J’ai vraiment aimé le fait que les deux essais se répondent de manière aussi claire. Lorsqu’on les met l’un à la suite de l’autre, 80 books no woman should read et Men explain Lolita to me servent d’exemples concrets qui prouvent tout ce que Solnit essaie de dénoncer, l’effet est frappant.

You read enough books in which people like you are disposable, or are dirt, or are silent, absent, or worthless, and it makes an impact on you. Because art makes the world, because it matters, because it makes us. Or breaks us.

 

Et l’intersectionnalité? 

S’il y a bien quelque chose qui diffère entre Men explain things to me et The mother of all questions, c’est la place que Rebecca Solnit semble faire à l’intersectionnalité des luttes. Ses textes sont un peu plus inclusifs et prennent plus en compte du vécu des femmes racisées, des luttes de classes et des différents emboîtements possibles entre sexisme, racisme, homophobie et autres. Ça n’en reste pas moins le point de vue d’une femme blanche éduquée et privilégiée, n’empêchant par contre pas la pertinence et l’importance de ces propos.

The mother of all questions est donc véritablement une suite logique à Men explain things to me et comme toute bonne suite réussie, son dernier recueil d’essais a évolué, est devenu encore plus tranchant et nuancé — je ne comprends pas comment elle peut être ces deux choses, aussi bien, à la fois — The mother of all questions est, à mon avis, encore meilleur et plus complet que le précédent — qui était déjà très intéressant. Ça donne le goût de s’y plonger, non?

Je vous conseille donc les deux essais féministes de cette auteure si vous cherchez des textes qui portent à réfléchir et à s’affirmer davantage dans une posture féministe.

Connaissez-vous Rebecca Solnit? Avez-vous envie de lire ses essais sur le féminisme?

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