Littérature québécoise
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Avant, après : La Scouine

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Il y a quelques temps, une réécriture de La Scouine a été proposée par la maison d’éditions La Peuplade. Récit marquant, qui a dépassé les époques, je n’avais pourtant jamais mis la main sur une copie de cet ouvrage. Avant de me lancer dans ma lecture du roman de Gabriel Marcoux-Chabot, j’ai tenté l’exercice intrigant de faire une double lecture de La Scouine, celle d’avant et celle du moment. Je me suis donné deux jours (et il faut dire qu’ils étaient amplement suffisants pour traverser ces deux minces ouvrages) pour parcourir les récits. Le premier jour, je me suis attaquée au texte de Laberge. Puis, dès le lendemain, c’est sa réécriture qui m’a tenu compagnie. Un exercice fascinant pour comprendre le cheminement de l’auteur dans son écriture.

Roman paru en 1918 mais longtemps oublié, La Scouine, d’Albert Laberge, fait état d’une période sombre, mais également lucide de l’histoire, d’un passage où la vie des habitants, des agriculteurs, était dure et impitoyable. Au lieu de glorifier, comme le faisait bien des ouvrages de l’époque, la vie sur la terre, La Scouine nous fait part, sous forme de courts récits chronologiques, de la vie difficile des Deschamps. En effet, les Deschamps sont des agriculteurs aux nombreux enfants qui ont une vie qui ne les épargne guère.

Le récit s’ouvre alors que la mère de la famille, Mâço, donne naissance à des jumelles. C’est d’ailleurs à partir des vies des deux enfants que seront développées tous les passages qui suivront. Les suivant de leur enfance au monde adulte, les chroniques de Laberge proposent des récits de leur vie sans jamais taire la laideur et les aspects sombres qui s’y cachent. On apprendra d’ailleurs au fil des récits d’où vient le surnom de La Scouine et pourquoi a-t-il été donné à Paulima, une des sœurs jumelles.

On ne fait pas l’apologie, ici, de la vie agricole comme le faisait bien des œuvres de l’époque. On y traite avec réalisme, voire cynisme des petites misères des agriculteurs. Les personnages y sont durs, La Scouine elle-même devient rapidement bête, cruelle et égoiste.

Cette vie si difficile qui semble modeler les habitants à sa main est mise à l’avant-plan dans La Scouine. Les personnages de ce récit ne sont pas attachants, ni touchants. Ils sont vils, grossiers, parfois mesquins. Mais ils semblent aussi être le résultat d’une existence passée à souffrir, à travailler dur sans jamais pouvoir toucher le fruit de ce labeur exténuant. C’est un récit d’une étrange honnêteté, voire d’un cynisme latent. La vie qu’on y décrit semble tout sauf attrayante. L’ouvrage, toutefois, est captivant.

Il en est de même pour celui de Marcoux-Chabot.

On ne peut que saluer le risque qui a été pris en proposant une réécriture d’un livre aussi marquant que la Scouine. La plume de Marcoux-Chabot est aussi incisive que pouvait l’être celle d’Albert Laberge. Elle met en place de nouveaux développements, de nouvelles visions d’une histoire bien connue.

Bien que l’histoire est la même, de façon générale, l’auteur de La nouvelle Scouine a réussi à y intégrer des éléments neufs, qui apportent un intérêt tout à fait différent aux courts récits.

En effet, on offre ici à ces nouveaux Deschamps des émotions beaucoup plus détaillées que dans l’ancienne œuvre. L’auteur tente une incursion beaucoup plus personnelle dans les pensées et les envies des personnages. On vient ici jouer avec le premier texte, faisant tantôt vivre aux Deschamps et leurs voisins les mêmes scénarios que dans le texte du passé, tantôt leur donnant de nouvelles lignes, de nouvelles façons d’agir.

On lève également le voile sur des passages laissés vides ou peu détaillés par Laberge en y ajoutant des éléments nouveaux. L’homosexualité tenue cachée et l’inceste, par exemple, sont présents dans le texte de Marcoux-Chabot. On vient ainsi ajouter des éléments au récit qui n’y étaient pas mais qui peuvent avoir du sens et qui auraient pu, peut-être, se trouver dans le texte de Laberge s’il avait été écrit à une autre époque, justement.

L’auteur ose aborder des sphères que l’on n’aurait jamais pu imaginer dans un texte écrit au début du vingtième siècle, rendant le tout étonnement intéressant et percutant.

Et toujours, il reste, au coeur de l’ouvrage, cette triste fatalité; cette vie exigeante qui fait de ses habitants des gens rudes et aliénés.

Ainsi, oui, cette nouvelle Scouine est réussie.

Le Fil rouge remercie les éditions de La Peuplade pour le service de presse.

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