Chroniques d'une anxieuse
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Chroniques d’une anxieuse : hypocondriaque

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Tous les bobos m’appartiennent. Quand j’en vois un sur le net, il devient mien. Sang dans les selles, pipi foncé, toux, mucus pogné dans la narine droite, mal de cœur, acné, gonflement du bedon et envie de chier à toutes les demi-heures. C’est moi ça : j’pense que j’ai le cancer, l’hépatite B et une maladie incurable assez obscure qui n’a été répertoriée qu’en 1956 au Zimbabwe. Je me donne cinq mois à vivre, gros max.

C’est une belle activité d’après-midi de lire nos symptômes sur internet. Pas malsaine du tout.

La peur d’avoir toutes sortes de maladies, je l’ai ça. Je suis hypocondriaque. Je me dis souvent que si j’avais vécu au dix-septième siècle, je serais sûrement décédée avant mes vingt ans. Je sais pas trop pourquoi. J’ai juste l’impression que mon corps n’est pas fait pour endurer la vie. Endurer mon stress. Aucun corps n’est assez résistant pour survivre à une dose aussi élevée d’hormones-angoissées-prêtes-à-péter-au-frette. Ça va le tuer à petit feu et me rendre folle par la même occasion. Plus tard, je serai dans un centre de schizophrènes, imaginant au moindre coup de téléphone que le FBI est à mes trousses, et en chaise roulante parce que j’aurai également la sclérose en plaques. Un bel avenir, ouais.

C’est pour ça que j’ai un peu capoté quand un matin mon pipi était très foncé. Que le jour d’après j’ai eu de la misère à respirer. Que le surlendemain j’avais du mal à marcher. Comme si la prophétie s’était enfin réalisée. Je me disais : voilà, j’le savais que ça s’en venait. J’avais peur d’être lourde, de chialer pour rien et d’imaginer des symptômes comme souvent, donc je n’ai rien dit. Je n’ai pas demandé d’aide. J’ai laissé mon état s’empirer. Trop longtemps.

J’allais à l’université pareil. Le mal était profond : j’arrivais pas à parler sans que ça me torde de douleur. Je l’ai pas dit à mes amies. Je l’ai dit à ma famille un soir de semaine au téléphone quand respirer était devenu une épreuve persistante. J’ai dit à mon père : j’ai besoin d’aide. Il est arrivé à la vitesse de l’éclair. On a attendu ensemble à l’urgence. Quand je suis enfin rentrée dans le bureau de l’infirmière, elle m’a demandé : sur une échelle de un à dix, à combien tu estimes ta douleur? Huit. Définitivement huit. Même peut-être plus, mais pas moins, ça c’est clair.

Elle a pris ma tension artérielle. Elle m’a regardée d’un air ahuri. Ça va tu? Ben non, ça va pas, c’est pour ça que je suis là. Elle appelle son collègue : «RÉJEAN VIENS ICITTE». Réjean arrive. Il me regarde avec un air ahuri. Réjean dit : «mademoiselle, avec une tension artérielle de même, vous seriez supposée faire une crise de cœur». What?

Après ça, j’ai passé super vite les autres étapes. J’ai dépassé pas mal de petites madames enrhumées pour me retrouver devant un médecin. Il m’a auscultée pour m’apprendre que j’avais une infection sévère aux reins et qu’on devait me traiter rapidement pour éviter que ça empire. Pis qu’il voulait que je reste à l’hôpital, sous observation pendant 24h, parce que ma pression artérielle était comment dire… inhabituelle.

Fuck non, je veux pas rester à l’hôpital. C’est quoi ce cauchemar-là? On m’a planté une intraveineuse dans le bras droit, donné une jaquette bleue ouverte dans le dos avec une vue imprenable sur mes bobettes-du-Garage-avec-des-pingouins-pis-un-igloo et dirigé vers un lit-trop-petit-pour-mes-grandes-cannes situé drette dans le corridor des urgences. J’ai entendu du monde crier toute la nuit. Des cris terribles qui gueulent la douleur des gens. J’ai vu une madame faire une crise d’épilepsie devant moi. Et j’ai été incapable de fermer l’œil. Une infirmière est venue me voir quelques fois. Elle prenait ma pression et me donnait des pilules magiques qui calmaient toutes mes angoisses. Le matin venu mon père est arrivé. J’ai appris que mon infection aux reins allait guérir dans quelques jours, mais que je faisais de l’hypertension. J’allais devoir prendre des médicaments toute ma vie. Yay.

J’étais pas vraiment contente. J’ai pris des antibiotiques pour mes reins comme une vieille mamie rabougrie. Je suis pas sorti de mon lit pendant un petit bout. J’ai manqué l’école. Et j’ai passé beaucoup de temps aux toilettes. Genre BEAUCOUP de temps.

J’ai maigri à vue d’œil. Tout mon corps n’allait pas de mieux en mieux, mais de pire en pire. COUDONC QUESSÉ QUI M’ARRIVE? Je capote. J’en parle à mon père. On retourne aux urgences. Dans le bureau de l’infirmière, elle me regarde d’un air ahuri. Elle appelle Réjean. Réjean me regarde avec un air ahuri. Oui, je sais, je fais de l’hypertension, mais là je fais caca tout le temps, pouvez-vous faire de quoi? Je dépasse les petites madames enrhumées. J’arrive dans le bureau du médecin. Elle me dit : «tu as le C. difficile, fille». D’autres antibiotiques à prendre. Presque deux mois sur le carreau à rien faire.

Mais j’en ai parlé à personne. Mes amies le savaient pas. Comme si j’avais honte. Comme si de dire que j’allais pas bien serait indubitablement perçu comme des plaintes désagréables. J’avais peur d’être lourde. Un gros fardeau. Je trouvais toutes sortes de raisons pour ne pas les voir parce que j’étais juste incapable de sortir du lit. J’ai pleuré parce que j’avais trop mal. J’ai pleuré en comprenant pourquoi tous les mononcles disent à Noël : «de la santé ma p’tite fille, de la santé, c’est le plus important».

Esti que c’est vrai. Ils avaient raison depuis tout ce temps.

Je voyais un lien inévitable entre mes angoisses quotidiennes et tout mon corps qui avait de la misère à mettre un pied devant l’autre. Je n’avais pas pris soin de lui. Tout mon stress, il l’endossait depuis toujours. Il venait de me dire : «ça suffit!» Il venait de me dire que, sans lui, j’étais pas grand-chose.

Quand j’ai enfin retrouvé l’usage de ma santé, j’ai appelé une clinique sur l’anxiété. Je voulais prendre rendez-vous avec un psychologue. Deux semaines plus tard, j’avais mon premier rendez-vous avec monsieur M. Celui-qui-a-changé-ma-vie.

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