Auteur : Marion Gingras-Gagné

Là où la mer commence : l’histoire de Maybel et la Bête

J’étais adolescente, avide de récits marquants, d’héroïnes fortes et d’histoires romantiques. J’avais déjà lu la plus grande partie de l’oeuvre de Dominique Demers, savouré Ta voix dans la nuit, Marie-Tempête, Maïna. Puis, j’ai enfin lu Là où la mer commence, un récit entremêlant le conte et le roman pour adolescents, et c’est, depuis ce temps, resté mon roman préféré de cette auteure prolifique. « Et si la Belle et la Bête avaient vécu en terre québécoise au XIXe siècle?… » Cette phrase, que l’on retrouve sur la quatrième de couverture, nous met la puce à l’oreille. Le célèbre conte, désormais dans les mains magiques de l’auteure Dominique Demers, se transforme en une belle histoire aux saveurs de liberté, d’air marin et de folles tempêtes. Le roman met en scène la jeune Maybel, fougueuse, lumineuse et indomptable, qui va à la rencontre du mystérieux William, défiguré, solitaire. Les deux apprendront à se connaître et s’aimeront, malgré les obstacles et les désaccords qui fusent autour d’eux. Il lui fera découvrir les merveilles de la nature, puis celles de la lecture. …

Éloge de la lecture légère

Le fait que je sois étudiante en études littéraires ne signifie pas seulement que j’adore les livres, que j’aime les étudier, les analyser, les décortiquer, etc. Ça signifie surtout que je lis tout le temps, parfois un peu trop tout le temps, même. Je me souviens de ma première fin de session universitaire, j’avais eu très peur que les trente livres que j’avais dû lire dans un temps record tuent ma passion et mon désir de lire pour le plaisir. Heureusement, cela n’est jamais arrivé. Et la première chose que je fais quand la session est terminée, c’est de me faire plaisir avec quelques livres plus légers. Les livres d’été, ou les livres « de métro » comme je les appelle, ne sont pas, pour moi, moins bons ou dans une catégorie à part de la « vraie » littérature. Pour être honnête, je suis profondément allergique à tout phénomène qui s’amuse à classer les livres en les étiquetant en catégories. Littérature? Pas-vraiment-de-la-littérature? L’élitisme, dans mon domaine d’étude, me tombe sur les nerfs. Pour moi, …

Les romans de Tania Boulet : pour ados et… un peu plus

Tania Boulet est une auteure pour adolescents que j’adore, et cela depuis longtemps. Je me souviens d’avoir acheté Les naufrages d’Isabelle alors que j’étais au primaire (et même pas encore une ado!). Et maintenant que je ne suis plus vraiment une ado, je continue à lire tout ce qu’elle écrit. De ses premiers livres, Les fausses notes ou Une chanson pour Frédéric, à sa série Clara, jusqu’à sa trilogie qui contient Des milliers d’étincelles et Ensemble tome 1 et 2, je reste accrochée, car j’aime la façon dont elle développe ses intrigues et surtout, je trouve qu’elle sait vraiment bien trouver le ton pour s’adresser aux ados. Le dernier venu de Tania Boulet, Une vraie fille, raconte l’histoire de Mia St-Laurent, grande adepte de baseball, qui tentera tout ce qu’elle peut pour intégrer l’équipe élite de la Côte-Nord, au milieu d’une gang de gars. On suit la jeune fille à travers ses émois d’adolescente et surtout, à travers ses aspirations, ses buts, ses craintes. Elle apprendra à savoir qui elle est, et à s’imposer en tant que fille dans cet univers masculin où il …

Trois princesses : les contes détournés de Guillaume Corbeil

C’est l’histoire d’un auteur qui décide de reprendre des contes, La Belle au bois dormant, Cendrillon et Blanche Neige, pour jouer avec, les tordre et les travestir. Le résultat, regroupé sous le titre de Trois princesses, est saisissant, à « se jeter par terre » devrais-je dire. C’est que ces contes, féministes, politiques et ancrés dans l’imaginaire social contemporain, sont tellement riches qu’on sort de cette lecture à la fois bouleversés et transformés. Ceux qui me connaissent savent que je m’intéresse aux contes, particulièrement aux contes détournés qui envahissent depuis quelques années la production d’albums pour la jeunesse. Princes, princesses, chevaliers et fées marraines sont à nouveau convoqués dans ces contes contemporains, mais en travestissent les formes et les motifs à travers plusieurs processus de « subversion ». Des exemples? Rebelle au bois charmant de Claire Clément, Le Prince Gringalet de Babette Cole (reprise masculine de Cendrillon) ou bien encore Le Petit Capuchon Rouge de Jasmine Dubé. Bref, une caractéristique de ces albums est de proposer des renversements avec beaucoup d’humour et ceux-ci nous charment par leurs référents mis sens dessus dessous! Les …

Petites histoires en huis clos : le roman Deux jours de vertige d’Eveline Mailhot

Travailler dans une librairie a plusieurs avantages, dont celui d’avoir accès à des services de presse envoyés par les éditeurs. Sans les avoir nécessairement pour moi, j’ai, pour ma part, la possibilité d’emprunter ceux que la librairie reçoit et ainsi, je suis tombée par hasard sur cette auteure québécoise que je ne connaissais pas. Curiosité piquée, j’ai eu envie de me plonger dans son roman. C’est donc de cette découverte intéressante que j’ai envie de vous parler aujourd’hui. En amorçant la lecture de Deux jours de vertige d’Eveline Mailhot, on fait la connaissance de Sara, une étudiante quelque peu troublée qui se trouve en pleine période de doute par rapport à ses études, à savoir si elle continue sa thèse ou lâche tout pour faire autre chose. J’étais en quatrième année de thèse et mon entourage voulait encore plus que moi que je la termine. […] Chaque conversation sur le sujet de mon errance intellectuelle tendait à me faire comprendre l’importance de terminer ce qu’on a commencé. La panique, l’incertitude sont au coeur d’elle, qui craint de manquer …

Des albums résistants: le phénomène de la littérature subversive pour la jeunesse

Je me suis mise à m’intéresser aux « albums résistants » en littérature jeunesse suite à une conférence donnée par Marie-Christine Beaudry  dans le cadre d’un séminaire à l’UQÀM. On appelle « textes résistants » les livres qui offrent une résistance à la lecture, c’est-à-dire qui ne donnent pas nécessairement de réponses à nos questions, qui nous font réfléchir, qui nous ébranlent ou qui nous laissent perplexes. Ces albums subversifs laissent parfois les lecteurs en suspens, finissent mal ou sur une surprise. Ils abordent des sujets controversés ou difficiles tels que la mort, la maladie, le handicap physique, la violence, etc, invitent à des réflexions philosophiques et surtout, ne proposent pas nécessairement de solution ou heureuse ou magique qui règle tout. Intéressée, je suis partie à la recherche de ces livres. Je suis tombée sur quelques uns par hasard en fouillant dans les rayons, d’autres m’ont été suggérés. Puis, je me suis rendue compte qu’une section spéciale était réservée à ces livres, à la bibliothèque, sous l’appellation de livres « coups de poing », suggérant l’accompagnement d’un …

Harry Potter et le féminisme

Je suis sans contestation une grande fan d’Harry Potter. Je les ai relus (vraiment) plus que nécessaire au fil des années et les connais presque par cœur. Récemment, à la recherche de nouvelles pages à me mettre sous la dent, je me suis mise à dévorer les études critiques qui ont été faites sur Harry Potter, faisant de la populaire saga un objet d’analyse littéraire s’ouvrant sur d’autres domaines. Résultat? Harry Potter, la série jeunesse mondialement connue, se retrouve au cœur d’une réflexion complexe qui dépasse l’œuvre en tant que telle. On assiste donc, en quelque sorte, à une ouverture des appareils critiques à des objets « populaires » et nous savons, en tant que littéraires, comment c’est un débat qui a encore lieu dans les milieux universitaires. Il m’a été permis de voir avec grande surprise qu’un très grand nombre de lectures d’Harry Potter ont été produites. Après les analyses littéraires formelles ou les réflexions sur l’imaginaire, le champ d’études s’ouvre à d’autres disciplines : on retrouve des lectures sociales et politiques (Pierre Bruno), des lectures psychologiques et psychanalytiques …

In between de Marie Demers: dans l’entre-deux et le deuil

Je l’avoue, depuis que Marie Demers est venue dans mon séminaire de maîtrise pour nous parler des romans « jeunes-adultes », j’avais très hâte de lire son roman, un projet, nous a-t-elle dit, issu de son mémoire-création tout juste terminé. Quelques mois plus tard, j’ai In between entre les mains et je n’ai pas tardé à le dévorer. Au début de In between, Ariane, la narratrice, est en voyage en Asie et c’est là qu’elle apprend la mort de son père. De retour au Québec le temps des funérailles, elle repart aussitôt, dans un désir de s’éloigner, de reprendre son souffle, de prendre un « break » et de se retrouver. Elle se retrouve tour à tour en Argentine, en Irlande, en Belgique, en France, au Cap-Vert, en Inde, elle parcourt le monde dans une sorte d’éternelle fuite, mais surtout à la recherche d’elle-même. On la suit à travers ses histoires d’amours éphémères, Alfredo, Daniel, ses amitiés, Teresa, Maïté, ses questionnements, ses moments de désillusion, parfois de bonheur, sa recherche d’expériences fortes et d’une sorte de démesure, entre …

Suite française : dans l’intime de la Deuxième Guerre

Cela faisait un petit bout de temps que je voulais lire le roman Suite française. Et sa lecture ne m’a pas déçue. Ce roman, fort, passionnant et porteur d’une vérité historique, m’a énormément plu, mais c’est surtout en apprenant le contexte d’écriture de ce livre, puis en regardant l’adaptation qui en a été tirée en 2015 que j’ai réalisé l’ampleur de son importance. Avant que le drame n’arrive, Irène Némirovsky était une auteure qui avait fait son nom en publiant plusieurs oeuvres déjà. D’origine juive, elle écrit Suite française alors qu’elle est à Issy-L’évêque, en France en 1941 et 1942, les dernières lois sur les ressortissants étrangers de race juive l’obligeant à quitter Paris où elle habitait et travaillait avec son mari. Là-bas, elle porte l’étoile jaune et tente de se faire discrète, tout en écrivant. Elle aura eu le temps de terminer son manuscrit avant de se faire arrêter le 13 juillet 1942 et de se faire déporter vers Auschwitz, où elle est assassinée un mois plus tard. Son mari est arrêté peu de temps après, et …

De la grande littérature pour les petits

Ce n’est plus un secret pour personne : j’adore les albums pour la jeunesse. Et depuis quelque temps, je me passionne pour les livres qui sont issus d’un processus de réécriture, surtout les contes, dont les nouvelles versions réinventées abondent en ce moment en littérature jeunesse. Je suis curieuse de voir comment sont racontées les histoires qu’on connaît, ce que les auteurs contemporains en ont fait. Au fur et à mesure de mes fouilles en bibliothèques, je me suis rendu compte que les adaptations ne se limitaient pas qu’aux contes, mais bien à de nombreux « classiques » ou œuvres majeures de la littérature française et étrangère, qui prennent d’assaut le jeune public en proposant des versions simplifiées, souvent magnifiées par de splendides illustrations, parfois humoristiques, de ces grandes œuvres littéraires. L’album jeunesse permet, en mon sens, ce que d’autres genres littéraires ne permettent pas, et je parle du merveilleux mélange entre deux langages, celui de l’écriture et celui de l’illustration, qui jouent et se répondent l’un et l’autre. Cet amalgame crée une œuvre unique où l’imagination apparaît à …