Défis littéraires
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La tempête, de Gabriel Anctil vu par l’équipe du fil rouge

r_673_sCette lecture du mois de mars du défi En 2015, je lis un livre québécois par mois a été, en mon sens, la moins satisfaisante. Après avoir gouté à des univers féminins colorés et farfelus avec Catherine de La déesse des mouches à feu et Javotte, j’ai vite été déçue en tournant les pages de La tempête. D’emblée, l’idée d’un huis clos familial causé par le verglas m’avait charmée. Je ne sais pas si c’est parce que j’étais petite quand c’est arrivé, mais j’en garde un souvenir romancé. Plusieurs membres de ma famille étaient venus habiter chez moi, car ma maison était branchée sur la même ligne que les pompiers, alors on avait encore de l’électricité. Je me souviens d’avoir dormi dans le salon avec mes cousines et mon frère et qu’il y avait des matantes-mononcles partout chez moi. Contrairement à Jean, le personnage principal du roman, j’étais fort heureuse de tout ce brouhaha dans ma maison.

Or, quand j’ai appris que l’histoire se passerait lors du verglas, j’étais heureuse d’avoir un point de vue plus  »adulte » et concret sur cette période de l’histoire québécoise, avouons-le, incroyablement riche pour créer une histoire. Néanmoins, j’ai été déçue. Le roman ne parle presque pas réellement du verglas et de la réelle situation, sauf en nous rappelant que les nouvelles ne parlaient que de ça. Rien de plus. Et en ce qui concerne les personnages, je n’y ai pas cru. Les colères du personnages d’Arthur me semblaient surfaites et inutiles. Je n’arrivais pas à cibler l’essence des personnages et à m’y attacher. Autant celui de Marie, cette femme malheureuse et mystérieuse, qui m’a semblé trop unidimensionnel. J’aurais tant aimé pouvoir au moins m’attacher aux personnages, mais hélas. Que dire des péripéties? Clichées et souvent prévisibles.

Du point de vue de la langue, il y avait TROP de dialogues. Écrits dans un joual maladroit et près d’une caricature du langage québécois, ces dialogues ne me semblaient pas réalistes. Bref, j’avais eu de bons commentaires sur Sur la 132, le premier roman de Gabriel Anctil, mais je dois avouer que La tempête ne m’a pas du tout convaincue…

Ce que Karina en a pensé

La tempête – j’étais très enthousiaste à l’idée de lire un roman qui se déroulerait lors du verglas de 1998. J’me suis dit que la lecture allait me rappeler de nombreux souvenirs de cet événement. Contrairement au personnage principal de l’histoire, j’en garde de bons souvenirs. Tout comme lui, je me suis retrouvée coincée dans un huis-clos avec ma famille. Dans mes souvenirs, ces journées froides de l’hiver faisaient en sorte que mes vacances des fêtes se rallongeaient et que je passais plus de temps avec ma cousine et mon cousin.

Dès le début de l’histoire, nous faisons la rencontre de Louis le père, de Marie la mère et de Jean le fils. On constate rapidement qu’il y a une drôle d’atmosphère entre ce trio et ce n’est pas dû au verglas. Tous les trois se retrouvent dans l’obligation d’aller vivre chez la famille de Marie. Cette décision ne semble pas enthousiasmer les membres de la famille. Nous percevons la présence d’un lourd secret caché.

Étant dans un huis-clos, chaque membre de la famille n’a d’autre choix que de se côtoyer et de se supporter. Jean se réconfortera dans les histoires et les paparmanes de sa chère grand-mère. Il y a entre ces deux personnages une belle histoire d’amour. Il fera aussi la connaissance de son oncle Arthur. Cet homme à l’orgueil démesuré et au caractère explosif. Et disons que la femme de celui-ci, Manon, n’est pas mieux. En fait, c’est la présence de ces deux personnages qui enlève la magie que l’histoire aurait pu avoir. Il a beaucoup de clichés, de vulgarités et trop de sacres.

Le problème avec ce roman, c’est qu’il m’a été impossible de m’attacher aux personnages. Pas parce qu’ils ont tous un petit quelque chose de désagréable, mais simplement parce qu’ils manquent de vérité. Du moins, je ne l’ai pas ressentie. Je n’ai pas ressenti la grande colère de Jean envers sa tante. Puis, les grands discours d’Arthur m’exaspéraient… il est bien beau d’écrire en joual, il ne faut pas exagérer. Ce qui m’a surtout fait hérisser les poils, c’est le rôle des femmes dans l’histoire. Elles sont toutes des victimes face au personnage d’Arthur. Le moment où il échappe de la bière sur lui lors d’un de ses grands discours et que sa sœur nettoie la table et sa femme sa chemise m’a rendue folle de rage. Les personnages féminins de l’auteur sont soit la femme soumise (la grand-mère), soit la faible (Marie) ou  soit la folle (Manon). Des stéréotypes souvent utilisés pour décrire les femmes… Bon. Je vous l’avoue sur ce point, ça vient beaucoup de moi, dans le sens que je me retrouve toujours le nez dans mes bouquins féministes ces temps-ci.

Pour conclure, j’aime l’idée d’une histoire qui se déroule lors du verglas de 1998. Malheureusement, les personnages et l’histoire n’ont pas réussi à me charmer.

Ce que Marjorie en a pensé

Ayant vraiment apprécié Sur la 132, le premier roman d’Anctil, j’avais hâte de lire le second. La première chose que j’ai remarquée, c’est à quel point les deux romans ne pourraient être plus différents l’un de l’autre. Alors que Sur la 132 nous apporte dans le Bas-du-fleuve, dans de grands espaces, dans une déconstruction identitaire, La tempête nous propulse dans un huis clos où les secrets et les histoires se dévoilent un à un.

L’idée est bonne, l’éventail de possibilités est large, mais le rendu déçoit. On y étouffe.

Ce qui me déçoit le plus , c’est vraiment tout le potentiel inexploité de l’oeuvre. C’est tout ce qu’il aurait pu être et qu’il n’est pas. L’accent mis sur les dialogues est tellement grand que plus rien d’autre n’a d’importance. L’histoire perd sa place au dépit des récits de travail et des colères de l’oncle Arthur, qui sont loin d’être pertinents, si ce n’est que pour se donner une raison d’utiliser à l’abus un langage « à la québécoise ». De plus, les personnages sont tous construits sur des clichés qui n’aident pas au sentiment d’étouffement du roman. À mon avis, ce n’est pas d’un manque de talent qu’il est question ici, mais d’un sujet mal exploité.

En somme, La tempête m’a déçue.

 

Questions pour susciter la discussion

1- Comment avez-vous trouvé la représentation du Verglas?

2- L’idée du Huit Clos, à la Jean-Paul Sartre, vous a-t-elle semblé réussite?

3- Comment avez-vous trouvé la relation conflictuelle des membres de la famille?

4- Avez-vous, comme nous, trouvé l’utilisation du langage maladroite et superflue?

5- Qu’avez-vous pensé du rôle des femmes dans le roman?

6- La lecture vous a-t-elle ramené à vos souvenirs de janvier 1998?

7-Est-ce votre première lecture de l’auteur? Seriez-vous tenté ou avez-vous lu son autre roman «Route 132»?

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Pour participer au défi et définir les prochaines lectures : En 2015. je lis un livre québécois par mois

En janvier, nous avons lu La déesse des mouches à feu.

En février, nous avons lu Javotte.

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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