Littérature québécoise
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Libre, mais ensemble

Il y a quelques semaines, j’ai lu deux très positives critiques de La femme qui fuit. La première était de Geneviève Petterson, auteure du magnifique bouquin La déesse des mouches à feu, et la deuxième de Patrick Lagacé, journaliste à La presse. Sans le savoir, ils m’ont motivée à aller me procurer La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Depuis sa parution, il me tentait beaucoup et lire leurs deux papiers si élogieux envers ce roman n’a pas pu faire autrement que de m’envoyer à la librairie la plus proche me le procurer.

Anaïs Barbeau-Lavalette était déjà une femme que je respectais et admirais. Son premier roman, Je voudrais qu’on m’efface, m’avait virée à l’envers lors de sa lecture. Elle y racontait l’histoire de trois enfants défavorisés, tout cela dans une langue juste et criante de dureté et de beauté. Et je dois dire qu’à la lecture de La femme qui fuit, je suis encore plus charmée et inspirée par cette artiste et femme incroyable.
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La femme qui fuit, c’est basé sur l’existence de Suzanne Meloche, sa grand-mère qu’elle a à peine connue. Cette femme artiste, peintre et poète qui a rapidement cherché sa place dans la société québécoise a été une mère absente et Anaïs a du recoller par sa présence et par son amour les trous dans le coeur de sa propre mère. Suzanne Meloche aura côtoyé des grands noms de l’histoire québécoise tels que Claude Gauvreau, Paul-Emile Borduas et Marcel Barbeau, avec qui elle aura deux enfants. Elle aura d’ailleurs participé à la création du Refus global, même si au dernier moment elle décidera d’y enlever son nom.

Rapidement, à la naissance de son fils, Suzanne étouffera. Elle prendra alors l’autobus pour se rendre à une garderie où elle y laissera ses deux enfants. Cette femme qui fuit, c’est elle, c’est la mère, mais c’est la femme entière. Dans un Québec obscur de Duplessis, Suzanne ne reviendra pas chercher ses deux enfants, et ce, malgré le poids lourd de cette décision.

Tout le long de sa vie, elle déménagera, vivra dans différents pays, ne reviendra jamais reprendre la garde de ses enfants. Elle vivra une vie de bohème qui lui permettra d’être une artiste, chose que la vie de famille et de mère ne lui permettait pas. La liberté, voilà tout. Suzanne Méloche l’a cherchée toute sa vie.

Anaïs décide donc de lui écrire au TU. Elle pourrait facilement tomber dans les reproches face à la douleur qu’elle a causée à sa mère et son oncle. Elle pourrait lui en vouloir pour la dureté de ses gestes, de son absence, par sa façon de dire à sa fille qu’elle ne veut plus jamais lui parler ni la voir. Toutefois, là n’est pas le but du bouquin. Anaïs brise le cycle que sa grand-mère a débuté en démontrant de quelle manière sa mère et elle ont réussi à être ensemble, libres et pourtant si épanouies. Anaïs Barbeau-Lavalette a su, à mon avis, écrire une des phrases les plus empreintes de beauté et de force, et ce, dans cinq petits mots.

« Je suis libre ensemble, moi. »

Mère, artiste, amoureuse, Anaïs est libre, comme sa grand-mère ne l’aura jamais été. L’époque y est certainement pour quelque chose, Suzanne ne pouvait concevoir la possibilité d’être femme, mère et artiste. La femme qui fuit, c’est surtout et avant tout la déclaration d’amour d’une fille à sa mère, Manon Barbeau, qui a su aimer sa fille intensément et infiniment sans l’avoir été par sa propre mère. C’est le récit d’un manque maternel qui se comble de génération en génération et surtout un roman qui nous confirme que les difficultés d’être femme et artiste ne datent par d’hier. Heureusement, le Québec actuel nous permet d’être libre, mais ensemble, malgré tout.

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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