Littérature québécoise
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Je voudrais qu’on m’efface : on ne choisit pas sa famille

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Le 12 août passé a eu lieu la journée « j’achète un livre québécois ». J’en ai donc profité après le travail pour me réfugier en librairie, histoire de participer à cet événement initié par Patrice Cazeault et Amélie Dubé, il y a quatre ans. Mon choix s’est arrêté sur deux œuvres québécoises, Filles de Marie Darsigny et Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

Je voudrais qu’on m’efface est le premier roman de l’auteure de La femme qui fuit, que tout le monde a adoré (je n’ai pas encore rencontré à ce jour quelqu’un qui n’a pas aimé ce livre). Ayant moi-même été particulièrement touchée par la lecture de ce dernier, je me suis rapidement emparée de sa première œuvre littéraire et l’ai lue en quelques jours seulement.

Une complicité non assumée

De sa petite taille de 145 pages, le livre a la capacité de faire chavirer le lecteur dans diverses émotions fortes qui brûlent en dedans. L’auteure dresse le portrait triste mais juste de trois familles qui vivent dans la misère et la pauvreté d’un immeuble résidentiel, à Hochelaga-Maisonneuve. Les trois personnages principaux – Roxanne, Mélissa et Kevin – partagent une même existence à travers leur classe pour trouble d’apprentissage et leur immeuble sombre. Les fragments de regards, les secrets bien gardés et la compréhension entre personnages sont au rendez-vous parmi ces enfants de 12 ans. Une complicité pas nécessairement assumée règne dans le trio, car ils se comprennent, même s’ils ne s’apprécient pas toujours.

Silence noir dans le Bloc. C’est la nuit. Même les pigeons se sont tus. Le bois des escaliers seulement s’étire, voguant dans un écho d’un mur à l’autre. Un mince filet de vent glisse entre les fenêtres, cherchant refuge entre les étages, se faufilant sous les portes. (p. 22)

Roxanne

Les May West et la Russie ne lui suffisent plus à lui remonter le moral. Elle est une jeune fille simple qui a une vie difficile. Un père alcoolique qui se bat pour sortir de cette dépendance, une mère au même problème qui ne se bat pas et qui préfère dormir, et son chum violent qui traumatise le quotidien familier de la jeune. À travers la noirceur de sa vie, l’auteure ramène un peu de lueurs, un peu d’espoir lorsque Roxanne se découvre une passion pour la musique.

Roxanne explose, vole par-dessus la rue, par-dessus les corps des morts, par-dessus la mare, jusqu’aux bateaux, jusqu’au fleuve, jusqu’en Russie. Roxane est une symphonie. (p. 43)

Mélissa

Elle s’occupe de ses deux petits frères pendant que sa mère, à 50 mètres d’elle comme l’a obligé le juge, fait le trottoir. La DPJ appelle et le manque d’argent est flagrant. Mélissa est courageuse et fait du mieux qu’elle peut pour prendre en charge le rôle de maman et devenir adulte plus rapidement. La fin de son histoire est triste, mais bonne et surtout réaliste. Anaïs Barbeau-Lavalette crée une œuvre remplie de sincérité, et bien que difficile à lire par moments, l’histoire reste belle.

Elle laverait les vêtements du monde entier, son petit papier sous les yeux, la voix de sa mère dans chaque geste. Elle a même pas besoin de se forcer pour sentir l’effluve parfait des dimanches perdus. (p. 108)

Kevin

Rien ne pourra empêcher la fierté qu’il éprouve pour son père, sauf peut-être celui-ci. Kevin est jeune et il ne comprend pas toujours pourquoi les choses arrivent de telle ou telle manière. Imitant les décisions et les émotions de son père, Kevin préconise le lutteur avant l’homme, et de ce fait, la victoire avant la défaite. Il habite seul avec son père, et le duo fait du mieux qu’il peut sans la mère du garçon. Kevin rêve d’être lutteur comme son père; ils se battent contre les obstacles de la vie.

Va dans sa chambre, ouvre son album, celui avec la couverture en cuir. Celui que sa mère lui a donné. Dedans, toutes les faces des lutteurs […]. Pis Big, avec sa cape rouge qui brille, Kevin assis sur ses épaules. Y avait encore gagné. Gagne tout le temps. (p. 60)

L’histoire des trois enfants est entrecoupée par celle de Kelly et Kathy, deux amoureuses qui sont aussi itinérantes. Le trottoir est leur maison. Elles socialisent avec la mère de Mélissa, Meg, mais autrement les écrans du pawnshop et leur amour sont les seules distractions de leur difficile et froide vie.

Ce livre est un vrai coup de cœur. J’ai adoré l’honnêteté derrière chaque phrase et je le recommande à tous. Il permet également de découvrir un quartier de Montréal sous un autre angle comme Martine l’avait mentionné dans un article.

Avez-vous apprécié, vous aussi, des lectures dites « coup de poing »? Nommez-les dans les commentaires, je suis toujours partante pour ce genre de lecture : belle et vraie.

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