Auteur : Stéphanie Pronovost

Mourir à petit feu et renaître de ses cendres

Elle laisse rarement de glace. On aime ou on déteste la poésie. Ou on l’évite. Et je comprends qu’elle puisse rebuter certains, surtout si le premier contact avec ce genre littéraire ressemblait à un poème poussiéreux écrit en vieux français que vous deviez décortiquer à l’école. Fait vécu! La poésie, je l’ai donc boudée jusqu’à il y a 4 ou 5 ans. Comme je compte dans mes amis quelques poètes de talent qui m’envoient parfois leurs textes, je me suis ouverte à la chose tranquillement. J’ai pu constater en les lisant qu’inaccessible n’est pas forcément ce qui caractérise le style, comme je le pensais avant. Il y a les poèmes qui riment, avec structure et tout et il y a ceux sans règle stricte de musicalité, écrits en vers libres, venant souvent avec une figure de style poétique. Comme dans Shrapnels, d’Alice Rivard. L’auteure, née en 1985, sort l’artillerie lourde, sans vers ni rimes. La lecture de son Shrapnels évoque la noirceur d’une existence en mode survie depuis la plus tendre (pas si tendre) enfance. …

Autour des livres: Rencontre avec Antoine Charbonneau-Demers, récipiendaire du prix Robert-Cliche 2016 pour son roman Coco

Jeune prodige de la plume ayant vu le jour à Rouyn-Noranda en 1994, Antoine Charbonneau-Demers voit son premier roman, Coco, se faire publier sous les éditions VLB en septembre 2016. L’auteur se voit aussi décerner par la même occasion le prix Robert-Cliche du premier roman paru. Lorsqu’on sait que Robert Lalonde et Chrystine Brouillet ont eu ces mêmes honneurs en début de carrière, on a de quoi vouloir porter une curiosité à ce nouvel auteur. 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ? Je pense que c’est un livre qui s’appelait Pourquoi les gens sont-ils tous différents ? C’était un livre vraiment pas très excitant et surtout long, mais je voulais seulement repousser l’heure du coucher, alors quand mes parents me demandaient ce que je voulais qu’ils me lisent, je choisissais toujours celui-là. C’est devenu un running gag parce qu’on se faisait chier, mais on le lisait tout le temps quand même. C’était une lecture ironique, j’ai d’ailleurs appris l’ironie très tôt grâce à mes parents. 2. Avais-tu un rituel de lecture enfant …

De l’autre bord de la 117 Nord, l’exil

Pour se rendre dans la ville où j’ai poussé mon premier cri d’existence, il faut manger quelques kilomètres d’asphalte de patience, rouler sur la 117 Nord et traverser la réserve faunique La Vérendrye. Je viens de refaire une ixième fois le périple. Croiser de temps en temps des camions qui transportent le fruit désolant des coupes à blanc. Tourner la tête à droite offrira un meilleur spectacle: un mélange d’images de lacs, de rivières, de gens qui font du pouce plus qu’ailleurs et des épinettes bien fières. Être entouré de l’odeur et du silence des arbres qui se tiennent encore debout. Un parfait trajet pour les contemplatifs. Enfin le temps aussi d’égrainer ses playlists. Il faut sortir ses meilleures trames sonores pour ces toiles de fond. La récompense au bout du chemin est le ciel d’Abitibi qui a un je-ne-sais-quoi de magnifique. Ça peut paraître loin comme bout de pays, mais c’est là où j’ai vu les gens être les plus proches. Vaste étendue de territoire, les gens s’y resserrent. Mais pour toutes sortes de …

Ma brosse avec… d’un Gabriel Rousseau à découvrir

La chaleur est disons-le, souvent accablante ces temps-ci, même Météomédia le dit. On se rafraîchit quand c’est possible en volant un petit bout de vent sur les terrasses et en s’hydratant comme on le peut. Dans ce contexte somme toute agréable, puisque surtout éphémère, le titre m’est apparu accrocheur : Ma brosse avec… Qui dit alcool, et surtout brosse, dit désinhibition. Ça donnait à mes yeux curieux pleins de promesses de pouvoir lire des confidences qui se disent souvent mieux « chaud », sous un état ébrieux, quoi. Avec ma bière froide, j’avais donc trouvé un peu de croustillant à me mettre sous la dent. Lancé en mai dernier dans nul autre endroit plus approprié qu’un bar de la rue St-Denis, le condensé d’histoires de brosse à Gabriel Rousseau a d’abord été publicisé via son blogue, avant d’apparaître sous forme de livre par la marginale maison à structure horizontale Moult Éditions. Je le dis d’emblée, son livre et l’unique, je l’ai lu en 2 petits jours. J’ai dû me forcer parce qu’autrement, je l’aurais fini …

Les Lettres à mademoiselle Brochu

C’est bien connu (par mon entourage, on s’entend), Maxime-Olivier Moutier, c’est « le mien ». Il est mon auteur favori au Québec. Ce n’est quand même pas peu dire, j’ai exploré en masse avant d’avancer cela, lisant en grande majorité du québécois. Son style littéraire accessible et recherché, ses sujets abordés de l’amour et la quête de soi et de l’autre, sa façon de faire réfléchir ses personnages, j’avoue que tout ça a permis un réel love at first read. D’ailleurs, sur mon petit blogue bien personnel, la seule « critique littéraire » qu’on y trouve est celle du roman de Moutier La gestion des produits — Tome 1 : La crise (un autre roman que vous devez lire, soit dit en passant!). Bref, j’ai décidé de me replonger dans l’univers de mon auteur favori avec son quatrième roman paru en 1999, Les Lettres à mademoiselle Brochu : éléments pour une nouvelle esthétique de la crise amoureuse. Il prenait la poussière, juché en haut de ma bibliothèque depuis quelque temps, alors que j’ai lu ce …

Du léger pour emporter : 3 titres pour 1 lb de livres

On change nos habitudes comme on change de chemise au Québec, c’est-à-dire un peu au gré des saisons, non? Souvent, c’est reflété par notre menu qui s’allège plus les Celsius montent. L’été, on est nombreux à délaisser la bonne grosse lasagne riche pour une ô combien satisfaisante toastée aux tomates. J’ai remarqué le même phénomène du côté de mes préférences littéraires : elles s’allègent plus il fait chaud. Mes lectures d’été (ou de vacances ailleurs sur le globe lorsque faire se peut!) se passent majoritairement dans un parc, entre un arbre et une couverture. Et plus de titres sont lus que durant le reste de l’année parce que j’ai tendance à choisir ceux contenant moins de pages. Comme une envie de passer moins de temps avec le même livre. Je vais privilégier durant cette période les poids légers aux Dostoïevski plus hivernaux, à mon avis. J’ai envie de me laisser transporter par les mots et n’être que de court passage dans un même univers. Pouvant très bien se glisser dans votre valise ou vous accompagner au …

Des kilomètres de souvenirs en bus voyageur

J’ai de la chance. Grâce à mon travail d’infirmière à domicile, je développe des liens avec une multitude de personnes au passé singulier. Je leur prête mon oreille attentive et elles me partagent généreusement des pans de leur existence. Ainsi, elles semblent se délester d’un peu de bagages lourds qu’elles traînent depuis longtemps. Probablement en prévision du dernier grand voyage. J’imagine qu’en vieillissant, on doit vouloir prévoir notre dernier grand droit avec un cœur plus léger. Et c’est alors que Vasyl est entré dans ma vie, cette fois en ouvrant le dernier roman de l’auteure québécoise Judy Quinn, Les mains noires. Vasyl a commencé par me raconter sa vie à la gare d’autobus de Montréal, en attendant au quai numéro six en direction de Québec. Il doit faire le voyage pour voir son fils Tassik, avant qu’il ne parte pour l’Afghanistan ce même jour. Durant le trajet sur la 20, autoroute pour laquelle il ne porte plus son attention puisqu’il l’emprunte depuis 35 ans, il a pu me transporter encore plus loin, soit dans son …

L’hiver, hier : un peu de fraîcheur d’antan

  Il ne fait pas si chaud, mais il y a un soleil de plomb à Montréal. J’ai troqué les bottes Sorel contre mes Converse poids-plume et c’est la journée parfaite pour instagramer #sansfiltre le printemps qui vient d’arriver. Pourtant, lire L’hiver, hier de Michel Garneau m’a quasiment rendue nostalgique des vrais gros bancs de neige de campagne. Et ce, malgré l’hiver québécois qui finit toujours par exceller à s’étirer. Avec L’hiver, hier, Michel Garneau nous ramène dans le temps en grosse motoneige (à hublots!) de Bombardier. On se retrouve à « Saint-Quelquechose-des-Hauteurs », année 1958, époque où Maurice Richard est nommé athlète de l’année, où Camilien Houde est décédé et où les Canadiens de Montréal remportent la Coupe Stanley. Une grosse année au Québec. Il y a déjà près de 60 ans, mais c’est un peu hier en même temps. J’ai pris plaisir à me raconter ce livre à voix haute. Une histoire vécue de l’auteur qui, alors qu’il avait 18 ans, va passer les Fêtes dans la famille de sa fiancée de l’époque, âgée de …

Pour une sexualité des femmes saine et assumée

Ayant eu l’audace de publier, en 2014, leur propre parcours sexuel dans le fanzine Caresses Magiques, l’origine, Sophie Bédard, Sara Hébert et Sarah Gagnon-Piché ont pu encourager d’autres femmes à prendre part, elles aussi, à une lutte affirmée contre les tabous entourant leur sexualité, de sa genèse à aujourd’hui. Par appel de textes du trio féminin, un recueil s’est doucement mis en branle et a pu voir le jour en novembre 2015. Riche de 41 parcours sexuels différents décrits avec des mots justes, des illustrations cocasses ou des bandes dessinées brillantes, Caresses Magiques réussit, une page à la fois, à faire avancer la cause d’une sexualité féminine plus saine et assumée, dans un combat loin d’être terminé. Ce n’est pas encore gagné, non, parce qu’à travers la lecture des différents témoignages, on réalise assez vite que la culpabilité du plaisir sexuel chez la femme domine encore. Et souvent, cela remonte à notre plus tendre enfance. Grandir en se faisant dire que c’est honteux de se procurer du plaisir LÀ ou graviter dans un monde qui …

Coeur de bête hôpital: une visite sans fioritures

J’ai aimé lire ce court recueil à saveur poétique écrit par Christine Germain et publié par la maison d’édition indépendante Rodrigol. Cœur de bête hôpital m’a d’abord séduite par sa jolie couverture, mais le charme a continué d’opérer au fil de ses pages. Au milieu d’une trame sonore de casseroles tabassées pendant un printemps de révolte se trouve un hôpital qui a du cœur, au cœur de Montréal. En ses murs et aux alentours, Christine Germain nous livre son observation à chaud d’une population qui y gravite. Des patients de tout acabit qui viennent d’aussi loin que l’Abitibi pour passer go au système de santé et y réclamer des soins. Des gens nouvellement vulnérables ou qui le sont davantage, vivant à froid, seuls ou non, chacun leur drame de corps ou d’esprit. Il y a aussi les travailleurs, qui soutiennent le fort hospitalier dans la ville qui grouille de vies. L’auteure prend soin de nous libérer de l’air recyclé de l’hôpital un court moment et nous fait prendre une bouffée d’air plus frais, juste à …