Auteur : Louba-Christina Michel

Nous sommes tous l’histoire d’une autre personne

Cela est arrivé Par une nuit orageuse, dans le doute et les détours du souffle Cela est survenu Dans la crainte de la folie Avec la peur du vent et de l’imparfait   Le temps s’était mis en marche Avec sa fâcheuse habitude de tout mesurer Paul-Émile Saulnier, Petits paquets de nuit, Collection à la cantonade Ça vous est tous déjà arrivé d’apprendre à connaître une personne, jusque dans ses recoins les plus intimes, mais sans même l’avoir déjà croisée ou, si oui, très furtivement. Connaître quelqu’un dans l’image et les propos d’un autre. Connaître quelqu’un, mais en fragments, une personne racontée, comme une histoire par une autre personne, celle-là marquée, positivement ou négativement. Apprendre à connaître une personne dans son passé, dans celui qu’elle partageait avec celui ou celle qui raconte. On relit alors des points interceptés un peu au hasard et on crée une sorte de constellation sans reliures entre les points. Je vais vous raconter une petite histoire comme celle-là qui m’a suivie une longue partie de ma vie. J’y ai repensé …

Chère Zofia

Tu connais ce sentiment de n’être que le personnage secondaire d’un récit plus grand que soi? C’est exactement cela, mon histoire. Aujourd’hui, je vous invite à découvrir un merveilleux coin de la Gaspésie à travers une histoire d’amour à la fois extraordinaire et ordinaire, Prawda. C’est le premier roman de Roxanne Langlois, publié aux Éditions 3 sista (maison d’édition littéraire indépendante gaspésienne). Roxanne Langlois est née en 1987 à Shawinigan Sud. Son enfance et son adolescence sont tour à tour bercées par la Mauricie, le Saguenay et la Capitale-Nationale. Diplômée du Cégep de Jonquière en arts et technologie des médias (journalisme) et en communication, politique et société (Université du Québec à Montréal), elle rejoint Carleton-sur-Mer, son « âme sœur de village », à l’automne 2011. Objectif : vivre à temps plein son coup de foudre pour la Gaspésie. Prawda est son premier roman. Prawda (vérité en polonais), c’est l’histoire de Marie, une jeune fleuriste trentenaire et célibataire, vivant à Carleton-sur-Mer depuis toujours. Un soir de novembre un peu froid, alors qu’elle prend une bière avec des amies à la brasserie du …

Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie

C’est le milieu de la nuit et j’ouvre J’t’aime encore écrit par Roxanne Bouchard (Nous étions le sel de la mer). Je commence à lire, je souris, je ris, je pleure même un peu et je referme le livre. C’est déjà terminé. Je suis passée plus vite à travers celui-ci que si j’avais vu la pièce de théâtre se dérouler devant mes yeux. Je parcourais les allées de la librairie Alpha située à Gaspé quand m’est tombé dans les mains ce coloré petit livre, que j’avais vu circuler à quelques reprises sur les réseaux sociaux. Comme j’avais bien apprécié ma lecture du précédent ouvrage de l’auteure, originaire de Saint-Jérôme, j’étais tentée de me perdre dans les pages de ce monologue amoureux. Après tout, l’amour n’est-il pas l’une, sinon la quête d’une vie humaine? À travers tout le reste et peu importe notre nationalité, nos valeurs, nos coutumes et notre manière de vivre, le grand thème de l’amour vient nous renverser le cœur à un moment ou à un autre et même parfois, souvent plus d’une …

L’envers du décor- processus d’écriture, deuxième partie

J’ai toujours fait les choses un peu à ma tête, j’apprends d’une manière moins conventionnelle, je perçois la vie avec ma vision bien personnelle. Okay, tout le monde est différent, comprend et apprend de manière unique. Disons plutôt que je ne suis pas très bonne pour me perdre dans des moules. Alors même si j’ai étudié en littérature quelque temps, même si j’ai toujours écrit et même si j’ai décidé d’aborder le roman, je le fais à ma manière et comme je le sens surtout. Dans toutes circonstances de ma vie, l’émotion passe avant tout. Je suis une femme de feeling et je tends de plus en plus à développer cela dans tous les pans de ma vie. Mon rapport à l’écriture a donc toujours été plutôt intuitif, sans jamais vouloir se fondre dans les modèles ou suivre les «façons de faire». Ça m’a pris des mois pour me détacher de toutes les influences extérieures qui, me semblait-il, me gardaient toujours trop à la surface de ce que je cherchais à atteindre dans mon écriture …

L’envers du décor- processus d’écriture, première partie

Il m’est arrivé, à quelques reprises déjà, d’effleurer le fait que je suis présentement, et ce depuis plusieurs mois, en plein processus d’écriture. J’ai pensé qu’il serait intéressant de vous partager l’envers du décor de l’élaboration d’un roman, à partir de mon expérience personnelle. Voici donc, en deux parties, le récit de mon voyage au cœur même de la littérature. Tenez-vous prêtes et prêts, parce que oui, une fois de plus, je vous parlerai de Julia Cameron et de son indispensable ouvrage Libérez votre créativité. Je ne peux qu’affirmer tous les changements positifs vers une plus grande réalisation de moi qui me sont venus en traversant ces pages et je n’ai pas fini, oh non! Mais bien sûr, avant de m’élancer dans l’aventure Cameron, j’étais déjà habitée par l’envie de réaliser ce rêve, c’est-à-dire l’écriture d’un roman, mais aussi celui de vivre une «vraie vie d’écrivaine». J’ai toujours écrit pour partager et d’une certaine manière pour publier, sans que ce ne soit le centre de mon désir, mais plutôt une suite. L’art et l’écriture existent …

Se laisser raconter par l’art contemporain

Il n’y a pas si longtemps, je suis passée à travers « l’incontournable » essai L’espèce fabulatrice, écrit par Nancy Houston, paru aux éditions Actes Sud en 2008. Depuis, j’ai l’impression de réfléchir ma vie entière à partir de ce texte. Pour résumer, Nancy Houston interroge ce besoin qu’ont les humains d’inventer des histoires et selon l’auteure, cette capacité humaine à communiquer, à créer des liens entre les choses et les gens et à construire des histoires est à la base de notre existence. Nos vies sont en quelque sorte des fictions, des trames narratives, en lesquelles nous finissons par croire. Lors de mon dernier passage dans la métropole, j’ai eu la chance de découvrir deux fabuleuses expositions d’art contemporain, soit celle de Ragnar Kjartansson présentée au Musée d’art contemporain et y2o_dualités de l’artiste Dominique Skoltz à l’Arsenal art contemporain. À travers les émotions ressenties devant les œuvres des deux artistes, les premières réflexions qui me sont venues étaient sur les thèmes qui me semblaient être abordés. Outre les démarches artistiques des artistes, ce que je voyais, …

Percé, paysage de l’imaginaire

André Breton, écrivain, poète, théoricien, amoureux, féministe, … s’est arrêté à Percé en 1944 et a débuté l’écriture d’Arcane 17. Voilà plusieurs jours déjà que je survole les courants littéraires et artistiques du dadaïsme et du surréalisme, propulsée de liens en liens par la curiosité et l’envie de revenir sur des passages de l’histoire effleurés pendant les études. Le point initial de cet intérêt soudain, Arcane 17, écrit par André Breton. Pourquoi Arcane 17 ? Il y a plusieurs mois déjà, lorsque je suis arrivée à Percé, je marchais sur la 132, entre la pharmacie et chez moi, et j’ai aperçu un petit monument sur la pelouse d’une maison jaune, où il était inscrit : «André Breton (1896-1966) En exil à New York au cours de la deuxième guerre mondiale, le célèbre écrivain français voyage sur les côtes de la Gaspésie à l’été 1944 et séjourne dans cette maison en compagnie d’Élisa. Il trouve en elle et dans la splendeur de Percé, la source d’inspiration de l’une des œuvres majeures de la littérature surréaliste : …

Imre Kertész, l’être sans destin

C’était il y a quelques années déjà. C’était à l’époque où j’étudiais la littérature à l’Université de Sherbrooke. C’était dans un cours qu’offrait Patrick Nicol. C’était un cours sur la littérature du monde. C’était la première fois que j’entendais parler d’Imre Kertész. Imre Kertész est né le 9 novembre 1929 à Budapest, dans une famille juive. 1944 il fut déporté au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Il fut libéré à Buchenwald en 1945. […] Après deux ans passés sous les drapeaux, il mène depuis une vie d’écrivain indépendant et de traducteur d’auteurs de langue allemande tel que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Freud, Roth, Wittgenstein et Canetti qui tous ont eu une influence sur sa création littéraire. Encore trop habituée à la littérature dite classique, je dois avouer que j’ai ressenti un certain malaise au début du cours, tous les romans au programme étaient plutôt de la vague actuelle. Mon malaise s’est rapidement transformé en curiosité et finalement en fascination pour ce type de littérature. Au programme, il y avait Foe de J.M. Coetzee, La lenteur de Milan …

Rencontre avec Marcel Barbeau

Dans la même lignée que mon précédent article, Ma vie par Isadora Duncan, voici le récit de ma «rencontre» avec l’artiste peintre Marcel Barbeau. Dans le passé, le nom Marcel Barbeau est certainement venu à mes oreilles plus d’une fois, sans que je ne lui porte une réelle attention, trop souvent noyé avec ceux d’autres automatistes tels que Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle, Pierre Gauvreau ou Claude Gauvreau. Marcel Barbeau fût l’un des quinze signataires du manifeste le Refus global en 1948. Il y a près de deux mois, j’ai participé à un séminaire de peinture, offert ici à Percé, dirigé par le peintre Jimmy Perron, originaire de l’Isle-aux-Coudres dans Charlevoix (Baie-Saint-Paul). Un certain matin, Jimmy nous invite à choisir une image/photo à partir de laquelle nous esquisserons quelques croquis, pour ensuite entamer un tableau issu des impressions laissées par ces croquis. Après avoir vogué quelques minutes dans ma banque d’images, je me suis arrêté sur une photographie en noir et blanc où apparaissent plusieurs automatistes. La photo a été prise lors de la seconde exposition …

Ma vie par Isadora Duncan

«Le caractère d’un enfant est tracé dès le début, dès le sein de sa mère. Avant ma naissance, ma mère était dans une grande détresse morale, et dans une situation matérielle tragique. Elle ne pouvait prendre pour toute nourriture que des huîtres glacées et du champagne. Quand on me demande quand j’ai commencé à danser, je réponds : «Dans le sein de ma mère, sans doute par suite des huîtres et du champagne, la nourriture d’Aphrodite.»» Ludwig van Beethoven entame pour moi sa Sonata Op. 31 No 2 : III Allegretto, sous les doigts du pianiste Javier Perianes. En fixant la mer étendue devant mes yeux, je sens la musique entrer chez moi et me transpercer en des mouvements purs et nouveaux. Je parviens presque à imaginer Isadora Duncan incarner cette musique avec ses gestes inspirés, entre autres, du mouvement des vagues. «Je suis née au bord de la mer, et j’ai remarqué que tous les grands événements de ma vie se sont produits au bord de la mer. Ma première idée du mouvement de …