Art et créativité
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Journal d’une femme artiste à Percé – Partie IV-

Assise face à l’île (Bonaventure), les dentelles de la mer frôlent presque mes orteils déjà salis de sable rocailleux. J’ai peine à tenir le crayon, mes mains sont encore ankylosées après la trop longue baignade dans l’eau glacée. L’île comme une baleine pleine et immense. Est endormie. Le vent frais, traversé de courants chauds, se pose sur ma peau. Je frissonne. Les vagues sont puissantes, bruyantes, hautes. Elles me font chanceler, délirer, même. Le spectacle est saisissant, comme l’est chaque fois le premier contact avec l’eau.

Depuis le début de l’été, je cherche à dire et à montrer Percé à ma manière. Aujourd’hui, à nouveau dégagée du passé et propulsée dans le présent, je comprends qu’il n’y a rien à dire, rien à montrer.
Mais tout à vivre.

Tout ce qui passe devant mes yeux, sur ma peau et dans mon cœur est d’une beauté sans mot et sans image.

Semblable aux rencontres que j’ai réalisées ici.
Des parcelles d’âmes à découvrir et à redécouvrir tous les jours. Qui me permettent de grandir et de me transformer.
*
J’ai longtemps suivi le courant. Celui de ne pas prendre le temps de me rencontrer réellement et de vouloir très fort fuir, me fuir, à l’autre bout du monde en espérant me voir apparaître dans quelques cafés ou galeries d’art.
Pour l’instant, ça va. Ma vraie place est en moi. Il m’arrive encore de vouloir me fuir, mais je reviens toujours vers moi. Vers mon île, pour l’habiter et m’y construire.
*
Installée, pour l’été, à quelques kilomètres de là où je suis née, je passe ici comme si c’était la première fois. Regard d’étrangère. De voyageuse. De voyeuse (curieuse).

Percé est création, il y a bien sûr les artistes dont je fais l’éloge depuis quelques articles déjà, mais la création est absolument partout. Dans chaque personne, une brillance nouvelle, une vision différente de la vie ou un désir de se réaliser d’une quelconque manière.

Il y a toi, homme bionique de passage que j’ai vu se lever et danser et rire. Et toi, petite femme théâtrale qui glisse à mon oreille des secrets à faire rougir, juste pour m’entendre éclater de rire. Il y a toi, te voir manger ton rouleau printanier avec un couteau et une fourchette, assis bien droit, comme s’il n’y avait rien de plus normal. Et toi, qui cherche à créer la mie de pain parfaite (tu vas l’avoir!). Merci de m’avoir permis d’élaborer encore plus ma culture générale (je sais maintenant que les chats sont les plus populaires de l’Internet, que les arbres ont une durée de vie et que les méduses sont immortelles). Merci à toi, ma coloc, qui m’a ouvert les bras comme une grand-maman pour sa petite fille. Merci à toi pour ta belle folie de sirène (les planètes se sont alignées tout l’été!) et à toi pour ta force tranquille d’œil de lynx. Merci à toi d’être toujours si accueillant lorsque je vais boire ma bière sur la terrasse d’un nouvel espace-temps. Et surtout MERCI À TOI POUR TOUT ! La confiance, les partages, les folies, les fous rires, les cours de cuisine et pour m’avoir offert une si belle place dans ton univers.

Percé, ce sont les gens qui y vivent et les gens qui s’y amarrent. Et pour l’instant, mon île s’est amarrée au quai de ce village.
*Je salue tous les gens qui ont croisé ma route pour un instant ou pour peut-être plus longtemps!*
*
Je suis dans un moment de ma vie où je ne sais pas quel chemin prendre pour la suite. Cet été a été un cadeau que je n’attendais pas. Et j’essaie d’enregistrer le plus d’informations, de sensations, d’émotions et de souvenirs possibles.
*
Appelée
Happée par la mer
Ne plus rien vouloir d’autre au monde que les vagues sur mes cuisses encore blanches
À cause de l’été avancé sous la brume et les orages
Monstres en mouvances
Irrégulières
Comme dans mon rêve
Atterrir en bordure d’océan
Pour longer l’infini

Me laisser prendre
Et m’enfoncer encore aux creux des pierres colorées
Jusqu’à ne jamais vraiment disparaître

La plage de l’anse, avec moi comme seul voyageur
Exister sans regard
Entendue, par la mer, dans mes soupirs

Partir en tête
Sans jamais revenir
Et sans aucune trace
*
Je ne sais pas si c’est le fantôme de Guité, si c’est l’île ou le rocher, si c’est le vent ou les vagues sur mes pieds, je ne sais pas si c’est le parfum dans l’air, les rires ou les regards échangés, je ne sais pas si c’est la brume ou la lumière de 17h sur la mer, la lune ou le cri des corneilles, je ne sais pas si c’est pour chaque rencontre nouvelle, qui s’inscrit en moi au marqueur indélébile, ou les échanges, qui ne sont jamais assez longs, je ne sais pas si c’est tout ça ou encore tout ce qu’il est possible de créer, de découvrir et d’absorber encore, mais je sais que mon histoire d’amour avec Percé vient à peine de commencer.

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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

4 Comments

  1. marlène says

    un coquillage dans la main je pense justement à toi à Percé. Quelle belle rencontre !
    Je crois que je suis devenus amoureuse de Percé comme toi .

    J’aime

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