Littérature québécoise
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J’avais toujours rêvé de Prague

J’aime mieux la fiction. Guillaume m’a dit : tu as de la difficulté à différencier le réel de la fiction. (…) L’écrire me permet d’ancrer ma présence au monde, me permet de me sentir vivante, me permet de bouger, de travailler. Sans le livre, je suis une coque vide.

Il y a des romans que je sens déjà que je vais aimer juste à lire le titre et la quatrième de couverture. J’ai tout de suite l’intuition que je connecterai avec l’histoire et l’auteur sans pourtant en savoir grand-chose. Un peu comme quand je planifie mes voyages; il y a certains endroits que je sais d’avance que je vais adorer. J’ai eu cette impression en décidant de partir à Portland en Oregon dernièrement. Je voulais déjà me marier avec cette ville avant même d’y avoir posé les pieds pour la première fois.

Prague de Maude Veilleux m’a tout de suite fait cet effet. Je suis tombée sur un extrait dans la chronique sur la rentrée littéraire québécoise. Il ne disait pas grand-chose, mais j’ai tout de suite eu un coup de cœur : « Le livre avait beau parler du couple ouvert au début, ce n’était plus tout à fait le sujet. Le sujet, c’était je-ne-sais-plus-trop-quoi. Le sujet, c’était mon angoisse à ne plus aimer quelqu’un qui m’avait sauvée, qui avait tout pour me plaire, qui m’aimait, que j’aimais. »

Évidemment, comme je me suis séparée dernièrement, il est évident que je suis plus réceptive à ce genre de thématique, mais ce n’était pas juste ça.

J’étais dans une période de ma vie pendant laquelle j’avais envie de lire du vrai. Des histoires réalistes, simples, mais poignantes. Des récits qui viendraient me chercher. J’ai pensé que Prague allait répondre à tous ces critères et je n’ai pas été déçue.

Peut-être que mon intérêt pour les écritures de l’intime est dans la rencontre de l’autre. Sans façade ni mensonge. Une proximité impossible autrement. Parce que l’auteur ne peut pas mentir s’il veut réussir son roman. Un huis clos de l’âme.

Je suis émue par la lecture du roman de cette fille perdue, maladroite, mais touchante. Une fille qui désire expérimenter la solitude tout en ayant terriblement peur d’être seule.

Le livre s’ouvre sur l’achat impulsif par deux amants d’un billet pour Prague lors d’une soirée un peu trop arrosée. On comprend un peu plus loin que le voyage ne devrait pas avoir lieu, car l’héroïne est mariée. Cependant, elle et son mari ont décidé d’ouvrir leur union à d’autres aventures. Mais l’expérience s’avérera plus complexe qu’elle ne semblait l’être au départ puisque bien vite, Maude ne respecte plus les règles de l’entente et s’oublie dans les bras de son amant en allant trop loin.

Cela finit donc par raconter l’histoire d’un couple qui décide de devenir ouvert pour se renforcer, mais qui se perd peu à peu. On y suit aussi les tribulations de l’héroïne qui veut écrire un roman sur cette expérience, mais qui perd le contrôle de son récit en même temps que celui de sa vie.

La fiction que je m’imposais pour écrire le livre m’avait engloutie. J’avais cessé de l’écrire et j’avais commencé à la vivre.

La fiction et la réalité finissent par se confondre sans qu’elle sache comment démêler le tout. En effet, on ne joue pas si facilement avec l’amour. Ni avec l’écriture.

Ce n’est pas seulement un roman sur l’échec d’une relation et l’adultère, mais aussi sur le travail d’écriture. Elle nous partage son blocage et ses angoisses de ne plus être capable d’aller jusqu’au bout du roman et ne pas être capable de transcrire avec justesse l’histoire. Elle se demande aussi comment parvenir à raconter sa vie sans abimer au passage les gens qui nous entourent. Écrire sur soi n’est jamais facile.

Le roman n’est pas structuré et parfois un peu brouillon, mais c’est à l’image de l’héroïne donc on lui pardonne.

À lire beaucoup trop rapidement en ce début d’automne.

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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

5 Comments

  1. Amélie Panneton says

    Oh que tu me donnes envie de le lire…! Je l’avais vu passer, mais j’avais pas vraiment accroché. Très bon billet!

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