Littérature québécoise
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Mettre un terme à la Bête

Je l’ai enfin entre mes mains, Abattre la Bête le p’tit dernier de David Goudreault! Quelle surprise quand Martine et Marjorie m’annonçaient qu’elles me le réservaient! C’est qu’il faut savoir que ma réputation est faite. Tout mon entourage connaît mon amour pour le travail de l’auteur, slameur, poète, travailleur social : David Goudreault. Cet homme m’impressionne par le pouvoir de sa plume qui me percute chaque fois. Il a le talent de me choquer, de me déranger, de me faire haïr au plus profond de mon être de féministe son personnage qu’est la Bête. Ce qui est surprenant, c’est que l’auteur réussit à rendre son personnage misérable dans un paragraphe et à faire en sorte dans le suivant que j’ai envie de le prendre dans mes bras pour le réconforter.

C’est après La Bête à sa mère et La Bête et sa cage que j’ai retrouvé la Bête dans ce dernier et troisième tome tant attendu et qui a comblé mes attentes. La Bête est un personnage méprisable, et il le reste. On le retrouve cinq ans plus tard, évadé de Pinel, l’hôpital psychiatrique. On y retrouve une Bête pas tellement changée, malgré ses cinq ans entourés de « fous » et d’intervenants psychiatriques. Ses idéaux et concepts restent les mêmes, très douteux. Il est resté toujours aussi égocentrique, malsain et imbu de lui-même. Il a cependant une chose que ses années en prison et dans les systèmes gouvernementaux lui ont apportée : la débrouillardise. Je ne peux pas le nier, malgré que je trouve ses idées complètement connes, on y retrouve une certaine intelligence, car il réussit toujours à se débrouiller.

La Bête, une fois en liberté dans les rues de Montréal, doit se cacher. Il le sait, c’est documenté, il est recherché. C’est pourquoi il décide de modifier son apparence physique en devenant un punk. Quel étrange mélange, un pseudo « rappeur » déguisé en punk qui sera bien évidemment accompagné d’un chihuahua. Dans ces rues, il trouvera du réconfort dans les bras de Bébette, une jeune anarchiste punk dont il se persuadera qu’elle est amoureuse de lui (parce qu’il pense être un Don Juan). C’est par contre dans les bras de celle-ci que j’ai pu faire la rencontre d’une Bête sensible et qui commence à faiblir. Son impulsivité se fait encore plus sentir, parce qu’il sent sa fin, il sait que son histoire est bientôt terminée. Il se liera également « d’amitié » avec une vieille pute et ensemble ils tenteront de retrouver sa mère.

Goudreault a le pouvoir de faire rire les gens. Il a le talent de traiter de sujets importants avec humour et ridicule et c’est pourquoi j’admire son écriture. Il réussit chaque fois à me faire vivre diverses émotions et ses livres me font du bien.

C’est donc avec regret que je dis au revoir à la Bête. Heureusement, tout est documenté.

Connaissez-vous des personnages tellement détestables que vous commencez à les aimer?

*

J’ai eu la chance de poser quelques questions à David Goudreault.

1. Comment vous sentez-vous de dire « au revoir » à la Bête? Est-ce que cela se vit comme un deuil? Oui, il y aura un deuil à faire. On s’attache à cette petite bête-là. Je devrai surtout vivre sans la possibilité d’utiliser sa voix pour dire certaines énormités. C’était thérapeutique.

2. D’où vous est venue votre inspiration pour créer ce personnage autant haïssable qu’attachant? C’est de la fiction, rien d’autobiographique, ou presque. C’est inspiré de ce que j’ai vu et vécu professionnellement, en tant que travailleur social.

3. Je vis un sentiment d’amour/haine avec la Bête, mais, vous, quel est votre lien avec votre personnage? Que de l’amour! Et de la compassion. Les individus de ce genre m’exaspèrent dans la réalité, mais en littérature, j’adore!

4. Pourquoi la Bête n’a-t-elle pas de nom? Elle en a un, il faut lire la trilogie jusqu’aux dernières pages pour le découvrir.

5. Pourquoi n’en avoir fait que trois tomes? C’est déjà beaucoup! Et je veux explorer d’autres univers, poursuivre mon exploration avec d’autres personnages. Même si ces romans connaissent un grand succès, je veux passer à autre chose.

6. Je considère vos romans comme une critique de divers systèmes gouvernementaux (la DPJ, la prison et maintenant les hôpitaux psychiatriques). Ai-je raison de le croire? Et si oui, pourquoi est-ce important pour vous de critiquer ses systèmes à travers vos romans et recueils de poésie? Vous avez absolument raison. Je considère ces livres comme des romans engagés. La dénonciation par l’absurde, par l’exemple extrême, me paraît plus efficace qu’une campagne de sensibilisation.

7. Pouvons-nous nous attendre à d’autres romans de votre part? Tellement! J’y travaille déjà.

8. Qu’est-ce que vous a apporté l’écriture? Rien, c’est l’écriture qui m’a beaucoup apporté. On n’invente rien, on redit à notre manière. Tous les écrivains sont de grands voleurs, que ce soit conscient ou pas. On s’imprègne du quotidien, de la vie de nos proches, de nos jobs, et on le met à l’écrit. Simple et complexe à la fois, comme la vie.

9. Comment se déroule votre processus d’écriture? Beaucoup de notes préparatoires, un long plan détaillé par chapitres et des centaines d’heures d’écriture, le matin de préférence.

10. Est-ce difficile de passer de la poésie au roman? J’ai des phases d’écriture dans un genre ou l’autre. Des chroniques pour les journaux se sont ajoutées cette année, pour ajouter à la tâche. Je donne l’impression de faire plein de choses différentes, mais c’est toujours le même geste : écrire!

11. Comment décrivez-vous votre style d’écriture? Imagé et généreux. Je suis encore impressionné que des lecteurs acceptent de se pencher sur mes livres pendant plusieurs heures. J’en suis reconnaissant et j’essaie de leur offrir le meilleur livre possible.

12. Quel est votre roman préféré? La vie devant soi, de Romain Gary

*

Je tiens à remercier la maison d’édition Stanké de m’avoir permis de lire le tout dernier Goudreault!

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