Bibliothérapie
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Quand le roman aide à accepter la maladie mentale d’un proche

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La santé mentale est un thème qui m’interpelle particulièrement dans la littérature. Ayant un proche qui vit avec une maladie mentale, les romans qui traitent de ce sujet ont souvent eu un grand effet thérapeutique sur ma personne en m’aidant à mieux comprendre les symptômes d’une maladie mentale et à conserver un regard humain sur cette réalité, sans jamais sombrer dans la haine ni la colère.

Parmi mes découvertes littéraires des dernières années, quelques ouvrages abordant ce thème m’ont apporté beaucoup de bien, notamment Borderline (2000) de Marie-Sissi Labrèche, Pivot de Marie-Ève Cotton (2017), La cloche de détresse (1963) de Sylvia Plath, Demain j’étais folle (2014) d’Arnhild Lauveng, Matricide (2017) de Katherine Raymond, et Profession du père (2015) de Sorj Chalandon. Aucun ne m’a toutefois autant ébranlée que Neurotica (2014) de Mélanie Gélinas.

L’innocence de l’enfant, la douleur de l’adulte

Dans la première partie de ce roman fragmenté, on suit l’histoire d’Anna Ouellet, âgée de huit ans, dont la mère souffre d’une « maladie des émotions », comme le dit la jeune narratrice. Le récit débute avec l’automutilation d’Anna, qu’elle réalise lors d’une chicane entre ses parents afin de les empêcher de divorcer. Elle se retrouve alors hospitalisée à l’Hôtel-Dieu, où, suivie par un psychiatre, elle explore son enfance particulière : sa relation avec sa mère malade, le stoïcisme et le déni de son père (qui interrompra la thérapie de sa fille, n’y voyant pas la pertinence),  sa résidence à Habitat 67, et sa vie d’enfant dans le Montréal des années 70. La deuxième partie du livre nous entraîne par la suite dans la vie adulte de la narratrice, où elle retourne en thérapie et affronte ses démons intérieurs suite à l’internement psychiatrique de sa mère.

L’autrice a su raconter avec brio l’innocence d’une enfant qui ne veut pas que ses parents se séparent. Tout au long de la première partie, on ressent l’intensité de la détresse d’une enfant qui comprend bien que sa mère est différente, même si elle ne peut nommer la maladie, et qui vit une grande culpabilité à l’égard de l’effondrement de sa famille.

La culpabilité fait place à une grande douleur et à un sentiment d’incompréhension lorsqu’on bascule dans la vie adulte d’Anna. La narratrice fait souvent référence aux « nœuds », ceux qui sont dans sa propre tête, ceux qui sont dans la tête de sa mère, ceux qu’elle doit irrémédiablement démêler à l’âge adulte pour surmonter son traumatisme d’enfance :

« Ce n’est pas ta maladie, mon rêve, mais en même temps, c’est ta maladie qui a fait mes yeux. Ta maladie et toi, ça m’a humiliée toute mon enfance. Comme les enfants méchants de mon école. Ça m’a blessée. M’a fait saigner du nez. M’a fait inventer des réparations.

Pas capable des choses comme les autres, mais capable de choses dont les autres ne sont pas capables.  

Il y a plusieurs personnes en toi, Maman, qui ont fait la guerre à mon enfant. Et je suis incurable de cet Amour primordial. Quand on a sept, huit, neuf, dix ans, on  n’a pas encore assez de vocabulaire et d’expérience pour nommer ce qu’on a vu et ressenti et qui nous a révolté. On a les moyens d’un sourire en lèvres de Joconde. Et on reste en guerre à l’intérieur.

Il n’y a jamais de cessez-le-feu. »

Une fois les nœuds démêlés, une fois la paix retrouvée, il ne restera que l’amour inconditionnel d’une fille envers sa mère, même au-delà de la mort.

Quand les mots rejoignent les émotions

Avec Neurotica, il s’est produit une adéquation parfaite entre les mots de l’autrice et mes propres sentiments. C’était la première fois que je tombais sur une autrice qui avait mis en mots exactement ce que je pensais et ressentais par rapport à la maladie mentale de mon proche, bien que les contextes entourant nos deux réalités différaient sur plusieurs aspects. La portée du livre a donc transcendé le récit en créant une solidarité entre l’autrice et la lectrice, et  c’est ainsi que ce roman m’a procuré un grand sentiment d’humanité et de bien-être, malgré le récit très dramatique. L’effet thérapeutique de l’écriture de l’autrice fut donc double; pour elle-même, et pour moi, la lectrice.

Neurotica est donc un roman très dur par son sujet, dont la lecture ébranlera forcément le.la lecteur.trice, mais qui, paradoxalement, lui fera aussi un très grand bien en lui rappelant qu’il existe de la beauté dans tout, même dans la maladie mentale.

Et vous, avez-vous des suggestions de lectures qui abordent la santé mentale?

Note : Pour celles et ceux qui souhaiteraient approfondir leurs découvertes littéraires et leurs connaissances en matière de maladies mentales, le cahier Santé mentale de  l’initiative Biblio-Aidants est une très belle ressource qui proposent plusieurs suggestions pertinentes de lecture (essais, romans, bandes dessinées, etc.) sur le sujet. Jetez-y un coup d’œil!

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