Réflexions littéraires
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L’intemporalité de La Servante écarlate

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Il y a de ces livres qui traversent les années et qui laissent dans leur sillage une trace indélébile. Et malgré le passage du temps, les lecteurs et les lectrices se souviennent précieusement de ces histoires qui les ont fait réfléchir et qui les ont marqués d’une façon souvent très personnelle et subjective. Ces personnes, elles sont de tous âges et de tout temps. Elles ont lu les œuvres en question à une époque différente de leur vie, époque qui, sans le savoir, avait parfois elle-même un impact sur la réception. Je fais partie de ces privilégiés. D’une catégorie bien précise, en fait ; celle qui a lu sur le tard une œuvre dont l’essence est toujours encore autant d’actualité, voire davantage aujourd’hui qu’au moment de l’écriture.

Une lecture toute fraîche

La Servante écarlate de Margaret Atwood est l’exemple par excellence de ce que je tentais d’expliquer dans les lignes qui précèdent. Je vous passe le résumé du roman que vous pouvez d’ailleurs retrouver dans un autre article sur Le fil rouge, intitulé Un petit vertige : relire Margaret Atwood. La lecture que j’ai faite en 2018 de l’œuvre écrite en 1985 par cette autrice canadienne de renom me semble tout à fait révélatrice de la société dans laquelle nous évoluons de nos jours. Un passage de la quatrième de couverture me confirme que mon impression n’est pas fausse :

« Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. »

Télérama

Entre aujourd’hui et hier

D’emblée, le récit m’a paru très plausible et réaliste, ce qui, je l’accorde, peut s’avérer particulièrement effrayant vu l’horreur des faits qui sont relatés dans ce qui prend la forme d’un journal laissé derrière par une servante écarlate, Offred, soumise au régime dictatorial de la République de Gilead. Dans ce roman, Margaret Atwood traduit un futur proche, un futur possible, qui prend racine dans la fiction, oui, mais qui nous rappelle par moments certains événements récents ayant pris forme dans notre triste réalité. L’avenir sombre qui se dessine sous la gouverne d’un homme tel que Donald Trump ne présage rien de bon pour personne, mais plus spécifiquement pour les femmes qui, une fois de plus, payent le prix cher en raison de leur genre.

Prédire le futur

Je dois l’avouer, bien des choses ont changé, et ce, pour le mieux depuis 1985. Vous m’en voyez réjouie. Il demeure que plusieurs puristes de ce monde s’accrochent désespérément aux valeurs traditionnelles du passé, et ce, au détriment des avancements sociaux que d’autres tentent de mettre de l’avant coûte que coûte. Malheureusement pour nous, ces puristes occupent couramment des postes d’importance qui leur donnent un pouvoir décisionnel. En d’autres termes, ils se retrouvent souvent à la tête de nos gouvernements. L’autorité que nous leur octroyons, grâce à ce que beaucoup appellent la démocratie, les rend tout puissants. Régnant du haut de leur trône, ils pensent avoir le devoir, voire l’obligation, de choisir ce qui est bon pour nous, pour tous. Cela va jusqu’à décider des droits que nous avons sur notre propre corps, ce qui nous ramène à la désolante histoire de La Servante écarlate. Vous pensez peut-être que j’exagère légèrement. Laissez-moi vous prouver le contraire.

En juin 2018, pas plus tard qu’il y a cinq mois, le départ à la retraite d’un juge de la Cour suprême des États-Unis crée tout un émoi puisque son remplaçant pourrait être un conservateur s’opposant à « Roe v. Wade », décision prise en 1973 qui rend l’interruption volontaire de grossesse légale à l’échelle nationale. Nous savons aujourd’hui l’issue de cette nomination, à savoir celle de Brett Kavanaugh, sur qui pèsent des accusations d’agressions sexuelles. N’est-ce pas la preuve que nous reculons éthiquement parlant, tout en nous rapprochant dangereusement d’un avenir obscur, pas trop loin de celui qui nous est décrit par Margaret Atwood? L’adaptation télévisée du roman dans les dernières années prouve bien que les propos d’Atwood sont toujours aussi pertinents comme le soulevait aussi une autre de mes comparses du Fil rouge dans l’article suivant : La servant écarlate : une dystopie d’actualité, sur papier comme à l’écran. Atwood, qui soulève la tendance de certaines personnes à se déguiser en servantes écarlates lors de l’Halloween ou lors de manifestation dans la postface de la nouvelle édition du roman publié en 2015, en vient même à se demander : « est-ce un divertissement ou une sombre prophétie politique? Est-il possible que ce soit les deux? » (p. 514)

Alors qu’elle affirme en 1986 que la critique américaine portant sur son roman se demandait : « Combien de temps nous reste-t-il avant que ça n’arrive ? », je crois foncièrement que cette question a autant, voire davantage, sa place aujourd’hui dans le discours se rapportant à l’œuvre. Nous ne sommes pas à l’abri de ce genre de déchéance. Je finirai avec les mots de Margaret Atwood dans le but de mettre un peu de lumière sur une éventuelle noirceur à venir :

« Quand on me demande si l’histoire de La Servante écarlate est sur le point de « devenir vraie », je me dis qu’il y a deux avenirs dans le livre, et que si le premier « devient vrai », le second le pourrait aussi. (p. 522) »

Et vous, connaissez-vous de ces œuvres qui demeurent toujours pertinentes à travers les années?

La Servante écarlate, Margaret Atwood, Paris, Éditions Robert Laffont, 2015, 522 p.

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

 

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par

Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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