Auteur : Martine Latendresse Charron

Les enfants terribles

Je voulais vraiment lire Gabriel est perdu de Julien Roy. Lors du sondage pour choisir la lecture du mois de mai du défi En 2015, je lis un livre québécois par mois, j’avais proposé ce choix. J’ai été déçue quand j’ai su qu’il n’avait pas été choisi, mais ça ne ma pas arrêtée. Je lis le blogue de l’auteur, In the 10’s, depuis quelques années déjà, alors quand j’ai appris l’année dernière qu’il faisait une campagne de socio-financement pour écrire son premier roman, j’étais curieuse. Je pense que c’est cette attente et cette curiosité vis-a-vis l’oeuvre qui ont fait que je suis un peu restée sur ma faim suite à la lecture de Gabriel est perdu. J’ai reconnu ses thèmes de prédilection, les relations hommes-femmes, le sexe, le désir et la passion. C’est l’histoire de Gabriel, un gars perdu (!) qui collectionne les soirées avec son meilleur ami Alex à boire de la bière et fumer des joints (ou plus si affinités!), un éternel cynique face à l’amour qui voit sa vie entière changer suite à sa …

« Walmart : Journal d’un associé » d’Hugo Meunier : Nouvelle lecture de juin du défi littéraire

Suite au vote survenu sur le groupe Facebook de l’événement En 2015, je lis un livre québécois par mois, nous allons lire « Walmart : Journal d’un associé » d’Hugo Meunier. C’est la première fois depuis le début de l’année que nous allons lire un essai québécois, plutôt qu’une oeuvre littéraire, vive la diversité! (J’espère vraiment que nous aurons la chance de lire une bande dessinée québécoise au cours de ce défi!) Alors voici la petite description de l’essai offert sur le site de Lux éditeur : « Katia, ma boss de La Presse, trouve que je prends mon nouveau travail trop à coeur, que j’en oublie même un peu pourquoi je suis devenu associé. Je ne pense presque plus à mon reportage. Je pense à mes palettes, mes livraisons, mes rotations, mon over et mon facing. Je pense Walmart. » Journaliste à La Presse, Hugo Meunier s’est infiltré pendant trois mois dans une succursale de Walmart, au nord de Montréal. Pendant sa vie d’« associé », il a tenu un journal dans lequel il …

Six romans pour (re)découvrir Montréal

Montréalaise depuis toujours, je me plais à retrouver ma ville en littérature. Parfois, elle ne sert que de décor dans une oeuvre littéraire, d’autres fois elle est un personnage, mais toujours elle rend compte de ses habitants. La diversité, l’histoire, la richesse, la lourdeur, les paradoxes, les beautés de notre métropole y passent. La littérature québécoise a cette qualité, elle ne fait aucune discrimination. Les régions comme la métropole y sont représentées et ce, dans leur plus grande beauté comme dans leur plus grande dureté. Voici donc quelques titres où Montréal est représentée. JE SAIS qu’il en existe des centaines d’autres, mais ce sont pour moi, ceux qui représentent le mieux Montréal. Dites-moi dans les commentaires quel livre met le mieux en scène Montréal (ou votre propre ville) selon vous ? Côte-des-Neiges  Côte-des-nègres, Mauricio Segura Ce roman de Mauricio Segura fait partie de cette littérature migrante du Québec. Entouré de grands nom comme Kim Thuy, Dany Laferrière, Ying Chen et bien d’autres, Mauricio Segura nous offre une nouvelle version de son Montréal. Ce roman qui se …

Ces romans qui forgent l’adolescence

Se reconnaître en l’autre. Sentir qu’on n’est pas tout seul. Avoir l’impression d’être accompagné, le temps de quelques pages. Voici l’effet que font ces lectures de l’adolescence. Elles sont marquantes, non seulement vis-à-vis notre relation avec la lecture en général, avec nous-mêmes. Les personnages, les auteur-es, les mots, les mondes imaginaires, ils peuvent tous nous aider et nous en apprendre davantage sur ce que c’est de vieillir et de traverser l’adolescence. Voilà pourquoi j’ai voulu vous présenter ces quelques romans qui ont forgé mon adolescence. J’espère que certaines lectures vous feront ressentir un peu de nostalgie face à cette période de bouleversements, d’apprentissages et de questionnements. Je suis aussi curieuse d’en apprendre davantage sur vos romans d’adolescence. Parfois, il ne s’agit pas des livres les mieux écrits ou des plus littéraires, mais de ceux qui ont le plus résonné en vous. Ou qui vous ont le plus marqués… Voici ma petite liste personnelle. Amusez-vous à créer la vôtre dans les commentaires! L’attrape-coeurs, JD Salinger   J’en ai déjà parlé dans un de mes premiers articles …

15 ans d’amitié: ma plus grande certitude

Il y a quinze ans presque jour pour jour, j’allais acheter du lait avec ma mère et mon schnauzer Picasso, à mon camping. Arrivées au dépanneur, un garçon demanda à ma mère si mon chien était un mâle, car il avait une femelle et qu’il voulait la faire accoupler. Ma mère lui avait donné notre numéro de terrain et, quelques heures plus tard, une famille, qui sans le savoir allait devenir ma deuxième famille débarquait chez moi. (Pour la petite histoire, l’accouplement n’a jamais fonctionné…) C’est comme ça qu’a commencé une des plus belles histoires de ma vie. Sophie portait un imperméable violet, moi rose. Sa mère m’a invitée à aller jouer au parc et j’ai eu peur dans la voiture parce qu’ils avaient laissé la valise ouverte. On s’est à peine dit un mot, en se balançant. Toutes les deux gênées, toutes les deux pareilles. Je ne sais plus comment on s’est revues, reparlées, rappelées, mais ça n’a jamais arrêté (sauf la fois où j’avais peur de la magie blanche). Depuis quinze ans, tu m’écoutes, …

Le phénomène des tiny houses

Depuis quelques mois, j’ai découvert le phénomène des tiny houses et j’ai été curieuse d’en apprendre davantage. Dans une ère où les maisons sont excessivement plus grosses qu’il y a cinquante ans et ce, pour aucune raison, je me questionne chaque fois que je passe devant ces « cabanes » comme on les appelle, combien de gens peuvent habiter dans tant de pièces? Les familles étant souvent de 4, voire 5 personnes, j’arrive difficilement à comprendre la possession d’une maison à 15 pièces. Ces questionnements me mènent encore à des éléments de réponse tels que surconsommation, paraître et possession. On le sait, les possessions matérielles nous ont souvent vendu le rêve d’un bonheur ultime, mais j’en reviens à me demander pourquoi posséder tant de choses et tant d’espaces ? C’est un peu pour toutes ces raisons que je m’intéresse à ce phénomène ainsi que pour des raisons minimalistes, économiques et aussi de design. Derrière une optique de contrer le rêve américain beaucoup trop axé sur un monde de (sur)consommation, le mouvement des Tiny houses (ou des micromaisons en français) gagne de …

« Ce qu’il reste de moi » de Monique Proulx : Nouvelle lecture de mai du défi littéraire

Et voilà, vous avez voté pour la lecture du mois de mai, il s’agira de « Ce qu’il reste de moi » de Monique Proulx, publié aux Éditions Boréal fin avril. Les deux autres choix étaient Gabriel est parti de Julien Roy et Jeanne chez les autres de Marie Larocque. Pour savoir ce que nous avons pensé de la lecture d’avril, cliquez ici. Écrivez-nous dans les commentaires ce que vous en avez pensé! Voici une description de l’oeuvre Qu’ont en commun l’hassid de la rue Durocher se pressant vers la synagogue, l’artiste qui donne une performance dans son atelier du quartier des spectacles et la foule au centre Bell galvanisée par un but des Canadiens ? Ils ont Montréal. Ils ont la ferveur, l’appel au dépassement, la quête de transcendance enfouie dans le sol montréalais. Selon Monique Proulx, un gisement mystique se cache sous les pieds des Montréalais, les contaminant et les embrasant, et c’est là leur plus grande richesse – bien davantage que le gaz de schiste. Vingt ans après son recueil de nouvelles …

«Blues nègre dans une chambre rose» de Jennifer Tremblay vu par l’équipe du fil rouge

Ce que j’en ai pensé : La lecture du mois d’avril Blues nègre dans une chambre rose de Jennifer Tremblay est sans doute la plus tendre depuis le début du défi du défi littéraire. Loin des clichés des histoires d’amour traditionnelles, nous avons affaire à une passion dévorante, celle de Fanny et de Bobo. J’ai été agréablement charmée par le récit, mais surtout par la plume de Jennifer Tremblay. Elle a su, avec douceur et délicatesse, nommer les émois vécus par Fanny. Les émotions ressenties par cette amoureuse étaient parfaitement justes et senties. Bobo étant un musicien très connu et demandé qui fait le tour du monde et surtout, un homme marié, Fanny n’a droit qu’à des parcelles de cet amour et c’est cela qui devient rapidement un problème. Elle s’accroche à un idéal impossible et se fait du mal en tentant de retrouver cette passion avec Bobo dans les bras d’autres que lui. Or, c’est réellement une passion, comme peu connaîtront, qui envahit le personnage de Fanny. Il faut comprendre sa dépendance, son obsession pour …

Le bestiaire des fruits et le rire de la lectrice

Je me souviens vous avoir dit un jour que je n’étais pas le genre de lectrice qui s’exclame de rire en lisant, je suis plus du genre petit sourire. Mais Bestiaire des fruits m’a fait rire à haute voix! Zviane raconte, dans ce roman graphique, la meilleure chose qui lui est arrivée sur le plan gustatif: déménager à Saint-Laurent en 2001. Pourquoi ? Parce que dans son supermarché, il y avait des tonnes de fruits exotiques et qu’elle s’est donnée le mandat, en bonne samouraï des fruits, de les goûter, les déguster, les découvrir et les noter. Et oui, Zviane note chacun des fruits auxquels elle goûte selon différents critères: le goût, l’aspect, la propreté et la commodité. Un beau total sur 40 qui viendra nommer le meilleur fruit exotique ! C’est absurde, mais ô combien drôle. Il suffit de la voir goûter à La nègle avec son amie Iris ou de la voir essayer d’ouvrir une noix de coco pour rire, simplement . On en apprend des choses tout de même dans ce livre. …

Mines de rien, le sexisme ordinaire

 Chroniques du sexisme ordinaire, c’était le titre des chroniques de Simone de Beauvoir dans Les temps modernes. Ça pourrait aussi être le titre de ce bouquin publié aux éditions Remue-Ménage, Mines de rien. Écrit par trois enseignantes de littérature, Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin, le livre se veut un ensemble de chroniques plus ou moins longues dénonçant ces petites choses qui font, « mines de rien », creuser ce sexisme ambiant et ces inégalités révoltantes. Féministes, elles osent ouvrir une parcelle de leurs intimités, de femmes, de féministes, d’enseignantes, pour nommer ces choses qu’on ne prend presque plus la peine de dire, tellement elles deviennent ordinaires, banales. Et c’est ce qui est le plus grave et le plus révoltant. Sous forme de petits chapitres, les auteures nous racontent des situations de leurs vies ou des faits sociaux qui viennent nous rappeler le sexisme ambiant, les inégalités de genre et la force du mouvement féminisme. Sans utiliser le discours universitaire habituel, elles sortent des carcans et nous offrent des chroniques teintées d’humour, d’irrévérence, d’honnêteté et de …