Auteur : Fanie Demeule

5 raisons d’adopter Le Défi végane 21 jours d’Élise Desaulniers

Je n’ai pas choisi de lire le dernier livre (Essai? Manuel? Manifeste?) d’Élise Desaulniers dans le but d’entreprendre le défi du végétalisme pour trois semaines et ce, pour la simple raison que je suis déjà végétalienne depuis plus de quatre ans (voir mon histoire de fille végétale). Entreprendre ce mode de vie fut pour moi une épiphanie et probablement l’un de mes meilleurs choix à vie. Le moins que je puisse dire est que de manger 100% végétal me réussit glorieusement. La raison pour laquelle j’ai voulu vous faire part de ma lecture du Défi végane, est qu’Élise Desaulniers est celle qui m’a incitée à faire le saut en 2012. Après avoir lu son ouvrage Je mange avec ma tête : les conséquences de nos choix alimentaires (Stanké), richement documenté et solidement argumenté, j’ai définitivement opté, de fait, pour le végétalisme. Je mange avec ma tête, que je conseille aussi chaleureusement, c’est comme la pierre angulaire dans mon cheminement vegan, même si je dois l’avouer, l’idée me trottait en tête depuis belle lurette. C’est peut-être aussi …

Éloge de la radinerie

Ou comment se réconcilier avec son côté cheap. Parce que je suis radine et que peut-être toi aussi, et que ça suffit d’en avoir honte, j’ai décidé. Pendant (beaucoup trop) longtemps, j’ai perçu cet aspect de ma personnalité comme un gros travers, un vrai défaut, endossé les remarques et critiques négatives à son endroit, me suis même éventuellement résolue à devoir le corriger… pour comprendre que tu peux pas sortir la radinerie de la fille, ni de personne. Et qu’on n’est pas un moins bon humain parce qu’on tient nos comptes à jour ou qu’on hésite avant de s’acheter une autre paire de bottes. Pour la plupart des gens, la radinerie équivaut à un manque de générosité et égoïsme, voire égocentrisme. On sait bien que radin rime avec Séraphin, Saint-Patron du cheapness, et tout ce qu’il évoque; mesquinerie, aigreur, vanité, etc. Pour moi, l’équation n’est plus si simple et plusieurs nuances sont à apporter si on veut vivre chiche sans culpabiliser et surtout en s’assumant telle que l’on est, car pour moi le radinisme est …

Catherine Voyer-Léger, un corps nommé désir

Je n’avais pas encore refermé Désordre et désirs, la dernière publication papier de l’auteure, chroniqueuse et blogueuse Catherine Voyer-Léger aux éditions Hamac, que j’ai été prise de ce sentiment d’urgence que vous avez sans doute déjà éprouvé à la suite d’une lecture particulièrement brillante : recommander le livre à tour de bras. Pour la plume agile, les métaphores palpitantes, les idées nues, le ton juste, mais aussi pour la personne fascinante et accessible que j’ai su rencontrer entre les lignes, c’est ici, c’est dit, lisez le dernier Voyer-Léger! Reprenant la belle image que l’auteure emploie en ouverture, j’ai eu envie de relayer, de relancer les avions en papier, à savoir ces réflexions ouvertes qu’elle sème aux quatre vents, à qui voudra l’entendre.    Le texte provient de son blogue, cette tribune encore mystérieuse des temps modernes qui donne parfois l’impression de taper dans le vide sans obtenir de réponse, comme le remarque l’auteure. Si le format électronique peut sembler désincarné, pour elle, l’écriture est d’abord physique; elle s’ancre dans le corps, s’y développe, et chaque texte …

« Au péril de la mer » – et de la mère – de Dominique Fortier

Il y a quelques années déjà, j’avais été envoûtée par le talent de conteuse de l’auteure québécoise Dominique Fortier avec la lecture de son premier roman, Du bon usage des étoiles (Alto, 2008), hautement salué par la critique. Un faux récit historique de navigation, richement documenté, au verbe vif et brillant comme l’étoile Polaire. L’imaginaire éclectique et l’intelligence de l’écriture Fortier m’avaient alors grandement impressionnée et je m’étais promis de suivre ses prochaines publications. Toujours tourné vers le passé, son dernier-né, Au péril de la mer (Alto, 2015), prend la forme d’un être hybride, partagé entre carnet d’écriture et roman. Présente sur la liste préliminaire du Prix des libraires 2016 – et malheureusement exempte des cinq finalistes provinciaux – cette œuvre apparaît solide et mûre. Je dois l’avouer ici, écrire cette critique m’est pesant tant mon désir de rendre justice au texte de Fortier est grand. Aussi, je lancerai beaucoup de fleurs, à mon sens toutes méritées. D’abord, et c’est maintenant connu, Fortier démontre un talent particulièrement solide pour parler aux âges anciens et les …

Jeunes et ingouvernables: quand l’héroïne guerrière prend d’assaut la littérature jeunesse

L’an dernier, dans un billet intitulé Les Enflammées, je vous ai parlé de la récente récurrence de l’archétype littéraire et filmique de la jeune rebelle, intrépide, rousse et très souvent archère : prenant racine chez Fifi Brindacier, ce type, de plus en plus en vogue aujourd’hui, s’incarnerait ainsi chez Tauriel (The Hobbit), Merida (Brave), Ygritte (Game of Thrones), etc. Comme si sa rousseur symbolisait son « feu intérieur », cet archétype issu de l’imaginaire fantastique proposerait une sorte d’allégorie de la résistance féminine juvénile, ce qui ferait d’elle, en ce sens, un modèle féministe. Dans un autre sens, j’ai émis l’idée selon laquelle la persistance du trope de la relation amoureuse avec un homme consoliderait la compréhension de la figure féminine comme essentiellement sujette et dépendante au rapport hétérosexuel, ce qui problématiserait sa dimension féministe tout en réaffirmant une certaine normativité sexuelle. Prolongeant cette réflexion, il m’apparaît de plus en plus, et c’est peut-être aussi votre cas, qu’au sein de la culture YA (diminution de young-adult fiction, ou littérature pour jeune adulte en français) la …

Nos nostalgies littéraires de Noël

Prenez un moment pour penser à ça, le temps des Fêtes de notre enfance, »quand on était jeunes », avec nos beaux suits de neige et nos robes à froufrous, photos argentiques à l’appui. Tsé, l’époque où on prenait soin de laisser des biscuits à Papa Noël et où la magie des Fêtes était boostée à son plein potentiel lorsqu’on mangeait en cachette les cannes suspendues dans le sapin. Une chose est sûre, dans ce temps-là, on a tous passé des heures devant Ciné-Cadeau. Ces lendemains de réveillons peuplés d’Astérix, de Tintin et de Kevin McCallister resteront gravés à jamais dans nos mémoires. Mais vous souvenez-vous des livres que vous lisiez ou qu’on vous lisait durant ces moments de grâce du congé scolaire? Quels sont les contes, les histoires hivernales qui ont marqué vos souvenirs des Fêtes d’autrefois? C’est avec un brin de nostalgie que quelques collabos du Fil rouge vous partagent leurs coups de cœur littéraires…qui sont peut-être aussi les vôtres! Pour Martine Latendresse Charron, il s’agit de L’arbre de joie d’Alain M. Bergeron. Ce petit …

Les 24 heures du roman, ou quand l’écriture se transforme en aventure

Du 20 au 25 octobre, j’ai eu la chance inouïe (rien de moins) de participer aux 24 heures du roman, une aventure littéraire et ferroviaire rassemblant vingt-quatre écrivain.es de la francophonie, tou.tes différent.es les un.es des autres. Franco-ontarien.es, Acadien.nes, Québécois.es, Amérindien.nes, Français.es, leurs points communs étant la langue française, un immense talent littéraire et un goût certain pour les défis de taille. Aujourd’hui, 10 novembre, j’ai la nostalgie d’un voyage presque initiatique à travers lequel l’expression « quand la fiction dépasse la réalité » a pris tout son sens. Car si l’objectif ambitieux du projet des 24 heures était justement d’écrire un roman en 24 heures (et, on l’aura compris, par vingt-quatre écrivain.es), l’aventure en elle-même mérite son propre récit. De Moncton à Toronto, en passant par Halifax et Montréal, c’est par ici pour les coulisses des 24 heures du roman… Qu’est-ce que c’est les 24 heures du roman, au fait? En gros, une course d’écriture collective contre la montre et en mouvements – ça brasse, un train! Le projet, pensé et organisé par Anne …

Autour des livres : Rencontre avec Fanie, collaboratrice chez le Fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires. Pour cette édition, notre collaboratrice Fanie s’est prêtée au jeu !  1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? Je ne savais pas encore lire. Mon grand-père, lorsque j’allais le visiter au chalet, me chantait de vieilles chansons et me lisait des contes. Dans la bibliothèque, il y avait une petite …

Renard, traversée poétique de Simon Philippe Turcot

J’ouvre le recueil et tombe dans le paysage: Le visage peint je suis entré en forêt, fou dans le mur de pics, la peur dans les jambes d’être perdu, piégé. Poitrine battante j’ai marché, couru les yeux rougis de sueur et suis enfin sorti des neiges, des troncs cordés. Devant moi la route s’enfuyait. Comme nous. L’oreille tendue je l’ai prise, avec la ferme intention de vivre fort. Paru le 8 septembre aux éditions La Peuplade, Renard est le troisième livre de Simon Philippe Turcot, éditeur et auteur saguenéen. Précédemment, il a publié, chez La Peuplade, le roman Le désordre des beaux jours en 2007, ainsi que le recueil de poésie Le paysage est un atelier chez Les Heures bleues, en 2007. De plus en plus reconnue, la maison d’édition La Peuplade, que Turcot a cofondé avec Mylène Bouchard au Saguenay-Lac Saint Jean il y a plus de dix ans, s’est donnée pour mission de peupler le territoire. Son recueil Renard participe activement à cette mission. Quelque part entre récit et poésie, Turcot, à travers …

Ces textes de mots et d’os

Pour moi, la maladie de l’anorexie naît dans le langage. Lorsqu’on est anorexique, il n’y a plus de mots. Ils manquent à l’appel, ou bien nous restent coincés dans la gorge, nous étouffent lorsqu’il faut verbaliser le mal qui est en nous. On se dit que plus rien ne vaut la peine d’être dit, que les paroles ne mènent nulle part. Converser devient de trop, insipide. C’est alors que le corps prend le relais, avec son propre langage minimaliste composé d’os, un langage de terreur qui dit bien fort l’imprononçable, à la manière d’un texte vivant, hurlant. Si dire est impossible, écrire l’est encore moins. Pourtant, pour s’en sortir, il faut parvenir à briser ce mur de silence. Du moins, c’est comme cela que je l’ai vécu. Au moment où les mots commençaient à faire sens, la maladie, traquée, commençait déjà à s’éloigner. La mise en mots lui fait peur… En ces circonstances où la communication s’éteint et où les contacts s’étiolent, lire devient un salut. Et lire d’autres raconter leur anorexie, devient une arme …