Auteur : Marika Guilbeault-Brissette

Pourquoi Rogue est devenu mon personnage favori

J’ai toujours aimé les méchants. Du plus loin que je me souvienne, Barbe Bleue a été mon premier amour du côté obscur. C’est probablement troublant qu’une jeune fille de six ans soit intriguée à ce point par un protagoniste tueur de femmes, mais je ne pouvais m’empêcher de vouloir le comprendre. Je relisais donc sans cesse cette histoire, qui pourtant, me troublait au plus haut point. C’est que l’inquiétant pique la curiosité et que le manteau de mystère qu’il revête fièrement me charmait tout en animant violemment mon imagination. En vieillissant, je n’ai pas trop changé. Aujourd’hui, j’apprécie toujours les méchants, peut-être même davantage puisque je suis en mesure de mieux les saisir. J’ai eu pitié de Darth Vader et de Drago Malefoy qui se sont avérés des victimes. J’ai adoré détester Dolores Ombrage, Bellatrix Lestrange et le comte Olaf. Parce qu’ils sont pleins de vie, mais pleins de mort à la fois. Fragmentés par milliers, bouillonnant de rage et de haine, ce sont des êtres divisés qui représentent bien la rupture qui subsiste en …

Cinq livres à faire lire au secondaire

Comme plusieurs d’entre vous le savez déjà, je suis tout nouvellement diplômée en enseignement du français au secondaire. Bien que je n’aie toujours pas ce fameux brevet entre les mains (la bureaucratie l’oblige), j’ai maintenant, et depuis un certain temps, avouons-le, acquis toutes les compétences pour enseigner le français à des adolescents. Je ne vous apprends rien en évoquant le réel défi que représente transmettre le goût de la lecture à des jeunes en pleine crise de la puberté. D’ailleurs, à l’heure actuelle, la technologie ne joue pas vraiment en notre faveur. Tout se joue dans l’immédiat et plusieurs savent que la littérature est une affaire de lenteur. La patience a bien des vertus et lorsqu’il s’agit de promouvoir l’amour des lettres, je pourrais attendre toute une vie. Encore ne faut-il pas passer outre la passion de l’enseignant lui-même dans ce genre de contexte. Vous pouvez bien présenter le roman de l’heure à vos élèves, si vous ne vous y retrouvez pas vous-même, l’enthousiasme ne gagnera pas la foule. Je dois vous avouer que je …

L’esthétique de la laideur et les feuilles d’automne

Je fais dans le dégoûtant. L’être humain se meurt dans son besoin absolu de décrire le beau. Et c’est dans notre obsession de vouloir le définir que nous en perdons les repères. C’est qu’ils sont personnels ces repères. Je me plais dans le laid. Parce que la laideur est relative. Tout comme la beauté. Qu’est-ce que la vie sans pourriture? Qu’est-ce que le magnifique sans l’horrible? Le culte de l’esthétique du beau est archi-faux. L’espèce humaine apprend autant dans la décrépitude de son prochain que dans l’épanouissement de celui-ci. On naît avec cet amour de l’affreux, de l’étrange et du mystérieux. C’est une envie bien ancrée qui se développe en l’être qui veut bien l’abriter. Comme la fleur, nous l’aidons à croître en l’arrossant de curiosité, d’ouverture et de réalisme. La différence est que nous ne craignons pas de voir la tige se courber l’échine sous le poids de la vie. Nous observons avec autant d’excitation ce rite, par lequel nous passerons tous tôt ou tard, qui s’avère être aussi splendide que la naissance. Lorsque …

Je pense le contraire

J’avais déjà annoncé la date de sa mort à ma conscience. Après quelques contes de fées illusoires et plusieurs coups de couteau, j’ai jeté les armes. Je n’ai jamais voulu que ce soit une bataille. La guerre, elle se nourrit de haine et de jalousie. C’est la raison pour laquelle j’en étais venue à la conclusion que l’amour, ce n’était pas pour moi. Puisque qu’apparemment l’un n’allait pas sans l’autre. Puis, il y a eu lui… Celui qui s’est avéré être le bouleversement de tout mon univers. Je ne mentirai pas. L’époque des commencements amoureux fut marquée par l’empressement. La chasse à l’amour était ouverte. Si ce n’était pas celui-là, ce serait celui-ci. Humains interchangeables, poupées de peau à volonté. C’était à en perdre la tête, à en perdre les sens, à ne plus comprendre. Selon les dires de nos médias sociaux et les derniers hashtags, nous sommes une cohorte de va-vite, de consomme et déguerpis. Aujourd’hui, maintenant, demain et alors? Tinder et ses semblables figureraient comme l’unique héritage d’une génération Y écartellée entre deux …

Quand tu deviens une adulte trop vite

Je n’ai jamais été de ceux qui ont eu tout cru dans le bec. Je n’ai pas de parents riches. Je ne suis pas enfant unique. Il y a dix ans, on aurait pu me regarder en pensant que je n’irais pas très loin dans la vie. Heureusement, j’ai de l’ambition. Lorsqu’il m’arrive de dire que je suis la première universitaire de ma famille, j’ai droit à diverses réactions. Les gens sont étonnés, admiratifs et/ou outrés. C’est qu’à 17 ans, j’ai quitté le cocon familial pour voler de mes propres ailes. J’en connais très peu des comme-moi et pour ceux et celles qui en font partie, je vous lève mon chapeau. Combien de fois m’a-t-on dit: Tous les jeunes que je connais qui ont quitté la maison aussi rapidement reviennent inévitablement chez leurs parents la queue entre les jambes? Il y a sept ans, je me suis promise que ce ne serait pas mon cas. À 24 ans, je suis donc totalement indépendante et fière d’être la seule responsable de ma réussite. Durant toutes ces années, …

Un été avec Jacques Poulin

J’avais entendu le nom de l’auteur dans un cours de littérature québécoise. Nous étions sur le retour d’une grève, celle de 2012. Dans ce genre de circonstances, le cerveau n’est pas toujours apte à assimiler toutes les informations qui devraient lui parvenir. J’ai tout de même retenu le titre, je l’ai trouvé beau: Les yeux bleus de Mistassini. Il faisait partie du corpus. Il s’avère que Dany Laferrière y était également. Ceux qui me connaissent comprendront. Le choix fut aisé. Quelques années plus tard, je suis retombée sur le nom de Jacques Poulin, mais sous son fameux titre de Volkswagen Blues. J’aime les «road movies». Je les apprécie autant cinématographiquement que sous forme de littérature. Je suis folle de Kerouac. J’envie la nature sauvage des poèmes de Whitman. L’histoire de Alexander Supertramp (Christopher McCandless) m’a percutée de plein fouet. Nous étions au début du mois de juin. J’avais congé tous les jeudis. Mon copain travaillait. Je profitais en avant-midi du gymnase de l’université et l’après-midi, j’allais m’étendre sur le gazon vert d’un parc du centre-ville coincé entre deux blocs. …

Mes amis les sorciers

Je n’ai pas eu une enfance réjouissante. J’ai perdu ma mère à l’âge de six ans. Mon père se retrouvant seul avec trois enfants dans les bras ne détenait pas toutes les ressources dont il aurait eu besoin. Les solutions qu’on utilise en temps de crise ne sont parfois pas les plus réfléchies. Ensuite, nous sommes passés par l’épisode des remplaçantes. Les unes plus folles que les autres. Bref, la typique histoire de l’horrible belle-mère que vous connaissez tous. J’ai compris assez rapidement que la lecture était ma seule façon de survivre et que, par le fait même, je me rapprochais un peu à chaque fois de ma maman (qui, je l’ai dit dans un article précédent, était et sera toujours la littérature sous mon œil). Je dois avouer qu’avec son départ précipité, les livres avaient également pris leur envol. Heureusement, il y avait l’école. Là-bas, je me sentais bien. En classe, les professeurs avaient remarqué ma passion pour la lecture. En cinquième année, j’ai eu une enseignante incroyable qui transforma sa salle de classe en Poudlard et qui divisa le groupe …

Saison estivale musicale

Lorsque le mois de juillet est bien entamé et que les festivals tels que Les Francofolies et le Festival de Jazz sont terminés, tout bon Montréalais pense que la saison musicale tire à sa fin. Et bien, laissez-moi vous apprendre qu’ils ont totalement tort. Après avoir eu la chance de voir performer The Barr Brothers, The Sheepdogs et Badbadnotgood feat Ghostface Killah pendant le fameux Festival de Jazz, mon été musical est loin d’être terminé. Dans cet article, je vous propose donc une panoplie de concerts pour vous dégourdir les jambes jusqu’à la fin de la saison chaude. Dave Matthews Band (Centre Bell 22 juillet) Je ne suis pas personnellement fan de la salle du Centre Bell, mais pour les admirateurs du groupe rock-folk originaire cela vaut le déplacement. Le groupe est reconnu pour donner une performance électrisante en spectacle grâce à de longs «jams» improvisés pour le plaisir des spectateurs. De plus, ils ont tendance à jouer une grande diversité de leurs morceaux, ce qui est tout à fait justifié vu leur discographie très bien garnie …

Écolo de la racine à la pointe

Stratégies d’écolos Depuis l’inexistant bogue de l’an 2000, l’homme semble plus consciencieux de son environnement et de sa planète. L’écologie est à la mode les amis, ce qui est tout à notre honneur. Certains posent de petits gestes en se prêtant aux joies du compost et des jardins communautaires. D’autres plus déterminés et audacieux, comme mon admirable amie Ariane Pilon, deviendront végétaliens ou végétariens. Moi, j’ai choisi une autre alternative. Il y a un peu plus de deux ans, j’ai eu la chance de travailler avec un jeune homme impliqué, engagé et intelligent dans une multinationale aux valeurs très controversées. Ce cher PP fabriquait son propre savon, participait à plusieurs groupes militants et ce qui me dégoûta profondément sur le moment, ne se lavait plus les cheveux depuis déjà un mois. Lorsque celui-ci m’annonça cette décision prise de façon consciente et lucide, je ne comprenais pas ce choix. Tes cheveux doivent puer? Tes cheveux ne sont pas gras? Ça ne te pique pas au fond de la tête? Etc, etc, etc. Quelques mois plus tard, j’avais complètement …

La voix de Dieu

Chaque livre est une voix. Dans notre enfance, elle est celle de papa et de maman. Lors de mon jeune âge, la littérature, c’était ma mère. Si dans mes veines coulent les vers, c’est grâce à son amour indéniable et insatiable pour la lecture. Cependant, je me rappellerai toujours ce mois de décembre. Je n’arrive pas à me souvenir quelle année nous étions. Peut-être avais-je sept ou huit ans. Mon paternel est devenu la littérature pour un bref moment. Chaque soir précédent Noël, papa s’asseyait sur le bord du lit pour faire la lecture d’un conte à quatre enfants écoutant attentivement et attendant patiemment le fameux soir de la fête de Jésus. C’est probablement l’une des premières fois où je fus mise en contact avec la lecture à haute voix. Les mots prenaient vie dans cette voix qui me semblait divine, un peu comme si c’était le Christ lui-même qui la commandait pour son anniversaire. Ce fut intime et court comme rencontre, mais je sus apprécier immédiatement cette façon de faire la lecture. Malheureusement, à l’école primaire, …