Auteur : Martine Latendresse Charron

« Le profil Amina »: un documentaire sur le pouvoir de l’amour et du web

Amour, révolution et identité virtuelle, ce sont là les trois thèmes principaux du documentaire de Sophie Deraspe.  Amour parce qu’Amina Arraf charme Sandra Bagaria et que Sandra s’attache à Amina. Elles communiqueront pendant six mois par courriel, chat et photos. Elles se plaisent, se désirent et deviennent de plus en plus près l’une de l’autre. Assez pour se considérer comme un couple et assez pour s’ennuyer lorsque l’autre ne donne pas signe de vie pendant 24 heures. Parce qu’Amina habite en Syrie et Sandra, à Montréal. Révolution parce qu’Amina est une jeune lesbienne de Damas qui se crée un blogue pour assumer son orientation sexuelle, mais aussi ses croyances politiques. En plein printemps arabe, Amina souhaite une révolution et ses écrits deviennent rapidement source d’intérêt occidental et oriental. Elle raconte avoir été arrêtée, avoir été secourue et être en danger continuel. C’est ainsi qu’elle capture l’attention de tous les médias de la planète. En 2011, la disparition d’Amina avait suscité un grand tollé médiatique; il fallait la retrouver, la sauver et ainsi, envoyer un message social. …

Quand le chaos aveugle

Dans les lectures les plus étonnantes de ma vie, il y a L’aveuglement de José Saramago, gagnant d’un prix Nobel. Mon professeur, en première année, nous avait expliqué brièvement l’histoire; un homme devient aveugle subitement au coin d’une rue et s’en suit une cécité globale dans la société… Je vous avoue que je percevais déjà de loin un récit près de la science-fiction et que je n’étais pas très motivée à entamer ma lecture. Or, lecture obligatoire oblige, je me suis mise à la lecture et d’emblée j’ai été séduite. L’ambiance du récit est attirante et c’est un des romans qui définissent le plus justement la grisaille entre le bien et le mal. Tout d’abord, l’oeuvre de Saramago est un paradoxe en elle-même, car s’entremêlent douceur, chaos, dureté et compassion. C’est le genre d’oeuvres où même le plus grand des chaos réussit à trouver lumière. L’histoire débute dans une ville inconnue, cela pourrait être Montréal comme Londres ou même Tokyo. C’est une ville moderne avec des immeubles à bureaux, des feux de circulation, etc. Ainsi, on se …

« Blues nègres dans une chambre rose » de Jennifer Tremblay, lecture d’avril du défi littéraire

Mars étant terminé, nous avons toutes été un peu déçues de notre lecture de La tempête de Gabriel Anctil, mais on ne se décourage pas, il y a tant de livres québécois à découvrir (ou pas) ! D’ailleurs, on est toujours touchées et heureuses de voir que plusieurs participants au groupe Facebook de l’événement En 2015, je lis un livre québécois par mois, lisent souvent plus d’un livre par mois et ce, souvent en s’inspirant de nos propositions! Suite au sondage où on vous proposait des oeuvres écrites par des femmes : Blues nègres dans une chambre rose de Jennifer Tremblay, Histoire d’un bonheur de Geneviève Damas et Moitié vrai d’Ariane Cordeau, vous avez décidé! Nous lirons Blues nègre dans une chambre rose de Jennifer Tremblay. Voici un petit résumé de l’oeuvre : « Pour se défaire de son amour pour lui, Fanny écrit à Bobo dans des cahiers qu’elle ne lui fera jamais lire. Sa plume, mimant le désir, s’emballe et s’interrompt comme une musique insensée. Alors que Fanny croyait lui avoir échappé, son amant, …

La tempête, de Gabriel Anctil vu par l’équipe du fil rouge

Cette lecture du mois de mars du défi En 2015, je lis un livre québécois par mois a été, en mon sens, la moins satisfaisante. Après avoir gouté à des univers féminins colorés et farfelus avec Catherine de La déesse des mouches à feu et Javotte, j’ai vite été déçue en tournant les pages de La tempête. D’emblée, l’idée d’un huis clos familial causé par le verglas m’avait charmée. Je ne sais pas si c’est parce que j’étais petite quand c’est arrivé, mais j’en garde un souvenir romancé. Plusieurs membres de ma famille étaient venus habiter chez moi, car ma maison était branchée sur la même ligne que les pompiers, alors on avait encore de l’électricité. Je me souviens d’avoir dormi dans le salon avec mes cousines et mon frère et qu’il y avait des matantes-mononcles partout chez moi. Contrairement à Jean, le personnage principal du roman, j’étais fort heureuse de tout ce brouhaha dans ma maison. Or, quand j’ai appris que l’histoire se passerait lors du verglas, j’étais heureuse d’avoir un point de vue plus …

Un duplex, Paris et de vieilles amies

Ce premier roman de la cinéastre Éléonore Létourneau raconte l’histoire de deux amies: Marie et Véronique. Ayant été à une époque extrêmement proches, elles ont décidé d’acheter un duplex ensemble. Toutes les deux célibataires, rêveuses, ambitieuses et cinéastes, elles rêvaient de faire des films pour changer le monde. Véronique et Marie, ce sont les amies qui rêvassaient et qui rêvaient… S’ensuit des chums, des contrats, des projets qui ne déboulent pas et un silence tranquille qui s’installe entre les deux amies, dans le duplex. Le roman met l’accent sur Véronique principalement. Écrit au Je, on entre entièrement dans les pensées et les tourments de Véronique. Cette dernière se trouve à devenir de plus en plus déprimée et maussade à tous les niveaux de sa vie. La réalité la mène à comprendre que ses vieux rêves ne se réaliseront pas. Son scénario tant de fois travaillé et retravaillé ne sera jamais un film. Elle avance dans une vie qui n’est pas la sienne, dans une ville qui la déçoit, dans un Montréal après le printemps érable. J’ai adoré …

Matilda et le pouvoir des livres

Matilda est un de mes personnages féminins préférés, un peu comme Fifi Brindacier. Enfant, je me suis beaucoup inspirée d’elle et je voulais tellement être elle ou sa meilleure amie, tsé. Elle était, à mes yeux, une petite fille avec une grande force, beaucoup d’humour et surtout si intelligente! En relisant l’oeuvre de Roald Dahl, un des auteurs les plus importants de la littérature jeunesse, j’ai réalisé que j’aimais encore plus Matilda. Son amour des mots, des livres, de la connaissance me rejoint et me fascine. Ce roman de Roald Dahl est sans aucun doute un hymne à la littérature. Écrit en 1988, il est devenu un réel classique de la littérature jeunesse, car il est lu et relu et édité et réédité. On doit aussi les merveilleux Charlie et la chocolaterie et James et la pêche géante à Roald Dahl, un auteur jeunesse des plus talentueux. Personnellement, ce que j’apprécie réellement de son oeuvre est le fait qu’il n’est jamais moralisateur et qu’il donne de l’importance à l’innocence, à la magie et à la liberté …

Un jukebox dans la tête

Jacques Poulin est sans contredit un écrivain incontournable de la littérature québécoise. À l’instar des grands tels que Hébert, Tremblay et Ducharme, il arrive à nommer avec simplicité l’intériorité humaine. Rien de moins! La plupart des lecteurs ont connu Jacques Poulin pour l’énigmatique Volkswagen Blues, le livre de la route québécois. Personnellement, c’est avec Les grandes marées et Volkswagen Blues que j’ai été transportée dans l’écriture de Poulin. Lorsque j’ai su que l’auteur publiait un nouveau roman en 2015, j’ai tout de suite voulu le lire. Il faut dire qu’il sait se faire désirer Poulin… car comme le dit son personnage de Jack Waterman dans Un jukebox dans la tête, les vrais écrivains ne publient pas à chaque année ! En effet, dans Un jukebox dans la tête, on y raconte l’histoire de Jack Waterman, un écrivain à succès (non populaire, mais plus critique et littéraire!) qui vit dans le Vieux-Québec. Ce dernier vit une existence disciplinée jusqu’au moment où il croisera les yeux de la belle rousse de l’ascenseur. Elle lui dira les mots …

Les mille soleils de l’entraide féministe

Khaled Hosseini est né en 1965 à Kaboul en Afghanistan, mais vit maintenant en Californie. Son excellente oeuvre Les cerfs-volants de Kaboul publiée en 2005 lui a valu le Prix des libraires du Québec en 2006 et lui a permis de se faire connaître mondialement. Mille soleils splendides, publié en 2007, est son deuxième roman. Il raconte l’histoire de deux femmes totalement différentes et éloignées qui deviendront une entité d’espoir et d’humanité. Tout d’abord, il y a Mariam qui sera obligée d’épouser un homme de trente ans son ainé et qui vivra pendant des années avec cet homme sans réussir à lui offrir un fils. Cette relation sera empreinte d’injustice, de maltraitance, de manipulation et de violence. Elle sera par la suite confrontée à l’arrivée de Leila, une jeune fille de 14 ans, dans sa propre maison. Le mari des deux femmes fera preuve d’une extrême misogynie envers ces dernières, qui passeront d’une relation conflictuelle à une relation basée sur la compassion et l’envie de s’aider mutuellement. Elles décideront donc ensemble de fuir leur mari et …

Entre un corps cactus et la peur de vieillir

Demoiselles-Cactus, c’est avant tout l’histoire de Mélisse, une femme (fille?) qui est continuellement en refus de grandir, de vieillir, d’accepter le temps qui passe. Atteinte de troubles alimentaires tels que l’anorexie et la boulimie, on l’a suit dans ses pensées chaotiques, son mal être et sa grande solitude. Melisse est complexe, froide, instable, oserais-je dire, folle. Elle traverse la vie en ayant en tête des pensées confuses, enfantines et blessantes, surtout envers elle-même. Ses troubles alimentaires l’amènent à avoir un regard ultra noir sur le monde médical et un ton vraiment méprisant. C’est un peu la complexité du personnage qui vient retarder le déroulement de l’histoire… J’avoue que je n’ai pas été entièrement charmée par ce premier roman de l’auteure Clara B.Turcotte. J’ai trouvé qu’il y avait trop de thèmes dans le roman et qu’ils étaient souvent trop en surface. Je m’explique: Mélisse vit avec l’autre, son « chum », même s’ils ne partagent aucune intimité ensemble. Elle se doute clairement qu’il consomme de la pornographie juvénile, mais prend lentement conscience du besoin d’éclaircir cela. Déjà là, on …

Les monologues du vagin

Eve Ensler a tenu à rencontrer plus de 200 femmes pour parler de la relation qu’elles entretenaient avec leur vagin et ce, partout autour du monde. C’est ainsi qu’elle a  écrit  sa pièce de théâtre Les monologues du vagin en 1996. Cette féministe et auteure américaine a tenté de comprendre et de nommer autant les relations saines comme les malsaines que les femmes entretiennent avec leur propre corps et la violence que subit celui-ci. Dans Les monologues du vagin, elle s’est intéressée à rencontrer des femmes qui ont vécu des inégalités sociales, de la violence physique comme psychologique et des drames terribles. On y parle de tout ce qui concerne le vagin soit l’orgasme, la violence, la première fois, le viol, l’excision, la masturbation, les sex-toys, les règles, l’homosexualité et j’en passe. Très activiste, Eve Ensler accorde une importance à l’aspect de communauté féminine afin de contrer les inégalités dont les femmes sont victimes. La création du V Day en est un exemple. Or, voilà pourquoi on y lit un grand espoir social de changer les choses. Que ce …