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Une fileuse au FIL (partie 2) – Rien d’autre que cette félicité

«FIL» est l’acronyme du Festival international de littérature, événement d’envergure qui s’est déroulé cette année à Montréal du 20 au 29 septembre. Avec la mission de partager et de faire vivre la littérature, le FIL présente une série de soirées multidisciplinaires où elle est mise en scène, en musique et en images.  Samedi le 21 septembre au soir, je m’installe dans la salle du Théâtre Outremont. Sur la scène encore vide se déploie un décor convivial qui rappelle un bureau de travail chargé par la paperasse. Sur les deux tables traînent des carnets de note, et des boîtes jonchent le sol. Je suis curieuse et j’ai hâte que la représentation commence. J’adore l’autrice Nancy Huston et je suis venue assister à la mise en lecture de son texte Rien d’autre que cette félicité, dirigée par Jennifer Alleyn, avec la comédienne Pascale Bussières. Dès son entrée sur scène, la comédienne s’installe au bureau et prend les traits d’une mère qui écrit une lettre à sa fille Lily. Elle la recommence plusieurs fois, ne sachant pas quel …

Cette maison : Un roman de maison hantée subversif

Je l’avoue : on dit toujours de ne pas choisir un livre pour sa couverture, mais c’est totalement ce que j’ai fait avec ce roman de David Mitchell. Au départ, j’ai été un tout petit peu déçue : je n’avais pas réalisé que je m’embarquais dans un roman traduit. Habituellement, j’aime bien lire les romans dans leur langue originale… Et puis, la déception est partie comme un coup de vent dans Slade Halley. Je suis tombée dans le piège, et je dois dire que le roman ne m’a pas fait long feu! La quatrième de couverture de Cette maison décrit le livre comme une « histoire de maison hantée nouveau genre où pastiche, humour et terreur se mélangent », et je crois qu’on peut difficilement mieux décrire ce genre parfaitement unique. « Je me représente les fœtus que Jonah et moi avons été, nous partageant l’utérus de Nellie Grayer, il y a cent seize ans; et à nos corps natals, qui se partagent la lacune depuis huit décennies. « Lui » est le nom d’un étranger; un …

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La maison des secrets

D’abord, mettons-nous tout de suite d’accord : si vous passez une nuit blanche à lire ce livre, je n’en serai aucunement responsable! Car, oui, Rang de la croix, de Katia Gagnon, fait partie de ces romans qu’il est impossible de lâcher une fois qu’on les a commencés, et qu’il est aussi difficile de décrire sans trop en dire… Au centre, une maison Au bout du rang de la Croix se dresse une sombre demeure érigée en 1934, une des plus anciennes du Témiscouata. Imposante, elle domine le paysage. Entre ses murs, de nombreux occupants se sont succédé au fil du temps, leur passage dans la maison bouleversant à jamais leur existence. La figure de la maison est une source infinie d’inspiration dans la littérature, et l’autrice joue ici avec force sur le mystère du lieu. À rebours, Katia Gagnon nous entraîne d’une main de maître dans les recoins de cette demeure, à la rencontre de ceux, et surtout de celles, qui l’ont habitée de générations en générations, poursuivis par leurs secrets et leurs cauchemars. 1994. Pierre, …

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Au hasard des lectures : La pomme de Justine, et L’albatros et la mésange

Mon premier m’a fait de l’œil dans une librairie d’occasion. Il s’agissait d’un titre de la collection Titan + que je n’avais toujours pas lu, publié en 2013 : La pomme de Justine de Valérie Harvey. Je l’ai amené pour le lire en vacances. Mon deuxième est le petit dernier d’une autrice que je lis depuis mon enfance, qui m’attendait dans ma boîte aux lettres à Montréal : L’albatros et la mésange de Dominique Demers. Mon tout est la coïncidence de deux lectures subséquentes qui se ressemblent, se parlent et se répondent, dans la forme comme dans les thèmes abordés. Elles seront le sujet de mon article et je les aborderai d’une même voix. La rencontre des opposés Au début de La pomme de Justine, on rencontre cette jeune fille de 18 ans qui travaille pour l’été comme guide touristique dans un parc naturel. Pleine de vie et passionnée de plein air, elle sort toutefois d’une relation amoureuse difficile et tente de prendre la vie comme elle vient. Il y a aussi Alexandre, un jeune professeur de …

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Se venger par les mots : Chienne, de Marie-Pier Lafontaine

Le premier livre de Marie-Pier Lafontaine, publié chez Héliotrope, m’a tapé dans l’œil dès que j’en ai vu la première de couverture. La reliure est dure et l’image annonce la présence d’une certaine violence dans le livre. Le titre même, unique, renforce cette impression : Chienne. Tout de suite, j’ai pensé à l’insulte, à l’animosité qu’évoque le mot. « Parmi toutes les lois du père, il y en avait une d’ordre capital : ne pas raconter. » (p. 9) Chienne, c’est l’histoire de Marie-Pier Lafontaine, une histoire où deux petites filles sont faites prisonnières de la demeure familiale, prisonnières de leurs parents, principalement du père et de sa violence, tant physique que mentale. Un « inceste psychologique », comme le mentionne l’autrice dans un article de La Presse, qui domine l’enfance, où le mensonge sert de protection aux bourreaux. C’est une histoire de cauchemars, de violence et d’atrocités. Une histoire dont on ne penserait pas qu’elle puisse se passer à côté de chez soi. La littérature pour se libérer Chienne est construit en fragments, ce qui …

Le drap blanc de Céline Huyghebaert : Retracer les souvenirs

Retrouver le père absent Après le décès de son père, Céline constate qu’elle ne l’a pas vraiment connu, qu’il lui est quasi étranger. Il s’agit en quelque sorte d’un reproche qu’elle lui fait, mais surtout qu’elle se fait à elle-même. Ce projet de recherches se veut personnel, mais aussi documentaire et journalistique, car l’autrice y présente, entre autres, l’analyse de la signature de son père par une graphologue, parsème les pages du livre de photos d’archives et tente de récolter toutes les bribes d’informations à son sujet à l’aide d’entrevues enregistrées auprès de sa famille et de ses ami-e-s. La mémoire comme seule matière Elle interroge des proches avec des questions précises qu’elle reposera quelques années plus tard afin d’y déceler des éléments nouveaux, singuliers, qui lui permettront de définir Mario, son père. Céline désire confronter les paroles dites par les interviewés parce que la mémoire est une source instable et que les mots choisis ou modifiés par chaque individu peuvent être porteurs de sens inédits. Le temps fait la différence, bien que remuer les …

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Jusqu’au Mexique ou juste avant

C’est souvent en sortant de notre liste de livres à lire que l’on fait de belles trouvailles. Je marchais donc dans les allées de la bibliothèque lorsqu’une couverture dans les teintes d’orangé a attiré mon œil. On dira ce qu’on voudra, mais une première de couverture attrayante amène souvent bien des lecteurs à se plonger dans ses pages. Le bref résumé et l’étiquette apposée déclarant qu’il s’agissait d’un auteur québécois ont achevé de me convaincre. Je me suis donc plongée dans Une virée américaine, le sixième livre de François Jobin. L’origine de la virée américaine Le protagoniste, Zacharie Desforges, vit dans le petit village de Saint-Lude. Alors que certains villages ont pour principale caractéristique la tranquillité, ce n’est pas le cas de celui-ci. À Saint-Lude, la famille Charron fait sa loi. Le père fait trembler de terreur les plus vieux, tandis que son fils répète le scénario avec les plus jeunes. Un beau jour, Zach en a assez de subir les assauts de Mario, le plus jeune de la lignée des Charron. Il rouspète finalement, mais …

Il n’y a que les fous: Courtes histoires pour un été rempli de folies

L’été, il y a deux sortes de lectures que je privilégie: soit les gros romans captivants qui te font tourner chaque page à une vitesse folle ou bien les recueils de nouvelles. J’aime pouvoir embarquer rapidement dans un univers, le vivre à fond et passer au prochain. C’est pourquoi, lors de mon dernier voyage, j’ai apporté avec moi Il n’y a que les fous, un recueil de nouvelles sous la direction de Casie Bérard. Elle a su rassembler des auteurs incroyablement talentueux, mais également complètement déjantés. En ouverture, Cassie Bérard nous dit ceci: «On ne sait pas trop pourquoi ils font ce qu’ils font. S’imaginer des complots, tordre le langage, craindre le vol, tomber dans des amours impossibles, suer en public, tuer en public, toujours franchir les limites. Mais ils le font.» Et effectivement, au fil des nouvelles, on voit bien que la folie peut jouer sur plusieurs plateaux et sous plusieurs formes. Il n’y a que les fous qui ne trouve pas nouvelle à son pied Ce recueil abrite sous ses pages plusieurs auteurs …

Fée de Eisha Marjara

La féérie du ventre

Je pense que tout le monde connaît au moins une personne dans sa vie, de près ou de loin, qui a déjà eu ou a présentement un trouble alimentaire. C’est un problème de plus en plus présent dans notre société, et pourtant, c’est l’un des problèmes dont on parle le moins. En fait, comme une amie me le faisait remarquer, c’est plus complexe que ça : on en parle de plus en plus, on prône de plus en plus l’acceptation de soi et des différents corps, mais on continue d’être bombardé(e)s de tous sens, tous côtés par des images qui ne reflètent pas ces discours. Je crois qu’il est surtout là, le problème, ou plutôt la confusion : je trouve que ça nous amène à penser que tous les corps sont beaux, sauf le mien. « J’avais un plan, un souhait pour mon dix-huitième anniversaire. Je rêvais de laisser derrière moi les quatre murs de l’hôpital et de vivre des offrandes généreuses de l’hiver, de me nourrir de flocons de neige, de faire fondre les dernières livres …