All posts filed under: Littérature québécoise

Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? Car moi, j’embarque

Critique du recueil Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ? de Joanie Lemieux  Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? de Joanie Lemieux, est un recueil de nouvelles contemporaines. Dix nouvelles, dix histoires, dix femmes qui se frottent aux mondes invisibles. Je dois en premier lieu vous avouer que l’auteure dont il sera question ici est une grande amie à moi. J’ai choisi de critiquer son premier ouvrage Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ? paru chez Lévesque éditeur le 17 février dernier, pour vous permettre de la découvrir. Mais je n’imaginais pas l’angoisse que ça m’occasionnerait d’émettre un point de vue objectif sur son travail. Lorsque j’ai tenu pour la première fois son livre entre mes mains, ça m’a émue. Au lieu d’un concept, d’une idée ou du souvenir des longues conversations que nous avions eues à ce sujet, j’avais devant moi un objet concret. Je me suis plongée dans son recueil comme dans les mots d’une étrangère. J’ai réussi le défi que je m’étais lancé. J’ai dissocié l’amie de l’auteure …

« Le nénuphar et l’araignée » : biographie de la peur de Claire Legendre

« Ces peurs sont maintenant à l’extérieur de moi. Ce n’est plus moi. » affirme Claire Legendre lors du lancement de son dernier ouvrage Le nénuphar et l’araignée à la libraire Gallimard, le 4 février dernier. En soi, y a quelque chose d’angoissant dans le fait d’exposer ses phobies aux yeux et aux jugements des autres, comme un bris de l’intimité, mais surtout parce que lorsque ces peurs ne sont plus palissades, elles deviennent armes qui peuvent potentiellement se diriger contre nous, ainsi que l’exprime Claire à la toute fin de son texte : « J’ai peur de t’avoir donné des armes contre moi. » Se dénuder et rendre les armes sont tous deux des gestes téméraires. Je dois d’abord avouer avoir tout lu de cette auteure, et que tout m’a plu. Son univers et sa voix me rejoignent, me fascinent, me marquent. Et que lorsqu’elle a annoncé la publication du Nénuphar et l’araignée, je suis tombée par terre. Cette parution était pour moi un événement attendu, un livre que je devinais être un trésor …

Petits tableaux de vie

Des petits tableaux de vie, c’est ainsi qu’on découvre Anne-Si, par des intrusions dans sa vie à l’âge de 4 ans, de 15 ans et de 32 ans. On y découvre une fille-femme-mère qui se bat à tenter de devenir enfin complète. Toujours dans le désordre, Éloïse Lepage nous emmène dans des brides de souvenir de la vie d’Anne-Si. Élevée par une mère prostituée et une soeur trop parfaite, Anne-Si s’est rapidement liée d’amitié avec Céleste, sa meilleure amie des bons et des mauvais jours. C’est avec elle qu’elle arrivera à combler le vide du quotidien et ce, en consommant de la drogue et en se prostituant. On y voit une mère d’un petit garçon qui essaie tant bien que mal de se sauver de ses démons et de devenir une mère ordinaire. « Toutes ces fois, je me suis dit, Bon ben là, j’arrête de faire la pute. Pour vrai. En fait, j’ai plus souvent choisi d’arrêter que choisi de continuer. » Sa vie porte en elle un désir absolu: quitter la drogue et quitter le monde de …

Les Balkans sont le coeur de l’Europe

« Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l’aube se lève, s’étend, les cailles et les perdrix s’en mêlant… et on s’empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s’étire, on fait quelques pas pesant moins d’un kilo, et le mot «bonheur» paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive. Finalement, ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur. » Nicolas Bouvier, L’usage du monde. J’ai découvert Nicolas Bouvier dans le cadre d’une séance de littérature et géographie. À la lecture de cet auteur, je me souviens clairement m’être félicitée d’avoir choisi le cours. Depuis ce temps-là, Bouvier revient constamment dans mes discussions et mes conseils …

Ta Mère et le tournage du Shining

Dans la pléthore de films d’horreur inspirés de romans ou de nouvelles de Stephen King, le Shining de Stanley Kubrick règne en maître au-dessus de The Mist et de la Chambre-je-ne-me-souviens-plus-du-nombre. Bien qu’il ne soit honnêtement pas mon préféré [i], et bien moins terrifiant que le livre, difficile de passer à côté. Le jeu d’actrice passablement moyen de Shelley Duval, Jack Nicholson qui joue, comme toujours, son propre personnage (nommé pour les besoins de l’adaptation cinématographique Jack Torrance), la très célèbre citation « Here comes Johnny », les millions de prises qu’ont dû refaire les acteurs pour satisfaire les besoins de Stanley Kubrick [ii]: tout un mythe s’est créé autour de cette adaptation. Et tous ces éléments mythiques sont repris, déformés et réécrits dans Igor Grabonstine et le Shining de Mathieu Handfield, publié cet automne aux Éditions de Ta Mère. Publicité gratuite de Matante Catherine: Si vous ne connaissez pas encore les Éditions de Ta Mère, c’est le bon moment pour les découvrir! Leur rentrée littéraire d’automne a été exceptionnelle: ils ont fait paraître deux essais de …

Les modèles de l’amour

 « Grégory Lemay raconte la solitude des villes. Il montre la laideur grimée, mais aussi la beauté sans fard de ses personnages. Il sait s’approcher d’eux, de leurs blessures profondes avec la pudeur que donne parfois la légèreté » – Quatrième de couverture Rarement ai-je trouvé qu’un quatrième de couverture mettait le doigt si aisément sur l’essence d’un roman. Ce roman n’est pas long, 165 pages et pourtant, il m’en a pris que quelques unes avant de m’adapter au rythme de l’écriture, au style de narration et à l’entrecroisement entre les trois récits.  Ces trois récits sont ceux de Geoffroy, Christèle et un Je narré qui se distingue par l’italique. Geoffroy et Christèle sont un couple offrant des performances sexuelles à leurs clients, à domicile. Le Je habite dans le sous-sol de sa mamie, il est alcoolique, il cherche dans les ébats du couple quelque chose de plus qu’une performance et cherche de manière obsessive à trouver celui qui a tué les chats de sa mamie. Chacun des personnages est quelque peu difficile à cerner et …

La nostalgie de la maison d’enfance

Dans les premiers articles publiés sur le blogue, je vous parlais du livre Ce n’est pas une façon de dire adieu, écrit par Stéfani Meunier. J’avais vraiment eu un coup de coeur pour cette auteure et pour sa façon de créer des ambiances par l’écriture. Dans ce roman, elle racontait une histoire de trio amoureux sur fond de musique des Beatles et de New York sous la pluie. C’est honnêtement un des romans qui m’aura le plus marquée en ce qui concerne l’ambiance du livre. Lorsque j’y repense, je sens l’odeur de la pluie, du thé et la musique des Beatles. Voilà, ce qui m’avait tant charmée de cette auteure québécoise, son pouvoir de créer chez les lecteurs, le sentiment d’évasion par la lecture. C’est ce qui m’a donné envie en 2013 (Je sais ça a pris du temps avant que je le lise!) de lire son plus récent roman On ne rentre jamais à la maison, publié aux éditions Boréal. J’en ai profité durant le temps des fêtes cette année pour m’installer confortablement et le …

Se sauver dans l’été

Ce joli petit bouquin m’a attirée dès la seconde où je l’ai aperçu : la couleur et le titre me parlaient. Après, j’ai constaté que c’était publié chez les éditions Cheval d’août, qui m’avaient charmée avec le superbe Chercher Sam. (J’en ai parlé ici) Et l’opération séduction a continué : j’ai ouvert le livre et j’ai lu une citation de Woolf. Il n’en fallait pas davantage pour que je l’achète. Les filles bleues de l’été raconte une histoire d’amitié fusionnelle entre deux amies, Clara et Chloé. Amies depuis l’enfance, elles tenteront d’échapper au monde le temps d’un été. Chacune reste troublée et brisée par la vraie vie. Clara, complètement esseulée d’un amour perdu et qui lui a enlevé le goût de tout, sauf de lui. Et Chloé, malade de son petit corps frêle incapable d’être bien. Le roman traite de plusieurs sujets lourds, de boulimie, de dépression, de mutilation, mais surtout d’amitié. Ces amies essaieront de s’évader des tourments de la vie quotidienne en retournant au chalet où elles passaient leur enfance. Elles passeront des …

La petite fille qui rêvait d’être Lady Oscar

La petite, c’est Hélène, une jeune fille, qui rêve d’être Lady Oscar, une héroïne de dessins animés. Le vieux, c’est Roger, homme qui attend la mort, assis sur son balcon, à boire une bière. Ces deux-là vont développer une amitié sincère et franche, malgré les années qui les séparent. Le roman décrit avec brio le passage de l’enfance à l’adolescence et les difficultés que provoque ce changement.

Source : Dimédia

Chercher Sam ou l’espoir

Il y a quelques semaines, je vous ai parlé du roman Et au pire on se mariera de Sophie Bienvenu. J’avais terminé en vous disant qu’elle venait tout juste de publier Chercher Sam. Et bien, aujourd’hui, c’est de cette oeuvre que je vais vous parler. Sophie Bienvenu est maître dans l’art du langage, elle sait créer des dialogues si réalistes et vivants qu’on entend une voix nous raconter ses histoires. Dans Et au pire on se mariera, c’était le personnage d’Aïcha, jeune fille de 13 ans, qu’on entendait. Dans Chercher Sam, c’est la voix de Mathieu, vivant dans la rue, qu’on entend.