All posts filed under: Réflexions littéraires

Annie Ernaux, écrire vrai

« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais » — Annie Ernaux Je ne me souviens pas du comment ni du pourquoi j’ai découvert Annie Ernaux. Suis-je tombée sur elle par hasard? Suite à un article lu ou à la suggestion d’un lecteur ou d’une lectrice? Tout ce que je sais, c’est qu’elle fait partie de ces auteurs qui nous apparaissent soudainement, et dont on ne peut plus se passer. Annie Ernaux, c’est l’écriture des lieux et des événements qui sont porteurs d’émotions et de souvenirs. On peut tous se reconnaître à travers ses écrits intimistes, témoignant de moments réels, précis. Accessible, sorte de journal intime ou d’agenda détaillé, elle nous imprègne de ces phrases marquantes autrement à peine perçues, sinon anodines dans notre propre quotidien. Il y a quelque chose d’extraordinaire à savoir aussi bien décrire les situations, une routine, des objets qui témoignent d’un temps, une odeur qui dénote une époque. Dans tous ces romans, l’auteure ne lésine sur aucun détail ; son avortement, la mort de ses parents, une passion secrète et …

Percé, paysage de l’imaginaire

André Breton, écrivain, poète, théoricien, amoureux, féministe, … s’est arrêté à Percé en 1944 et a débuté l’écriture d’Arcane 17. Voilà plusieurs jours déjà que je survole les courants littéraires et artistiques du dadaïsme et du surréalisme, propulsée de liens en liens par la curiosité et l’envie de revenir sur des passages de l’histoire effleurés pendant les études. Le point initial de cet intérêt soudain, Arcane 17, écrit par André Breton. Pourquoi Arcane 17 ? Il y a plusieurs mois déjà, lorsque je suis arrivée à Percé, je marchais sur la 132, entre la pharmacie et chez moi, et j’ai aperçu un petit monument sur la pelouse d’une maison jaune, où il était inscrit : «André Breton (1896-1966) En exil à New York au cours de la deuxième guerre mondiale, le célèbre écrivain français voyage sur les côtes de la Gaspésie à l’été 1944 et séjourne dans cette maison en compagnie d’Élisa. Il trouve en elle et dans la splendeur de Percé, la source d’inspiration de l’une des œuvres majeures de la littérature surréaliste : …

Un long voyage de solitude : mon parcours à la maîtrise

J’ai décidé de m’embarquer dans cette aventure sur un coup de tête. J’en étais à la dernière session du baccalauréat. Je ne savais pas trop si j’étais prête à me plonger dans l’enseignement à temps plein, d’autant plus que le milieu me dégoûtait à ce moment. La période de ma vie se passant au Cégep avait toujours été la plus réjouissante en ce qui a trait à l’intérêt scolaire et pédagogique. Depuis cette époque, je me voyais très bien enseigner dans l’enceinte de mon bon vieil établissement joliettain. Sur les recommandations flatteuses d’un professeur de littérature de l’université, j’ai donc décidé de faire une demande d’admission à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal. Il est tout de même important de préciser que mon parcours n’est pas celui par lequel passent tous les étudiants s’inscrivant à la maîtrise en littérature. Je n’avais pas fait mon baccalauréat en études littéraires, mais bien en enseignement du français au secondaire. Par conséquent, je ne connaissais que quelques professeurs du département de littérature, dont ce …

Portrait d’un être fictif : Le cas de Lyra (Partie 2)

Maintenant que j’ai vingt-quatre ans et toutes mes dents, le personnage de Lyra me paraît à présent si peu sans la présence de Will. Will apparaît dans le deuxième tome de la trilogie. Il fait la rencontre de Lyra dans un autre monde que celui de la jeune fille. Bref, le monde de Will est le nôtre à première vue. Il se développe une complicité extraordinaire entre les deux protagonistes et pourtant, Will n’est pas d’emblée un jeune garçon sympathique et charmant. Il se veut plutôt discret et une de ses spécialités est sa capacité à disparaître parmi la foule. Je me reconnaissais également en lui. En présence de Will, Lyra prenait de la maturité. Elle demeurait la même fille audacieuse et ambitieuse, mais elle devenait plus réfléchie et moins impulsive. D’ailleurs, Will adorait la détermination de Lyra : « Il perçut dans sa voix et il vit sur son visage une détermination qu’il connaissait bien et qu’il aimait plus que tout. » (Le Miroir d’Ambre, p. 344) Tous les deux se complétaient parfaitement. Chez notre …

Portrait d’un être fictif : Le cas de Lyra (Partie 1)

‘I prefer a girl hero.’ ‘I always wished I was an orphan. Most of my favorite characters are. I think their lives are more special.’ -Suzy de Moonrise Kingdom. J’étais un peu comme Suzy Bishop lorsque j’avais son âge. Une enfant perturbée ne sachant pas trop qui elle est et où elle va. En quête constante d’une place où se poser. Or, comme elle, je me connaissais un intérêt particulier pour les livres et les histoires enchantées. Je cherchais des modèles à travers la littérature et c’est bien souvent eux qui me faisaient prendre conscience de ma non-solitude. Entourée de ces personnages fictifs, je me sentais soudainement au bon endroit. Comme elle, je préférais les héroïnes, mais j’avais de la difficulté à les trouver parmi le lot de personnages masculins. Comme elle, plusieurs de mes personnages favoris étaient orphelins et il m’est arrivé à quelques reprises de les envier honteusement. En somme, j’étais une enfant assez discrète et il pouvait s’avérer très ardu de tenter de comprendre ce qui se passait derrière ces grands yeux …

Edgar Allan Poe ou les lectures inoubliables

Il y a de ces auteurs qui nous marquent à différentes étapes de notre vie. Enfant, je me suis éprise de la lecture grâce aux J’aime lire, à la Courte Échelle, au Club des Baby-Sitters et aux Frissons. Préado, je me suis tournée vers Anique Poitras, Judy Blume et bien d’autres. Puis, ado intense et très créative, j’ai découvert l’univers sombre de Poe qui convenait bien à la gamine contrariée que j’étais devenue. Le monde tel que je le connaissais changeait à vive allure, la vulnérabilité et la poésie des Nouvelles histoires extraordinaires m’allaient bien. J’ai dévoré ces nouvelles, un été durant, soir après soir avant de m’endormir et développé une fascination pour le personnage qu’il aspirait à être. Poe et moi, on se comprenait. Il maîtrisait l’art de mélanger le beau au moche, l’ingratitude de mon adolescence l’en remerciait. À ma lecture, je le soupçonnais tourmenté et le cerveau toujours en ébullition, des questions plein la tête, tout le temps. Cet été-là, Poe me donnait la permission de vivre ma tristesse, mes réflexions et …

Le pouvoir des mots

On a tous une arme indestructible en nous. Une arme si puissante qu’elle peut blesser même le plus puissant du haut de ses six pieds. Ce pouvoir est la parole, mais plus précisément les mots. On entend souvent que les mots blessent et cela ne pourrait pas être plus vrai. Par contre, ils ne font pas que détruire les gens, les mots servent aussi à les inspirer. Si on utilise les bons mots alors on peut faire beaucoup de bien. C’est la raison pour laquelle on aime tant lire certains livres, car ils nous transportent dans des univers inconnus et nous font rêver. On lit divers mots par jour qui ont diverses fonctions ou classes de mots. Chaque domaine a son propre lexique. On ne les comprend pas toujours, mais c’est pour cela qu’on apprend à tous les jours. On élargit notre banque de lexique au fils des années. Ma maman m’a toujours dit que l’on a un vocabulaire plus riche si on prend le temps de lire. Par contre, cela ne veut pas dire que lire …

L’histoire de ma vie: les chats

Du plus loin que je me souvienne, les chats et les livres ont toujours fait partie de ma vie. Peu importe où je me trouvais, je pouvais percevoir de petits yeux jaunes qui m’observaient dans un coin de la pièce. Je trouvais cela réconfortant. Je le pense encore. Les félins et la littérature me procurent le même sentiment de sécurité et de confort. J’adore lorsque le chat se blottit contre mon flanc pour y faire son nid. Dans le cas du livre, c’est plutôt lui qui me permet de me faire une petite place entre ses pages. J’oublie mon monde pour un instant et je me loge ailleurs. J’aime sentir mes doigts traverser les longs poils roux de mon majestueux Shelby. Tout comme j’aime caresser les pages d’un livre vieilli sous le poids des années comme si nous étions de bons amis depuis belle lurette. J’adore faire la lecture à voix haute le soir et les voir se poster juste à côté de moi en plongeant leur regard dans le mien, un peu comme s’ils …

Le phénomène des PAL et la culpabilité de l’achat

Tout le monde que je connais, et qui aime lire, possède une PAL. La fameuse Pile à Lire qui n’en fini plus de grandir. Peut-être est-ce lui donner trop d’importance que de dire que c’est à la fois une malédiction et une bénédiction d’utiliser ce fameux système de pile à lire. Je m’explique; Il y a un certain réconfort à savoir qu’il y a des livres qui nous attendent, un plaisir à savoir quel sera le prochain livre entre nos mains. En écrivant majoritairement des critiques sur le blogue, avoir une pile à lire est indispensable et devient un outil grandement utile pour planifier des articles et des lectures. En ce sens, une p.a.l n’est rien de plus qu’une simple pile de livres à lire; c’est savoir quel livre prendra prochainement place sur notre table de chevet sans se casser la tête, c’est ne pas se demander ce qu’on lira ensuite, c’est avoir hâte en sachant ce qui s’en vient. Par contre, j’ai l’impression qu’il existe un espèce de coté malsain à la PAL, soit l’accumulation. …

Les livres n’ont aucune responsabilité

Daniel Pennac a créé, dans son livre Comme un roman, les 10 lois du lecteur. Et je suis entièrement en accord avec lui. En tant que lecteur, vous êtes les rois. À vous de décider ce que vous voulez et de quelle façon. Ce qui m’amène à scander publiquement que les livres n’ont aucune responsabilité. Bien que cela peut sembler contradictoire avec mon discours sur la bibliothérapie, je suis convaincue que les livres ne nous doivent absolument rien. Il n’ont pas l’obligation de vous rendre heureux ou même bien, au contraire, ils peuvent franchement vous emmerder. Ou ne pas vous faire du bien tout en vous faisant du bien. Je m’explique : une lecture n’a pas besoin d’être divertissante ou de vous faire pleurer à chaque chapitre pour être déterminante pour vous. Souvent, il faut se distancer d’un bouquin, ne rien attendre de lui et ainsi, l’effet se produira. Ça peut passer du CE LIVRE A CHANGÉ MA VIE à QUELLE PERTE DE TEMPS. Y’a aussi un monde entre les deux, bien heureusement. Je ne veux …