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La geste d’Aglaé: un conte cruel et féministe

C’est à la fin mai que le Festival BD de Montréal s’est installé au Parc Lafontaine. Comme je suis une grande amatrice du genre, j’ai bien entendu sauté sur l’occasion! J’y suis allée sans jeter un œil sur le programme, les éditeurs ou les auteurs, espérant simplement faire une belle découverte. Il n’a pas fallu très longtemps! Dès l’entrée, j’ai été interpellée par des panneaux présentant en grand format une bande dessinée ayant pour protagoniste une sorte d’enfant à tête de patate (qui était en fait le 3e volume d’une série, Les Contes du Marylène). Puis j’ai trouvé les livres, et l’autrice, Anne Simon. Une conversation, un achat et une dédicace plus tard, je n’avais qu’une hâte: me plonger dans l’univers loufoque d’Aglaé! Si on commençait par un petit résumé? Pour camper son histoire, l’autrice s’est inspirée d’une chanson des Beatles, « Being for the Benefit of Mr. Kite! ». Des éléments de l’univers du cirque présents dans le livre rappellent la chanson, mais aussi plusieurs personnages y font directement référence. On suit Aglaé, océanide tragiquement …

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Juliette: Les fantômes reviennent au printemps, chronique d’une famille ordinaire

Après Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie! et la trilogie Rosalie Blum, j’ai été ravie de voir que Camille Jourdy revenait avec un très bel ouvrage, à mi-chemin entre le roman graphique et la bande dessinée. On y rencontre Juliette, fragile, hypocondriaque et dépressive, qui décide de quitter Paris pour passer quelques jours dans sa famille en province. Ce n’est pas le début d’une grande aventure, mais d’une histoire comme seule l’autrice sait en raconter: celle du quotidien. Une histoire (presque) ordinaire Juliette, c’est l’histoire d’une famille d’aujourd’hui avec ses moments de tendresse et de complicité, ses disputes, ses détails anodins… Une chronique familiale douce-amère, qui dépeint des personnages tous plus attachants les uns que les autres. Survoltée, la mère de Juliette est une artiste décalée qui court après les hommes. Depuis que sa femme l’a quitté, le père de Juliette, un homme introverti, vit seul et oublie le jour d’arrivée de sa fille. À l’inverse de Juliette, sa sœur est exubérante, rondouillarde et trompe son mari. La grand-mère perd …

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«Ami, souviens-toi des hivers passés, jamais des tyrans»

Dans un monde aux accents moyenâgeux, il était une fois une princesse. Tilda doit succéder à son père à la tête du royaume, mais elle est écartée du trône par sa mère, qui y place son jeune frère. Accompagnée du chevalier Tankred et de Bertil, pupille du chevalier et aussi ami d’enfance de Tilda, la jeune princesse en exil va se lancer dans une véritable épopée pour reconquérir le pouvoir. Un début de scénario classique, auquel il ne faut pourtant pas se fier, parce que L’âge d’or tome 1, une bande dessinée de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, est un vrai bijou. Un visuel époustouflant   Commençons par le visuel, puisque c’est lui qui a (entièrement) guidé mon choix alors que j’hésitais à acheter ce premier volume. Les pages de Cyril Pedrosa sont magnifiques. L’œil s’y promène, se laissant porter par les couleurs chatoyantes, vibrantes, qui nous offrent un panel d’ambiances grandioses. À chaque lieu sa couleur, à chaque action ses teintes. Ayant un faible pour l’art médiéval, j’ai aussi été subjuguée par les textures …

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Les grands espaces : l’enfance à la campagne

Je suis une fille de la campagne. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence au milieu des champs, dans une maison en perpétuelle rénovation, coincée entre une forêt et une rivière dans une région française qu’on appelait Poitou-Charentes. Catherine Meurisse, qui signe ici une bande dessinée autobiographique, a passé son enfance à la campagne, dans une vieille bâtisse à restaurer, entourée d’un immense jardin et d’arbres à perte de vue. En Poitou-Charentes. Comme souvent, j’ai choisi ce livre pour sa couverture, mais surprise! Elle et moi avons vécu une enfance similaire. Une balade dans la campagne française Première page. Catherine, adulte, dessine sur les murs de son appartement parisien une porte imaginaire qu’elle traverse pour se retrouver au milieu d’un champ de tournesols. Commence alors notre voyage dans son enfance. Catherine et sa sœur apprennent le nom des arbres, à planter des graines, participent aux fêtes de village et à l’abattage du cochon. Elles s’épanouissent dans un monde où la beauté et l’authenticité côtoient pourtant les dommages infligés à la nature par l’agriculture moderne. L’autrice …

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Tulipe : la vie entrecoupée de pauses crêpes

Sous un ciel entièrement bleu, au milieu d’une étendue verte, se dresse un arbre. Adossé à son tronc, Tulipe, un ours philosophe habillé d’un débardeur rayé, somnole. Autour de lui, ses amis s’activent dans tous les sens : Crocus le serpent, Violette l’oiseau, Narcisse le tatou, Capucine la chauve-souris, Rose la poule. Tous ont des noms de fleurs, excepté l’arbre, le caillou et l’œuf, ce qui ne les empêche pas de pouvoir penser et parler comme les autres. Car c’est bien là que se situe la magie des petits ouvrages de Sophie Guerrive : dans les dialogues et les pensées de ses personnages. Entre sublime et absurde Chacun d’eux est traversé par des questionnements à la fois philosophiques et existentiels, sur l’amitié, l’amour, la mort, la confiance, la timidité, l’ennui, l’efficacité, la solitude, etc. Tous un brin névrosés, ils s’interrogent sur le sens de la vie. Ce qui donne des dialogues poétiques (parfois des monologues, mais jamais bien longtemps, tout le monde venant y mettre son grain de sel!), emprunts de mélancolie et d’humour. Ainsi, …

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Des oiseaux artistes et questionnements créatifs

Écrire ces lignes entourées de neuf femmes qui écrivent, qui créent, qui osent sortir de leur chez-soi un dimanche matin pour venir assister à nos clubs d’écriture, il n’y a pas de meilleur endroit, je le crois, pour écrire cette critique de La vie d’artiste de Catherine Ocelot. Cette bande dessinée publiée aux Éditions Mécanique Générale m’a tout de suite attirée, par son titre. Mais c’est surtout les couleurs qui recouvrent l’objet qui m’ont plu. Ensuite, c’est la thématique de la création, du rôle de l’artiste, des questionnements qui accompagnent toujours le fait de créer, ces questions que chaque artiste se pose à un moment ou à un autre. Animant des clubs d’écriture, je suis heurtée à ces doutes et ces questionnements qui viennent de pair avec le fait de s’engager dans une démarche créative, il s’agit donc d’un sujet qui m’interpelle fortement. Ce sont des questions fascinantes et quoique chaque artiste ait sa propre singularité qui fait de lui un être unique, j’ai le sentiment qu’universellement, les mêmes questions et les mêmes doutes reviennent …

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Blagues pour les littéraires et leurs acolytes

Tous les jours, nous défilons notre page d’accueil Facebook, remplie de memes et de GIF, et nous lisons des tonnes de blagues. Des drôles, des pas trop drôles, certaines avec trop de fautes d’orthographe pour qu’on les trouve pertinentes, d’autres vraiment bien réfléchies sous lesquelles on va même taguer notre meilleur.e ami.e! En cuisine avec Kafka est un peu la représentation littéraire de notre fil Facebook. La version « blagues réfléchies ». Il s’agit d’une succession de très courtes séquences, une planche chacune, qui propose des blagues, entre autres, sur la littérature et la culture geek. Ça se lit rapidement et ça permet de décrocher, sans l’aspect média social qui nous aspire jusqu’à ce qu’on oublie qu’on avait des plans cette journée-là. On n’est même pas obligé de dire à nos amis qu’on l’a lu! (Mais je vous propose quand même d’en parler autour de vous, ça en vaut la peine.) Le titre, Baking with Kafka en version originale, fait référence à l’une des planches du livre. Par contre, j’aurais choisi un autre titre pour l’ouvrage complet, …

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Les BD de Guy Delisle : exploration en images

L’été dernier, j’ai eu quelques semaines où mon horaire était super chargé. J’avais de longues journées de travail qui me demandaient beaucoup de concentration et de patience. Je rentrais le soir épuisée, parfois avec juste la force de m’effondrer dans mon lit. C’est dire que je n’étais pas dans un état propice pour faire de grandes lectures! J’avais bien un roman en cours pour les quelques temps morts que je pouvais avoir dans la journée, mais j’avançais à pas de tortue; c’était plus frustrant qu’autre chose. Alors, au lieu de m’acharner, j’ai parcouru mes livres dans ma bibliothèque, et j’ai pris une BD qu’une très bonne amie m’avait prêtée il y a déjà quelques années : Chroniques de Jérusalem. Ce fut un bonheur total, de la première à la dernière page. C’était exactement ce dont j’avais besoin et tout à fait le genre de BD qui me plaît. À peine avais-je tourné la dernière page que je me précipitais à la bibliothèque pour aller chercher les autres albums du bédéiste. Tour à tour, Guy Delisle …

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Catel & Bocquet : redécouvrir Olympe de Gouges & Joséphine Baker en romans graphiques

En novembre dernier, j’ai découvert sur Instagram que le duo Catel & Bocquet, bédéistes, avait créé des briques de romans graphiques (!) au sujet de femmes ayant marqué l’histoire. Ma curiosité avait été piquée. Or, le prix de chacun des romans graphiques (50 $) m’avait un peu rebutée, je me suis donc mise sur une liste d’attente à la bibliothèque et ce n’est que ce printemps que j’ai eu la chance de me plonger dans deux des trois œuvres réalisées par le duo : Olympe de Gouges et Joséphine Baker. Publiés chez Casterman, ces deux romans graphiques m’ont permis de connaître davantage deux femmes exceptionnelles de l’histoire. J’avais pris un peu plus connaissance du destin complètement inspirant de ces deux femmes dans Culottées 1 et 2 de Pénélope Bagieu, mais c’est vraiment en lisant ces deux romans graphiques que j’ai découvert leur vie et leurs histoires. Ce sont deux femmes libres, avant-gardistes et profondément habitées de convictions de justice qui m’ont vraiment impressionnée et je resterai longuement marquée par ces lectures. Ces deux femmes se rejoignent dans leurs forces …

À la rencontre d’une jeune Simone

Je dois vous faire un aveu, car même si j’ai fait un certificat en études féministes à l’UQAM, je n’ai jamais lu de livres ou de romans de Simone de Beauvoir. Évidemment, j’ai lu des textes et des extraits de ses théories et philosophies de pensée, mais ça s’arrête là. Lorsque je suis tombée sur Simone de Beauvoir, une jeune fille qui dérange et que je pouvais voir sur la quatrième de couverture le célèbre Jean-Paul Sartre, je fus immédiatement intriguée. La relation entre ces deux personnages m’a toujours fascinée. Je me disais qu’avec ce roman graphique, j’allais satisfaire ma curiosité. Au départ, le terme « fille » me dérangeait. J’aurais préféré retrouver « une jeune (FEMME) qui dérange » dans le titre, surtout avec sa célèbre réplique « On ne naît pas femme, on le devient ». Après ma lecture, j’ai compris pourquoi les auteur-e-s ont utilisé le terme « fille ». C’est que le roman graphique se concentre surtout sur la jeunesse de notre célèbre féministe française. J’ai donc fait la connaissance d’une très jeune …