All posts tagged: littérature québécoise

Le lecteur et les best-sellers

Best-seller. Cette expression, utilisée abondamment dans le monde littéraire, n’a pas la même signification pour tout le monde. Dans le milieu de l’édition, cela signifie un livre qui a connu un immense succès commercial, qui s’est énormément vendu par rapport aux autres livres du même genre. Dans la tête de bien des gens, un best-seller est un livre qui doit forcément être bon, étant donné la quantité de lecteurs qui l’ont acheté… non? Eh bien, ce n’est pas totalement faux… ni totalement vrai. L’autre jour, au travail, j’ai décidé d’ouvrir l’œil et, en plaçant les livres sur les rayons, je me suis efforcée de repérer ceux sur lesquels figurait la mention « best-seller ». Verdict? Énormément de livres portent cette mention, à un point tel que j’ai renoncé à compter. Le plus fascinant dans tout ça était sans contredit le fait qu’il y avait, dans le lot, de nombreux ouvrages dont je n’avais jamais vraiment entendu parler dans les médias, ni même par bouche à oreille. Bon, je sais, il m’est impossible de connaître tous les livres …

Les communautés littéraires en ligne

À l’ère du numérique, j’ai l’impression que l’époque des clubs de lecture traditionnels où quelques madames se rassemblent pour prendre le thé le samedi après-midi en dégustant le cake au citron est maintenant révolue. (Dommage!) J’ai par contre retrouvé quelque chose qui s’y apparentait l’été dernier en m’intéressant à la communauté littéraire sur Instagram (le cake au citron en moins). À l’aide de mots-clics divers, il est devenu très facile de savoir qui lit le même bouquin que toi, de Beijing au Maryland. On peut alors échanger nos impressions et se suggérer d’autres lectures! C’est sûr que l’aspect humain de la chose y est un peu moins présent, on reste quand même seul avec notre téléphone, mais bon, parler de livres sur Instagram, c’est mieux que de ne pas parler de livres du tout, non? À explorer sur Instagram: #currentlyreading #lecturedumoment . Si vous aimeriez pousser l’expérience un peu plus loin, il existe quelques bookclubs en ligne qui envoient directement le même livre à tout le monde à chaque mois. J’en fais maintenant l’expérience depuis six mois avec mybookhunter. Cette communauté …

Petits tableaux de vie

Des petits tableaux de vie, c’est ainsi qu’on découvre Anne-Si, par des intrusions dans sa vie à l’âge de 4 ans, de 15 ans et de 32 ans. On y découvre une fille-femme-mère qui se bat à tenter de devenir enfin complète. Toujours dans le désordre, Éloïse Lepage nous emmène dans des brides de souvenir de la vie d’Anne-Si. Élevée par une mère prostituée et une soeur trop parfaite, Anne-Si s’est rapidement liée d’amitié avec Céleste, sa meilleure amie des bons et des mauvais jours. C’est avec elle qu’elle arrivera à combler le vide du quotidien et ce, en consommant de la drogue et en se prostituant. On y voit une mère d’un petit garçon qui essaie tant bien que mal de se sauver de ses démons et de devenir une mère ordinaire. « Toutes ces fois, je me suis dit, Bon ben là, j’arrête de faire la pute. Pour vrai. En fait, j’ai plus souvent choisi d’arrêter que choisi de continuer. » Sa vie porte en elle un désir absolu: quitter la drogue et quitter le monde de …

Ta Mère et le tournage du Shining

Dans la pléthore de films d’horreur inspirés de romans ou de nouvelles de Stephen King, le Shining de Stanley Kubrick règne en maître au-dessus de The Mist et de la Chambre-je-ne-me-souviens-plus-du-nombre. Bien qu’il ne soit honnêtement pas mon préféré [i], et bien moins terrifiant que le livre, difficile de passer à côté. Le jeu d’actrice passablement moyen de Shelley Duval, Jack Nicholson qui joue, comme toujours, son propre personnage (nommé pour les besoins de l’adaptation cinématographique Jack Torrance), la très célèbre citation « Here comes Johnny », les millions de prises qu’ont dû refaire les acteurs pour satisfaire les besoins de Stanley Kubrick [ii]: tout un mythe s’est créé autour de cette adaptation. Et tous ces éléments mythiques sont repris, déformés et réécrits dans Igor Grabonstine et le Shining de Mathieu Handfield, publié cet automne aux Éditions de Ta Mère. Publicité gratuite de Matante Catherine: Si vous ne connaissez pas encore les Éditions de Ta Mère, c’est le bon moment pour les découvrir! Leur rentrée littéraire d’automne a été exceptionnelle: ils ont fait paraître deux essais de …

La déesse des mouches à feu selon l’équipe du Fil rouge

Tout d’abord, je tiens à dire que nous sommes incroyablement contentes de voir l’engouement qui a suivi la mise en ligne de l’événement En 2015, je lis un livre québécois. Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes plus de 600 participants à relever le défi! C’est excessivement motivant de voir que les maisons d’éditions, les organismes culturels, les médias et les passionnés de littérature se sont donné le mot pour partager ce défi qui tient réellement à favoriser la lecture d’oeuvres littéraires québécoises et le milieu de l’édition québécoise. J’avoue que j’ai été moi-même impressionnée de voir notre défi se retrouver dans un article publié par Radi0-Canada, mais c’est motivant de voir qu’on peut, en achetant un livre québécois, à la fois favoriser et donner un coup de pouce à la littérature québécoise et aux excellents auteurs! Pour ceux qui veulent discuter de leur lecture mensuelle, se donner des conseils littéraires ou simplement partager notre amour pour la littérature québécoise, nous avons créé ce groupe Facebook qui permet cette communication. Donc, voilà, j’entre dans le vif du sujet: …

Hymne à mes amis imaginaires

On dit souvent qu’il y a une place pour tout dans la vie. L’humain a son lieu de prédilection. L’endroit où son âme s’évapore, où son esprit s’élargit. L’humain a sa boîte. Son espace est souvent conquis, mais il partage. Après tout, il y a une place pour tous. La mienne doit se trouver entre un bouquin de Laferrière et un vinyle de Tom Waits. On peut sentir une légère odeur de feu dans l’air. Près de la fenêtre qui laisse s’infiltrer la musique de la pluie et le souffle du vent, il y a Poe et Baudelaire qui discutent vivement de poésie, de mort et de traduction. Dans le bol à fruits, Nothomb fleurit parmi les bananes noircies et les pommes pourries. Une inquiétante étrangeté parfume cette salle. Je m’y sens comme chez moi. Il y a le chat roux qui pose délicatement sa gueule sur la pile de bandes dessinées de La Guerre des Étoiles. Kafka profite du sommeil du félin pour se faufiler à l’aide de ses six petites pattes de cancrelat …

Les modèles de l’amour

 « Grégory Lemay raconte la solitude des villes. Il montre la laideur grimée, mais aussi la beauté sans fard de ses personnages. Il sait s’approcher d’eux, de leurs blessures profondes avec la pudeur que donne parfois la légèreté » – Quatrième de couverture Rarement ai-je trouvé qu’un quatrième de couverture mettait le doigt si aisément sur l’essence d’un roman. Ce roman n’est pas long, 165 pages et pourtant, il m’en a pris que quelques unes avant de m’adapter au rythme de l’écriture, au style de narration et à l’entrecroisement entre les trois récits.  Ces trois récits sont ceux de Geoffroy, Christèle et un Je narré qui se distingue par l’italique. Geoffroy et Christèle sont un couple offrant des performances sexuelles à leurs clients, à domicile. Le Je habite dans le sous-sol de sa mamie, il est alcoolique, il cherche dans les ébats du couple quelque chose de plus qu’une performance et cherche de manière obsessive à trouver celui qui a tué les chats de sa mamie. Chacun des personnages est quelque peu difficile à cerner et …

Se sauver dans l’été

Ce joli petit bouquin m’a attirée dès la seconde où je l’ai aperçu : la couleur et le titre me parlaient. Après, j’ai constaté que c’était publié chez les éditions Cheval d’août, qui m’avaient charmée avec le superbe Chercher Sam. (J’en ai parlé ici) Et l’opération séduction a continué : j’ai ouvert le livre et j’ai lu une citation de Woolf. Il n’en fallait pas davantage pour que je l’achète. Les filles bleues de l’été raconte une histoire d’amitié fusionnelle entre deux amies, Clara et Chloé. Amies depuis l’enfance, elles tenteront d’échapper au monde le temps d’un été. Chacune reste troublée et brisée par la vraie vie. Clara, complètement esseulée d’un amour perdu et qui lui a enlevé le goût de tout, sauf de lui. Et Chloé, malade de son petit corps frêle incapable d’être bien. Le roman traite de plusieurs sujets lourds, de boulimie, de dépression, de mutilation, mais surtout d’amitié. Ces amies essaieront de s’évader des tourments de la vie quotidienne en retournant au chalet où elles passaient leur enfance. Elles passeront des …

La petite fille qui rêvait d’être Lady Oscar

La petite, c’est Hélène, une jeune fille, qui rêve d’être Lady Oscar, une héroïne de dessins animés. Le vieux, c’est Roger, homme qui attend la mort, assis sur son balcon, à boire une bière. Ces deux-là vont développer une amitié sincère et franche, malgré les années qui les séparent. Le roman décrit avec brio le passage de l’enfance à l’adolescence et les difficultés que provoque ce changement.

Source : Dimédia

Chercher Sam ou l’espoir

Il y a quelques semaines, je vous ai parlé du roman Et au pire on se mariera de Sophie Bienvenu. J’avais terminé en vous disant qu’elle venait tout juste de publier Chercher Sam. Et bien, aujourd’hui, c’est de cette oeuvre que je vais vous parler. Sophie Bienvenu est maître dans l’art du langage, elle sait créer des dialogues si réalistes et vivants qu’on entend une voix nous raconter ses histoires. Dans Et au pire on se mariera, c’était le personnage d’Aïcha, jeune fille de 13 ans, qu’on entendait. Dans Chercher Sam, c’est la voix de Mathieu, vivant dans la rue, qu’on entend.