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Chroniques d’une anxieuse : j’te jure, tu vas revenir!

Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai toujours aimé marcher sous la pluie. Souvent, ça a été un des meilleurs remèdes pour remonter mon p’tit moral tristounet. Moi, le sourire aux lèvres, sous une douche de petites gouttes tombant du ciel, j’oubliais mes soucis, mes tracas, le merdier dans ma tête qui m’empêchait d’avancer. J’oubliais, les deux pieds trempés, que le matin un autobus avait passé un peu trop près du trottoir où je me trouvais faisant éclabousser une vague de bouette sur ma jolie robe. J’oubliais qu’en allant me chercher un café, la robe toute tâchée de gadoue bien brune, un homme m’avait dépassée et avait commandé pendant trois heures des breuvages pis des beignes pour tous ses p’tits amis. J’oubliais qu’en prenant ma douche la veille j’avais pleuré sans trop savoir pourquoi. Juste parce que mon corps avait besoin de faire sortir une peine incontrôlable, une peine qui n’avait pas de nom, mais qui était bien réelle. Pis cette peine-là me hantait encore. C’était difficile à expliquer, à comprendre, à saisir. C’était …

Chroniques d’une anxieuse: la fois où j’ai arrêté d’écrire des To do lists

Première journée de printemps après un hiver beaucoup trop long (genre vraiment frette avec le teint vert pis un manque flagrant de vitamine D). Je regardais le ciel bleu par la fenêtre de mon appart, comme si je n’avais jamais rien vu d’aussi magnifique. Un avion laissait une traînée blanche derrière son envolée. Et je me disais, tranquillement, «moi aussi, un jour, je laisserai une traînée blanche derrière moi pour partir loin, loin, loin». Loin de mes obsessions. Maudit que ça m’ferait du bien. L’idée de moi au soleil me plaisait assez. Pour faire le plein de bonheur. Pour me perdre dans un autre univers, une nouvelle culture, une langue étrangère qui chatouillerait mes tympans. Mais à la place, j’attendais l’été, patiemment, dans mon appart encore congelé. Et, partout autour de moi, il y avait des listes. Sur le mur, sur la table de chevet, sur le bureau. Des To do lists. PARTOUT. J’étais pas capable de vivre sans. Il me fallait ma liste des «choses à faire pour la journée», celle des «tâches à …

Chroniques d’une anxieuse : une p’tite pilule, une p’tite granule pis un Rivotril

C’était tentant, toujours tentant, cette p’tite pilule magique qui m’interpellait en disant «viens, avec moi, il n’y aura plus jamais aucun problème». Elle était là. Elle m’attendait. Elle me promettait une vie meilleure, de me rendre normale ou presque, de me débarrasser de toute trace d’anxiété pendant quelques heures. La fiole était sur la table de la cuisine. Elle était remplie de minuscules ronds orangés. Remplie de Rivotril qui n’attendait que le jour où je l’engloutirais au fin fond de ma gorge. Et je la dévisageais déjà depuis des heures en ne sachant pas trop si je pouvais lui faire confiance. J’en avais seulement quinze à ma disposition. Quinze pour l’année. Pas plus. Pas moins. Quinze. Et j’avais décidé, durant une de mes fameuses nuits d’insomnie, d’en sacrifier une pour essayer. Pour voir, comprendre, expérimenter. Pour apercevoir ce que j’allais devenir. Parce que, oui, j’ignorais ce que j’allais être avec cette p’tite pilule dans mon corps. J’avais comme l’impression que j’allais me transformer en une nouvelle Alex. Plus relaxe, plus calme, moins stressée. Mais peut-être …

Chroniques d’une anxieuse: un amour d’anxieux

Cet été, quand je t’ai avoué que j’étais anxieuse, j’ai eu peur que tu partes en courant. Mais tu m’as seulement regardée, l’air un peu surpris, en me disant : «moi aussi». C’était la première fois que je rencontrais un gars comme toi. J’avais l’impression que tu me comprenais vraiment. Et j’ai su, à ce moment-là, que je souhaitais que tu fasses partie de ma vie. Tu étais un anxieux comme moi. Tu te questionnais sans cesse, tu angoissais parce que le bar où tu voulais m’offrir un verre était fermé et tu voulais que tout soit parfait. Et ça me faisait rire parce que j’avais l’impression de me voir agir. Comme si, à mes côtés, se trouvait une espèce de version masculine de moi-même. Durant nos premières dates, on restait souvent en silence, côte à côte. Moi je me disais dans ma tête : «allez dis quelque chose, vite! N’importe quoi!», mais, pour être honnête avec toi, j’avais juste envie de t’embrasser comme une adolescente de quatorze ans. Et je voyais bien que, toi aussi dans …

Chroniques d’une anxieuse : pardonne-moi mes silences

Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi je me sentais autant opprimée, un poids lourd qui écrasait mon cœur, lorsque j’étais dans un groupe de plusieurs personnes. Des personnes qui parlaient, parlaient et parlaient. Et, moi, qui restais en silence. Parce que je n’avais pas le courage d’ouvrir la bouche, parce que le temps que je me décide à l’ouvrir la conversation s’était déjà envolée dans une autre direction. Et je restais en silence. Mon problème c’est que j’ai toujours eu de la difficulté à prendre ma place parce que j’ai souvent eu l’impression que les autres ne m’en laissaient pas assez. Ou que je n’étais pas suffisamment intéressante. Mais ce n’était pas leur faute ni la mienne. Le coupable c’était mon cerveau, emprisonné dans une cage de mots, qui discutait avec lui-même sans cesse. Il y avait tellement de discutions dans ma tête, des discutions bipolaires et maniacodépressives, « Alex dis pas ça, tu vas avoir l’air conne », « Allez vas-y, dis-le », « dis-le pas de toute façon personne va t’écouter »… Et …

Chroniques d’une anxieuse : le TOC

Plus le temps avançait, mieux je me sentais et plus j’appréciais mes rencontres avec Monsieur M. Mon psy, à moi. Les mois passaient, défilaient à une vitesse folle, et j’avais cette drôle d’impression qu’il me connaissait mieux que personne, dans mes moindres détails. Un inconnu qui n’était, à présent, plus vraiment un inconnu, qui savait des choses que même mes amis les plus proches ignoraient. Et j’avais hâte de le voir à chaque semaine. Et j’attendais avec plein d’espérance cette petite heure où quelqu’un m’écoutait enfin. Bref, mon psy était devenu mon meilleur ami. À un tel point que j’étais rendue à lui raconter les plus banales péripéties de ma rocambolesque vie d’anxieuse. Du genre : lorsque je quittais mon appartement pour aller travailler, faire des courses ou peu importe, je vérifiais à plusieurs reprises si le four était bien éteint, si le frigo était effectivement fermé, si mon fer plat était débranché, mais surtout je m’assurais (une bonne dizaine de fois) que toutes les portes étaient très, très, très bien barrées. J’étais même descendue en …

Chroniques d’une anxieuse : Chez le psy

La première fois qu’on m’a dit que je devrais peut-être aller consulter, je l’ai un peu (beaucoup) mal pris. Je me disais : « Ben voyons donc! J’suis pas si folle que ça! ». Et ce n’est que cinq ans plus tard que je me suis retrouvée assise dans une chaise longue, face à Monsieur M., dans un silence des plus complets, pendant que lui notait le peu qui sortait de ma bouche. J’étais tétanisée par le simple fait de raconter ma vie, dans ses moindres détails, à un inconnu. Je ne savais pas, moi, comment faire ça… « raconter ma vie »! Je la trouvais pas tellement intéressante et je me demandais ce qui était pertinent ou non à dire à un psychologue. Je me censurais moi-même avant même d’avoir dit quoi que ce soit. Je me posais trop de questions et ça tournait à cent mille à l’heure dans ma tête. Pis j’avais les mains moites. J’essayais de les essuyer subtilement sur mes pantalons en espérant que Monsieur M. ne s’en rende pas compte. …

Chroniques d’une anxieuse : L’agrafeuse

Douce pluie qui tombe et glisse lentement le long de ma fenêtre. Le ciel est gris et triste. Mon regard est fixé sur mon café à moitié bu, à moitié vide. Je bois trop de café. Mon cœur va sûrement lâcher. Mais, pour l’instant, il est capable de battre aussi vite que s’il se trouvait face à une horde de zombies affamés. Pourtant, il n’y a pas de zombies. Alex respire. Inspire, expire, inspire, expire. Non, pas comme ça. Tu vas trop vite. Recommence. Inspire, expire. Je n’y arrive pas. Pense à des fleurs, à un champ de tournesols, à des papillons, à des petits gâteaux et des arcs-en-ciel. J’essaie, mais ça ne fonctionne pas. Mon cœur continue de battre au rythme d’un train grande vitesse. Et voilà les larmes qui se mettent de la partie. Je pleure, le souffle court, les mains qui tremblent et le corps sans contrôle. Mais pourquoi tout ce drame? Seulement à cause d’une agrafeuse? Ne ris pas de moi, je ne me comprends pas, moi-même. Il faut absolument que …

Chroniques d’une anxieuse : les sautes

Belle journée qui s’annonce : le ciel est d’un bleu magnifique, le soleil laisse entrer, par la fenêtre du salon et de la cuisine, ses doux rayons qui semblent glisser sur le plancher de bois. Et, aujourd’hui, c’est ma journée de congé. Quoi demander de mieux? Je peux enfin me reposer, rester en pyjama, garder mon chignon ébouriffé et faire tout ce que je veux. TOUT. Je me prépare des œufs miroirs avec des toasts à la confiture de fraises. Mon copain se lève, il s’avance vers moi avec ses yeux mi-clos et me donne un baiser sur la joue. Il est pressé, il doit aller travailler dans une heure à peine. Il se dépêche, prend une douche et part à la course. Je lui crie : « bonne journée ». Enfin seule. Je décide de mettre la trame-sonore de Pulp Fiction et de me prendre pour Mia Wallace qui danse sur un air de Chuck Berry. « Ladies and gentlemen, now the moment you’ve been waiting for : the world famous Jack Rabbit Slims Twist Contest! ». …

Chroniques d’une anxieuse : rêveries

Je rêve de tranquillité. J’aimerais enfourcher ma bicyclette volante et partir loin de tout, loin des angoisses, des peurs, de l’automne qui commence, des gens trop pressés, des gens qui n’acceptent pas la différence, des enfants qui crient trop fort dans les bibliothèques et des femmes égoïstes qui laissent leur sac à main sur le banc de l’autobus lorsqu’il y a des dizaines de passagers debout. Excusez-moi, est-ce que je pourrais m’asseoir ici? J’ai le droit à un air bête. Elle se tourne vers la fenêtre de l’autobus et regarde à l’extérieur. Et moi, je rage de l’intérieur. Ça ne se finira pas comme ça! Oh que non. Je prends son sac et le lance sur ses jambes. Elle me regarde, ahurie. Je m’assieds et je lui fais, à mon tour, un air bête. En fait, ce n’est pas vrai. J’ai menti. La situation ne s’est pas vraiment déroulée de cette manière. J’ai plutôt continué à rager de l’intérieur et essayé de lui jeter un mauvais sort en répétant dans ma tête les formules magiques …