All posts filed under: Littérature québécoise

La trahison des corps de Stéphanie Deslauriers, une ode à la vie

La trahison des corps, c’est le récit écrit au JE de Camille, qui prend la décision, suite à des virulents traitements de chimiothérapie, de se laisser mourir, de ne pas se battre contre sa maladie, ou du moins de ne pas se battre pour si peu de promesses, soit quelques mois de plus. Son destin est scellé, son corps l’a trahie, le verdict est fatal, il ne lui reste que quelques mois à vivre. Camille reprendra le contrôle sur son existence et par le biais de l’écriture, nous racontera les grandes lignes de sa vie qui l’ont menée à dire adieu à la vie de manière si calme, si déterminée et surtout si sereine. Paradoxalement, c’est aussi le récit d’une femme dans la quarantaine qui s’émancipe enfin et qui meurt en entière connivence avec elle-même. Le roman débute lorsque Camille explique sa vie quotidienne, son travail comme enseignante en art plastique, sa vie monotone avec sa fille adorée et son chum un peu plate. D’emblée, elle semble bien, en apparence surtout, mais plus l’histoire avance, plus …

Entre passé et présent, lumière et noirceur, « Choir » de Rosalie Lavoie

Entre passé et présent Choir de Rosalie Lavoie, c’est un coup de coeur. Le quatrième de couverture m’a plu. Je l’ai acheté. En ne sachant pas du tout qui était Rosalie Lavoie et si elle avait déjà écrit auparavant. Rares sont les fois où j’erre dans une librairie sans avoir d’idées préconçues de ce que je veux lire, mais bien heureusement, c’est ce qui s’est produit ce jeudi-là et voilà, je découvrais une plume enchanteresse, lucide et profondément touchante. Dans un balancement, entre l’avant et le maintenant, Rosalie nous entraîne dans les moments phares de sa vie. Enfant avec son père, plus vieille avec ses amours. Dans un continuel retour entre le présent et le passé, on pénètre dans les déboires sentimentaux, corporels, toujours si intimes de Rosalie. Déjà dès l’enfance, le jeu du silence opère suite à un traumatisme incestueux avec le père et ce silence restera longuement dans la vie de Rosalie. Ensuite, elle tombera amoureuse de l’emprise de Frank sur sa vie. Cette relation ornée de nocivité sera bâtie sur un continuel …

Le parfum de Janis

Tout de ce roman m’a attirée au premier coup d’oeil. Autant le titre qui, dans mon esprit, m’a fait penser à Janis Joplin -qui est en effet la Janis en question- que le quatrième de couverture. La couverture elle-même, fidèle aux  publications  du Cheval d’août, capte aussi les regards. Les années cristalliseront ce tableau de ma mère. Un tableau figé et flou en même temps. Figé, car il comporte la scène de l’enfance, celle qui a laissé l’empreinte. Flou, car avec le temps on dirait que la mémoire en a grugé les rebords, comme si elle avait faim d’oubli. Le parfum de Janis est à la fois un roman du présent et du passé.  Une quête sur le passé pour mieux comprendre le présent, un roman sur le désir de fouiller son histoire pour l’écrire. Ici, le passé c’est la famille, c’est l’implosion de ce modèle familial, c’est la rupture, la dépression, l’image qui se fixe est celle d’une mère trouble, d’un sentiment d’impuissance que ressent tout enfant face à la misère d’un parent. C’est …

Journal d’un étudiant en histoire de l’art

La première fois que j’ai entendu parler de Maxime-Olivier Moutier, c’était par une ancienne collègue libraire qui m’avait chaudement recommandé de lire Marie-Hélène au mois de mars. Je me souviens avoir commandé le roman en n’étant pas super convaincue, le titre ne me disait pas mal rien, pour être honnête. Sauf que j’avais adoré l’écriture de Moutier, très franche, dure et lucide. Le récit nous entraînait dans les bas fonds de l’émotion parce que le personnage se retrouvait à l’hôpital psychiatrique suite à une rupture brisant TOUT sur son passage. J’avoue que je ne me souviens pas complètement du récit, je vais donc sûrement le lire d’ici quelque temps. Par contre, une émotion et une ambiance ressort quand je repense à cette lecture, celle de la détresse et en même temps, j’ai le souvenir d’un amour passionnel et fusionnel très fort. Bref. Tout cela pour dire que suite à cette lecture, je n’avais pas relu d’oeuvres de Maxime-Olivier Moutier. Suite à la parution cet automne de Journal d’un étudiant en histoire de l’art, j’ai eu …

Jason Roy, les coccinelles et la passion de raconter

Le 27 septembre dernier, à Sherbrooke, j’ai eu l’occasion d’assister au lancement de L’alliance, le premier roman de Jason Roy, nouvel auteur dans le paysage littéraire québécois. Il faut dire que j’y étais car le Fil rouge avait reçu une invitation bien spéciale, lancée par Jason lui-même, lecteur assidu du blogue! Résidant tout près de l’endroit où avait lieu le lancement,  j’étais bien décidée à couvrir l’événement et à découvrir cette nouvelle plume ainsi que l’auteur qui se cachait derrière. À mon arrivée, je n’ai pas tardé à faire connaissance avec la vedette du jour. Regard pétillant, sourire contagieux, Jason semblait fébrile ; je pouvais tout à fait comprendre pourquoi! Ce n’est pas tous les jours qu’on publie à compte d’auteur son premier roman, une petite brique de 417 pages de surcroît…! Jason semblait réellement heureux de l’accomplissement de son projet, et l’enthousiasme des gens présents lui faisait écho. J’ai eu la chance de m’entretenir avec lui à propos de L’alliance, son roman d’aventures bien singulier. Il faut l’avouer d’entrée de jeu, l’univers de L’alliance …

La petite fille qui lisait Gabrielle Roy

Située d’un côté dans Outremont et l’autre dans le Mile-End, la rue Hutchinson est le reflet miniature d’une société. Abla Farhoud y vit depuis plus de 30 ans et ce fut, sans aucun doute, le point central de son inspiration lors de l’écriture de son roman Le sourire de la petite juive, paru en 2011. Si vous lisez le blogue régulièrement, vous vous doutez bien que c’est suite à ma lecture de Toutes celles que j’étais, sa dernière parution, que je me suis intéressée à l’oeuvre de Farhoud. Comme je l’avais écrit dans l’article commun du mois dernier, une de mes amies m’avait dit à quel point elle avait adoré Le sourire de la petite juive et j’ai enfin pu comprendre les raisons pour lesquelles cette oeuvre d’Abla Farhoud est un petit bijou, tout comme Toutes celles que j’étais. La narratrice de l’oeuvre, Françoise Camirand nous raconte son parcours d’écriture où elle écrit sur ses voisins de la rue Hutchinson. Le lecteur a donc accès aux réflexions de la narratrice et aussi, à ses écrits. …

Lekhaim! aperçu d’un quotidien hassidique

Quand j’ai vu ce tout petit livre en librairie, je n’ai pu faire autrement que de l’acheter. Il y a déjà quelques années que je suis fascinée par les communautés religieuses qui, de par leurs croyances, vivent en marge de la société. Que ce soit les juifs hassidiques ou bien les anabaptistes – plus communément appelés les amish- je saisis toutes occasions d’en apprendre un peu plus sur leurs modes de vies, croyances et coutumes. Depuis quelques années, il faut dire que ces types de communautés sont de plus en plus médiatisés, souvent sous un oeil voyeur- et extérieur- qui dépeint très mal la réalité. Dans Lekhaim! Chroniques de la vie hassidique à Montréal, l’auteure Malka Zipora fait partie intégrante de sa communauté. À la base, ses chroniques furent publiées dans un petit journal distribué dans sa communauté hassidique, mais finirent par capter l’attention d’un oeil extérieur, résultant en ce petit recueil de 140 pages. 140 pages, divisées en 22 récits, sur la modeste vie de mère et de femme de Malka Zipora. À travers son écriture …

« Amanita Virosa » d’Alexandre Soublière, un roman d’amour noir moderne

Amanita Virosa : Amanita virosa, de son nom vernaculaire Amanite vireuse, aussi appelée Ange de la mort, ou Ange destructeur, est un champignon basidiomycète mortel du genre Amanita de la famille des Amanitaceae. (Source : Wikipédia) Le titre choisi par Alexandre Soublière est plutôt mystérieux aux premiers abords. On se demande premièrement ce que ça veut dire, à moins bien entendu que vous soyez mycologue, soit un spécialiste des champignons. En fermant le roman, on comprend un peu plus. D’emblée j’avoue que j’avais été parmi ces lecteurs qui attendaient la prochaine oeuvre d’Alexandre Soublière avec impatience, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que tous. J’avais lu Charlotte before Christ et même si j’avais bien aimé ma lecture, il y avait une immaturité dans l’écriture qui me chicotait. Bien sûr, j’avais compris le langage jeune et franglo et j’étais entièrement d’accord pour dire que cela s’intégrait parfaitement aux personnages et à leur contexte. Toutefois, je trouvais l’écriture très nombriliste et un peu trop empreinte de la génération Yolo. En ouvrant Amanita Virosa, je souhaitais intérieurement ne pas …

Le saint patron des backpackers

Comme beaucoup de jeunes en quête d’identité, Jérôme, 19 ans, décide de prendre une année sabbatique pour aller visiter l’Europe. Il part donc seul, avec en tête une idée bien précise : ne pas revenir au Québec puceau. Entremêlée de rencontres sordides, de bières et de voyages, cette année sera pour Jérôme une coupure froide et net avec sa petite vie de région. Malgré la nostalgie d’un amour déchu resté au Québec, il vivra au cours de ces mois une fascination intense pour Dania, une employée de l’auberge de jeunesse dans lequel il est resté plusieurs semaines. Est-ce que j’ai aimé ou pas ? J’ai de la difficulté à le dire clairement. En soi, l’idée me plaisait beaucoup. J’aime toujours les romans introspectifs et lorsqu’on parle de voyage et de retour vers soi, je suis presque toujours charmée. Dans ce cas-ci, je n’ai pas tant réussi à m’attacher à Jérôme. Dans le sens que oui, je comprenais son envie folle de rencontrer une fille et sa maladresse « trop gentille » qui l’en empêchait. En même temps, de …

Raconter l’insularité : « Le sel et le goémon », recueil de nouvelles maritimes de Christine Arseneault-Boucher

La belle saison tire à sa fin, mais il est toujours temps de l’étirer encore un peu. Quoi de mieux pour cela qu’un petit vent qui sent bon le souvenir de vacances? Honnêtement, alors que les soirées se rafraîchissent, ça me fait du bien de se ressasser ces moments de paix. Ou encore mieux, de les lire! D’ailleurs, avez-vous lu mon premier article sur raconter l’insularité? J’y parlais des magiques et magnifiques conteurs que j’ai rencontrés aux Îles-de-la-Madeleine. C’est sur cette note (un peu trop) nostalgique que je continue de déballer les trouvailles faites aux Îles cet été, cette fois avec Le sel et le goémon de Christine Arseneault-Boucher, un recueil de nouvelles poétiques qui donne envie de tout sauf de retourner sur le continent. Le sel et le goémon est une petite reliure, couleur sable, qui se lit tout seul, entre deux marées et moins. C’est un être à part, hésitant entre la nouvelle et la poésie, pour notre plus grand bonheur. Son auteure, Christine Arseneault-Boucher, artisane de la beauté du quotidien, est originaire …