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Ta Mère et le tournage du Shining

Dans la pléthore de films d’horreur inspirés de romans ou de nouvelles de Stephen King, le Shining de Stanley Kubrick règne en maître au-dessus de The Mist et de la Chambre-je-ne-me-souviens-plus-du-nombre. Bien qu’il ne soit honnêtement pas mon préféré [i], et bien moins terrifiant que le livre, difficile de passer à côté. Le jeu d’actrice passablement moyen de Shelley Duval, Jack Nicholson qui joue, comme toujours, son propre personnage (nommé pour les besoins de l’adaptation cinématographique Jack Torrance), la très célèbre citation « Here comes Johnny », les millions de prises qu’ont dû refaire les acteurs pour satisfaire les besoins de Stanley Kubrick [ii]: tout un mythe s’est créé autour de cette adaptation. Et tous ces éléments mythiques sont repris, déformés et réécrits dans Igor Grabonstine et le Shining de Mathieu Handfield, publié cet automne aux Éditions de Ta Mère.

Publicité gratuite de Matante Catherine: Si vous ne connaissez pas encore les Éditions de Ta Mère, c’est le bon moment pour les découvrir! Leur rentrée littéraire d’automne a été exceptionnelle: ils ont fait paraître deux essais de la collection Pop-en-stock [iii] (Youtube théorie d’Antonio Dominguez Leiva et le collectif Séries télé), le roman Sports et divertissements de Jean-Philippe Baril Guérard, qui s’est retrouvé dans la première sélection du prix des Libraires 2015, en plus du roman dont je vous parle aujourd’hui. Ils avaient publié l’année dernière leur première bande dessinée (Albert Théière de Mathieu Goyer), que je vous recommande chaudement. Fin de la publicité gratuite de Matante Catherine.

« Mais que raconte Igor Grabonstine et le Shining? » me demanderez-vous. «Tu ne cesses de parler de Stanley Kubrick, Catherine, et je suis confus(e)». J’y viens.

Il s’agit en fait du tournage du Shining par Stanley Kubrick, mais avec Igor Fedorovitch Grabonstine incarnant Jack Torrance plutôt que Jack Nicholson. Cet «Igor Grabonstine est l’acteur le plus talentueux de son époque, de la précédente et, sans aucun doute, de la suivante », nous dit la quatrième de couverture. C’est du moins ce que croit Igor avant de rencontrer Danny Lloyd, le jeune acteur incarnant Danny Torrance, le fils du protagoniste du roman de King et de l’adaptation de Kubrick. Celui-ci possède en effet des aptitudes de jeu surpassant sans dire ceux d’Igor Grabonstine qui, jaloux, tentera de le battre sur son propre terrain.

On assiste à un combat épique et complètement éclaté entre les acteurs, le tout dans une ambiance de travail douteuse et plus qu’absurde. Des spectres d’Amérindiens et d’un vendeur de balayeuse hantent les chambres de l’hôtel. La scripte Diane Johnson, auteure lesbienne de romans gothiques et à ses heures dégageant une persistante odeur de soufre, flotte quelques mètres au-dessus du sol et provoque des phénomènes surnaturels autour d’elle (en plus de rendre les gens particulièrement mal à l’aise). Stephen King, avec son visage de félin, s’inquiète de ce qu’est en train de devenir son œuvre, insatisfait des modifications du réalisateur qui, lui, disparaît parfois soudainement du plateau, ne laissant derrière lui qu’un petit nuage de peaux mortes, perdues en raison du stress.

Le personnage le plus hors du commun reste toutefois le grand Igor Grabonstine lui-même, dont la narration suit les pensées, souvent méprisantes, envers ses comparses de travail. Son égo démesuré a provoqué chez moi des pouffées de rire involontaires, et ce n’est rien quant aux réflexions hautaines (ainsi qu’ouvertement racistes et sexistes) qu’il entretient, notamment envers la plantureuse nounou de Danny, Deborah Cassinger, réflexions agrémentées de commentaires narratifs absolument parfaits qui accentuent l’absurdité desdites pensées.

Ce qui m’a toutefois le plus plût dans ce roman, ce sont les abondantes références au film de Kubrick. Les acteurs qui jouent des personnages qui, dans le film, ont le « shining », sont également surdoués dans le roman de Handfield. Certains passages du roman sont précédés d’intertitres insérés tout comme ceux du film, en lettres majuscules en plein milieu d’une page. L’auteur a même fait référence aux erreurs du film, par exemple l’ombre d’hélicoptère que l’on peut apercevoir dans les plans d’ouverture du film culte ou bien le fait que Shelley Duvall «surjoue» certaines scènes du film.

Il s’agit honnêtement d’un des livres les plus absurdes que j’ai lu dans les dernières années, et j’ai adoré! Mathieu Handfield, si tu lis ceci: j’attends impatiemment la suite, Igor Grabonstine à l’école du Mal. Pour vrai, là.

[i] Peut-être parce que je trouve que la majorité des films de Stanley Kubrick sont surestimés… excusez-la! (Le Shining et Full Metal Jacket exclus. Et peut-être Doctor Strangelove, je ne l’ai pas vu et ne peux donc pas encore en discuter).

[ii] Je vous assure que j’ai aimé le film!

[iii] D’ailleurs, si vous aimez l’ensemble de l’œuvre de Stephen King, je vous conseille fortement l’épisode de Pop-en-stock sur le sujet, que vous pourrez écouter ici. Leur hypothèse de l’omniprésente du «Shining» dans toute son œuvre est assez intéressante, merci! Et, écoutez donc tous les épisodes, ils sont rarement impertinents. Je les aime.

« Javotte » de Simon Boulerice : lecture de février du défi littéraire

Déjà le mois de février; le mois le plus court et de l’amour. Après la lecture de La déesse des mouches à feu, que nous avons tous bien apprécié chez le fil rouge (notre article est disponible ICI), nous avons décidé de procéder à un sondage sur le groupe des participants au défi En 2015, je lis un livre québécois par mois pour définir la lecture de février.

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Source : Les éditions Leméac

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Source : Les éditions Leméac

La lecture commune de l’événement sera donc Javotte de Simon Boulerice. Le 10 mars prochain, un article commentant nos lectures dans l’équipe du fil rouge sera publié, tout comme des thèmes et des questions pour discuter de cette lecture commune.

Voici la description des éditions Leméac au sujet de l’oeuvre :

« Javotte, c’est l’histoire contemporaine d’une princesse aux grands pieds. Boulerice revisite le conte de Cendrillon avec un humour noir décapant, concentrant son regard sur Javotte, la demi-sœur cruelle de Cendrillon, avant que cette dernière n’arrive dans sa vie, alors qu’elle cherche la dignité comme une plante qui se tourne naturellement vers la lumière. Voilà une écriture qui navigue entre la finesse d’une pensée philosophique, l’obsession sexuelle et un surréalisme à la Petite vie de Meunier ! »

Bonne lecture !

N’hésitez pas à vous joindre à notre groupe Facebook pour pouvoir voter pour la lecture du mois de mars!

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Javotte, Simon Boulerice

Leméac Éditeur , 2012

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Sarah Kay et le spoken words poetry

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Souvent, en surfant le web, on se perd dans un labyrinthe infini de pages et de trucs inutiles. Parfois, à travers les pages wikipédia, les photos de chats et pinterest, on tombe sur quelque chose qui nous accroche. C’est un peu de cette façon que j’ai découvert Sarah Kay il y a de cela quelques années. Je regardais des vidéos TED talk sur youtube quand je suis tombée sur If i should have a daughter. Ce vidéo, pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, m’a vraiment touchée, émue et marquée. Lire la Suite

La déesse des mouches à feu selon l’équipe du Fil rouge

TPoly08_Deesse_250out d’abord, je tiens à dire que nous sommes incroyablement contentes de voir l’engouement qui a suivi la mise en ligne de l’événement En 2015, je lis un livre québécois. Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes plus de 600 participants à relever le défi! C’est excessivement motivant de voir que les maisons d’éditions, les organismes culturels, les médias et les passionnés de littérature se sont donné le mot pour partager ce défi qui tient réellement à favoriser la lecture d’oeuvres littéraires québécoises et le milieu de l’édition québécoise. J’avoue que j’ai été moi-même impressionnée de voir notre défi se retrouver dans un article publié par Radi0-Canada, mais c’est motivant de voir qu’on peut, en achetant un livre québécois, à la fois favoriser et donner un coup de pouce à la littérature québécoise et aux excellents auteurs!

Pour ceux qui veulent discuter de leur lecture mensuelle, se donner des conseils littéraires ou simplement partager notre amour pour la littérature québécoise, nous avons créé ce groupe Facebook qui permet cette communication. Donc, voilà, j’entre dans le vif du sujet: vous parler de la première lecture commune du défi, soit La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen! Pour se faire, nous avons décidé de vous présenter les opinions de nos collaboratrices au sujet de cette lecture et nous allons vous poser des questions à la fin de l’article afin de susciter une discussion! Pour y participer, il vous suffit de commenter à la fin de cet article! Vous verrez que nous sommes presque toutes tombées sous le charme de la déesse!

Ce que j’en ai pensé 

Je me suis, d’emblée, laissée porter par le langage de l’oeuvre. Le personnage principal de Catherine a su, dès les premières lignes, m’emmener dans son petit monde d’adolescente qui se cherche. Écrite dans la langue du Saguenay, je pense qu’il faut retourner au temps de notre adolescence pour réellement apprécier l’oeuvre. Il y a des bouts plus trashs que d’autres, mais on reste tout de même dans un récit initiatique où Catherine se découvre. Certains diront peut-être qu’il est difficile de cerner les pensées de la jeune fille, mais je pense que cela contribue à la construction du personnage: il s’agit d’une ado de 14 ans, c’est normal que tout ne soit pas clair, analysé et compris. Catherine vit au feeling, comme seuls les ados savent le faire. L’innocence et le fait de se croire imbattable contribuent, à mon sens, à faire de Catherine un personne tout à fait réaliste.

08-madamechose_sitewebIl faut dire aussi que j’aime beaucoup Geneviève Pettersen et que je l’ai connue dans ses chroniques de Madame Chose dans La presse. Dans celles-ci, elle aborde des thèmes plus légers, mais toujours avec beaucoup d’humour. Le ton de Pettersen est unique et on sent la connivence entre Madame Chose et l’auteure de La déesse des mouches à feu. Pour ceux qui ont craqué pour le ton un peu sarcastique,  l’humour, l’humilité de Madame chose, vous devez lire Vie et mort du couple. Premièrement, ça se lit super facilement et deuxièmement, ça fait rire. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas surprise à rire à haute voix (je suis plus du genre petit sourire de lectrice quand je lis!). Bref, c’est drôle, vrai, sans aucune prétention et surtout, c’est le ton que j’aime tant de Madame Chose.

Ce que Karina en a pensé

Il y a des romans comme ça, dès le premier coup d’œil nous savons que nous allons aimer notre lecture. Effectivement, ma première impression pour La Déesse des mouches à feu fut la bonne. L’histoire est plutôt simple; une jeune adolescente vivant dans une famille dysfonctionnelle a un entourage plutôt «douteux» et consomme de la drogue. Nous retrouvons une écriture familière, ce qui nous permet de se mettre dans la peau d’une adolescente. Geneviève Pettersen réussit à nous envelopper de l’ambiance que vit la «déesse», que ce soit par la musique qui a une très grande importance dans le roman ou par les lieux. On s’attache à cette jeune femme et à son maudit caractère.

Ce que Anick en a pensé

Je ne lis plus beaucoup, par manque de temps. Par chance, je prends le métro, ce qui me permet un répit de ma téléphonie cellulaire du démon et me donne un peu le temps de lire (les rides de métro ne sont jamais assez longues!). La déesse des mouches à feu, je ne l’ai pas lu dans le métro, je l’ai lu «toute d’une traite» un soir de semaine (YOLO, t’sais). Ça faisait longtemps que je n’avais pas été emportée de cette façon par un roman. Je me sentais à ma place, comme si je faisais partie de la gang de Catherine. L’écriture est crue et franche, comme je l’aime. C’est une histoire d’adolescents, de drogues et de quêtes de liberté; d’amour, d’amitié et d’apprentissage de la vie. J’ai ri à cause des descriptions tellement exactes que je me surprenais à m’imaginer dans l’histoire. J’ai aussi pleuré, parce que même si c’est l’histoire d’une petite crisse (ce n’est pas moi qui le dis, c’est la dédicace), on s’attache. Les petites crisses, quand j’en croise, elles m’énervent avec leur attitude désagréable, le trop-plein de maquillage dans leur face et leurs vêtements qui révèlent trop les formes qu’elles n’ont pas encore. Maintenant, je me rappelle toujours qu’il y a une histoire comme celle de Catherine derrière ces jeunes filles que je ne pourrais même pas m’imaginer. Je vous conseille fortement le livre de Geneviève Pettersen et j’attends impatiemment son deuxième roman!

Ce que Kimberley en a pensé 

Pour ma part, c’était la première fois que je lisais une œuvre littéraire québécoise écrite littéralement comme les jeunes parlaient dans le temps et j’ai trouvé cela intéressant et différent. Aussi, comme j’ai grandi dans les années 90, j’ai beaucoup connecté avec les références culturelles dans le livre, mais étant plus jeune que Catherine, je n’ai toutefois pas eu le même genre de repères et d’expériences qu’elle. Pour être totalement honnête, Catherine n’est pas un personnage qui m’a été sympathique, je maudissais son immaturité. Sa personnalité étant si loin de la mienne, je n’arrivais pas à comprendre ses décisions et son cheminement. Néanmoins, l’histoire était intéressante et l’auteure a une plume fascinante. J’ai beaucoup aimé le style narratif du roman et j’ai trouvé intéressant qu’il n’y ait aucun dialogue direct au sein de l’œuvre. Tous les dialogues étaient rapportés par la protagoniste, la jeune Catherine. De plus, j’ai trouvé que les personnages avaient tous, ou presque, une profondeur qui les rendait quasi-réalistes, notamment les parents de Catherine. Avec du recul, ce livre aurait complètement été mon genre dans ma jeunesse, mais j’ai 25 ans maintenant et je n’ai plus beaucoup envie de lire des romans concernant de jeunes adolescents. On dirait que j’ai passé cet âge et ça me plaît moins. Je réitère toutefois que La déesse des mouches à feu était très bien comme premier roman, je resterai définitivement à l’affût des prochains romans de Geneviève Pettersen, mais j’aimerais la voir écrire un roman avec un personnage adulte comme protagoniste pour que je puisse plus ‘connecter’ avec le personnage.

Ce que Louba en a pensé 

Ces temps-ci, le buzz est palpable autour du roman La déesse des mouches à feu (si beau titre) de Geneviève Pettersen (alias Madame Chose), sorti en 2014 chez Le Quartanier. Jadis, du temps où je vivais encore dans la grand’ ville de Québec, que je travaillais à la coop étudiante de l’uni et où j’affectionnais particulièrement la section librairie, La déesse des mouches à feu et moi on se lançait souvent des regards. Je lui ai finalement concédé une place dans ma bibliothèque parente à la tour de Pise. Je consomme les livres comme d’autres les sacoches et les souliers (faut pas se mentir, j’ai aussi mon p’tit côté sacoche). J’ai de la misère (ho calvaire…c’est plus fort que moi) à croiser une librairie sans m’arrêter et me ruiner le portefeuille.

Le roman m’a suivi en terre gaspésienne. La couverture continuait de me faire les yeux doux pour que je le lise. Enfin un soir, je l’ai ouvert (le moment où je lis le plus, c’est juste avant le dodo) et j’ai lu quelques pages. Je l’ai refermé. Je n’étais pas certaine de la voix, du choix de l’oralité et de vouloir mettre les deux pieds dans cet univers; parce que veut, veut pas, on est directement plongé dedans jusqu’au cou. On est de la fête de Catherine, avec sa mère, son père pis son amie Véronique. Je n’ai pas vécu mon adolescence dans le même type d’environnement qu’elle, pis Christiane F. m’a plutôt donné le goût de rester ben loin de la drogue, n’empêche que j’ai cette époque estampée au fer rouge sur le cœur. J’ai attendu que le temps passe, quelques jours ou semaines, j’ai lu d’autres trucs. Puis je me suis lancée, pour de vrai cette fois-ci.La plus grande qualité de ce roman, selon moi, c’est sa capacité de tout me faire voir comme si je regardais un film, pis même encore plus. J’ai l’impression d’être directement dans le film. Je suis spectatrice, mais aussi actrice. Je suis le personnage qui ne sait pas encore que sa vie est sur le point de basculer, mais qui se doute quand même un peu de ce qui s’en vient. Des sensations dans le corps et dans la tête et des images comme les bottes sur la trail du campe sont ancrées dans ma tête pour un bon bout.

Ce roman m’a permis de faire un grand pas vers la redécouverte de mon adolescence. Dans la même vague, j’ai avalé d’un coup Cœur de slush de Sarah-Maude Beauchesne, paru chez Hurtubise.Pour moi, s’il y a bien une chose qui est importante dans la vie, c’est de garder son cœur d’enfant et d’être capable de découvrir ou de redécouvrir quelque chose chaque jour. Avec La déesse des mouches à feu, j’ai le goût de faire plus de place à l’adolescente que j’ai été, parce que j’ai aussi eu mes grands moments.

Ce que Catherine en a pensé

Ayant un préjugé tout à fait favorable pour les Éditions du Quartanier, quand j’ai su que la merveilleuse Madame Chose (qui a d’ailleurs annoncé le 31 janvier 2015 qu’elle ne continuerait pas son courrier du cœur. Mon cœur est anéanti. Vous me trouverez, en position fœtale et en sanglots, dans mon lit, attendant impatiemment son prochain roman.) de La Presse y publiait son premier roman, j’ai fait une petite danse du bonheur. Puis, j’ai porté attention à l’engouement de ce roman dans les médias et dans mon entourage, et j’ai eu peur. 

(D’accord, je vais mettre quelque chose au clair. J’ai un petit côté hipster qui me suit depuis mon adolescence incomprise, pendant laquelle je croyais avoir des goûts tellement différents de ceux des autres. Cette facette de moi réapparaît une fois de temps en temps quand quelque chose que j’aime devient populaire: j’ai toujours une petite crainte qui me dit que le fait que ce soit populaire gâche mon plaisir. (C’est déjà arrivé, bon.) J’y travaille, je vous le jure.) Dans ma peur de ne pas apprécier ledit roman, je me suis mise à chercher inconsciemment des excuses pour ne pas le lire. Et c’est ici qu’entre en scène mon amie de toujours, Joëlle. Elle m’a convaincue (sans le savoir, elle ne l’apprendra qu’en lisant ceci) de le lire absolument! Et connaissant ses goûts, je lui ai laissé sa chance. OH QUE J’AI BIEN FAIT. Je croyais, à tord, que parce que mon adolescence n’avait de trash que la musique que j’aimais (et aime encore, secrètement), je n’allais pas m’identifier au personnage de Catherine. Pourtant, le talent de conteuse de Geneviève Pettersen, ainsi que son style direct mais fluide, m’ont permis d’apprécier l’aventure de sexe, de drogues et de punk rock de la protagoniste. Je me suis même surprise à ne plus vouloir arrêter ma lecture, y compris pour aller travailler ou dormir, et ce, pendant les deux jours qu’il m’a fallu pour terminer le roman. Et lorsque je l’ai eu terminé, je ne me suis plainte que d’une chose : le roman n’était pas assez long ! Même en cours de lecture, je réalisais parfois que j’avais lu un nombre de pages insoupçonné en un temps qui m’avait apparu très bref! En somme, si je résume le tout en un commentaire impressionniste: ce roman se lit vite, et il est excellent! Je nous souhaite un roman aussi intéressant pour le mois de février!

Ce que Elizabeth en a pensé 

La Déesse des mouches à feu, c’est avant tout une langue, un souffle d’écriture qui porte l’histoire d’une jeune fille passant de l’enfance à l’adolescence, avec toute la beauté et la cruauté qu’apporte ce passage. Catherine, on a envie de la gifler et de la prendre dans nos bras, de lui crier que ce n’est pas comme ça qu’on avance dans la vie et de lui dire que finalement, « ça va bien aller ». Elle fait remonter en nous tout ce qu’on avait comme illusion à l’adolescence, quand tout était compliqué et facile, et dur et doux, joyeux et morose. Une lecture incontournable dans le paysage contemporain de la littérature québécoise.

Questions pour susciter la discussion

  1. Avez-vous aimé? Oui ou non? Pourquoi?

  2. Vous êtes-vous retrouvés dans les événements et les personnages?

  3. Est-ce que cette connexion est importance lorsque vous lisez?

  4. Qu’avez-vous pensé de l’utilisation du langage dans ce roman?

  5. Trouvez-vous que ce roman s’adresse à un public adulte ou adolescent?

  6. Seriez-vous tenté de lire le deuxième livre de la même auteure («Madame Chose»)?

  7. Pourquoi avez-vous décidé de participer à cette lecture commune?

L’Oracle della Luna ou l’incroyable thriller historique de Frédéric Lenoir

L’auteur, Frédéric Lenoir, est un philosophe, sociologue et spécialiste des religions et des spiritualités, docteur et chercheur associé à l’École des hautes études en sciences sociales, auteur d’encyclopédies, romans, contes, théâtre et essais. Autant vous dire qu’avec le bagage culturel qu’il a, Lenoir ne se limite pas à vous pondre une petite histoire légère et sympathique que vous oublierez une fois la dernière page tournée.

L’Oracle Della Luna est à la fois un roman d’amour et d’aventures tissé dans une ambiance mystique, mais aussi un thriller historique qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.

Le récit se passe dans une campagne Italienne au XVIème siècle. Un jeune homme est retrouvé inconscient dans l’habitat d’une femme dite sorcière, couvert de signes mystérieux. Muet et amnésique, le jeune homme est emmené dans le monastère le plus proche, où il sera témoin de la mort inexpliquée de plusieurs moines. Une fois la parole et la mémoire retrouvées, il débutera le récit de sa fascinante histoire…

Celle-ci commence en 1533, en Italie. Notre héros, le jeune paysan Giovanni Tratore, va quitter son village dans la quête d’un amour presque impossible, après être tombé passionnément amoureux d’une noble vénitienne. Dans des décors de palais, de prisons et de monastères, de Venise à Jérusalem en passant par Chypre, Giovanni va vivre un voyage initiatique dans une Europe victime de querelles religieuses et philosophiques.

Dans ma lecture, j’ai voyagé à travers les époques, les cultures, l’esclavagisme et les richesses d’Antan, j’ai découvert de nouveaux aspects de la science, de l’astronomie, de la philosophie et des religions. J’ai suivi avec engouement les intrigues et les péripéties de personnages érudits, passionnants et passionnés.

J’ai été plongée dans des contrées dont je ne connaissais que la surface, dans un monde de complots où le message d’amour et d’humanité arrive malgré tout à se frayer un chemin.

Ce livre est d’une richesse étonnante condensée dans un pavé proche de 700 pages, que j’ai pour ma part dévoré en trois jours…

Frédéric Lenoir maîtrise avec brio les éléments essentiels à une intrigue infatigable. On dévore ce livre marquant qui en plus, enrichira votre culture générale dans plusieurs domaines!

C’est puissant, c’est prenant, et c’est à lire !

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Ma vie de lectrice en liste

Capture d’écran 2015-01-18 à 10.58.54Si je vous demandais combien de livres vous avez lus dans toute votre vie, sauriez-vous me répondre? C’est extrêmement difficile comme question, car on lit souvent en oubliant nos lectures. Pensez aux contes et aux albums que vos parents vous lisaient le soir avant de dormir ou aux livres empruntés à la bibliothèque du primaire. Personnellement, j’arrive encore à nommer quelques livres qui ont marqués mon enfance, mais je suis pleinement consciente que je dois aussi en oublier un bon nombre.

C’est pour cela que, quand j’ai reçu le livre Litterary Listography créé par Lisa Nola à Noël, j’étais vraiment contente. Sans être une folle de l’organisation, j’aime bien faire des listes dans la vie. Or, la plupart sont mentales. Par exemple, la liste des pays que je veux visiter et la liste des films que je veux voir, etc. Au fil du temps, je me crée des listes super longues, mais vous comprendrez que très souvent, aussi, je les oublie. Bref, tout cela pour dire qu’avec ce livre, je peux écrire les livres qui m’ont marquée, et ce selon différentes catégories, et ceux que je vais vouloir lire. Ceux qui aiment les livres autant que moi comprendront… la liste des livres qu’on veut lire augmente de jour en jour!

Ce que j’ai vraiment aimé du livre est le fait qu’il contient énormément de listes. En voici quelques exemples que j’ai traduit bien librement en français :

– Les livres pour enfant que j’aime

-Les livres que je n’ai pas terminés

-Les livres qui m’ont appris quelque chose

-Les livres à lire avant de mourir

-Mes classiques préférés

-Les livres qui m’ont fait pleurer

-Les personnages que j’aime

Ces listes nous permettent de mieux se souvenir de nos lectures et de noter ce que les marquantes ont eu comme influence dans notre vie. Je vous l’accorde, c’est un livre pour les grands lecteurs et il est clair que certaines catégories nous attirent un peu moins.. Néanmoins, j’aime l’idée de me replonger dans mes lectures passées et de noter ces livres qui m’ont transformée comme femme, comme lectrice, comme auteure et aussi comme étudiante!

Je me suis permise de prendre en photographie quelques pages du livres que je trouvais intéressantes pour vous montrer comment le livre est organisé. (Mille excuses pour la qualité des photos, mon Iphone est vieux…) Et question de vous faire comprendre pourquoi je trippe tant!

De plus, à chacune des listes, il y a, à la page de gauche, une illustration qui représente un livre qui pourrait faire partie de la liste. J’ai été impressionnée par la diversité et la qualité des illustrations. Faites par Holly Exley, on y retrouve des classiques tels que The catcher in the rye (mon amour ultime), The brothers Karamazov, Madame Bovary, etc. On y trouve aussi des livres plus récents comme Wild et The girl with the dragon tattoo. 

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photo-3photo-3Pour ceux qui adorent faire des listes, sachez qu’il existe beaucoup d’autres de listography’s book tels que

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ISBN : 978-1-4521-3160-3
Lisa Nola, Holly Exley
Chronicle books LLC, 2014

La psycho pop et moi

10965912_10204637716436822_2067049659_nLa psycho pop, c’est comme l’autoroute vers le bonheur, ça avance vite et tu arrives plus vite, mais tu ne vois pas grand chose, tu ne profites pas de la route et, finalement, t’es déçue de la destination. La psycho pop, c’est aussi un peu comme cette phrase, c’est cliché et en bout de ligne, ça ne veut pas dire grand chose. Lire la Suite

Liliane Giraudon; ma rencontre avec une biophage

« Ce n’est pas un livre érotique » indique Giraudon, en entrevue avec P.O.L, éditeur du recueil Les Pénétrables, paru à l’été 2012. Non, effectivement, il n’est pas question ici d’histoires cochonFeatured imagenes. Toutefois, la corporéité occupe une place importante au sein de cette œuvre, se présentant comme un répertoire de vies comprimées entre deux pages et deux dates fatidiques; la naissance et la mort. Invitation à « pénétrer » dans un objet littéraire comme dans un cabinet de curiosités, qui défie les limites du genre poétique.

Madame Liliane Giraudon est marseillaise. Je ne la connaissais pas du tout, j’ai lu Les Pénétrables, et puis tout le reste de son œuvre a suivi. En plus de l’écriture poétique, Giraudon s’adonne à ce qu’elle appelle l’écriredessiner, qui consiste en une pratique multidisciplinaire et performative mêlant lecture publique, écriture et arts visuels. Inclassable.
Giraudon, en tant qu’auteure, ne s’impose pas de limites. Au contraire, son écriture se présente comme une exploration des genres littéraires, qu’elle déjouent librement et revisitent sous le signe du jeu et de la transgression. Cela se traduit entre autres par une forte hybridité et une variété de genres littéraires et artistiques au sein de ses œuvres. Prenons par exemple son recueil Omelette Rouge (2011), mêlant poésie versifiée et dessin, ou encore son texte Greffe de spectre (2005), explorant le genre de la nouvelle. On remarque également chez cette auteure un intérêt marqué pour les genres biographiques et autobiographiques; avec La Poétesse: Homobiographie (2009), Giraudon revisite le genre autobiographique sous une forme fragmentaire et à la troisième personne du singulier, tandis que dans Les Pénétrables, elle jongle avec les paramètres du biographique en transgressant ce genre classique aux règles et à l’ordre canoniques.

Dans cet avant-dernier ouvrage, paru en juin 2012, la marseillaise procède à l’écriture de vingt-cinq vies comprimées entre les deux couvertures du livre. Les Pénétrables, c’est un livre que l’on visite, comme la pénétration d’un couloir de musée, présentant successivement des bustes de figures (exclusivement des auteurs décédés), mais aussi comme la pénétration physique de ses figures mêmes. Dans son Avertissement au lecteur en début d’ouvrage, Giraudon explique ce lieu textuel tridimensionnel dans lequel elle nous convie à visiter des vies, mais aussi des corps :

En architecture, les pénétrables sont des voies d’accès à un bâtiment.
Ici, les bâtiments désignés sont des livres.
Les noms qui ont signé ces livres habitaient un corps.

Déjouant librement les règles du genre biographique, Giraudon sculpte des vies évanescentes, compressées dans la matérialité du livre imprimé, et entre deux dates existentielles, soit la naissance et la mort à la fois physique et textuelle. Dans une sorte d’écriture cubiste, en déployant simultanément l’être sur plusieurs de ses dimensions, l’auteur fait apparaître des angles du sujet qui seraient invisibles en un seul plan en aplat. Pour traiter du travail d’écriture de Giraudon dans Les Pénétrables, il est intéressant de parler de travail de sculpture en ce qu’elle convoque les trois dimensions et la profondeur; en modulant et en creusant une sculpture en ronde bosse, aux parois à la fois extérieures et intérieures, Giraudon va forer jusqu’à l’inconscient du sujet du portrait. L’auteur se concentre donc autant sur la sculpture de l’intériorité que de l’extériorité, de la psyché et du physique. Giraudon ne s’intéresse pas seulement à ses accomplissements, faits et gestes, mais démontre un intérêt notoire pour la corporéité du sujet biographié, en élaborant entre autres de très gros plans sur certains endroits corporels, mais aussi en juxtaposant spiritualité et matérialité de l’être, sans transition ni rupture. Dans une certaine continuité naissant de cet union libre, elle relie et raccorde le corps et l’esprit.

Un corps vivant, comprimé entre deux dates. Vie et mort.

Pour mener ce projet à exécution, dans son expansion de détails biographiques, Giraudon a préalablement lu l’entièreté de l’œuvre de chacun des auteurs qu’elle sculpte (!), allant même jusqu’à lire les biographies les concernant et les correspondances qu’ont entretenues ces êtres du temps de leur vivant (!!). Ce sont donc des auteurs qu’elle ressuscite de par leur esprit et leur corps, et ce sans découpage entre les deux instances du vivant; l’être est un tout désorganisé dans l’écriture des Pénétrables. Giraudon convoque et réincarne ainsi Antonin Artaud, Hannah Höch, Nietzche et Catherine de Sienne, pour ne nommer que ceux-ci.
Pour constituer ses portraits, Giraudon procède par des séries de phrases nominales courtes, comme des instantanés photographiques qui captent la lumière d’une vie défunte, instants vifs et fugitifs tels des flashs, mais qui, aussitôt, retournent à la noirceur de la mort. Giraudon parle de lucioles dans son Avertissement au lecteur, petites lumières clignotantes et éphémères comme ces instants de la vie qu’elle inscrit dans ses portraits post-mortem. Ces phrases-instantanées, qui croquent et découpent le sujet du portrait sous plusieurs angles, souvent des plus incongrus et anecdotiques, sont ensuite rassemblées et juxtaposées dans une technique de collage d’album de photographies, sans autre logique que celle du temps qui passe sur le corps du sujet biographié, et donc sur le texte. Les descriptions biographiques, cousues entre elles à la manière de courtes pointes baroques aux couleurs et aux motifs disparates, sont toutefois reliées par le nom propre du sujet, répété de manière anaphorique, qui assure un lien de cohésion tel un fil de même couleur qui traverse les morceaux hétérogènes.
Chose curieuse, le livre imprimé, ce repas constitué des produits de la chair et de l’esprit, se mange dans l’univers de Giraudon; sur la quatrième de couverture de son ouvrage Les Pénétrables, elle invite le lecteur à la dégustation: « Prenez et mangez. Ceci est du livre. » Et c’est un mets, je vous assure, tout à fait rafraîchissant et savoureux, aux saveurs méconnues. Gourmand(e)s, gâtez-vous, il y a de quoi se rassasier amplement avec ce recueil!

GIRAUDON, Liliane. Les Pénétrables. Paris, P.O.L, 2012.

Hymne à mes amis imaginaires

On dit souvent qu’il y a une place pour tout dans la vie. L’humain a son lieu de prédilection. L’endroit où son âme s’évapore, où son esprit s’élargit. L’humain a sa boîte. Son espace est souvent conquis, mais il partage. Après tout, il y a une place pour tous.

La mienne doit se trouver entre un bouquin de Laferrière et un vinyle de Tom Waits. On peut sentir une légère odeur de feu dans l’air.

Près de la fenêtre qui laisse s’infiltrer la musique de la pluie et le souffle du vent, il y a Poe et Baudelaire qui discutent vivement de poésie, de mort et de traduction. Dans le bol à fruits, Nothomb fleurit parmi les bananes noircies et les pommes pourries. Une inquiétante étrangeté parfume cette salle. Je m’y sens comme chez moi.

Il y a le chat roux qui pose délicatement sa gueule sur la pile de bandes dessinées de La Guerre des Étoiles. Kafka profite du sommeil du félin pour se faufiler à l’aide de ses six petites pattes de cancrelat dans un coin sombre de la pièce.

Parfois, j’aimerais bien m’enfuir par le sentier que l’on peut percevoir par la grande fenêtre. Je vois Whitman et Kerouac se faire la course. La nature déverse toute sa puissance sur leurs corps et j’entends au loin les premières notes d’un piano, celui de Patrick Watson.

Au même moment, Jardin et Golding me harcèlent afin que je quitte avec eux sur leur île déserte. Les Coloriés m’attendent à gauche et Sa Majesté des Mouches à droite. Mais je ne peux quitter, il y a encore trop à découvrir entre les lignes.

La tête dodelinante, Camus maintient mon crayon pendant que Frida peint mon visage. Je me transforme en écrivain. Je reviens à mes racines et observe Harry, Ron et Hermione qui se jettent sous la cape d’invisibilité pour commencer une nouvelle aventure. J’ai un regard de reconnaissance à leur égard. Sans eux, jamais je ne connaîtrais ce monde magique des lettres et des mots.

Je me mets à écrire frénétiquement des vers pour mon amour que me soufflent Miron et Duras à l’unisson. Plus belles phrases, jamais vous n’aurez vues. J’ai à peine le temps de laisser mon cœur vagabonder qu’un théâtre orchestré par Schmitt se déploie sous mes yeux. Le petit Oscar s’approche de moi et je vois la vie en rose.

Au milieu de tout cela, il y a moi. Éparpillée parmi tout ce chaos de culture, parmi toutes ces miettes d’art qui font du bien.

Bientôt, je ne sais plus si j’écris ou si l’histoire se déroule véritablement. Elle se trouve peut-être là, la fin de Si par une nuit d’hiver un voyageur.

Retour aux sources avec La Voleuse de livres

La Seconde Guerre Mondiale a été racontée si souvent et sous tous les angles que malgré la fascination que j’ai pour cette période, je ne peux m’empêcher de trouver qu’on ne s’intéresse pas assez au peuple allemand, alors que la haine d’un des leurs est pourtant à l’origine même de ce conflit. Ça me travaillait depuis longtemps… Les allemands étaient-ils tous des Nazis ? Adoraient-ils tous Hitler ? Je crois que ces questions sont on ne peut plus d’actualité, notamment avec la tragédie de Charlie Hebdo, survenue à Paris, il y a quelques semaines. Devons-nous mettre tous les hommes dans un même panier parce qu’ils partagent les mêmes croyances religieuses ou les mêmes convictions politiques ? La réponse est non.

Et cette réponse est magnifiquement illustrée dans le roman de Markus Zusak, sorti en 2010 : La Voleuse de Livres.

Saviez-vous qu’environ 10 % des allemands résistaient contre le régime d’Hitler ? Personnellement, je le sais maintenant, et je ne l’oublierai plus jamais. 10 % ce n’est pas beaucoup me direz-vous? Je suis en désaccord. 10 %, c’est énorme quand on tient compte des malheurs qui arrivaient aux gens qui se faisaient prendre pour «trahison». Le cas de Liesel, jeune communiste adoptée par un couple allemand pour qu’elle puisse vivre est poignant, émouvant et nous amène à nous questionner sur l’importance des mots dans la société. D’autant plus quand la narratrice de cette histoire s’avère être la Mort en personne! La Mort qui, selon ses propres dires, «était à peu près partout, en 1943».  Tantôt charmante, tantôt bouleversante, mais surtout toujours vraie, cette narratrice ne recule devant rien pour raconter l’histoire de la petite voleuse de livres et de son entourage. Ses vols, quant à eux, ne sont que prétexte pour comprendre le monde en ébullition autour d’elle. Hilarante à ses heures, son principal sujet, paradoxalement, demeure la Vie, puisque la Mort elle-même est un peu mitigée, car elle n’est pas mauvaise en soi. Elle fait simplement sa job de Mort. Fascinée par les humains, elle cherche à comprendre où réside leur humanité, alors qu’ils s’entretuent pour des raisons qui, disons-le, sont insensées. Et c’est dans la passion pour les histoires que possède la Voleuse de livres qu’elle découvre cette parcelle d’humanité…

Et pourtant, ces livres volés parlent d’eux-mêmes, que ce soit de la guerre, du déciment de la culture juive ou encore de la censure instaurée par le règne d’Hitler. En effet, Liesel sauve l’un d’entre eux de la Brûlure, hérite du journal de son ami Max, que ce dernier a retranscrit par-dessus les pages peintes en blanc de Mein Kampf, le livre d’Hitler.

Dans sa quête, elle apprend ce que signifie le mot Liberté, mais également quel est le pouvoir des mots… Celui de redonner espoir. Aussi, quand son Papa est appelé par la conscription à se rendre sur les champs de batailles, elle prend sa place. Alors que celui-ci jouait de l’accordéon dans l’abri du coin de la rue Himmel, lors des bombardements, Liesel, elle, apprend à raconter…

Un roman qui, somme toute, amène à réfléchir sur la richesse d’une langue, le pouvoir de la lecture et de l’écriture et ce, tout en douceur…

À lire pour la tolérance, la résistance et surtout l’humanité qu’il transporte…

4 étoiles sur 5