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Le paradoxe du choix, ou pourquoi je n’ai pas de pile à lire…

Récemment, je suis tombée sur le Ted Talk de Berry Schwatz, un psychologue américain prétendant que le libre choix de la société occidentale a des effets plus négatifs sur notre quotidien que nous le croyons. Sa théorie s’appelle le paradoxe du choix. En effet, le nombre élevé de choix à faire dans notre quotidien aurait pour effet d’augmenter l’anxiété, le degré d’insatisfaction et irait même jusqu’à pousser certains individus à carrément ne rien faire. Trop de choix tuerait le choix. Cela vient entre autres de la peur, celle de se tromper, de regretter, de passer à côté de quelque chose d’extraordinaire, etc. Plus il y a de possibilités, plus l’individu aurait tendance à choisir de ne rien faire. Cela expliquerait pourquoi ce n’est pas tout le monde qui voyage, car pour chaque élément d’organisation d’un voyage, il existe des dizaines de choix possibles:  destination voulue, temps de l’année, durée du départ, type d’hébergement, moyen de transport, comment s’alimenter, quoi faire, etc. Et la lecture dans tout ça? Heureusement, cela ne m’empêche pas personnellement de voyager! …

Mademoiselle Samedi Soir

La fin des commencements

J’ai toujours adoré les romans de Heather O’Neill. J’aime comment l’écriture est extrêmement imagée, comment elle fait également appel à l’imaginaire de l’enfance et des contes de fées tout en traitant de sujets on ne peut plus adultes. J’ai récemment assisté à une conférence de Katy Roy sur la bibliothérapie, et j’ai été marquée par l’importance thérapeutique de l’imagerie mentale, et par la façon dont cela vient faire appel à quelque chose de profondément ancré en nous. Avant que nous n’apprenions à parler le langage verbal, lorsque nous étions enfants, nous interprétions le monde à l’aide d’images plutôt que de mots; l’imagerie mentale vient refaire appel à cette connaissance primaire chez nous, et est utilisée dans ce roman comme une béquille pour affronter le quotidien: «Raphaël avait commencé à me bombarder de questions détaillées. Il essayait de couler mon porte-avions.» (p.306) Les romans de Heather O’Neill m’ont toujours fait un bien fou, et je n’avais pas spécifiquement compris pourquoi avant d’assister à cette conférence: c’est que le langage y est tellement imagé que ça ne …

Un livre québécois par mois : Mai : Boréal

En mai, on lit un livre de la maison d’édition Boréal! Les Éditions du Boréal furent créées en 1963, à Trois-Rivières. L’entreprise a vu le jour grâce à Gilles Boulet, prêtre, Pierre Gravel, libraire, Jacques Lacoursière, professeur, Denis Vaugeois, historien, et Mgr Albert Tessier, cinéaste et historien. Elle a été au départ reconnue pour son journal d’histoire du Canada. Le premier livre publié abordera justement des sujets historiques. La maison d’édition prendra beaucoup d’importance dans le cœur des Québécois lors de la Révolution tranquille, pendant laquelle ils souhaitent sonder leur passé. Pourquoi avoir choisi les Éditions du Boréal? Je crois que cette maison d’édition accorde une grande valeur à l’histoire du Québec. Son catalogue offre également une grande variété d’auteurs et d’autrices, aux styles de plus en plus variés. Elle est en constante évolution. Voici quelques suggestions de lecture : Feu le Soleil de Suzanne Jacob Le visage originel de Guillaume Morissette Les marées de Brigitte Vaillancourt Le temps qui m’a manqué de Gabrielle Roy Grand fauchage intérieur de Stéphanie Fillion Et puis, quelle sera …

M’étendre sur l’asphalte

«J’ai la tête qui éclate J’voudrais seulement dormir M’étendre sur l’asphalte Et me laisser mourir» «Le monde est stone», Starmania J’étais déjà charmée par le titre du roman jeunesse de Julie Bosman, qui représente la chanson «Le monde est stone», l’une de mes chansons préférées de la comédie musicale Starmania. Je me suis alors demandé si j’allais me retrouver dans un monde digne de Starmania? Ou encore dans une histoire où on retrouve une comédie musicale, ou qui sonne comme une comédie? N’aimant pas lire la quatrième de couverture avant de commencer ma lecture, je me gardais la surprise. Et j’ai rapidement constaté que l’idée du titre vient de l’époque. Je me suis retrouvée dans le corps d’une jeune femme de 12 ans, et dans un univers où on retrouve une petite odeur de fixatif. M’étendre sur l’asphalte parle des douleurs qu’on vit lors de l’adolescence : des premiers amours, des premières passions, des premières frustrations face à nos parents qu’on voudrait tant changer, des amitiés qu’on crée et qu’on perd, des montagnes russes d’émotions… et dans ce cas-ci, …

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La Société des poètes disparus sur scène

Les planètes étaient alignées. Le 21 mars avait lieu la Journée mondiale de la poésie et, moi, j’allais voir à nouveau les poètes disparus prendre vie. Or cette fois, ce serait sur la scène du Théâtre Denise-Pelletier. C’était la date idéale pour la première de cette œuvre, qui valorise avec grandeur les maîtres des rimes d’une époque d’antan, particulièrement l’indestructible Walt Whitman, sur lequel je me suis penchée dans un article antérieur. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’ils avaient déjà gagné mon cœur avant même le lever du rideau. Je ne prendrai pas le temps de vous faire un résumé du récit puisque la majorité des lectrices et des lecteurs doivent connaître cette histoire de fond en comble. Toutefois, si ce n’est pas le cas, je vous recommande fortement de voir le film mettant en vedette le talentueux Robin William, dans le rôle de M. Keating, ou bien de lire l’adaptation écrite par Nancy H. Kleinbaum en 1990.   Décor Bien que le décor ait été plutôt minimaliste, constitué principalement d’une estrade de …

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Des contes culottés pour vraiment en finir avec les princesses parfaites, par Marie Demers

Dans le cadre de ma maîtrise en littérature, j’ai lu des réécritures de contes à la pelle. Il y en avait de toutes sortes et vraiment pour tous les goûts. Plusieurs étaient humoristiques, certaines plus dramatiques, quelques-unes avaient un objectif féministe et certaines, pour adultes, étaient même très glauques. J’ai lu beaucoup de très bonnes versions, mais je dois avouer que jamais, jusqu’à maintenant, je n’ai trouvé de réécritures contemporaines de contes pour enfants aussi réussies que celles que vient de publier Marie Demers dans la collection des Contes culottés. Ces contes, tout le monde les connaît, bien sûr. Mais ne vous attendez pas à lire des versions pareilles à celles popularisées par Perrault, Grimm ou Disney. Dans Le Petit Capuchon bleu (et le loup qui voulait s’appeler Jennifer), aucun chaperon rouge ni aucune grand-mère n’est mangé, et aucun chasseur ne vient sauver personne. C’est plutôt l’histoire d’une grand-mère qui jouit de la liberté qu’elle a de vivre comme elle l’entend (et qui fait du motocross!), d’un loup qui a l’impression d’être né dans le …

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À la conquête de l’Ouest!

Je n’ai jamais eu d’intérêt particulier pour les cow-boys – en dehors de l’idée fantasmatique d’avoir un cheval! – et la connaissance que j’ai du genre western se limite aux films de Lucky Luke et les Dalton écoutés à Ciné-Cadeau lorsque j’étais petite. Mais malgré mon lamentable manque de savoir en la matière, je dois dire que j’ai lu Les frères Sisters, de Patrick deWitt, plus vite que mon ombre! Dans les règles de l’art Ce roman satisfait à toutes les attentes que l’on peut avoir envers un western. On y trouve tous les clichés du genre: des duels de saloon aux grandes chevauchées vers le couchant, en passant par la ruée vers l’or et les Indiens. Le long périple d’Eli et de Charlie Sisters, tueurs à gage de renom, à travers les plaines et les montagnes de l’Ouest américain est agrémenté d’effusions de sang bien dosées et de rebondissements aux limites de l’absurdité, mais leur aventure est avant tout une forme de thérapie familiale peu orthodoxe! Ce qui fait le charme de ce roman, …

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Les grands espaces : l’enfance à la campagne

Je suis une fille de la campagne. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence au milieu des champs, dans une maison en perpétuelle rénovation, coincée entre une forêt et une rivière dans une région française qu’on appelait Poitou-Charentes. Catherine Meurisse, qui signe ici une bande dessinée autobiographique, a passé son enfance à la campagne, dans une vieille bâtisse à restaurer, entourée d’un immense jardin et d’arbres à perte de vue. En Poitou-Charentes. Comme souvent, j’ai choisi ce livre pour sa couverture, mais surprise! Elle et moi avons vécu une enfance similaire. Une balade dans la campagne française Première page. Catherine, adulte, dessine sur les murs de son appartement parisien une porte imaginaire qu’elle traverse pour se retrouver au milieu d’un champ de tournesols. Commence alors notre voyage dans son enfance. Catherine et sa sœur apprennent le nom des arbres, à planter des graines, participent aux fêtes de village et à l’abattage du cochon. Elles s’épanouissent dans un monde où la beauté et l’authenticité côtoient pourtant les dommages infligés à la nature par l’agriculture moderne. L’autrice …

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Roux clair naturel de Fanie Demeule : performer la rousseur envers et contre tous

Mentir. Raconter un évènement en occultant certains détails. Trafiquer le déroulement d’un souvenir. Qui ne l’a pas déjà fait? Je suis la première coupable. Que ce soit pour ne pas avoir à entrer dans des longues explications concernant des choses personnelles, pour faire plaisir, pour masquer l’inconfort, j’ai menti. Mais j’ai aussi menti pour être mieux vue, pour ne pas être jugée. Dire « oui », alors que non, je n’étais alors pas en couple. Ou répliquer « j’étais malade » à quelqu’un qui me reproche de ne pas être allée à une soirée où j’ai « choqué » à la dernière minute. Est-ce à dire qu’on finit par croire à nos mensonges, à ces petites menteries qui viennent camoufler la réalité, la rendre meilleure ou plus alléchante? Et si ces petits mensonges paraissent inoffensifs, que faire lorsqu’ils prennent des proportions considérables? J’avais hâte de lire le second roman de Fanie Demeule, qui est aussi une collègue et amie. Son livre Roux clair naturel, dont le thème principal est le mensonge, ne m’a pas déçue …