All posts tagged: littérature québécoise

Entre passé et présent, lumière et noirceur, « Choir » de Rosalie Lavoie

Entre passé et présent Choir de Rosalie Lavoie, c’est un coup de coeur. Le quatrième de couverture m’a plu. Je l’ai acheté. En ne sachant pas du tout qui était Rosalie Lavoie et si elle avait déjà écrit auparavant. Rares sont les fois où j’erre dans une librairie sans avoir d’idées préconçues de ce que je veux lire, mais bien heureusement, c’est ce qui s’est produit ce jeudi-là et voilà, je découvrais une plume enchanteresse, lucide et profondément touchante. Dans un balancement, entre l’avant et le maintenant, Rosalie nous entraîne dans les moments phares de sa vie. Enfant avec son père, plus vieille avec ses amours. Dans un continuel retour entre le présent et le passé, on pénètre dans les déboires sentimentaux, corporels, toujours si intimes de Rosalie. Déjà dès l’enfance, le jeu du silence opère suite à un traumatisme incestueux avec le père et ce silence restera longuement dans la vie de Rosalie. Ensuite, elle tombera amoureuse de l’emprise de Frank sur sa vie. Cette relation ornée de nocivité sera bâtie sur un continuel …

Le parfum de Janis

Tout de ce roman m’a attirée au premier coup d’oeil. Autant le titre qui, dans mon esprit, m’a fait penser à Janis Joplin -qui est en effet la Janis en question- que le quatrième de couverture. La couverture elle-même, fidèle aux  publications  du Cheval d’août, capte aussi les regards. Les années cristalliseront ce tableau de ma mère. Un tableau figé et flou en même temps. Figé, car il comporte la scène de l’enfance, celle qui a laissé l’empreinte. Flou, car avec le temps on dirait que la mémoire en a grugé les rebords, comme si elle avait faim d’oubli. Le parfum de Janis est à la fois un roman du présent et du passé.  Une quête sur le passé pour mieux comprendre le présent, un roman sur le désir de fouiller son histoire pour l’écrire. Ici, le passé c’est la famille, c’est l’implosion de ce modèle familial, c’est la rupture, la dépression, l’image qui se fixe est celle d’une mère trouble, d’un sentiment d’impuissance que ressent tout enfant face à la misère d’un parent. C’est …

La petite fille qui lisait Gabrielle Roy

Située d’un côté dans Outremont et l’autre dans le Mile-End, la rue Hutchinson est le reflet miniature d’une société. Abla Farhoud y vit depuis plus de 30 ans et ce fut, sans aucun doute, le point central de son inspiration lors de l’écriture de son roman Le sourire de la petite juive, paru en 2011. Si vous lisez le blogue régulièrement, vous vous doutez bien que c’est suite à ma lecture de Toutes celles que j’étais, sa dernière parution, que je me suis intéressée à l’oeuvre de Farhoud. Comme je l’avais écrit dans l’article commun du mois dernier, une de mes amies m’avait dit à quel point elle avait adoré Le sourire de la petite juive et j’ai enfin pu comprendre les raisons pour lesquelles cette oeuvre d’Abla Farhoud est un petit bijou, tout comme Toutes celles que j’étais. La narratrice de l’oeuvre, Françoise Camirand nous raconte son parcours d’écriture où elle écrit sur ses voisins de la rue Hutchinson. Le lecteur a donc accès aux réflexions de la narratrice et aussi, à ses écrits. …

« Amanita Virosa » d’Alexandre Soublière, un roman d’amour noir moderne

Amanita Virosa : Amanita virosa, de son nom vernaculaire Amanite vireuse, aussi appelée Ange de la mort, ou Ange destructeur, est un champignon basidiomycète mortel du genre Amanita de la famille des Amanitaceae. (Source : Wikipédia) Le titre choisi par Alexandre Soublière est plutôt mystérieux aux premiers abords. On se demande premièrement ce que ça veut dire, à moins bien entendu que vous soyez mycologue, soit un spécialiste des champignons. En fermant le roman, on comprend un peu plus. D’emblée j’avoue que j’avais été parmi ces lecteurs qui attendaient la prochaine oeuvre d’Alexandre Soublière avec impatience, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que tous. J’avais lu Charlotte before Christ et même si j’avais bien aimé ma lecture, il y avait une immaturité dans l’écriture qui me chicotait. Bien sûr, j’avais compris le langage jeune et franglo et j’étais entièrement d’accord pour dire que cela s’intégrait parfaitement aux personnages et à leur contexte. Toutefois, je trouvais l’écriture très nombriliste et un peu trop empreinte de la génération Yolo. En ouvrant Amanita Virosa, je souhaitais intérieurement ne pas …

Le saint patron des backpackers

Comme beaucoup de jeunes en quête d’identité, Jérôme, 19 ans, décide de prendre une année sabbatique pour aller visiter l’Europe. Il part donc seul, avec en tête une idée bien précise : ne pas revenir au Québec puceau. Entremêlée de rencontres sordides, de bières et de voyages, cette année sera pour Jérôme une coupure froide et net avec sa petite vie de région. Malgré la nostalgie d’un amour déchu resté au Québec, il vivra au cours de ces mois une fascination intense pour Dania, une employée de l’auberge de jeunesse dans lequel il est resté plusieurs semaines. Est-ce que j’ai aimé ou pas ? J’ai de la difficulté à le dire clairement. En soi, l’idée me plaisait beaucoup. J’aime toujours les romans introspectifs et lorsqu’on parle de voyage et de retour vers soi, je suis presque toujours charmée. Dans ce cas-ci, je n’ai pas tant réussi à m’attacher à Jérôme. Dans le sens que oui, je comprenais son envie folle de rencontrer une fille et sa maladresse « trop gentille » qui l’en empêchait. En même temps, de …

« Veiller la braise » de Sara Lazzaroni : Lecture du mois de septembre du défi littéraire

Suite au sondage proposé sur le groupe Facebook de l’événement, En 2015, je lis un livre québécois par mois, vous avez voté, nous lirons Veiller la braise de Sara Lazzaroni. Je dois avouer que je suis extrêmement contente de cette décision, car c’était aussi mon choix! Je n’avais jamais entendu parler de cette jeune auteure, mais la description du roman et la magnifitude du titre m’ont charmée.  Plus bas dans l’article, j’ai joint la description du roman et de l’auteure disponibles sur le site des éditions Leméac pour vous donner envie de vous joindre à notre groupe pour cette lecture de septembre! On se retrouve le 1er octobre pour un article commun où les collaboratrices du Fil rouge vous donneront leurs impressions sur ce roman! Bonne lecture à tous ! La tristesse a quelque chose de réconfortant. C’est un lit moelleux pour se faire du mal, pour se tailler les veines, écrasé entre le matelas et l’édredon. Le bonheur est toujours inquiétant. C’est un roman d’amour comme il ne s’en fait pas, un roman des visages de …

Critique commune de « Toutes celles que j’étais » d’Alba Farhoud, lecture d’août du défi littéraire

Ce que j’en ai pensé J’avais entendu une de mes amies nommer Abla Farhoud quelques fois et je me souviens d’avoir mis Le sourire de la petite juive sur ma liste mentale de livres à lire. Alors quand j’ai vu que Toutes celles que j’étais gagnait le sondage pour la lecture du mois d’août, j’étais bien contente d’avoir enfin la chance de me plonger dans l’oeuvre de cette auteure. Je n’irai pas par quatre chemins : J’AI ADORÉ MA LECTURE. Honnêtement, en ce neuvième mois de l’année, je déclare que Toutes celles que j’étais est ma plus belle découverte du défi littéraire En 2015, je lis un livre québécois par mois. Le roman inspiré de faits réels de la vie de l’auteure n’est toutefois pas une autobiographie au sens propre du mot. On remarque beaucoup de similitudes dans la vie de la narratrice comme dans celle de l’auteure, mais on se doit d’en faire abstraction pour se plonger dans la vie d’Aablè. Elle raconte son arrivée au Québec lorsqu’elle n’avait que 6 ans. Elle raconte le …

Un été avec Jacques Poulin

J’avais entendu le nom de l’auteur dans un cours de littérature québécoise. Nous étions sur le retour d’une grève, celle de 2012. Dans ce genre de circonstances, le cerveau n’est pas toujours apte à assimiler toutes les informations qui devraient lui parvenir. J’ai tout de même retenu le titre, je l’ai trouvé beau: Les yeux bleus de Mistassini. Il faisait partie du corpus. Il s’avère que Dany Laferrière y était également. Ceux qui me connaissent comprendront. Le choix fut aisé. Quelques années plus tard, je suis retombée sur le nom de Jacques Poulin, mais sous son fameux titre de Volkswagen Blues. J’aime les «road movies». Je les apprécie autant cinématographiquement que sous forme de littérature. Je suis folle de Kerouac. J’envie la nature sauvage des poèmes de Whitman. L’histoire de Alexander Supertramp (Christopher McCandless) m’a percutée de plein fouet. Nous étions au début du mois de juin. J’avais congé tous les jeudis. Mon copain travaillait. Je profitais en avant-midi du gymnase de l’université et l’après-midi, j’allais m’étendre sur le gazon vert d’un parc du centre-ville coincé entre deux blocs. …

Depuis les cendres : voyage dans le deuil

Le deuil d’un proche ne sera jamais une épreuve facile. Chacun le vit à sa manière et la durée varie toujours. Pour affronter la peur et la peine, chaque personne trouvera son échappatoire personnel. Certains devront poser des questions, partager des souvenirs, écrire ses émotions. D’autres auront besoin de l’alcool ou de la drogue, et d’autres encore rencontreront un psychologue. Certains ont besoin de rester seuls, d’autres veulent être continuellement entourés pour oublier. Pour Hubert, le narrateur et personnage principal de Depuis les cendres, c’est le voyage qui l’aidera à comprendre et se souvenir de son père. Publié aux éditions Hamac (que j’aime beaucoup), Depuis les cendres d’Emmanuel Bouchard est un livre tout en douceur. C’est le premier roman que je lis de cet auteur, et sa prose m’a enchantée. Sa manière d’écrire les sentiments et les sensations m’a donné des frissons à plusieurs reprises. Il s’agit bien sûr d’un roman un peu lourd de par son sujet, le deuil d’un parent, mais c’est également une aventure dans laquelle on plonge allègrement. Après la mort …

Avoir un trou dans son C.V.

Plusieurs de mes amis sont en voyage présentement. J’vais vous faire une confession: j’suis jalouse. Voir toutes leurs belles photos de paysages du bout du monde inonder mon newsfeed Facebook m’a donné envie de me replonger dans un livre que j’avais déjà lu (et beaucoup aimé): « Le trou dans mon C.V. », par Nadège Brunelle et William Verge. Adepte de voyages comme je le suis, je me dirige toujours dans cette section en premier quand je vais à la librairie. Évidemment, je peux y passer d’innombrables minutes à rêver les deux yeux grands ouverts en feuilletant les ouvrages portant sur les plus beaux recoins qui habillent notre planète. L’an dernier, quand j’ai aperçu « Le trou dans mon C.V. » sur les tablettes, je me suis précipitée à la caisse et me suis plongée dans sa lecture en arrivant à la maison (je l’ai même un peu commencé dans l’autobus). J’avais déjà entendu parlé de ce recueil de chroniques par le biais d’une amie. « Le trou dans mon C.V. » est né en tant que blogue sur lequel Nadège et William documentaient leur tour …