Littérature québécoise
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Quand les femmes racontent leurs monstres et leurs fantômes

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On le sait, les auteurs et les autrices du Québec ne sont pas particulièrement reconnus pour la littérature d’horreur. Je suis persuadée qu’un seul nom vous vient en tête dès que vous entendez « littérature d’horreur au Québec », et vous avez raison de penser cela. Patrick Senécal (c’était lui, n’est-ce pas?) a pratiquement l’entièreté de la tribune accordée à ce genre dans notre belle province. En ce sens, nous pourrions donc en conclure que l’une des seules visions (je fais quand même la part des choses) de ce qu’est la littérature de ce genre au Québec est celle décrite par un homme blanc d’une cinquantaine d’années. Nous sommes d’accord? Bon, le problème, ce n’est pas Senécal. J’ai lu la majorité de son oeuvre et je l’ai appréciée plus souvent que le contraire. En réalité, la problématique réside dans le fait que nous ne connaissons pratiquement que cette avenue. Qu’en est-il du regard des femmes? De celles qui sont un peu plus jeunes? Qu’est-ce que l’horreur, le suspense et l’effroi sous une plume québécoise qui n’est pas celle de Senécal? C’est exactement ce que le collectif Monstres et fantômes a tenté de nous faire découvrir.

Monstres et fantômes, c’est quoi?

Ce collectif, qui porte parfaitement son nom, au sens figuré et au sens littéral, rassemble quinze autrices québécoises et leurs quinze nouvelles d’horreur. Précisons que l’utilisation du mot « horreur » est assez générale dans le cas présent puisque plusieurs des récits qui se retrouvent dans ce recueil relèvent davantage de l’épouvante et de la terreur, ces termes n’étant pas tout à fait des synonymes. Bien entendu, ces sentiments sont propres à chacun, mais il demeure que vous ne pourrez pas sortir de la lecture de Monstres et fantômes complètement indemnes. Avec ce collectif, on éloigne le genre de l’horreur, souvent maltraité et sous-estimé, du préjugé tenace qui le poursuit. On ne fait pas que frissonner durant le voyage inquiétant auquel nous invite Monstres et fantômes, on réfléchit, on se questionne, on s’identifie. Au fil des textes, les autrices se complètent dans leurs différences, ce qui, parallèlement et peut-être même étrangement, maintient en équilibre la ligne directrice du recueil et la tension, pendant les 341 pages à parcourir.

Horreur féminine et féministe

L’un des aspects les plus fascinants de l’oeuvre de ce regroupement de femmes est sans aucun doute les thèmes qu’elles abordent. Sujets souvent négligés par les écrivains masculins du genre, le corps, la maternité et la sororité agissent à titre de pierre angulaire dans la plupart des histoires mises en scène. Chacun d’entre eux est traité avec une finesse inouïe et un doigté étonnant. Il y a quelque chose de très personnel, et à la fois d’universel, dans le traitement de ces thèmes. C’est la raison pour laquelle il est si aisé de s’y reconnaître.

D’ailleurs, les protagonistes féminins principaux sont plus que prédominants tout au long des quinze merveilles qu’on nous livre généreusement. Elles viennent avec leurs angoisses, leurs craintes, leurs forces, leurs délires… bref, avec leur histoire. De fait, il faut reconnaître le travail impressionnant que les autrices ont fait sur le développement psychologique des êtres auxquels elles ont donné vie. Elles sont complexes, crédibles et, par moments, terriblement cruelles. Bien qu’elles adoptent, à quelques reprises, la position de victime, elles ne campent pas le rôle de ces typiques malheureuses que l’on retrouve dans les films d’horreur. Au contraire, à l’occasion, elles sont victimes d’elles-mêmes, alors qu’en d’autres moments, elles sont simplement (je me retiens d’écrire « naturellement ») les martyres de la société dans laquelle elles évoluent. Ne serait-ce pas un incroyable pied de nez à notre propre époque? Cela reste à confirmer. Quand elles ne sont pas souffre-douleur, elles incarnent les bourreaux, et ce, de façon extrêmement inquiétante.

Il est très difficile d’entrer dans les détails des nouvelles sans révéler ce qui se cache au plus profond de celles-ci. Je me suis donc abstenue de vous décrire en long et en large chacune d’elles. De surcroît, il aurait été presque impossible de choisir quelles histoires valent davantage la peine d’être présentées puisqu’elles sont toutes extraordinaires à leur façon. Je vais tout de même me commettre pour vous, chères lectrices et chers lecteurs. Vous ne pourrez pas dire que je n’ai jamais rien fait pour vous.

« Agnelet » de Laurence Gough

Mercedes et Marion nous obsèdent autant qu’elles obsèdent l’héroïne. La gémellité qui unit ces deux jeunes femmes est tout aussi fascinante qu’angoissante. On n’en peut plus de ne pas savoir. Et lorsqu’on sait enfin, on ne peut le supporter.

« Renégates » de Jade Bérubé

Puissante par son authenticité, la nouvelle de Jade Bérubé frappe par son ancrage dans la réalité. Cette histoire nous terrifie, car elle existe malheureusement. Une logorrhée bruyante, un monologue intérieur incessant, menant à un silence de fin.

Et vous, vous laisserez-vous tenter par les monstres et les fantômes de ces talentueuses dames?

Monstres et fantômes, collectif dirigé par Stéphane Dompierre, Québec, coll. « La Shop », Québec Amérique, 2018, 350 p.

Autrices : Mélikah Abdelmoumen, Jade Bérubé, Fanny Bloom, Stéphanie Boulay, Catherine Côté, Marie Demers, Fanie Demeule, Laurence Gough, Geneviève Jannelle, Marie-Hélène Larochelle, Véronique Marcotte, Maude Nepveu-Villeneuve, Mikella Nicol, Erika Soucy et Mélissa Verreault.

Crédit photo : Michaël Corbeil

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