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La vie à contretemps de Glenn Gould, le roman graphique

Un homme au dos rond, le nez sur les touches d’un piano, chantonnant la mélodie comme si personne n’était là. L’image vous est peut-être familière si vous vous intéressez un tant soit peu à la musique classique. Glenn Gould est un des pianistes canadiens les plus reconnus internationalement et un interprète des plus exceptionnels. Moi-même étant pianiste, Gould est un exemple à suivre pour sa rigueur hors pair au travail et sa façon d’interpréter qui se distingue.

Sandrine Revel, scénariste et illustratrice, s’est attardée à la vie de ce virtuose dans son roman graphique Glenn Gould, une vie à contretemps. Je l’ai lu d’une traite sans que je m’arrête. À part en écoutant ses enregistrements dans ma jeunesse et dans mon parcours pianistique, je ne connaissais rien de l’homme en arrière du génie. L’auteure s’est intéressée à l’enfance où Glenn Gould a commencé à jouer du piano, à sa façon particulière d’agir en spectacle et son parcours professionnel. Tout ça enveloppé de superbes illustrations, de beaux cieux gris que Glenn Gould appréciait tant, et de récits anecdotiques sur sa vie personnelle.

Je recommande ce roman graphique autant pour les musiciens accomplis que pour ceux qui aiment écouter de la musique classique de temps en temps. Et puis en lisant autant de faits sur la vie d’un interprète aussi important, cela donne le goût de se renseigner encore plus! Cela tombe bien, l’auteure a mis en annexe la discographie raisonnée de Glenn Gould et les ouvrages de référence (livres, revues, DVDs) utilisés pour la conception du roman graphique. Je me suis amusée à aller sur Youtube après ma lecture, pour écouter attentivement des extraits de pièces dont je connaissais désormais l’histoire derrière l’enregistrement…

Sandrine Revel a totalement exploré la figure emblématique qu’est devenu Gould avec les années. Son roman graphique est autant magnifique visuellement que rempli d’informations pertinentes et intéressantes sur ce grand homme. Peu importe à quel point vous êtes connaisseurs en musique, vous ne pouvez pas être déçu par le travail de Sandrine Revel.

Pour aller plus loin

Si l’envie de voir Glenn Gould à l’action vous prend après cette lecture, deux documentaires sont disponibles sur Youtube qui s’intitulent On The Record et Off The Record. De plus, l’intégrité de ses enregistrements (ou presque) sont disponibles sur Youtube! Mes préférences vont au Concerto italien en fa majeur, puis le troisième mouvement de la sonate « La Tempête » de Beethoven.

Et vous, connaissez-vous l’oeuvre de  Glenn Gould?

<< Je tenais pour acquis que tout le monde partageait ma passion pour les ciels nuageux. J’ai eu tout un choc en apprenant que certaines personnes préféraient le soleil.>> – Glenn Gould

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La fin de mon parcours à la maîtrise

C’est la fin. Il y a maintenant deux ans, presque jour pour jour, je vous faisais part de ma décision de commencer mes études aux cycles supérieurs en études littéraires. Rappelez-vous, je venais de trouver mon directeur de maîtrise, je lisais toute l’oeuvre de Nothomb et je voguais tranquillement sur les eaux tumultueuses de l’esthétique de la laideur. Cela ne vous dit rien? Je vous réfère au texte Un long voyage de solitude : mon parcours à la maîtrise pour vous mettre à jour. En fait, ce que vous êtes en train de lire est la suite. Qu’est-ce qu’il y a en eu du chemin de fait depuis le 7 mars 2016!

C’est la fin. Vraiment. Ma date de dépôt est le 4 mai. La vie est bien faite. Le 4 mai, c’est le May the 4th be with you, la journée mondiale de Star Wars. En ce jour de mai, je serai adoubée grande Jedi de la galaxie. Mon entraînement de Padawan sera enfin complété. Un crayon pour sabre laser et la force mentale de convaincre d’une hypothèse littéraire réfléchie depuis plus de deux ans. L’empire n’a qu’à bien se tenir.

Plus sérieusement, c’est vraiment la fin quand tu corriges tes 288 notes en bas de page. C’est vraiment la fin quand tu pagines le monstre. C’est vraiment la fin quand tu passes à l’imprimerie pour remettre la première version papier à ton directeur de maîtrise. Comme il était temps. Je n’avais pas tort il y a deux ans déjà, cela aura été un long voyage de solitude. Malgré la présence de mes amis, les encouragements de mon copain et la disponibilité généreuse de mon directeur de mémoire, j’aurai été très seule. L’ordinateur, Nothomb et moi. Après le 4 mai, je divorce de Nothomb pour six mois. Rien de définitif. Maintenant, je pense même comme elle. Contamination des mécanismes.

Accoucher de ces cent vingt-huit pages fut la tâche la plus difficile que je me suis fixée depuis le tout début de mon existence. Il m’a fallu de la patience et de la détermination pour me rendre jusqu’au bout. Évidemment, on m’avait avertie et prévenue de l’ampleur du travail qui m’attendait et du temps considérable que je devrais y accorder. Or, on ne peut jamais imaginer à quel point cela est exigeant. C’est comparable à un de ces petits parasites qui s’incrustent dans ta tête et qui ne te quittent jamais. C’est là, telle une obsession qui te fait ouvrir grands les yeux en plein milieu de la nuit. Une ombre qui rôde matin et soir dans l’espoir de te revoir sur son sillage. Bref, le sujet de mémoire s’ancre dans ton ventre. Il ne te quitte jamais. Il te colle à la peau. Il te grave le corps.

Tu réécris beaucoup. Tu ne sais plus comment le dire. Tu reformules afin de combler les attentes rigoureuses d’un lecteur assidu. Tu lis des ouvrages qui te mènent vers d’autres références et bientôt, la bibliothèque est ta deuxième maison. Tu connais mieux Amélie Nothomb que toi-même. Par moments, tu en traites avec passion et avec une certaine étincelle de folie dans les yeux. À d’autres, tu refuses strictement d’en parler. C’est un sentiment ambivalent que tu finis par ressentir face au monstre auquel tu as donné vie. Tu as alors la preuve que tu en es bien à la fin.

Quand tout se met en place, que tu lis les chapitres un après les autres et que chacune des parties s’emboîtent à la perfection, tu sais que cela en a valu la peine. Tu es persuadée que le chemin que tu viens de parcourir aura fait de toi une meilleure personne. Un individu dont la capacité de réflexion vient de gagner bien des niveaux en passant à travers cette expérience unique. De Padawan à Jedi. Tu en discutes avec tes collègues et tu comprends finalement que tu n’as jamais été seule. Elles traversaient les mêmes difficultés. Elles lisaient au point de ne plus voir les mots. Elles doutaient. Elles pensaient à tout abandonner. Elles remettaient leurs compétences en question. Somme toute, elles se retrouvaient à la ligne d’arrivée, à l’orée d’une glorieuse et fière traversée entre les mots. À toutes mes consoeurs et mes confrères des cycles supérieurs en études littéraires, continuez le voyage.

Et vous, quel a été votre plus grand défi? Comment êtes-vous parvenus à le surmonter?

 

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

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Mathieu Villeneuve et sa folie du Nord

Dans Borealium tremens, histoires de fond de rang, alcoolisme et prophétie se mélangent pour créer une épopée plus grande que nature… Le premier roman de Matthieu Villeneuve nous transporte dans un Saguenay-Lac-Saint-Jean démesuré, un royaume à cheval entre le réel et l’imaginaire.

J’ai plongé la tête première dans cet univers, emportée par la beauté des mots. Il en ressort une sorte de poésie douce-amère. L’histoire est celle de David qui, après une errance de plusieurs années dans l’Ouest, décide de s’installer dans un rang perdu du Lac-Saint-Jean pour retourner aux sources et écrire un roman. Ayant reçu une maison abandonnée en héritage, il se met en tête de la rénover et cultiver ses terres. Or peu à peu, l’alcoolisme et les fantômes ont raison de lui et on assiste à sa lente descente vers la folie.

Les lieux

« Dans le lac ancien, souvenance du glacier qui recouvrait tout le continent, même le vent restait inaudible. La tourbière est une bête préhistorique endormie qui agonise depuis des millénaires. »

— Borealium tremens, p.138

Les lieux parfois fabuleux jouent un rôle important: le lac Saint-Jean aux allures de mer intérieure; la tourbière, survivante des temps immémoriaux; mais surtout, la maison brûlée. Celle-ci devient le centre de la démence de David. Cet endroit semble vivant, comme hanté par son passé. Le personnage principal se déconnecte de la réalité au fur et à mesure que la maison part en ruine. À travers la chute de David, l’histoire se transforme en chroniques de fin du monde.

Les personnages

« Tous les dimanches, après la messe, Marie Bouchard, veuve éternelle et matriarche d’un peuple métis, se promenait au village dans sa Cadillac noire flambant neuve, avec vitres électriques teintées et air climatisé, pour prodiguer des conseils au monde de la paroisse, des souhaits de prompt rétablissement aux malades et aux vieillards et accompagner le curé dans ses déplacements […] Le curé en Cadillac avec cet avatar innu de Marilyn Monroe, ça impressionnait. » 

— Borealium tremens, p.192

Bien que peu attachants, les personnages sont tous bien développés et donnent de la couleur à l’histoire. J’ai particulièrement apprécié le notaire centenaire qui vit dans un manoir sur une île et sa demi-sœur, Marie Bouchard, la matriarche de Saint-Christophe-de-la-Traverse. La mentalité de village est très présente. Les rivalités, les histoires oubliées et l’obsession du passé amènent le personnage principal à éprouver du dégoût pour la société et à se renfermer avec ses démons. J’ai bien aimé la façon dont l’auteur entraîne graduellement David dans la démence. J’ai facilement réussi à me mettre dans la peau de ce dernier et à comprendre ses motivations.

Au final, j’ai eu un véritable coup de cœur pour Borealium tremens. Je pense qu’il se démarque des autres romans du terroir par son style et sa personnalité. J’ai adoré la touche surnaturelle qui se superposait au quotidien des personnages. Ce livre emprunte à différents genres et aborde plusieurs thématiques dont la quête du passé, les illusions et la santé mentale. Selon moi, chacun peut y trouver son compte et c’est pourquoi je n’hésite pas à le recommander à tous. Êtes-vous de ceux qui l’ont lu? Si c’est le cas, j’aimerais bien connaître votre avis.

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Hôtel Lonely Hearts : Les dessous de Montréal

Il y a de ces livres qu’on choisit pour leur couverture. Ce fut le cas pour Hôtel Lonely Hearts : je ne connaissais ni l’auteure, ni la trame narrative du roman.

Le premier chapitre m’a tout de suite sortie de mes habitudes littéraires pour plusieurs raisons, et cet effet demeura tout au long du récit. D’abord, le roman est écrit par une femme québécoise anglophone, ce qui, d’emblée, est une première exploration pour moi. Ensuite, les personnalités très excentriques des personnages m’ont déstabilisée. Finalement, l’époque dans laquelle prend place l’histoire, le Montréal des Années Folles et de la Grande Dépression, m’était plutôt inconnue point de vue lecture. 

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Crédit : Éditions Alto

Montréal crasse

Bienvenue dans le monde naïf, désillusoire, choquant et plein d’humour de Heather O’Neill, que Dominique Fortier, elle-même romancière notable, nous traduit de l’anglais vers le français. On y découvre Montréal sous son jour le plus sombre, au détour de ses ruelles et à travers les yeux de ceux que la ville a rejetés.

Il est étrange, donc, que malgré le plongeon tête première dans la prostitution, les bordels miteux de Montréal, le quartier chinois et son dangereux contenu d’opium, la violence…je conserve un souvenir doux et heureux de cette lecture. 

 

C’est peut-être dû à des phrases comme celle-là :

Le vent était inhabituellement froid à New York ce matin-là. L’air avait une qualité différente de celui de Montréal, mais cela était subtil. Il était plus vif. Il sentait la même chose qu’une personne qui s’apprête à vous embrasser. Il avait un faible parfum de Coca-Cola.

L’ordinaire devient l’extraordinaire

J’ai trouvé très intéressant que le livre aborde des univers qui semblent au premier abord incompatibles. Le livre complet est ainsi bourré de contradictions. Ainsi, l’ordinaire des classes populaires de la Grande Dépression devient l’extraordinaire à travers les fantasmes des personnages de Rose et de Pierrot, les événements les plus déprimants deviennent des opportunités pour s’échapper dans le merveilleux, certains adultes se comportent comme des enfants et vice-et-versa.

Rempli de surprises et de moments saugrenus, ce livre est une perle!

Troublant de constater qu’une adulte réussit ce véritable tour de force que celui de replonger le lecteur dans l’univers de l’enfance. Ce livre prend d’ailleurs racine dans un orphelinat montréalais, géré avec la sévérité des sœurs qu’on s’imagine au début du vingtième siècle. On y suit deux enfants (adorables) qui s’éprennent l’un de l’autre : Rose et Pierrot.

Il passeront le reste de leur vie à tenter de retrouver l’étincelle qui les animait dans leur jeunesse.

Incontournable pour les amateurs de descriptions fines : O’Neill prend le temps d’aller dans la fantaisie des détails. Sa prose est parfois si mignonne et imagée…

Les fleurs ressemblaient à des sous-vêtements que le vent aurait arrachés aux cordes à linge. Les orchidées étaient suspendues au-dessus des grilles en fer forgé telles des fillettes en jupon qui demandent au facteur si il a une lettre pour elles.

L’auteure décrit souvent de cette manière, à l’aide de métaphores très évocatrices.

Pour les romantiques autant que pour les âmes esseulées, ce livre me donne l’impression d’un long oxymore.

Et vous, quel livre vous a-t-il le plus surpris dans son contenu? 

 

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La philo au quotidien : jouer à réfléchir

Nous avons tous et toutes des préférences qui semblent plus ou moins excentriques aux yeux de nos proches. Personnellement, j’aime l’odeur de l’essence l’hiver (mais pas l’été), je mets de la laitue dans mes sandwichs au beurre de graines de tournesol et banane, et je réfléchis sérieusement à des questions frivoles du type « Si tu étais un arbre, lequel serais-tu ? ».

Tout cela pour vous dire que je serais un orme. Et que si j’étais un signe de ponctuation, je serais un point d’interrogation, principalement en raison de sa fonction. Il suppose un échange avec soi ou avec l’autre, une quête d’information, une réflexion à venir, une réponse (im) parfaite. Il y a tellement à bâtir sur un point d’interrogation.

(De plus, il a une petite bouille sympathique, tout comme moi.)

Dans son livre 101 expériences de philosophie quotidienne, le philosophe Roger-Pol Droit nous encourage à faire bon usage de la question. Le quotidien, affirme l’auteur dans sa préface, est constitué d’expériences mineures et anodines qui portent en elles le germe de la réflexion philosophique.

Philosophie du moment

Cette femme que vous apercevez par la grande fenêtre de son salon lorsque vous prenez une marche digestive en début de soirée ; cette tasse de café que vous savourez sur une terrasse bruyante un dimanche après-midi ; ces larmes que vous versez dans l’obscurité d’une salle de cinéma… Ces petits moments fuyants représentent autant d’opportunités d’amorcer un questionnement sur vous, sur votre vie et pourquoi pas, sur la vie avec un grand V.

On ouvre le livre au petit bonheur la chance. Tiens : téléphoner au hasard devient une opportunité d’expérimenter ce que Droit nomme joliment une microaventure, un voyage minuscule à l’extérieur de son univers connu. Écouter sa voix enregistrée fait réfléchir à l’image de soi, au soi et au non-soi. Éplucher une pomme dans sa tête, geste par geste, nous amène à réaliser que si notre esprit prend allègrement des raccourcis lors une visualisation aussi triviale, il en prendra peut-être aussi pour des sujets beaucoup plus importants.

Provoquer la réflexion par le jeu

Chaque expérience philosophique est précédée du temps et le matériel requis pour l’effectuer, en plus de proposer un effet recherché. Certaines expériences semblent, à prime abord, rigolotes (faire l’animal), saugrenues (boire un verre d’eau en faisant pipi) ou carrément horribles (tuer quelqu’un dans sa tête). Pourtant, elles ont toujours en leur coeur notre perception de la réalité, de soi et de ce qui nous sépare de l’autre.

Pour le vertige cosmique qu’elle procure, l’expérience suivante est vite devenue ma préférée. Je vous encourage à la mettre à votre horaire cet été. Une fois la nuit tombée, dans un endroit où vous pouvez voir les étoiles, installez-vous sur une couverture confortable, et contemplez le ciel. Prenez-en toute la mesure, les nuances des couleurs de la nuit, la différence d’intensité entre les étoiles. Prenez le temps de ressentir son écrasante immensité. Ensuite, travaillez à renverser votre perception: c’est vous maintenant qui surplombez les étoiles. Vous pourriez partir à la dérive tout doucement, tout en lenteur et tomber à l’infini…

Un livre à laisser traîner dans la maison, ne serait-ce que pour se rappeler, les journées moroses, que le point d’interrogation est toujours le point de départ d’une nouvelle aventure.

À votre tour, maintenant : quel livre vous a-t-il amené à voir votre quotidien sous un nouvel angle ?

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Tout s’effondre: livre classique et tragédique

C’est dans un cours de littérature étrangère à l’université que j’ai entendu parler pour la première fois de ce livre, Tout s’effondre de Chinua Achebe. À la question « quel est votre livre classique, le livre qui vous a le plus marqué dans votre vie? », une étudiante avait nommé celui-ci, alors je l’avais noté, curieuse de découvrir comment cet oeuvre aurait pu la toucher.

Tout s’effondre (Things fall appart, dans sa version originale en anglais) met au coeur de son histoire Okonkwo, un homme rigide et autoritaire qui déteste l’échec. Au sein d’Umuofia, un village typique du Nigeria, il est reconnu et respecté par les membres de son clan. Pourtant, Okonkwo est accablé de chagrin lorsque que les choses se transforment et ne vont plus comme il le désirait. Que ce soit les sécheresses qui rendent les récoltes moins fructueuses ou encore l’insatisfaction qui règne au sein de ses relations familiales, la vie pose plusieurs défis sur son chemin. Un jour, le pire arrive quand les missionnaires britanniques, les Blancs, débarquent dans son village dans le but d’assimiler son peuple. Il ne se laissera jamais soumettre et tentera de lutter pour que son clan conserve les traditions si importantes de leurs ancêtres.

Tel une fable ou un conte, le livre est parsemé de plusieurs petites leçons de vie et de passages un peu philosophiques, un peu moralisateurs. Dans l’ensemble, comme l’exprime le titre, l’univers dans lequel baigne le roman est plutôt sombre. Le titre est très évocateur, mais c’est à travers les images, les scènes que présentent l’auteur qu’il prend tout son sens, qu’on arrive, en tant que lecteur, à constater l’ampleur de la situation. Un feu qui dévore tout, des Dieux tout puissants qui punissent les Hommes et beaucoup de passages où les personnages sont simplement impuissants face aux règles, face au destin ou face aux missionnaires qui viennent les envahir et qui au final, auront raison d’eux.

***

« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur. »

J’ai bien aimé cette citation que l’auteur se plaisait à citer. Lui-même devenu en quelque sorte le lion, il a été le premier à prendre parole à travers sa plume poignante pour faire entendre la voix de son peuple. Une voix que l’on n’entend pas si souvent, en effet. C’est ici que l’oeuvre prend tout son sens.

Un roman historique bouleversant

Je pense que le roman s’apprécie quand on comprend le contexte social et historique du Nigeria précolonial dans lequel il s’inscrit. Avec un peu de recherche, j’ai été beaucoup plus sensible face aux personnages de l’histoire, mais aussi parce que la colonisation est un enjeu réel.

Certes, ce livre m’a confrontée dans mes valeurs, car l’action prend place dans une époque qui est loin de ressembler à la mienne et où je ne me rattache pas du tout aux traditions dans lesquelles la communauté est très ancrée. Mais le côté très humain et universel prend le dessus au final. Et c’est de cette manière que Tout s’effondre a tout de même réussi à me toucher. Même si le personnage est loin d’être attachant, j’ai fini par le prendre en pitié, parce que son clan, les colonisés, était dans une position de soumission et il a tout tenté pour défendre les siens et sauver sa culture.

Un classique de la littérature étrangère

Je pense que, pour tout ceux qui s’intéressent à la littérature étrangère et à l’histoire, qui sont ouverts au dépaysement et qui sont prêts à être bouleversés dans leurs valeurs tout comme dans leurs émotions, Tout s’effondre est un livre très intéressant, concis et écrit dans une superbe langue.

Si je le relis un jour, je suis sure que j’y verrai d’autres subtilités, que j’arriverai à comprendre encore plus les raisons de la révolte d’Okonkwo. Alors, je laisserai reposer le livre sur ma tablette un peu, puis on verra s’il fera ses preuves en tant que « classique ».

Et vous, quels sont les oeuvres de la littérature étrangère qui vous ont le plus marqué?

 

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Les plus beaux comptes littéraires à découvrir sur Instagram!

De toutes les plateformes sociales que j’utilise, Instagram est de loin ma préférée: cette dernière, laissant davantage  place à la créativité et à l’inspiration, ne manque décidément pas de comptes dédiés à la sphère littéraire. Ayant découvert plusieurs comptes  reliés au monde des livres, j’ai donc décidé de partager avec vous ceux que j’apprécie particulièrement: la majorité d’entre eux ne sont pas exclusivement  consacrés aux lettres, mais tous intègrent (très joliment) d’une manière ou d’une autre la littérature au sein de leurs univers composés de petits carrés (et quoi de mieux que le duo photographie-livres, qui peut donner de si jolis résultats?)

Voici donc mon petit palmarès!

  1. @Emmatheyellow (compte «coup de cœur») 

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(source:  https://www.instagram.com/emmatheyellow/?hl=fr-ca

Il est bien facile de s’attarder quelques instants sur la page de cette jeune Californienne qui partage auprès de ses abonnés quelques pans de son quotidien: ainsi, sans suivre de thématiques particulières, les photos prises par Emma contiennent toutefois bien souvent (et pour notre plus  grand plaisir) de jolies fleurs, des photos de voyage, des produits de beauté (cette dernière est l’une des ambassadrices de la marque américaine Glossier), des «looks du jour» (ou ce qu’on appelle des «OOTD», dans le jargon des réseaux sociaux), et bien sûr, des livres, beaucoup de livres. Passionnée de littérature, celle-ci partage fréquemment ses découvertes, romans préférés, ou toutes autres choses touchant de près ou de loin le monde littéraire (sans parler de sa chambre, si joliment décorée et remplie de livres). Elle n’hésite pas non plus à insérer son appréciation ou son opinion de ses lectures au sein de ses «stories» (stories= photos et vidéos que les utilisateurs peuvent mettre à la une pour une durée de vingt-heures).

Bref, c’est une page qui m’a attirée dès le premier coup d’œil et il s’agit probablement de  de mes comptes Instagram préférés (ou il fait assurément partie de mon «top 5»). Celui-ci en vaut le détour pour l’esthétisme des photos d’Emma, son univers parsemés de livres et de toutes ces petites joies de la vie que nous nous plaisons à contempler.

Livres que j’ai découverts via @emmatheyellow: Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, A little life d’Hanya Yanagihara, The bear and the Nightingale de Katherine Arden et  The Girls d’Emma Cline.

2. @une_olive

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(source: https://www.instagram.com/une_olive/?hl=fr)

Amoureux des bibliothèques? Si c’est le cas, le compte du montréalais Olivier Martel-Savoie vous donnera envie de faire vos valises et de bouquiner parmi les plus belles bibliothèques du monde! Au cours de ses voyages sur le vieux continent et dans le reste du monde (Montréal et Toronto ne sont pas en reste), le photographe a capturé des clichés des bibliothèques qu’il a eu la chance de visiter. En plus de les trouver magnifiques, nous ne pouvons qu’admirer le talent que possède ce jeune photographe (d’autant plus quand j’ai appris que ces clichés ont été pris avec un iPhone et non avec un appareil photo professionnel!)

3. @thewaveshavecome 

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(Source: https://www.instagram.com/thewaveshavecome/)

Le compte Instagram de Miriam est composé principalement de superbes photos de son appartement (son intérieur fait l’envie de plus d’un!), de son chat Sheldon, d’énormes plantes et jolies fleurs ainsi que des livres à la tonne. À chaque mois, la jeune femme établit de petites critiques des livres (commentaires, avec une note sur 5) lus au cours des dernières semaines. Celle-ci n’hésite pas non  plus à demander l’avis ou les recommandations littéraires de ses abonnés:  si vous êtes donc à la recherche de nouveaux titres, il suffit de jeter un œil à son compte pour en sortir quelques instants plus tard avec plusieurs recommandations en tête. Enfin, cette dernière met également quelques ouvrages en vente (voir ses stories) de temps à autre (à des prix très raisonnables).

*le petit coup de cœur:  les captions (les légendes en dessous des photos) de Miriam sont souvent très drôles! Ils me font souvent bien rire, je trouve personnellement que ça lui confère une petite touche personnelle qui rend ce compte si spécial!

Livres découverts via le compte: Call me by your name (les commentaires de l’instagrammeuse m’ont donné le goût d’entreprendre cette lecture, tout juste après avoir vu le film).

 

4. @belletrist 

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(source: https://www.instagram.com/belletrist/?hl=fr-ca)

Le compte Instagram Belletrist est une communauté littéraire qui, chaque mois, présente un livre coup de cœur écrit par des femmes (présenté par l’actrice américaine Emma Roberts et la productrice Karah Preiss, les fondatrices.) ainsi qu’une librairie indépendante (ce qui est selon moi, une super initiative!). La présentation du livre du mois est également accompagnée d’une entrevue avec les auteures. Le compte fait également place aux amoureux des livres présents sur Instagram (par exemple, l’utilisateur qui a été choisi nous présente ses livres préférés via les stories du compte Belletrist). Ce dernier possède également une page Facebook, un compte Twitter, et un blog ( https://blog.belletrist.com/).

 

5.  @ktxnka

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(source: https://www.instagram.com/ktxnka/)

Chose certaine, la blogueuse Katharina a un talent incroyable pour la photographie: ses photos (qui mettent presque toujours en valeur ses découvertes littéraire) sont superbes, et nous donnent l’envie de nous asseoir confortablement en lisant pendant des heures  notre livre préféré lors de journées plus grises (du moins c’est l’atmosphère qui s’en dégage!). Celle-ci possède également un blog, dédié également au monde des livres (la langue originale est en allemand, mais il suffit de peser sur «traduction» lorsque votre ordinateur vous le propose et les pages seront traduites automatiquement dans la langue de votre choix).

Livre découverts via @ktxnkaCommonwealth et Swing Time. 

 

Voilà mon petit palmarès! Avez-vous des comptes Instagram reliés au monde littéraire que vous appréciez particulièrement?

Petite note : l’illustration est une réalisation d’Élodie Trudel, étudiante en graphisme à Montréal. Pour jeter un œil à son univers, ses illustrations et ses photographies (charmantes et super jolies!), c’est par ici : instagram.com/oh.elo 

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«Vous ne m’êtes pas d’un amour tranquille»

«Il faut absolument que tu lises ça».

J’étais au salon du livre avec ma cousine, il y a deux ou trois ans, et c’est ce qu’elle m’a dit en me tendant un exemplaire de La renarde et le mal peigné. Habituellement, quand quelqu’un m’aborde avec cette phrase pour me suggérer une lecture, ça pique ma curiosité. J’ai envie de découvrir ce qui justifie l’emploi de l’impératif dans la phrase : s’il faut que je lise ce livre, c’est parce que mon interlocuteur y a découvert quelque chose d’extraordinaire… Et même si ce n’est pas une garantie que j’aimerai la recommandation, ça me touche que quelqu’un que j’aime me partage une lecture avec autant de ferveur ! Toujours est-il que lors de cette fameuse visite au salon du livre, j’achetai le livre que me tendit ma cousine. Quelques années plus tard, je la remercie encore de me l’avoir fait découvrir. Ce récit de correspondances est encore à ce jour une des lectures qui m’ont le plus bouleversées et auxquelles je reviens souvent.

La renarde et le mal peigné, c’est qui ?

La renarde, c’est la chanteuse Pauline Julien. Le mal peigné, c’est l’écrivain et homme politique Gérald Godin. Ces surnoms affectueux proviennent directement de leur correspondance ! Les deux artistes, qui se sont rencontrés dans les années soixante, dans la loge de Pauline Julien après un de ses spectacles, ont entretenu une relation amoureuse pendant plus de 30 ans. C’est la fille de la chanteuse, Pascale Galipeau, qui a choisi de retracer et de publier leur correspondance en 2008, 10 ans après la mort de sa mère. En avant-propos du livre, elle écrit ceci :

Pauline Julien

« À la mort de Pauline, j’avais mis les lettres sous scellé pour cinquante ans sans même les regarder, trop bouleversée pour imaginer que d’autres allaient farfouiller dans leur intimité. Et puis cela a fait 10 ans en 2008 que Pauline est morte. Lors de cet anniversaire, j’ai pris subitement conscience que si je ne faisais rien, quarante autres années allaient passer ce qui risqueraient de précipiter ces lettres dans l’oubli […] Au fil de ces lettres se dessine un dialogue amoureux entre deux êtres qui se sont aimés follement durant plus de trente ans. Un dialogue qui tourne autour du mystère de l’amour, le questionne et nous le renvoie en miroir». 

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Gérald Godin

«Un dialogue qui tourne autour du mystère de l’amour, le questionne et nous le renvoie en miroir.»

Cette phrase de Pascale Galipeau résume bien ce qui m’a tant bouleversée dans ce livre : trente ans de relation, c’est toute une vie pour se questionner sur l’amour ! Leurs lettres n’étaient pas destinées à être publiées au moment de leur rédaction et revêtent donc un caractère très personnel et authentique qui permet au lecteur d’avoir accès aux doutes, aux frustrations et aux questionnements, bref à l’intimité de ces deux figures marquantes de l’Histoire du Québec :

«Je t’aime parce que tu veux aller plus loin, ne jamais te contenter de peu et de l’à peu près, d’une vie qui ne te satisferait pas pleinement. C’est ce qui te donne ta dimension comme être et comme femme. C’est aussi ce qui met un océan entre nos deux vies. C’est con, con, con et re-con».

 –Gérald Godin à Pauline Julien, 10 avril 1966

«Je t’aime pour ta logique si différente de la mienne.»

Gérald Godin a repris cette citation de Paul Éluard alors qu’il était interrogé sur sa définition de l’amour lors d’une entrevue de radio, dans les années 80. Ce qui est remarquable dans le couple Julien-Godin, c’est le très grand besoin de liberté de ces deux êtres, qui les a poussés à avoir des carrières chacun de leur côté tout en demeurant profondément amoureux : elle a eu une carrière florissante sur scène dans les années soixante au Québec et en Europe, et lui en politique et en écriture au Québec dans les années 70. En lisant leurs lettres, on sent qu’en dépit des tensions crées par la distance et par certaines divergences dans leur vision de l’amour (il lui est maintes fois infidèle, elle est vivement jalouse), ils partagent des valeurs profondes et une grande connexion intellectuelle :

«[…] quant à vous, votre intelligence me plaît. Celle par exemple dont vous m’avez donné la preuve dimanche soir au téléphone, je crois. Et si je me souviens des meilleurs moments que nous avons eus, il s’agissait presque toujours de ces échanges d’idées, de ces poursuites mutuelles, réciproques où je traquais parmi les mots, entre les phrases que vous disiez, une nourriture à réflexion et à dialogue entre nous deux. Je traquais votre esprit où le cœur tient une grande place, c’est naturel et nous pensions, tous les deux. »

– Gérald Godin à Pauline Julien, 29 mai 1963

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Dessin tiré d’une lettre de Gérald Godin à Pauline Julien, 10 avril 1966

Tout sauf un amour tranquille

Ce qu’il y a de profondément romantique et touchant avec cette lecture, c’est d’abord qu’il ne s’agit pas d’une fiction. Ensuite, la relation Julien-Godin n’a rien d’un long fleuve tranquille : tous les deux ont su naviguer (excusez le jeu de mot!) à travers les aléas de la vie en ne se perdant jamais de vue. Dans la catégorie «lecture qui fait du bien», je trouve que c’est gagné parce que ça rappelle qu’un couple fort n’est pas forcément un couple «parfait». Pour reprendre la recommandation de ma cousine : «il faut absolument que vous lisiez ça» !

Et parlant de recommandations: avez-vous lu des récits de correspondances qui vous ont marqués ?

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Le lactume, cadeau d’adieu involontaire de Réjean Ducharme

L’été dernier, les Éditions du passage ont fait au Québec un grand cadeau avec la sortie du Lactume de Réjean Ducharme. Cette publication fut posthume, puisque l’auteur nous a quitté quelques jours à peine avant sa parution. Album graphique, littéraire et mystérieux, Le lactume se superpose avec justesse dans la brillante toile que forme l’œuvre de notre regretté géant littéraire.

L’ouvrage nous est présenté par Rolf Puls,  qui nous raconte en introduction l’histoire rocambolesque de ce recueil. En effet, c’est en 1966 que Réjean Ducharme envoie le manuscrit du Lactume aux éditions Gallimard, auquel il joint une petite note qui dévoile bien son éternel sens de l’humour :

«Monsieur l’éditeur,

Veuillez ne pas trouver insolent que je vous soumette ces dessins. Je ne sais pas plus dessiner qu’écrire. Seulement, est-ce qu’il ne suffit pas d’être de la race humaine pour prétendre parler aux êtres humains? J’ai mis toute ma liberté et tout mon amour dans ces dessins. Si vous les jugez sans intérêt, ne me les retournez pas. Offrez-les à une jolie femme de ma part.

Vous priant encore de ne pas me trouver insolent

Réjean Ducharme.»

Mais le document restera dans les archives du directeur artistique Robert Massin, ce dernier ne connaissant pas encore l’auteur. Le manuscrit ne prendra sa forme de livre que cinquante-et-un plus tard, après un long voyage qui l’a fait traverser l’océan Atlantique et passer de mains en mains. C’est en grande partie grâce à celles de Claire Richard, la compagne et porte-parole de Réjean Ducharme, que le livre verra le jour. Un dénouement particulièrement touchant lorsqu’on relit la note de l’écrivain, qui souhaitait que son livre soit remis à une jolie femme…

Recueil volumineux de 198 dessins en couleurs, exécutés au crayon et souvent anguleux, Le lactume est un véritable trésor retrouvé. L’esprit ducharmien y est partout, dans chaque détail : chaque dessin est accompagné d’une légende qui reprend l’humour et les thèmes chers à l’auteur comme l’enfance perdue, la difficulté d’aimer ou la duplicité des adultes. IL s’y retrouve aussi le goût bien prononcé de l’écrivain pour les jeux de mots, une abondance de références culturelles dissimulées et des formulations comiques et étonnantes. Si Le lactume est un ouvrage haut en couleur, c’est parce qu’on y voit merveilleusement bien s’étaler toutes les facettes du génie de son auteur. Énigmatique, il faut le lire chez soi dans le silence, lors de ces moments calmes où l’on peut se poser pour méditer.

Cette dernière recommandation part de ma propre expérience ; la découverte du Lactume ne fut pas chose évidente. Loin d’être une spécialiste de Ducharme, j’ai dû bûcher un coup pour comprendre un peu mieux ses dessins. Mais ces recherches en ont valu la peine, car une fois son aspect mystérieux dépassé, Le lactume est une clé qui  ouvre l’accès à l’univers ducharmien.

L’été dernier, l’univers littéraire du Québec n’a pu dire au revoir comme il l’aurait souhaité à son grand magicien des mots. Ce dernier s’est assuré de demeurer un mystère pour tous et que le mythe ne soit pas brisé après son départ. Mais, pour ma part, je suis quelque peu consolée par le cadeau d’adieu qu’il nous a laissé ; je crois qu’il n’aurait pu nous faire de plus beau clin d’œil qu’avec Le lactume, où nous avons tout ce qu’il faut pour le garder vivant dans nos mémoires, à jamais.

Connaissiez-vous Réjean Ducharme? Parmi toutes ses œuvres, laquelle est votre favorite?

 

Le fil rouge tient à remercier les Éditions du passage pour le service de presse.

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Whitehorse et ses bibliothèques de rue

Lorsque je suis arrivée à Whitehorse en septembre, j’ai tout de suite remarqué la petite maison de livres à côté de notre gîte. Parce qu’ici aussi, comme à Montréal, les mini-bibliothèques ont envahi les rues. Passer d’une métropole de plus d’un million d’habitants à une petite ville nordique de 25 000 habitants a demandé une certaine adaptation. Le plus difficile a peut-être été la diminution de l’offre culturelle, notamment en ce qui concerne les livres. Je suis partie d’une ville où on compte un réseau de 45 bibliothèques, une bibliothèque nationale et de nombreuses bibliothèques universitaires pour vivre dans une ville où il n’y a qu’une seule bibliothèque municipale dans laquelle la collection de livres en français se résume à un rayon.

Cette offre restreinte de livres rend le phénomène des bibliothèques de rue d’autant plus important. Forme de démocratisation de la lecture, les mini-bibliothèques sont des lieux d’échange de livres anonymes entre les résidents de la ville. On ne sait pas d’où vient le livre qu’on « emprunte »; on ne sait pas où va le livre qu’on y laisse. Loin des critères savants et des contraintes institutionnelles, ces petites boîtes, souvent en bois, abritent toute sorte de livres classés de façon pêle-mêle, ce qui nous oblige à nous arrêter et à chercher le livre qui viendra nous rassasier. Livre mal-aimé abandonné par un lecteur insatisfait ou, au contraire, découverte qu’un lecteur enthousiaste a voulu partager, livre pour lequel on a manqué de temps, livre neuf ou abîmé, livre qui est passé entre plusieurs mains, livre récent ou livre d’un autre siècle… Chacun de ces livres a une histoire, parfois devinée par son apparence, mais qui reste le plus souvent un mystère pour son nouveau lecteur.

À Whitehorse, ces petites bibliothèques se trouvent souvent dans des secteurs résidentiels, mais on en trouve aussi une qui me fait un peu penser à une cabane d’oiseaux, sur le bord du fleuve Yukon, aux abords d’un sentier piétonnier très passant.

bibliothèque au bord du Yukon

En étudiant de plus près deux de ces bibliothèques de rues, l’une dans un coin résidentiel du centre-ville et l’autre sur le bord du fleuve Yukon, je découvre qu’elles révèlent certains aspects de Whitehorse. Si on y trouve surtout des livres en anglais, il y en a quelques-uns en français qui rappellent l’importance du bilinguisme dans la capitale du Yukon. De plus, la sélection est hétéroclite : du classique littéraire (de Dickens ou de James Joyce) aux romans populaires (de Danielle Steele), en passant par des livres de psychopop ou de science-fiction. Cet éclectisme se manifeste aussi en français : Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne comme Le Pèlerin de Compostelle de Paulo Coehlo font partie du choix. Pour ma part, j’ai emprunté un livre de Virginie Despentes : Bye Bye Blondie.

livres

Un mois plus tard, l’une d’entre elles semblait avoir été dévalisée. Des lecteurs avides étaient passés par là. Certains n’avaient pas trouvé preneurs comme What to Expect the First Year de Heidi Murkoff et Pleine Lune d’Antonio Munoz Molina (qui a quand même remporté le prix Femina étranger en 1998), mais Qu’est-ce que la littérature? de Jean-Paul Sartre et un exemplaire abîmé d’un tome de Game of Thrones s’étaient ajoutés à la sélection. Presque tous les livres en français avaient disparu. Ce renouvellement constant des titres fait la richesse de ces bibliothèques. Ça vaut la peine d’y revenir souvent.

Je ne resterai pas éternellement dans cette ville nordique. Avant de repartir de Whitehorse, je laisserai un livre acheté à Montréal dans l’une de ces bibliothèques comme trace de mon passage ici, de mon histoire. Qui sait où ce livre aboutira?

Et vous, empruntez-vous des livres dans ces mini-bibliothèques de rue?

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