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La Meute : l’actualité mise en scène

La Meute est la nouvelle pièce écrite par Catherine-Anne Toupin et produite par La Manufacture dont tout le monde parle ces derniers temps. Mon article sort juste à temps pour vous donner l’envie d’aller voir la pièce si vous avez manqué votre chance à la première vague de représentations. Il y aura d’autres du 7 juin au 16 juin et 21 août au 1er septembre au théâtre La Licorne.  Croyez-moi, c’est une pièce à voir.

Cette pièce, mise en scène par Marc Beaupré, met en vedette Catherine-Anne Toupin, Guillaume Cyr et Lise Roy. Autour de ce trio, un thriller se construit. La Meute c’est une pièce dont tout est vrai: elle traite de harcèlement, de menaces, de trolls via les réseaux sociaux et d’intimidation.

La pièce dure environ 1h30. Elle est construite de dialogues entre les trois personnages et de monologues récités par Catherine-Anne Toupin, jouant Sophie, le rôle principal. Les dialogues permettent de construire l’action et l’histoire, tandis que les monologues accueillent les pensées sombres, très sombres de Sophie. Elle témoigne de sa peine, de sa peur et de sa rage à travers ces apartés. Les sacres de plus-en-plus crus y sont introduits peu-à-peu, reflétant ainsi ceux que Sophie a déjà entendus, ceux qui lui ont été adressés. C’est une histoire de hantise, un témoignage sur l’intimidation et les dommages qu’elle peut faire.

Crédit: La Bible Urbaine, Suzane O’Neill

Audace et simplicité

Dans La Meute, il y a un habile mélange entre l’audace et la simplicité. Une construction subtile des personnages et des effets de surprise nous étonnent au moment où on s’y en attend le moins. On apprend à aimer certains personnages, puis à les détester. On s’attache à d’autres personnages, puis on compatit ou même on comprend et on se reconnaît dans certaines situations.  La Meute, c’est un témoignage sur la violence. Comme le dit la dramaturge dans le programme de la pièce distribué au moment de la pièce : « J’imagine qu’on banalise cette violence, car en quelque sorte, elle ne nous semble pas réelle. Elle n’est pas concrète. » C’est une violence polarisante, celle que l’on retrouve sur les réseaux sociaux, celle qui est facile à faire, caché derrière un écran.

La pièce

« De la violence comme réponse à la violence » est ce qui décrit le mieux cette pièce, comme l’auteure l’explique.

Crédit: La Bible Urbaine, Suzane O’Neill

Sophie, après avoir parcouru la route pendant ce qui semble quelques heures, s’arrête chez Martin (Guillaume Cyr) et sa tante (Lise Roy) pour louer une chambre. Là-bas, elle se lie peu-à-peu d’amitié avec les autres personnages, principalement Martin, mais à quel point ? C’est ici que je m’arrête, il faut tout de même vous laisser le plaisir de découvrir vous-même les surprises que cette pièce offre. Une chose est sure, vous serez ébranlés, peut-être choqués, non pas nécessairement par la pièce même, mais plutôt par les propos qu’elle dénonce. Une dame est partie lors de la présentation à laquelle j’ai assisté, sans jamais revenir.

Vous pouvez vous procurez la version écrite de la pièce dans toute bonne librairie si vous n’avez pas la chance d’assister à une représentation.

 

 

 

 

 

 

 

Avez-vous déjà été choqué par une pièce ? Aimez-vous que la littérature, le théâtre, l’art vous bousculent l’intérieur?

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Rencontres littéraires au 5 à 7 des auteurs de la Montérégie

La Rive-Sud de Montréal accueillait ce mercredi 11 avril quelques-uns des plus grands auteurs du Québec et j’étais parmi les invités. L’événement était une soirée bénéfice pour soutenir les activités de l’Association des auteurs de la Montérégie. Cette dernière vise,  entre autres, à faire connaître les auteurs de la région et à stimuler la vie littéraire de la Montérégie. J’en ai donc profité pour discuter de littérature avec ceux qui contribuent à sa vivacité au Québec – à mon grand plaisir.

Mots et bouchées

Le format du cocktail dînatoire demeure une valeur sûre pour favoriser les échanges et les nouvelles rencontres. Ainsi, c’est dans la Maison de la culture de Longueuil, verre de vin à la main, que chacun et chacune allaient vers les différents écrivains présents ce soir-là. Durant la soirée, il y avait simultanément des speed-dating littéraires avec les auteurs, des prises de photos Polaroid et un encan des livres favoris des écrivains et écrivaines présents, directement sélectionnés dans leur bibliothèque personnelle.

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Aperçu de l’encan littéraire

Dès le départ, tous se heurtent à la malheureuse nouvelle : Kim Thúy est retenue par un imprévu pour la tournée de son roman Vi, qui a pris de l’avance. La radieuse Kim Thúy a quand même pris la peine de faire un vidéo où elle nous dévoile son livre préféré : Le Petit Robert. Selon elle, il s’agit de l’ouvrage qui regroupe en quelque sorte l’humanité toute entière : on ne peut pas vraiment questionner son choix.

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Kim Thúy en train de parler de ses ouvrages littéraires coup de coeur

Elle lit ensuite un passage d’un recueil de poésie de François Rioux; elle s’est d’ailleurs fait le devoir d’acheter un recueil de poèmes pour tout roman qu’elle se procure.

Les auteurs derrière le paravent 

La première autrice à qui je serre la main est Pauline Gill, qui dévoile assez rapidement ses convictions féministes : nous avons déjà un point commun. Cela continue alors que nous discutons de nos autrices favorites et du fait que Marguerite Duras fasse partie de nos deux palmarès. Je lui demande si l’événement de cette soirée la rend nerveuse : en 27 ans de lancements, elle en a vu d’autres. Elle me partage son sentiment d’être investie d’une mission, celle de témoigner des femmes qui ont fait l’histoire du Québec, afin qu’elles sortent de l’ombre. Pauline Gill a d’ailleurs mené un combat sur une dizaine d’années en donnant conférences et entrevues pour que le nom de Irma Levasseur soit inscrit au frontispice du bâtiment de l’hôpital Sainte-Justine de Montréal, hôpital dont elle serait la véritable fondatrice.

Ensuite, je vais m’inscrire à la liste des chanceux qui auront un tête-à-tête avec les auteurs de leur choix, derrière l’intimité d’un paravent. L’idée est que l’auteur en question révèle le livre qu’il aurait souhaité avoir écrit, puis il doit en lire un passage. J’irai donc visiter tour à tour Pauline Vincent et Yves Beauchemin.

Avec Pauline Vincent, on jase de voyages, de son passé de journaliste, de ses romans d’espionnage et de l’importance des personnages féminins forts dans les romans. Puis, c’est dans une petite pièce de débarras, à l’écart des bruits de la soirée, qu’Yves Beauchemin me lit de manière très théâtrale Germinal de Émile Zola.

Une soirée haute en couleurs et en discussions riches où se mêlent écrivains, lecteurs philanthropes et politiciens intéressés par la vie culturelle montérégienne.

En terminant, un immense merci aux auteurs présents et à l’Association des auteurs de la Montérégie pour l’invitation à cette belle soirée. J’ai une foule de mots dans la tête et de bouts de discussions que j’aimerais vous raconter, mais je vous laisse plutôt explorer ces auteurs et autrices, que vous connaissez peut-être déjà…

Posez-leurs des questions, ils semblent tous très touchés par leur lectorat!

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Une maison irlandaise à soi

Une maison en Irlande, isolée et tout près d’un étang, voilà ce dont la narratrice avait besoin. Cette jeune femme anonyme part se réfugier là-bas pour ne rien faire, s’accordant du temps pour laisser divaguer ses pensées.

Je fais partie de ces gens qui rêvent d’une maison déconnectée et de temps infini. Il n’en fallait pas davantage pour me donner envie de découvrir cette version française de Pond. Dans le dossier de presse reçu avec le livre de la part de Dimédia, on comparait ce premier roman à ceux de Virginia Woolf et Emily Dickinson, deux autrices que j’admire énormément. Ce ne sont pas de légères comparaisons et j’ai été fortement attirée vers l’idée de me plonger dans une œuvre contemporaine comparable à ces deux écrivaines anglaises. Déjà, je me dois de mentionner que selon moi la comparaison n’a pas lieu d’être. Il s’agit d’un très bon roman qui, comme ces deux autrices anglaises, utilise les mêmes types de narration, mais je n’ai pas personnellement été happée par l’écriture comme avec Woolf et Dickinson.

Stream of consciousness

Ce texte traduit par Thierry Decottignies ne raconte rien en particulier : il puise dans les petites choses, dans les tâches quotidiennes et les pensées de la narratrice. On a comparé l’autrice avec Woolf dû au stream of consciousness (flux de conscience en français). Il s’agit d’une narration axée sur la pensée, l’autrice écrit donc de la même façon que les réflexions viennent se loger dans sa tête. Cela crée une écriture qui peut parfois sembler confuse, voire difficile à saisir, mais c’est surtout une écriture franche qui mène souvent à une prise de conscience par cette liberté donnée. Personnellement, c’est un type de narration que j’apprécie énormément.

Dans le cas de L’étang, j’ai particulièrement aimé la façon de faire l’éloge du rien-faire. Le personnage vit sans attente, en prenant son temps et en vivant chaque chose quand celle-ci se présente. Son désir de contempler est loin d’être toujours pur et calme, au contraire; la frustration, voire l’impatience, viennent souvent franchir la pensée de l’autrice, ce qui donne d’autant plus de la profondeur à cette narratrice inconnue. On pourrait croire à une œuvre très centrée sur elle-même comme on reste constamment dans la tête et les perceptions de la narratrice. J’ai toutefois l’impression qu’il y a une certaine universalité dans ce processus narratif : c’est passer par le singulier de sa propre pensée pour rejoindre l’humanité qui nous unit. Je pense particulièrement au passage dans lequel elle décrit le bonheur qu’elle ressent à déposer des fruits et des légumes dans le saladier près de la fenêtre. Je me suis reconnue dans ce simple et rassurant plaisir de remplir un bol de fruits.

Somme toute, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce premier roman, et ce, malgré certaines longueurs qui m’ont déplu. Je serai curieuse de découvrir la version originale (en plus, la couverture est particulièrement jolie!) pour comparer, comme il s’agit d’une écriture très lyrique. Et vous, aimez-vous lire ce genre de texte très intime dans lequel on est plongé dans l’intériorité d’un.e narrateur.trice?


Le fil rouge tient à remercier Marion Van Staeyen chez Dimédia pour le service de presse.

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Une enfance en nid de poule

Quand j’ai enfin ouvert Vogue la valise, j’ai été surprise de voir que, malgré mes hautes attentes, le bédéiste Siris les surpassait toutes. À chaque page, je me posais de nouvelles questions sur ma perception de la vie et de la société qui m’entoure. Sur mon enfance et les souvenirs qui y sont rattachés. Pour certains, les bons souvenirs dépassent de loin les mauvais. Pour d’autres, il y en a plus de mauvais que de bons. Et il y a ceux pour qui ces souvenirs sont si rares qu’ils sont souvent engloutis par tout ce qui fait mal et tout ce qui brise l’âme. L’auteur a su illustrer la réalité des enfants mal-aimés, laissés de côté et les répercussions que cela peut avoir sur leur vie.

Une valise lourde de sens

L’histoire commence avec Renzo, un alcoolique semi-attachant, qui enchaîne les bouteilles d’alcool aussi vite qu’il perd ses emplois. Il rencontre Luce, une femme douce et résiliente, qui deviendra sa femme et la mère de ses cinq enfants : Louis, Josée, Chantal, Claudine et finalement, La Poule. Rapidement, Renzo va perdre le contrôle sur sa vie en laissant l’alcool prendre le dessus et Luce devra tout gérer seule. De fil en aiguille, elle va elle aussi non seulement perdre le contrôle, mais aussi la garde de ses cinq enfants, un à un. La Poule devient alors le personnage principal, et nous le suivons dans ses aventures qui sont loin d’être roses, à travers les familles d’accueil, les coups durs, la violence psychologique et l’acceptation d’un sort qui peut parfois être cruel.

Cette bande-dessinée, écrite et illustrée par Pierre Sirois, mieux connu sous le nom de Siris, est un vrai petit bijou. Il a su, avec beaucoup d’humour et des illustrations à couper le souffle, nous familiariser à la réalité difficile des enfants placés en famille d’accueil. On sait tous, à un niveau ou à un autre, que c’est une problématique dans notre société, mais il est facile de jouer à l’autruche et de détourner le regard. Siris réussit à lever le voile sur les abus et la violence qui font souvent partie du quotidien de ces enfants qui ne demandent qu’à être aimés.

Mariage parfait de ce qui est laid et de ce qui est beau

Je ne vous le cacherai pas, Vogue la valise est une bande-dessinée qui est assez imposante. Du haut de ses trois-cent-quarante-neuf pages, elle pourrait effrayer celui ou celle qui ne recherche qu’une lecture légère. Pourtant, je me suis retrouvée plongée dans un univers qui m’a captivée jusqu’à la toute dernière page, et j’aurais voulu en avoir encore plus. Le style de Siris est différent de ce que j’ai l’habitude de voir. À la fois simple et complexe, il sait parfaitement rendre les émotions des personnages sans trop aller dans les détails.

Vogue la valise est un chef-d’œuvre, rien de moins, qui aborde en toute beauté des thématiques très laides : l’alcoolisme, la mort, le rejet, l’intimidation, la violence et bien plus encore. Cette œuvre est un coup de maître de la part de l’auteur, un cadeau inestimable à lire absolument.

Et vous, avez-vous déjà lu un livre qui a changé votre façon de voir la société dans laquelle vous vivez?

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Petit roman poétique sur le deuil

Il y a des moments pendant lesquels je dévore des livres sans compter. Je les enfile les uns à la suite des autres; je lis en déjeunant, en attendant que le souper cuise et en me couchant. Je plonge toute entière dans la fiction et je ne fais que compter les heures avant de pouvoir replonger dans ma lecture.

Quand je suis obnubilée à ce point, c’est souvent car je suis tombée sur des coups de cœur; des bouquins qui me tiennent en haleine et qui me donnent envie de me couper du réel pour entrer complètement dans leur univers romancé.

C’est alors terrible d’arriver à la dernière page. J’en voudrais plus. Je ne supporte pas que ça soit fini.

La douleur d’arriver à la dernière page d’un roman

Des fois, je lis un livre si incroyable et si vrai. La frustration ressentie à l’idée que le livre se finisse est alors trop intense.

Je ne me résous pas à faire confiance à un autre romancier, tellement j’ai peur de me faire abandonner encore en voyant le mot Fin. Comme lorsqu’on souffre d’une peine d’amour si grande qu’on est incapable d’accepter de retomber amoureux. Chaque nouvelle relation semble nous demander trop d’engagements pour que ça vaille le coup.

Fin 2017, j’ai lu plusieurs livres qui m’ont considérablement marquée : Le plongeur de Stéphane Larue, Le vertige d’Étienne Cardin-Trudeau, Autour d’elle de Sophie Bienvenu et la série de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante.

Beaucoup de livres coup de poing en un court laps de temps. Des livres qui font tellement réfléchir. Des livres qui marquent.

De grands amours comme on n’en vit pas souvent.

Et avec le mois de février a démarré une période de vide pour moi. Je suis tombée dans un creux.

Rien ne me tentait. Rien ne m’accrochait. Je prenais des livres à la bibliothèque, et je les rendais non commencés ou à peine entamés. J’ai même dû payer un retard de 1,75$ tellement je trainais la patte.

Nouveau système : aborder le deuil et l’abandon en quelques pages

Finalement, je suis tombée sur un tout petit bouquin : Nouveau système de Daniel Leblanc-Poirier. 104 pages. Je me suis dit : «Bon, lui il ne risque pas de me faire souffrir; il sera une bonne relation de rebond. Un peu de plaisir bref et sans trop de risques.»

Je l’ai lu en deux soirées devant le feu de foyer. Ça ne sera pas un coup de cœur à me faire chavirer, mais ça a été un bon moment à vivre.

Un jeune toxicomane apprend que son ex-petite amie, Kikou, va mourir d’un cancer des poumons. En phase terminale, elle séjourne à l’hôpital et il lui rend visite tous les jours. Ainsi, commence ce petit livre qui aborde la thématique du deuil en surface, mais avec plein de douceur et poésie.

Le roman remonte alors en arrière pour nous expliquer comment les deux se sont rencontrés et à quoi ressemblait leur histoire d’amour chaotique. On assiste à de petits fragments de leur quotidien d’amoureux, drogués et coupés du reste du monde.

On a accès à toutes les émotions excessives du narrateur; sa violence intérieure, sa douleur et son incompréhension du monde.

Il y a de petites phrases magnifiques :

« On ne parlait pas, on faisait juste laisser couler le silence en versant du café. »

C’est bref, mais beau. Triste, mais intriguant. Du quotidien cru simple et réaliste.

Ce n’est pas un roman exceptionnel; il manque un peu de profondeur, peut-être quelques pages de plus auraient été nécessaires pour le devenir. Cependant, c’était exactement ce dont j’avais besoin à ce moment de ma vie.

Et vous, vivez-vous parfois des périodes plus creuses de lecture?

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Un petit vertige : relire Margaret Atwood

Au changement d’année de calendrier, j’ai toujours l’impression que le monde se remet en place. Il ne repart pas à zéro : il arrive brinquebalant au bout du chemin de l’année précédente et cale ses roues sur les rails de la nouvelle. Plus que de l’optimisme, c’est une satisfaction prudente que je ressens, celle qui accompagne les petits déclics et les fins de cycle.

Durant les vacances des Fêtes, peut-être pour amplifier ce sentiment, j’ai décidé que je terminerais 2017 et que je commencerais 2018 en revisitant Margaret Atwood : Alias Grace et The Handmaid’s Tale, deux romans que j’avais lus pour la dernière fois en 2004 et en 2012, respectivement. J’inscris toujours, sur la page de garde de mes livres, la date à laquelle je les commence; en découvrant celle d’Alias Grace, j’ai eu un petit vertige. Presque la moitié de ma vie à lire et à aimer Atwood.

Écrasant dans ses routines : The Handmaid’s Tale

There’s a rug on the floor, oval, of braided rags. This is the kind of touch they like: folk art, archaic, made by women, in their spare time, from things that have no further use. A return to traditional values. Waste not want not. I am not being wasted. Why do I want? (p. 7)

Est-ce que ça vaut encore la peine de résumer The Handmaid’s Tale? Offred, la narratrice, est aux prises avec un monde qui est rapidement passé de celui des États-Unis qu’on connaît aujourd’hui à celui, cauchemardesque et oppressant, de la République de Gilead. La vie y est organisée suivant une interprétation délirante de la Bible, qui contraint les jeunes femmes encore fertiles, comme Offred, à servir de machines à bébés pour les couples stériles de l’élite en place.

Mais c’est quasiment triste de parler de ce livre seulement pour en souligner l’intrigue, son caractère annonciateur, les avertissements qu’on devrait y voir. En le relisant, j’ai été frappée à quel point Atwood écrit bien : le récit est délicatement éclaté, jamais linéaire, mais toujours facile à suivre; l’atmosphère de la maisonnée où aboutit Offred est compliquée et jalouse, écrasante dans ses routines; la langue d’Atwood est pleine de circonvolutions, dénicheuse d’expressions convenues qu’elle s’empresse de déchiqueter pour mieux leur redonner un sens. Le roman se termine sur une postface académique qui, des décennies plus tard, revient sur le récit d’Offred pour en souligner les failles : si seulement elle avait pris le temps, en enregistrant clandestinement son histoire, de décrire en détail l’organisation politique de Gilead…! Comme quoi le témoignage d’une femme n’est jamais tout à fait adéquat, peu importe de quel bord on le prend.

Alias Grace : une petite acidité paniquée

Le témoignage de Grace Marks est aussi systématiquement remis en doute dans Alias Grace : accusée du meurtre de son employeur et de la maîtresse de celui-ci, embrouillée dans une amnésie que plusieurs croient feinte, emprisonnée puis internée, Grace est, au début du roman, détenue au pénitencier de Kingston, où ses doigts agiles lui valent d’être régulièrement réquisitionnée par la femme du directeur  de l’établissement. Entre deux travaux de couture, elle raconte son histoire à un psychiatre américain, embauché par un comité de bonnes âmes qui souhaitent voir Grace exonérée. Ce qu’elle révèle et ce qu’elle retient viennent se déposer en couches successives sur le récit, jusqu’à en compliquer habilement le relief.

Ça a été un vrai bonheur que de relire ce roman : portrait minutieux du Haut-Canada victorien, délicieusement lent, atmosphérique sur les bords et juste assez étrange pour laisser une petite acidité paniquée dans le fond de la gorge. Je me souvenais de Grace et de ses courtepointes, de sa vie austère au pénitencier et du grand mystère entourant les meurtres dont elle est accusée, mais j’avais oublié qu’Atwood nous entraîne dans une exploration de la santé mentale version deuxième moitié du dix-neuvième siècle : conceptions contradictoires de la folie, avancées et traitements, hypnose, asiles en panne d’humanité. Elle laisse aussi, à travers le récit de Grace, une grande place au quotidien des femmes de classes inférieures, ces domestiques qui s’affairent dans les pièces sombres des belles maisons, industrieuses et curieuses, à la fois gardiennes de tous les secrets et proies faciles pour messieurs entreprenants. Mais surtout, Atwood nous rappelle la façon dont les histoires se forment, toujours après les faits et toujours en marge du cœur battant de la vie :

When you are in the middle of a story it isn’t a story at all, but only a confusion; a dark roaring, a blindness, a wreckage of shattered glass and splintered wood; like a house in a whirlwind, or else a boat crushed by the icebergs or swept over the rapids, and all aboard powerless to stop it. It’s only afterwards that it becomes anything like a story at all. When you are telling it, to yourself or to someone else. (p. 355)

Les bonnes et les mauvaises féministes

J’ai lu ces deux romans en une semaine et des poussières, les avalant à grandes gorgées avides. Quelques jours après, je suis tombée sur la lettre d’opinion d’Atwood sur le mouvement #MeToo, publiée dans le Globe and Mail. Elle y fait, acerbe et un brin condescendante, le procès des bonnes féministes qui, selon elle, risquent de jeter le bébé avec l’eau du bain en remettant en question le système de justice actuel. Atwood s’y pose en modèle de modération, loin des extrêmes et de ses dérives, revendiquant le titre de mauvaise féministe pour marquer la distance qui existe entre sa propre posture, calme et réfléchie, et celle de femmes qui mèneraient une bien mal avisée chasse aux sorcières, dirigée contre quiconque leur poserait trop de questions. Dire que j’ai été déçue relève de l’euphémisme.

Atwood avait déjà essuyé plusieurs critiques après avoir signé, aux côtés d’autres artistes canadiens, une lettre ouverte en appui à Steven Galloway, un professeur de la University of British Colombia qui était alors la cible de plaintes pour agressions et harcèlement sexuels. Qu’elle ait une position qui ne soit pas la mienne, ça arrive; mais qu’elle persiste à utiliser la tribune dont elle dispose pour remettre en question, implicitement ou non, la parole de victimes d’agressions sexuelles, ça me trouble beaucoup.

C’est difficile de réconcilier les mots qu’Atwood dépose dans l’espace public avec ce que je crois avoir trouvé dans ses livres : une compréhension profonde et nuancée des femmes et de leur vie intérieure, en plus d’un parti pris pour les personnes qui n’ont pas souvent le gros bout du bâton. Je n’ai jamais été capable de séparer l’artiste de l’œuvre, pas complètement; mais je peux quand même choisir ce que je retiens d’Atwood et de ses livres. Je crois encore qu’il s’opère, à la lecture d’une œuvre, une espèce de transfert de sens entre l’autrice et la lectrice, que la balle lancée à travers la fiction peut être attrapée de la façon dont on le souhaite, celle qui nous convient, celle qui nous parle le plus. Atwood, dans le Globe and Mail, ne me parle pas. Je jongle avec les balles que j’ai, du bout des doigts. Je refuse de les échapper. 

Vous préoccupez-vous des prises de position publiques de vos auteurs préférés? Est-ce qu’elles affectent votre lecture de leur œuvre?

Margaret Atwood. Alias Grace. Seal Books (1996: 2000), 561 pages.

Margaret Atwood. The Handmaid’s Tale. Seal Books (1985: 1998), 402 pages.

En complément : l’article d’Ariane sur The Handmaid’s Tale, juste ici.

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Un livre qui permet de « créer le meilleur de soi »

Lorsqu’il est arrivé en librairie, je l’ai tout de suite aperçu : un grand livre avec une couverture invitante et créative à souhait. Je me suis dit que cet ouvrage était pour moi. Je ne saisissais pas encore vraiment le sens du titre « Créer le meilleur de soi », mais je savais que ça allait me rejoindre à 100 %. Parce que mon côté créatif, pourtant bien présent, tombait trop souvent à mon goût en dormance. Parce que j’avais l’impression que ce bouquin allait me faire du bien en dedans. Parce que c’était un bel objet que j’avais envie de consulter à outrance. Et bien d’autres raisons s’ajouteraient plus tard à la liste.

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Photo par Anaïs Beaudet

Un puissant déclencheur

Commençons par le commencement : Créer le meilleur de soi est un guide créatif écrit par Manon Lavoie. Cette ancienne conseillère en communications devenue coach en créativité s’est donnée corps et âme dans ce livre afin de permettre à n’importe qui de découvrir et de développer sa créativité. Parce que, selon Manon, tout le monde possède cette capacité d’être créatif. Avant de l’acheter, j’ai souvent feuilleté le livre en me disant que je n’étais pas le genre de personne visé et que je n’avais pas besoin d’un livre pour me dire comment être créative. J’ai finalement cédé à la tentation et je n’ai pas été déçue. J’ai découvert un petit trésor dans ces pages, une marche à suivre simple et concrète pour reconnecter avec mon côté créatif. Plus je lisais, plus je sentais une force intérieure grandir à l’intérieur de moi, un besoin puissant de m’exprimer par le biais de l’art.

Pour tous

Cet ouvrage a été conçu dans le but d’accompagner n’importe qui dans son processus créatif, il s’adresse autant aux personnes qui savent qu’elles sont créatives qu’à celles qui ne le soupçonnent pas encore. Beaucoup, pour différentes raisons, croient à tort n’avoir aucun talent créatif, alors qu’il réside en chacun de nous. Il s’agit simplement d’un canal de transmission pour exprimer ce qu’on porte en soi. Voilà pourquoi Manon nous encourage à ne pas nous juger dans le processus créatif. Au fil des pages, elle nous guide grâce à des exercices tout simples qui nous aident à vaincre l’inertie et à plonger dans la création, un petit pas à la fois.

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Photo par Anaïs Beaudet

La créativité pour contrer le stress   

J’ai adoré le parallèle que Manon fait entre la créativité et la pratique de la méditation. Tout comme méditer, créer permet d’apaiser le mental, de faire le vide de pensées et le plein d’énergie. Comme je médite sur une base quotidienne, j’ai été intriguée par la façon dont l’auteure relie ensemble les deux pratiques. Elle crée durant ses séances de méditation et elle médite alors qu’elle crée. Ça ne fait qu’un. On retrouve la même volonté d’aborder chaque séance avec bienveillance, non-jugement et pleine présence.

Renouer avec ce qui nous fait du bien, nous glisser simplement dans le processus créatif sans attentes relatives aux résultats, permet à l’esprit rationnel de se reposer et au cœur de s’exprimer. p. 32 

Un moment pour soi

Ce livre m’a fait l’effet d’un baume, d’abord en mettant en lumière la nécessité de créer pour soi. Comme si ce besoin de créer, je le libérais enfin de sa cage. J’avais soudainement envie de placer la création au cœur de mon quotidien. Alors si je compte le temps utilisé à regarder la télé ou à naviguer sur le web et les réseaux sociaux, ça donne beaucoup de minutes mal utilisées qui ne reviendront pas. Alors, pourquoi ne pas en récupérer une partie pour me mettre en action, sans me sentir égoïste de prendre du temps pour moi? J’apprends à me connaître grâce à la création et je remercie Manon Lavoie d’avoir déclenché un tel tsunami de créativité en moi.

Et vous, votre potentiel créatif est-il bien enfoui ou plutôt épanoui? Quels ouvrages vous aident?

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Les Pawulscy de Cracovie

Les romans historiques sont toujours mes préférés. Ils occupent une place privilégiée dans mon cœur de lectrice, et il n’est pas rare que je sorte de la bibliothèque avec une pile d’ouvrages majoritairement composée de romans de ce type. L’un des premiers que j’ai lus, si ma mémoire ne me fait pas défaut, est Les filles de Caleb, d’Arlette Couture (un article sur cette série juste ici). Ensuite, j’ai lu la deuxième série publiée par l’auteure, Ces enfants d’ailleurs. Cette série est divisée en deux tomes, soit Même les oiseaux se sont tus et L’envol des tourterelles. Rares sont les livres qui m’émeuvent autant que ceux-ci l’ont fait, mais ils ont toujours le même effet sur moi, chaque fois que je les relis. Les larmes coulent inévitablement, même après trois lectures.

Une famille plongée dans la tourmente 

Le roman raconte l’histoire de la famille Pawulscy, composée de Tomasz, professeur d’histoire à l’université de Cracovie, et de Zofia, professeure de musique réputée. Jerzy est le fils aîné, suivi d’Élisabeth, de Jan, puis d’Adam, qui naîtra durant la période trouble qu’est la Deuxième Guerre mondiale. Cette famille polonaise est catholique, elle n’est donc pas persécutée comme les Juifs habitant le même quartier. La guerre chamboule tout de même considérablement leurs vies à partir du moment où Jerzy, alors âgé de dix-sept ans, faisant fi de l’interdiction de son père, décide de s’enrôler dans l’armée polonaise. Il laisse derrière lui un père mortifié, mais surtout inquiet, une mère affligée, et des puînés attristés, mais ne comprenant pas encore l’ampleur de la situation. Après le départ de Jerzy, la famille connaît bien d’autres malheurs, dont l’emprisonnement des professeurs de l’université et la réquisition de l’une des chambres de la maison par un officier allemand, Herr Schneider. Dès le moment où il pose les pieds dans la demeure, les Pawulscy commencent à vivre avec une crainte, une retenue et un inconfort constants.

« – Des ventres bien remplis oublient l’ennemi…

Zofia ne termina pas sa phrase, Tomasz lui ayant fait signe de se taire. Elle fut surprise de le voir si prudent dans leur propre maison.

– Nous pouvons quand même parler chez…

– Plus maintenant, Zofia. Nous devons apprendre à nous taire, à faire comprendre nos pensées et à agir. »

Les seuls moments où les Polonais semblent baisser la garde face à cet Allemand, qui s’est immiscé dans leur quotidien de façon encore plus évidente que l’ensemble de l’armée dans la ville de Cracovie, sont lors des soirées où tous se retrouvent pour jouer de la musique. En effet, les Pawulscy sont tous des musiciens très doués et Schneider se joint avec sa flûte au petit orchestre que forme déjà la famille. Cette passion commune constitue une sorte de trêve dans cette maison où l’atmosphère qui règne est plutôt pénible. Cet amour de la musique, que tous les personnages partagent, demeure durant les deux romans. La musique n’est pas seulement un passe-temps, mais une bouée, un souvenir, et un lien qui les unit pour toujours. À la lecture de certains passages, on entend presque les pièces jouées par les héros. On est émus par des coups d’archet que l’on ne voit pas, et des mélodies que l’on n’entend pas. Mais c’est tout comme.

Résistants et résistantes 

Un aspect très intéressant traité à l’intérieur du premier tome est les différentes formes de résistances exercées par les membres de la famille. Pendant que Jerzy combat avec de vraies armes, les autres Pawulscy ne sont pas en reste. Lorsque l’université ferme ses portes, le patriarche décide d’accueillir ses étudiants dans le sous-sol de la maison familiale, malgré les énormes risques que cette manœuvre engendre. Toujours au niveau de l’accès désormais difficile à l’éducation, Élisabeth, qui a été forcée d’abandonner l’école, se promène tout de même un peu partout en ville pour suivre des cours clandestins. Jan, quant à lui, récolte patiemment et illégalement les petits morceaux de charbon qui traînent dans les rues afin de les échanger contre de précieux aliments qu’il partage avec sa sœur. Les parents font partie aussi d’un réseau de courrier clandestin, acheminant des nouvelles et des avertissements un peu partout dans le monde. Ils font tout cela alors qu’ils se trouvent en plein cœur du conflit et qu’un officier allemand habite sous leur toit. C’est une belle référence aux actions qui ont réellement été posées et aux risques qui ont été pris par de braves personnes de l’époque.

Liens uniques

Vivre des épreuves telles que celles vécues par les personnages de ces romans modifie sans contredit les relations qu’ils partagent. Celle entre Jan et Élisabeth est la plus poignante. Ce sont les seuls à continuellement avoir été côte à côte, à toujours avoir été présents lors de leurs trop nombreux traumatismes. Ils connaissent l’autre mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes.

« Il n’avait pas encore réussi à calmer sa peur que déjà il en avait une autre, beaucoup plus souffrante : sa sœur venait de rechuter dans le néant. »

Leur relation si fusionnelle en vient parfois à déplaire à d’autres personnages, qui ont l’impression que tout le soutien qu’ils peuvent bien leur fournir ne sera jamais équivalent à celui qu’ils se procurent mutuellement. Ce point laisse bien voir qu’une grande incompréhension persiste toujours entre des personnages qui ont tous vécu des choses difficiles, mais différentes malgré tout. Tous n’ont pas vécu la même guerre.

D’un continent à l’autre

Ces enfants deviennent ces enfants d’ailleurs, car ils immigrent au Canada, où ils vivent le reste de leur vie. Là, ils sont toujours définis en premier lieu comme étant « les Polaks » ou « ceux avec un drôle d’accent ». On voit alors certains personnages s’attacher de toutes leurs forces à leurs souvenirs et à leurs racines polonaises, alors que d’autres préfèrent laisser leur lourd passé derrière eux et sauter à pieds joints dans leur nouvelle vie. Une chose est sûre, la vie des personnages finit par être changée du tout au tout, mais la guerre ne terminera jamais entièrement, pour certains d’entre eux. C’est l’une des choses qui rend cette série particulièrement intéressante. Elle ne se concentre pas seulement sur les années de guerre, mais aussi sur celles qui suivent.

En terminant, comment parler de ce roman sans mentionner la fin renversante, qui me fait verser des larmes chaque fois, même en pouvant anticiper le choc? C’est certainement une histoire très bien ficelée. Si cela n’était pas déjà suffisamment clair, Ces enfants d’ailleurs est l’une de mes séries préférées, et je recommande à tout le monde de découvrir cette merveille d’Arlette Cousture qui est un peu restée dans l’ombre de son autre grande série à succès.

Avez-vous des suggestions de romans historiques qui ont eu sur vous le même effet que celui-ci a eu sur moi? J’ai un appétit insatiable pour ce genre de livres, et je veux absolument connaître vos coups de cœur pour peut-être, qui sait, les ajouter aux miens.

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Pourquoi revenir à Amélie Nothomb

Lorsque j’étais au secondaire, je trouvais qu’on ne lisait jamais assez de livres en classe. Jamais assez pour satisfaire ma curiosité, mon besoin de savoir. Je voulais faire comme Hermione, être la fille qu’on voyait toujours un livre à la main, et donc j’étais souvent rendue à la bibliothèque. Je dois beaucoup à l’extraordinaire bibliothécaire de mon école secondaire, Pierrette, qui a su me proposer une grande variété de romans, allant dans toutes les directions. Parmi toutes ses propositions, je me suis un jour retrouvée avec un Amélie Nothomb entre les mains, Stupeur et tremblements pour être précise. J’ai dévoré le livre, absolument fascinée par la narration de Nothomb. Je n’avais pas les mots à l’époque pour expliquer le plaisir ressenti en cherchant à départager la réalité de la fantaisie, mais j’ai tout de suite adoré. Je me suis alors attaquée, lentement mais sûrement, à lire l’entièreté de l’œuvre d’Amélie Nothomb.

Au début, j’étais particulièrement attirée par les romans d’autofiction, curieuse de découvrir la vie de cette fille de diplomate, mais plus encore de l’interprétation qu’elle allait faire de ses souvenirs. En arrivant au Cégep, et jusqu’à ce jour, les romans de Nothomb sont devenus des îlots isolés, loin des obligations scolaires et du monde réel. Lorsque je commence un de ses romans, je suis certaine de pouvoir faire une pause de mes études et de mes lectures obligatoires pendant quelques heures. Je fais une pause dans l’imaginaire débridé de l’autrice, tout en sachant qu’à la fin de la journée, j’aurai la satisfaction d’avoir fini quelque chose. Un équilibre parfait donc, pour ne pas me distraire trop longtemps, tout en me donnant la possibilité de me plonger complètement dans un autre univers.

Je dois aussi un moment magique à Amélie Nothomb. Lorsque j’ai commencé à fréquenter mon fiancé, nous avions l’habitude de souper ensemble une fois par semaine, puis d’écouter un film sur ma vieille télé cathodique. Une fois, nous avions oublié de prendre un film pour la soirée, mais ne voulant pas le voir partir tout de suite (son départ arrivait toujours trop tôt à mon goût!), je lui avais proposé qu’on lise ce livre : Barbe bleue, d’Amélie Nothomb. Alors chacun notre tour, nous avons lu à voix haute un chapitre, se passant le livre en se frôlant les mains, découvrant lentement le plan machiavélique de Don Elemirio Nibal y Milcar. Faisant une pause dans nos vies pour partager ces quelques heures d’aventure. Sachant qu’après, rien ne serait jamais pareil.

Alors, lorsqu’Amélie Nothomb sort un nouveau roman chaque automne, je suis toujours enthousiaste à la perspective de faire une pause dans ma vie, de pouvoir retourner à cette autrice.

Quel est le livre de Nothomb qui vous a le plus marqué?

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J’arrête la pilule : une enquête troublante

C’est avant tout par curiosité personnelle que je me suis mise à me questionner sur la pilule contraceptive, que je prenais depuis très longtemps, ayant commencé à 13 ans. Mon dermatologue de l’époque m’avait prescrit la pilule contraceptive pour améliorer mon acné, ce qui a évidemment marché, tellement que j’ai pris la pilule pendant 50 % de ma vie, eh oui, pendant 13 ans! Réalisant l’ampleur de cette période, j’ai décidé à 26 ans d’arrêter tout simplement. J’en avais marre d’avoir peur des effets secondaires, et j’étais de plus en plus curieuse de voir l’effet que cela pouvait faire sur moi, l’ayant pris depuis ma puberté. Ce n’est pas sans craintes que j’ai arrêté, au contraire. Mais maintenant, 10 mois plus tard, je confirme que ce fut une excellente décision. Voilà pourquoi le titre de cet essai, J’arrête la pilule – écrit par Sabrina Debusquat – m’a tout de suite donné envie de m’y plonger, question d’en savoir plus sur ce désir grandissant d’arrêter la pilule qui vivait en moi. Et aussi, j’étais curieuse de lire ce que cette journaliste avait à m’apprendre, elle qui avait enquêté sur la création de la pilule et sur les effets de celle-ci chez tant d’utilisatrices.

La création de la pilule

Un des éléments m’ayant le plus surprise lors de ma lecture est le contexte de la création de la pilule. La pensée populaire m’a laissée croire que la création de la pilule était étroitement liée au féminisme et à cette volonté des femmes de reprendre contrôle sur leur corps. Or, c’est tout faux. La pilule a été créée, entre autres, par Margaret Sanger, et en analysant bien les motivations derrière cette création, on dénote de l’eugénisme. J’ai d’ailleurs appris ce mot lors de ma lecture. Il s’agit en fait de vouloir améliorer l’humain en laissant seulement les « classes supérieures » se reproduire. On est loin d’une création qui voulait redonner le contrôle de leurs sexualités et de leurs corps aux femmes.

Il faut néanmoins prendre conscience de l’importance de la pilule sur des générations de femmes. Ayant réellement changé la vie de nombreuses femmes à l’époque, je ne nie aucunement les bienfaits celle-ci (et l’autrice non plus). Or, la journaliste nous amène à comprendre que la pilule ne règle en rien les inégalités entre les hommes et les femmes. Au contraire, la charge contraceptive revient aux femmes. C’est ce qui amène l’autrice à prendre conscience du nombre grandissant de femmes qui remettaient l’utilisation de la pilule en question. Est-ce vraiment si « libérateur », de prendre la pilule? D’un point de vue féministe, la question se pose. Et la journaliste nous apprend qu’au niveau de la santé, elle se pose aussi.

Et la santé dans tout ça?

L’étude menée par Sabrina Debusquat aborde les problèmes qui surviennent à la suite de l’utilisation de la pilule, qui est un perturbateur endocrinien rempli d’hormones de synthèse. Il est juste de se questionner sur les effets que celles-ci peuvent avoir sur le corps humain. De trop nombreuses femmes ont subi des effets dits «secondaires » de la pilule contraceptive; certaines en sont même décédées. Maladies cardiovasculaires, dépression, baisse de libido, migraine; voilà une partie des effets dits secondaires par les professionnels de la santé. Or, à mon sens – et à celui de nombreuses femmes – il n’y a rien de secondaire dans ces soucis; ils sont graves et c’est important de revoir l’utilisation de la pilule chez les femmes qui en souffrent.

Effectivement, un des éléments qui m’a le plus touchée personnellement est le lien médical. L’autrice démontre que les femmes se tournent de moins en moins vers le monde médical pour gérer leur contraception. Cela est attribuable à un manque d’options souvent vécu par plusieurs ou à un lien de confiance inexistant (nombreuses sont les femmes ayant reçu comme réponse à leurs symptômes que cela n’était que dans leur « tête » ou « pas si grave », ce qui est révoltant!). Loin de moi l’idée de dire qu’il ne faut pas consulter – au contraire – les professionnels de la santé (ils ne sont pas tous pareils), mais il est temps de repenser le lien de confiance.

Ne cachons pas que l’industrie de la pilule en reste une qui est lucrative. Il faudrait réellement que la priorité soit la santé des patientes avant les retombées financières. À mon sens, Sabrina Debusquat ne passe pas un message dangereux à ses lectrices en nommant ces problématiques; elle ne dit pas de ne pas consulter, elle soulève un problème vécu par de plus en plus de femmes. Il serait bon que la pilule ne soit pas la norme, qu’elle ne soit pas prescrite en automatisme, qu’on sente une écoute de la part du personnel médical, que les études qui prouvent les dangers de la pilule chez certaines femmes soient prises au sérieux et non camouflées par peur de perte de rentabilité.

J’avouerai avoir trouvé le ton de la journaliste quelque fois un peu trop paniquant et angoissant. Le début de l’essai m’a plongée dans une angoisse troublante et un peu trop alarmante. Je comprends la motivation, mais je crois toutefois que le but n’est pas de faire peur, mais d’éduquer, de sensibiliser.

En terminant, l’autrice nous donne des options plus naturelles pour gérer sa contraception, ce qui est rassurant après avoir lu cet essai.

Au final, cette lecture m’a appris bien des faits concernant la pilule, même si je crois qu’il est nécessaire de lire ce livre en gardant en tête l’idée de s’informer. Chaque personne est différente, et c’est du cas par cas. La pilule est un moyen contraceptif important; jamais je ne mettrai en doute son utilité et efficacité. Toutefois, je pense – et l’autrice du livre aussi – que la question se pose : doit-on repenser la contraception?

Je tiens à mentionner que cette lecture reste seulement un essai informatif. Pour plus d’information, n’hésitez pas à consulter un.e professionnel.le de la santé et à lui mentionner vos craintes et/ou vos problèmes. 


Le fil rouge tient à remercier Flammarion pour le service de presse.