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Calamine : un baume poétique pour l’âme

Tout le monde connaît la calamine, cette petite crème rosée qu’on applique pour soulager des piqûres. Le recueil de poésie de la Youtubeuse Mélanie Jannard porte bien son nom, Calamine, puisqu’il apporte un peu d’apaisement dans nos vies, du réconfort. L’autrice, que j’ai découverte sur le web par ses vidéos portant sur les livres, a tout de suite attiré mon attention. Elle est assez directe, parfois un peu trash et elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. Si on la suit aussi sur les réseaux sociaux, on réalise que ce qu’elle écrit est très proche d’elle.

Une découverte

Je n’ai jamais eu un réel intérêt pour la poésie, j’en lis très peu et je ne suis pas attirée naturellement vers ce genre de lecture. Pourtant, j’ai eu un coup de cœur juste à la vue de la couverture et je me suis dit : ceci est pour moi! En lisant ce recueil, je me suis sentie hautement interpellée. Écrite en prose, la poésie de Mélanie Jannard nous donne l’impression d’avoir accès à ses réflexions, ses sentiments, un peu comme un journal intime. On sent qu’elle se livre beaucoup à travers son œuvre.

J’aimerais tomber quelque part 

où il n’y a rien.

Faire comme chez soi

Au cours de ma lecture, je me suis laissée transporter dans l’univers de l’autrice, souriant aux deux phrases grâce aux nombreuses références (le film Titanic, Zelda, Ouija, Mario 3, etc.) d’une époque que j’ai moi aussi connue. Avec sa plume bien aiguisée et son humour mordant, elle arrive à mettre en images de petits moments de la vie quotidienne, des tranches de vie, ce qui crée un sentiment de proximité avec le lecteur ou la lectrice. On a même parfois l’impression que certains textes pourraient se retrouver comme statut dans un fil d’actualité sur Facebook.

Tout le monde est en dépression : c’est l’automne, oh mon dieu. L’automne! Au vent je danse comme un vieux sac du Super C et m’empale sur une branche.

S’approprier l’œuvre

Après ma lecture, j’avais envie de rencontrer Mélanie pour jaser avec elle. Elle m’a même donné envie de faire l’exercice de créer des images fortes pour exprimer des situations banales. Mais j’ai vite réalisé que c’est plus facile à dire qu’à faire. J’ai eu un malin plaisir à relire chacun des poèmes, juste pour voir si mon interprétation allait changer, si les mots évoqueraient quelque chose de différent après une deuxième lecture. J’ai remarqué que certains textes me touchaient davantage après une relecture, je découvrais un autre sens à une même phrase, etc. Je suis allée chercher ce dont j’avais envie dans la poésie de l’autrice et j’ai adoré cette liberté qu’apportait l’œuvre.

La poésie est souvent plus accessible qu’on le pense et il faut rester ouvert car elle peut se révéler d’une manière tout à fait insoupçonnée. J’en profite pour vous inviter à lire l’article de Marie Anne Bérard qui porte sur Aria de laine, un petit bijou de poèmes découpés dans le roman Maria Chapdelaine de Louis Hémon.

Et vous, quel genre de poésie pique votre curiosité?

Le fil rouge remercie les éditions de l’Hexagone pour le service de presse.

 

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Les marées d’un continent à l’autre

Capucine se sent tellement différente de sa famille. Entre sa mère esthéticienne qui ne cesse jamais de parler et son père toujours parti en voyage d’affaires, elle a beaucoup de difficulté à trouver sa place. Puis un jour, sa mère cesse de jacasser. En menant ses recherches et en posant des questions auxquelles ses parents n’osent pas répondre, Capucine découvre qu’elle a une soeur aînée, que sa mère avait mise en adoption en Angleterre.

C’est ainsi que débute le grand voyage de Capucine. Elle part seule à la rencontre de cette sœur inconnue, pour qui elle a pourtant déjà un attachement puissant. C’est sur l’île de Jersey, entre les journées à la plage et les soirées sur la terrasse, qu’elles se découvriront.

Un vent marin

Le roman Les marées de Brigitte Vaillancourt est une véritable vague qui nous enveloppe et nous rafraichit. Ce court récit de la littérature jeune adulte réussit à ne pas tomber dans les clichés et le déjà-vu. La rencontre des deux personnages principaux se fait sans artifices, comme dans la vraie vie, elles doivent apprendre à se connaitre et à se comprendre.

Mais encore plus que la psychologie des personnages, qui reste tout de même en surface, ce roman ne pouvait que me charmer avec l’omniprésence de la mer d’une page à l’autre. Capucine rêve d’étudier les baleines et sa sœur Joy vit sur une terre entourée d’eau. La mer devient plus qu’un lieu, elle est un personnage influent. Son calme nous berce et ses vagues nous tourmentent, tout comme la pluie qui nous offre un moment de recueillement. Le jeu entre la présence de l’eau et les actions des personnages est très réussi.

Isoler le jeune adulte

Le seul détail qui m’a un peu dérangée, c’est que les émotions sont souvent cachées ou modérées. Jamais on ne cherche à comprendre les réactions des personnages, si quelqu’un pleure c’est qu’il est triste, that’s it. Je ne crois pas que, parce qu’il s’agit de littérature destinée aux adolescents, l’on doive diminuer les sentiments vécus au fil de l’histoire. Au contraire, c’est une bonne période pour commencer à séparer les différents ressentis, les séparer de leurs boites respectives et comprendre que tout n’est pas blanc ou noir dans l’éventail des émotions. On peut être triste et heureux à la fois, pour différentes raisons. Ce n’est malheureusement pas ce que j’ai perçu dans Les marées.

Ce fût une lecture agréable et légère, mais j’en aurais voulu plus. Plus de quotidien, de banal qui permet de réellement découvrir les personnages. Car Capucine, qui est aussi narratrice, apprend à connaitre sa nouvelle sœur et sa famille, mais le lecteur ne peut le faire.

Vous arrive-t-il, vous aussi, de trouver que la littérature jeune adulte n’approfondit pas assez ses sujets et émotions?


Le fil rouge remercie les Éditions du Boréal pour le service de presse.

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Autour de l’écriture, les autrices racontent

Depuis février, chacun de mes dimanches matins se passe au café La Finca dans leur magnifique salle pleine de luminosité. On s’assoit, on boit du café ou du thé et on écrit. Depuis que je suis toute petite que l’écriture est près de moi. J’écris chaque jour et c’est devenu une toute nouvelle façon de fonctionner, de vivre, de concevoir ce qui m’arrive.

Ces clubs d’écriture nous permettent de discuter ensemble de tout ce qui touche à l’écriture. Ça me ramène à de très heureux moments de ma vie : mes deux années de cégep en création littéraire. C’est inspirant de parler de l’importance de l’écriture, d’entendre chez les autres cet amour et de voir combien, chaque personne a un rapport très intime, propre au geste d’écrire.

Amélie Panneton, autrice et fileuse est venue nous parler, dans chacun de nos deux groupes, de son rapport à l’écriture, de sa façon de travailler et de son processus créatif. Et ce fut unanimement une rencontre marquante par les tabous qu’elle a brisés, je pense, sans le savoir. Voilà ce qui fait toujours tant de bien de se rappeler : il n’y a pas une bonne façon de créer, il y a seulement la sienne. C’est d’ailleurs ce qui fait, selon moi, que c’est tant intéressant d’entendre ou/et de lire des auteurs et autrices parler de leurs rapports à l’écriture.

Le (beau) risque d’écrire

C’est le dimanche soir suite à ces deux rencontres avec Amélie que j’ai décidé d’ouvrir ce livre qui m’attendait sur ma table de chevet. Dirigé par Karin Schwerdtner, Le (beau) risque d’écrire, ce sont des entretiens littéraires retranscrits avec les autrices suivantes: Annie Ernaux, Chantal Chawaf, Marie Nimier, Linda Lê, Camille Laurens, Cécile Oumhani, Leïla Sebbar, Laurence Nobécourt, Hélène Lenoir, Sylvie Germain, Agnès Desarthe et Maryline Desbiolles.

Elles discutent de ce qui les a menées vers l’écriture, des raisons pour lesquelles il est si important pour elles d’écrire, pourquoi il s’agit d’un défi d’écrire.

Des rencontres qui inspirent

Je n’ai pas lu toutes ces femmes, ce qui fait que parfois j’ai trouvé le rendu un peu plus lourd étant donné qu’elles discutent de certaines œuvres en particulier et de comment elles s’y sont prises pour les écrire. J’ai aimé quand elles parlaient des difficultés qu’elles vivent en écrivant, mais aussi de cette liberté, de ce plaisir, de cette satisfaction et plénitude qui vient avec l’écriture.

Elles ont toutes un rapport singulier et unique avec le geste d’écrire. Elles abordent de nombreuses questions qui gravitent autour de la littérature contemporaine : le féminisme, l’autofiction, la publication, la réception médiatique, la liberté d’expression, etc. Ces nombreux thèmes dressent un panorama intéressant sur la question d’écrire en 2018 et plus précisément écrire en tant que femme. Je salue donc l’initiative de ces entretiens uniquement féminins, quoi que j’aurais aimé entendre davantage les autrices au sujet des risques qu’il y a à écrire aujourd’hui.

Étant une grande admiratrice de l’œuvre d’Annie Ernaux, je dois avouer que c’est ce premier entretien qui m’a davantage interpellée. Ayant lu les œuvres mentionnées et aimant profondément la démarche littéraire de l’autrice, je n’ai pu faire autrement que d’en vouloir davantage. À mon sens, il n’est pas nécessaire d’avoir lu les autrices questionnées pour apprécier ces entretiens, malgré que cela ajoute un petit sentiment de connivence avec le propos. Le mieux qui peut arriver est de vouloir lire les œuvres mentionnées dans ce texte, c’est d’ailleurs ce qui s’est produit!

Il s’agit d’une lecture que je recommande aux amoureuses et amoureux de l’écriture, de la créativité, il est fascinant de lire et d’apprendre comment les autrices travaillent et s’inspirent, de quelles façons elles font face à l’adversité, à la peur, aux critiques, etc. C’est une lecture qui donne envie, à son tour, de prendre ce beau risque d’écrire.

Et vous, aimez-vous lire des livres qui abordent le processus créatif ? Avez-vous des recommandations à me faire ?


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Nota Bene pour le service de presse.

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Avant, après : La Scouine

Il y a quelques temps, une réécriture de La Scouine a été proposée par la maison d’éditions La Peuplade. Récit marquant, qui a dépassé les époques, je n’avais pourtant jamais mis la main sur une copie de cet ouvrage. Avant de me lancer dans ma lecture du roman de Gabriel Marcoux-Chabot, j’ai tenté l’exercice intrigant de faire une double lecture de La Scouine, celle d’avant et celle du moment. Je me suis donné deux jours (et il faut dire qu’ils étaient amplement suffisants pour traverser ces deux minces ouvrages) pour parcourir les récits. Le premier jour, je me suis attaquée au texte de Laberge. Puis, dès le lendemain, c’est sa réécriture qui m’a tenu compagnie. Un exercice fascinant pour comprendre le cheminement de l’auteur dans son écriture.

Roman paru en 1918 mais longtemps oublié, La Scouine, d’Albert Laberge, fait état d’une période sombre, mais également lucide de l’histoire, d’un passage où la vie des habitants, des agriculteurs, était dure et impitoyable. Au lieu de glorifier, comme le faisait bien des ouvrages de l’époque, la vie sur la terre, La Scouine nous fait part, sous forme de courts récits chronologiques, de la vie difficile des Deschamps. En effet, les Deschamps sont des agriculteurs aux nombreux enfants qui ont une vie qui ne les épargne guère.

Le récit s’ouvre alors que la mère de la famille, Mâço, donne naissance à des jumelles. C’est d’ailleurs à partir des vies des deux enfants que seront développées tous les passages qui suivront. Les suivant de leur enfance au monde adulte, les chroniques de Laberge proposent des récits de leur vie sans jamais taire la laideur et les aspects sombres qui s’y cachent. On apprendra d’ailleurs au fil des récits d’où vient le surnom de La Scouine et pourquoi a-t-il été donné à Paulima, une des sœurs jumelles.

On ne fait pas l’apologie, ici, de la vie agricole comme le faisait bien des œuvres de l’époque. On y traite avec réalisme, voire cynisme des petites misères des agriculteurs. Les personnages y sont durs, La Scouine elle-même devient rapidement bête, cruelle et égoiste.

Cette vie si difficile qui semble modeler les habitants à sa main est mise à l’avant-plan dans La Scouine. Les personnages de ce récit ne sont pas attachants, ni touchants. Ils sont vils, grossiers, parfois mesquins. Mais ils semblent aussi être le résultat d’une existence passée à souffrir, à travailler dur sans jamais pouvoir toucher le fruit de ce labeur exténuant. C’est un récit d’une étrange honnêteté, voire d’un cynisme latent. La vie qu’on y décrit semble tout sauf attrayante. L’ouvrage, toutefois, est captivant.

Il en est de même pour celui de Marcoux-Chabot.

On ne peut que saluer le risque qui a été pris en proposant une réécriture d’un livre aussi marquant que la Scouine. La plume de Marcoux-Chabot est aussi incisive que pouvait l’être celle d’Albert Laberge. Elle met en place de nouveaux développements, de nouvelles visions d’une histoire bien connue.

Bien que l’histoire est la même, de façon générale, l’auteur de La nouvelle Scouine a réussi à y intégrer des éléments neufs, qui apportent un intérêt tout à fait différent aux courts récits.

En effet, on offre ici à ces nouveaux Deschamps des émotions beaucoup plus détaillées que dans l’ancienne œuvre. L’auteur tente une incursion beaucoup plus personnelle dans les pensées et les envies des personnages. On vient ici jouer avec le premier texte, faisant tantôt vivre aux Deschamps et leurs voisins les mêmes scénarios que dans le texte du passé, tantôt leur donnant de nouvelles lignes, de nouvelles façons d’agir.

On lève également le voile sur des passages laissés vides ou peu détaillés par Laberge en y ajoutant des éléments nouveaux. L’homosexualité tenue cachée et l’inceste, par exemple, sont présents dans le texte de Marcoux-Chabot. On vient ainsi ajouter des éléments au récit qui n’y étaient pas mais qui peuvent avoir du sens et qui auraient pu, peut-être, se trouver dans le texte de Laberge s’il avait été écrit à une autre époque, justement.

L’auteur ose aborder des sphères que l’on n’aurait jamais pu imaginer dans un texte écrit au début du vingtième siècle, rendant le tout étonnement intéressant et percutant.

Et toujours, il reste, au coeur de l’ouvrage, cette triste fatalité; cette vie exigeante qui fait de ses habitants des gens rudes et aliénés.

Ainsi, oui, cette nouvelle Scouine est réussie.

Le Fil rouge remercie les éditions de La Peuplade pour le service de presse.

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Profession du père : enfance auprès d’un fabulateur

C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai lu les dernières pages de Profession du père, le récit d’une enfance auprès d’un père mythomane et oppressif et d’une mère qui demeure passive face aux agissements du père. J’étais stupéfaite de savoir que la vie familiale dysfonctionnelle racontée dans ce roman se rapproche de celle vécue par son auteur, Sorj Chalandon.

Une enfance dans le mensonge et dans la violence

En 1961, Émile a 12 ans alors que la Guerre d’Algérie tire à sa fin. Son père peste contre De Gaulle et l’indépendance de l’Algérie et prétend qu’il est un complice de l’Organisation armée secrète (OAS). C’est alors que nous constatons les répercussions des fabulations d’un père sur son fils qui ira jusqu’à embrigader un ami dans cette mise en scène du père. Il faut savoir que ces délires n’ont pas pour seul but d’amuser Émile. André Choulans fait croire à son entourage qu’il a été pasteur, joueur de football, agent secret et champion de judo alors que la réalité est toute autre. Au fil des pages, nous découvrons que la profession du père d’Émile demeure mystérieuse et que celui-ci passe plutôt ses journées affalé dans un canapé.

En plus de vivre dans le mensonge, le père d’Émile est violent physiquement et psychologiquement à l’égard de son fils. Ainsi, Profession du père est un livre dur et certains passages sont plutôt dérangeants. Malgré tout, l’écriture de Chalandon nous garde captivé jusqu’à la fin.

De la lumière malgré la dureté du propos

J’ai encore de la difficulté à mettre en mots les raisons pour lesquelles ce livre m’a autant accrochée et autant plu. D’une part, je crois que l’histoire bouleversante d’Émile m’a profondément touchée. D’autre part, une partie de moi était sûrement curieuse de voir comment allait évoluer la relation d’Émile avec son père à l’âge adulte. Mais il y a plus.

L’écriture de Chalandon est belle et celui-ci ne cherche pas à obtenir vengeance de ce père qui a pourtant rendu son enfance misérable. Au contraire, les délires du père tels que racontés font parfois sourire, même si rapidement le côté sombre de cette dynamique familiale oppressante resurgit.

Apparemment, les autres livres de Chalandon sont tous aussi bons. Compte tenu de mon appréciation de Profession du père, cet auteur deviendra assurément un incontournable dans mes prochains choix de lectures.

Et vous, connaissez-vous les romans de Sorj Chalandon?

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Hunger: laisser les corps se raconter

Roxane Gay est une auteure qui répond à la plupart de mes dialogues intérieurs. Lorsque mes questions prennent des proportions incontrôlées jusqu’à en devenir étouffantes, j’ouvre un de ses livres et plus rien ne tombe à plat. Ça avait été le cas avec Bad feminist, ce l’est une fois de plus avec son essai Hunger. 

Dans ce dernier livre, elle nous raconte l’histoire d’un traumatisme qu’elle a vécu. Gay aborde comment cet événement a morcelé sa vie et a drastiquement changé son rapport à son corps. À partir de son expérience personnelle, elle pose la question du corps en général : comment celui-ci est disséqué sous l’œil de la caméra et enfermé dans des statistiques. Roxane Gay rappelle que malgré tout ce qu’occultent préjugés, tous les corps ont une histoire. Et en partie à cause de tout ce qu’elle remue, je considère la parole de son livre comme incontournable.

À travers les courts chapitres qui constituent Hunger, c’est un peu plus d’humanité et d’empathie, envers soi et envers l’autre, qui peuvent naître. Ici, la forme du livre sert absolument bien le propos: devant la dureté de certains passages ou affirmations, il faut prendre le temps de respirer entre les pages. Le récit qu’on nous présente n’est pas facile à entendre, il est en fait très cru, mais ce sont les conditions pour qu’elle puisse raconter son corps en ses propres termes.

Une histoire de honte

Roxane Gay nous raconte s’être bâtie une armure de chair, pour se protéger des autres et de soi. En se créant un endroit confortable où sa vulnérabilité serait enfouie, elle aspirait à être inatteignable. Mais bien vite, l’armure que son accumulation de poids représente n’opère pas l’effet escompté : les mots des autres prennent des allures de petites flèches qui la blessent au quotidien.

C’est ainsi que les jugements et regards obliques finissent par dicter sa vie. Peu à peu, elle se met à se refuser certaines actions, certaines libertés. Ainsi, elle avoue avoir cessé de manger des chips ou autre nourriture du genre en public. À un certain moment, la honte devient si forte qu’elle met fin à toute routine la faisant se sentir bien, comme par exemple se mettre du vernis à ongles. Ces habitudes reflètent toute la violence de la honte subie par Roxane Gay : cela se transforme en une négation de soi qui se loge dans les plus petits gestes.

Une histoire de silence et de solitude

Même si elle est dotée d’une famille aimante, l’auteure décrit toutefois son corps comme un sujet épineux lors des rencontres familiales. Toujours en suspens, la question du poids s’insère de toutes les façons possibles. Là où Gay préférerait ne pas aller, ses parents y vont « par amour ». Le problème est que ceux-ci cherchent une solution intellectuelle à un problème senti. De ces incompréhensions, c’est la solitude et le silence qui émergent: l’entourage ne faisant que répéter le discours ambiant duquel elle est bombardée. Lorsque le corps s’inscrit hors des standards, il devient automatiquement matière à commenter, Roxane Gay raconte que souvent, des inconnus l’approchent pour lui donner des conseils… alors qu’elle n’en a pas demandé.

Nier le corps ou lui imposer une autre vérité que le sien, c’est réduire inlassablement les individus au silence et à l’isolement. Car le corps soi-disant « irrégulier » n’a pas droit à sa parole. Comme si l’on n’était pas prêt à l’entendre, qu’on préférait parler par-dessus lui, jusqu’à l’enterrer. Avec son apparence, Roxane Gay affirme qu’elle dérange, car elle a rompu avec les attentes de la société qui dictent qu’une femme doit prendre le moins d’espace possible. Avec Hunger, c’est l’espace de la parole qu’elle investit, faisant un pied-de-nez avec tous ceux qui voudraient la rendre invisible et inaudible.

Une histoire de survie

De toute cette peine, cette colère, cette honte et cette violence, c’est finalement une histoire de survie qui prend forme dans les dernières pages. Car en effet, elle a déjà survécu à un traumatisme, et elle continue de survivre chaque jour à ses contrecoups. À la toute fin, elle écarte momentanément toutes les paroles qui l’ont heurtée pour faire cette constatation : son corps lui a donné une sensibilité particulière. Hunger pourrait donc se lire comme une histoire de faim sur tous les plans : faim pour plus de sensibilité envers les autres, mais aussi pour plus de liberté créative permettant d’exprimer tout ce qui dérange.

Et j’avoue que j’ai faim, moi aussi, pour plus de paroles comme celle de Roxane Gay. Je crois fermement au pouvoir des récits. Je crois qu’en racontant les histoires, aussi multiples soient elles, c’est une forme d’émancipation qui peut apparaître. Et suivant cela, la lecture de ce livre a été essentielle pour moi. Avec ces pages, j’ai reconnecté avec certaines parties de moi. Pas que j’aie un vécu semblable à celui de Roxane Gay, mais plutôt car son propos a une portée universelle: il se campe dans l’intime pour ensuite prendre de l’expansion.

À travers les pages de Hunger, c’est aussi l’urgence d’arrêter de se sentir légitime de commenter l’apparence des autres. Cette affirmation semble peut être convenue, et pourtant, je continue d’expérimenter au quotidien – comme beaucoup d’autres j’en suis certaine- la parole des autres sur mon propre corps. Et ces propos ne font jamais l’effet de baume ou de solutions. Au contraire, ils viennent se loger à l’intérieur de soi tels des parasites.

Et je suis lasse, aussi, de toujours avoir à éduquer les autres sur ce qui se dit ou non en matière d’image corporelle. Lasse d’avoir à le faire dans une situation où l’on vient de me heurter, de m’imposer une vision sur ma propre image corporelle. Ne pas prendre l’autre en face de soi pour acquis, c’est aussi lui laisser le soin de raconter (ou non, car personne n’y est tenu) son propre corps.

Connaissez-vous des livres qui présentent les récits du corps ?

 

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Sauvage par nature de Sarah Marquis ou l’aventure d’être soi

Il y a quelques semaines, je suis partie à l’aventure, en quête de moi-même, de mes forces et de mes faiblesses. Je suis partie seule plusieurs jours, sac au dos, sans grande prétention, avec dans l’idée de toucher du doigt ce côté «exploratrice» qui sommeille en moi, juste pour voir de quoi j’étais capable. Je voulais sortir de ma zone de confort et aller chercher ce côté «sauvage» et libre au fond de moi.

Avant de m’envoler, j’ai donc sondé quelques amies pour savoir quels livres les inspiraient et prenaient place dans leur backpack. J’ai eu beaucoup de retours et de références sur des récits de voyage. Un titre, particulièrement, m’a interpellé : celui de Sarah Marquis : Sauvage par nature!

Explorer son côté sauvage

Avec Sarah Marquis, on ne part pas seulement en expédition à l’autre bout du monde, non. On part explorer ses propres limites, on s’aventure bien au-delà de sa zone de confort, je vous assure! On sort littéralement du cadre pour sauter à pieds joints dans un monde peuplé de dangers où la seule tâche quotidienne est de simplement survivre!

«Définition de l’aventure : « Toute entreprise où le risque est considérable et dont la réussite est douteuse.»

Qu’est-ce qui pousse l’auteure à partir ainsi, seule, à pied, sur des routes non tracées à travers la Mongolie, la Chine et l’Australie et vivre si dangereusement sur des territoires hostiles? Ce même désir d’aller explorer le côté sauvage en nous. Notre nature à l’état brut. Relever des défis, se mettre à l’épreuve pour voir de quelle trempe nous sommes faits.

Marcher dans la nature sauvage pour se reconnecter à notre propre nature sauvage! Voilà une vaste entreprise, qui, personnellement, m’interpelle.

J’avais déjà beaucoup aimé le récit de Cheryl Strayed, Wild, sur la marche comme axe de cheminement personnel, de retour vers soi ou d’introspection, et je me rends compte que je reviens encore et toujours vers cette même symbolique à travers le récit de Sarah Marquis. Je n’aime pas seulement voyager physiquement, j’aime que l’auteur(e) me fasse cheminer intérieurement. J’aime me poser les bonnes questions pour savoir quelle direction prendre, quelle voie donner à mon existence.

«Écoutons plutôt nos corps respirer, faisons quelques pas conscients par jour, sourions, regardons les nuages l’espace de quelques minutes, saluons un passant, touchons l’écorce d’un arbre. Vous le voyez: rien de trop compliqué et coûteux. Le seul luxe que je vois est du « temps ».
Vous n’avez pas ce temps?
Et si vous réorganisiez vos emplois du temps, en coupant toutes ces activités « fourre-tout » qui se greffent dans vos vies comme des indispensables qu’ils ne sont pas? Et si vous laissiez des vides où vous allez pouvoir être seuls, respirer, faire rire votre cœur, sentir votre sang, voyager dans votre corps? Naturellement, vous allez vous décrotter et retrouver votre petite voix, votre meilleure amie que vous aviez oubliée et qui s’est retrouvée emmêlée dans ce tas de « rien ».»

Au-delà du récit de voyage, j’y retrouve une forme de guide spirituel ou de développement personnel (appelez-ça comme vous voulez) qui me pousse à la réflexion.

Lire sur le voyage

Les récits de voyage ne sont pas toujours faciles. On accroche… ou pas. J’avoue que j’ai beaucoup aimé l’écriture de Sarah Marquis, un tantinet humoristique, alors que la situation ne l’est pas du tout. On vit avec elle, on la suit dans ses préparatifs, dans ses rencontres, dans ses doutes, dans ses accomplissements. Il ne s’agit pas d’une simple cartographie de sa marche en solitaire, on est avec elle sous cette tente secouée par les vents violents du désert de Gobi par -40°C. On progresse et on apprend avec elle, de cette expérience que nous ne vivrons sans doute jamais mais qui nous rapproche de tant d’autres, plus personnelles…

«La nature laisse des traces derrière elle, il suffit de les « décoder » pour la comprendre et survivre.»

J’ai ri à la lecture de situations cocasses, j’ai pleuré à la perte de son chien, j’ai eu peur lors de sa traversée dans certains villages en Sibérie, j’ai croisé les doigts pour qu’elle s’en sorte face aux trafiquants de drogue… Je suis admirative de son courage, de sa force, de sa détermination mais aussi de sa loyauté envers la Terre et ce qui nous lie à elle.

L’ouvrage de Sarah Marquis fait partie des récits de voyage qui m’ont le plus touchée par leur authenticité, leur humilité face aux éléments de la Nature ou à l’Humain. Il fait partie de ces livres qu’on emporte avec soi et qui nous emportent avec eux. Parmi eux, Méharées, de Théodore Monod, Désert de J-M.G. Le Clézio, Croisières et caravanes de Ella Maillart, Wild de Cheryl Strayed… et j’en passe.

Tous m’ont laissé le même goût sur les lèvres : partir à la découverte de soi !

«Ce moment est mien, il est magique, indescriptible, j’ai tant de chance. J’ai besoin de cet espace à moi. Je devrais pourtant me mettre en route et profiter de la fraîcheur du petit matin. Mais je m’accorde cet instant, car il me nourrit différemment. Je dois aussi donner à manger à mon intérieur. C’est l’histoire de l’équilibre: la réussite de mon expédition dépend de tous ces petits détails au quotidien, « être consciente à chaque instant ». J’aime tellement ces quelques minutes où la Terre se réveille.»

Ainsi coincé dans la poche arrière de mon sac à dos, ce récit m’a accompagné et soutenu alors que je me retrouvais seule, moi aussi, dans des contrées lointaines, à la découverte de ma propre nature… sauvage!

Je vous invite à partir à l’aventure à travers ce récit inspirant. Oserez-vous ?

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Terre-Neuve comme lieu d’épanouissement personnel

Opa, mon grand-père, était dans la marine militaire et a fait plusieurs fois le tour du monde sur son bateau. J’ai passé mon enfance à écouter ses histoires de voyage (la guerre en moins). Quand il nous parlait de cette période de sa vie, il nous décrivait Terre-Neuve comme le plus bel endroit qu’il ait jamais vu. 

Il nous a quittés il y a deux ans maintenant. Bien que je n’aie jamais été aussi proche physiquement de cette île merveilleuse, je ne me sens pas encore prête à aller la voir de mes propres yeux. Au détour d’une discussion avec un de mes collègues qui va à Terre-Neuve chaque année, il m’a conseillé la lecture de ce livre d’Annie Proulx.

Alors laissez-moi vous présenter Quoyle, le personnage principal : il est mou, peureux, a constamment honte de lui-même et de son menton proéminent, et sa plus grande préoccupation est de tenter de se faire oublier. Il a ainsi pris l’habitude de se contenter de ce qu’on lui donne (du mépris le plus souvent), considérant qu’il n’est pas digne de mieux.

Il fait un mariage désastreux avec une femme mauvaise qui le trompe ouvertement et le maltraite, s’occupe de son mieux de ses deux filles et a de petits boulots entre ses piges irrégulières pour la section communale du journal local de Mockinburg (NY).

En quelques jours, tout son pitoyable monde s’effondre : comme ses parents meurent, son père lui laisse pour instruction de contacter l’une de ses sœurs. Quand, 24h plus tard, la tante arrive, c’est pour trouver Quoyle seul et en lambeaux alors que sa femme l’a quitté salement.

La tante prend pitié de ce mollasson et lui propose de partir vivre avec elle dans la maison familiale à Terre-Neuve. A défaut d’avoir une meilleure idée, Quoyle trouve un emploi dans une gazette locale et la suit avec ses filles.

Ils arrivent donc à Terre-Neuve dans une maison isolée et abandonnée depuis près de 40 ans où il y a tout à refaire.

Une terre contrastée

Annie Proulx va et vient sans cesse entre la beauté incroyable des paysages et la rigueur du climat. Ses personnages sont à l’image de l’île : ils sont bourrus, rugueux, violents ; mais sont pourtant aussi ouverts, accueillants, chaleureux et solidaires.

Le lecteur est porté d’un extrême à l’autre avec beaucoup d’humour et de finesse. Oui, des fois la vie est moche, mais il faut tout de même continuer. Alors on en rit, puis on continue.

Grâce à l’Eider cancaneur, la gazette que Quoyle rejoint à Terre-Neuve, Annie Proulx décrit bien les difficultés autant économiques que sociales rencontrées par les habitants de l’île. Le roman a beau se dérouler dans les années 1990, les personnages sont encore aux prises dans une économie de subsistance, où ils sont tous un peu artisans mais surtout as de la débrouille.

Assumer ses origines

Le père de Quoyle a quitté Terre-Neuve avec toute sa famille alors qu’il n’était qu’un adolescent. En retournant à la maison familiale dans la baie du Balourd, Quoyle se rend compte que sa famille a durablement marqué la région, au point d’en avoir influencé la toponymie. Oui, la baie du Balourd a été nommée ainsi à cause de ses ancêtres particulièrement tannants.

Où qu’il aille, il se confronte à leur passé. Chaque rencontre est l’occasion d’une anecdote sur sa famille qui le met mal-à-l’aise. Pourtant les locaux reconnaissent sa différence et l’acceptent sans préjugés.

Quoyle est ainsi accueilli et intégré à la communauté de Patte-de-Grappin et, à sa grande surprise, il en devient même un membre très apprécié.

S’accepter

Dès le début, on sent bien que Quoyle s’est résigné au malheur. Il a de tous temps encaissé les méchancetés de son père, de son frère puis de sa femme sans jamais rien dire. En permanence dénigré par le regard des autres, il se complait dans son image d’incapable et n’essaie même plus de faire quoi que ce soit de nouveau.

Sincèrement, un homme de ce genre, qui arrive sur un île comme Terre-Neuve, je m’attendais à le voir s’effondrer en quelques pages.

Mais finalement, face à la rigueur de la vie sur l’île, il n’a d’autre choix que d’essayer enfin et d’apprendre à se faire confiance. Une fois sa vie dépouillée et désencombrée des attentes inaccessibles imposées par une société pour laquelle il était totalement inadapté, il a pu enfin trouver sa place dans un groupe.

Soudain, par touches aussi fugaces qu’imprévues, dans des moments d’une banalité sans nom, il se met à ressentir du bonheur. Gratuitement, sans la moindre raison. Juste comme ça, parce qu’il s’y autorise enfin.

Une île exceptionnelle

En fait, je ne cherchais dans ce livre que des images et des paysages qui puissent me permettre de comprendre ce que mon grand-père a tant aimé. En le fermant, j’ai eu en effet l’impression de le comprendre un peu mieux, mais pas dans le sens auquel je m’attendais. L’île n’est pas seulement belle; de part sa nature, elle force celui qui la foule à se délester de tout ce qui ne lui est pas essentiel.

Quoyle n’est pas un autre homme à la fin du roman, il n’a absolument pas changé. Il est toujours peureux, mais il prend sur lui ; il manque toujours autant de confiance en lui, mais il va au-delà ; il a toujours l’impression de ne pas mériter l’amour ni le bonheur, mais il apprend à les accueillir tout de même.

Ce livre m’aura vraiment beaucoup étonnée en m’ouvrant une voie vers une plus grande acceptation de moi-même. Le voyage que j’entreprendrai en mémoire d’Opa ne sera pas parfait, mais je saurai faire avec.

Et vous, quelle destination choisiriez-vous pour un voyage d’introspection ?

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L’heure mauve, quand la réalité rattrape la fiction

J’étudie en gérontologie sociale et je travaille dans une résidence pour personnes âgées en tant que responsable des loisirs. Lorsque Michèle Ouimet a sorti son deuxième roman L’heure mauve, publié chez Boréal en 2017, plusieurs personnes de mon entourage m’ont encouragée à le lire. Ce roman d’environ 365 pages se passe dans une riche résidence pour aînés d’Outremont, où Jacqueline Laflamme, ancienne journaliste atteinte d’un cancer de la langue, mène un combat effrené contre la direction qui souhaite séparer les « atteints » des « bien-portants ». Jacqueline monte aux barricades en clamant la ségrégation inhumaine et dégradante, malgré que plusieurs résidents encore en santé aimeraient être séparés des malades.

La réalité versus la fiction

Lorsque j’ai entrepris la lecture de ce roman, mon premier réflexe fut de tout comparer avec mon milieu. Comme un médecin qui regarde Grey’s Anatomy, j’ai dû effectuer un grand travail de lâcher-prise avant de pouvoir apprécier ce roman à sa juste valeur et me rappeler qu’il ne s’agit que d’un divertissement, une fiction.

Le combat principal de Jacqueline était de permettre aux personnes atteintes de déficits cognitifs de pouvoir continuer de participer aux activités et aux repas en compagnie de tous les autres. Un combat admirable et d’actualité, qui peut toutefois poser problème dans la réalité. J’ai eu l’impression que Mme. Laflamme n’a pas vraiment pris le temps d’analyser tout les angles du problèmes avant de lancer son combat pour l’inclusion et l’égalité. Par exemple, certaines personnes atteintes de la maladie d’Alzeimer ou une autre démence peuvent faire de l’errance et sont à risque de fugue, il est donc recommendé de les laisser sur des unités protégées, codées, d’où ils ne peuvent pas sortir à moins d’être accompagné. C’est une question de sécurité pour eux comme pour nous. J’ai donc parfois eu de la difficulté à être en accord avec le combat de la personnage principale, car même si je milite pour de meilleurs soins pour les personnes âgées, je suis également consciente que les besoins ne sont pas les mêmes pour tous.

J’ai également été un peu agacée par les personnages bi-dimensionnels présentés au cours de l’histoire. La préposée aux bénéficiaires qui aime ses résidents, mais qui n’est pas très bonne à l’école et dont la vie personnelle tourne toujours plus ou moins autour de son travail. La directrice qui ne pense qu’à l’argent. L’animateur en loisirs qui n’est qu’un éternel ado un peu nonchalant et désorganisé. Les divers résidents sont légèrement mieux travaillés, ayant à faire face à leur propre vieillissement, ils font preuve parfois d’un travail d’introspection intéressant.

Pas que des personnes âgées

Un point positif selon moi est d’avoir eu accès à plusieurs chapitres présentant le passé des divers personnages. Des événements marquants de leur enfance, leur adolescence, leur carrière, etc. J’ai apprécié cela, car il est important de souligner qu’avant d’être des personnes âgées, tous ces gens étaient bien autre chose. Ils ont été de grands juges, des époux, des épouses, des mères, des pères, des amis, des employeurs, des employés…

Pour conclure, je tiens à dire que ce roman mérite d’être lu. Bien qu’il expose la réalité des résidences pour aînés de manière romancée, il est tout de même important de lui accorder une place dans le paysage littéraire québécois, tout comme les personnes âgées atteintes de diverses formes de démences ou de maladies. Il faut toutefois éviter de tomber dans la généralisation et prendre pour acquis qu’il s’agit de la réalité.

Seriez-vous tenté de lire ce roman prochainement? Sinon, avez-vous un roman mettant en vedette des personnes âgées à nous suggérer?

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5 bonnes raisons de participer à un de nos clubs de lecture

Une des plus belles choses qui est arrivée avec Le fil rouge, c’est d’avoir mis sur pied nos clubs de lecture. Nous étions bien loin d’imaginer toute la beauté, la profondeur et la magie qui viendraient s’y créer en discutant une fois par mois de livres avec des humains.

Depuis les balbutiements du Fil rouge, on croit profondément que les livres ne sont pas seulement des histoires, mais qu’ils peuvent réellement avoir des effets bénéfiques sur la vie. La bibliothérapie, c’est tout ça et encore plus : partir des livres pour se faire du bien.

Si vous êtes une grande lectrice ou un grand lecteur, vous savez totalement que la lecture est une activité plus solitaire, calme, une activité qui permet de créer un petit cocon entre nous et les mots. C’est probablement un des aspects les plus précieux de la lecture, principalement à une époque comme la nôtre. Or… il y a réellement quelque chose de mirifique de sortir de son cocon pour partager cet amour des livres avec d’autres.

Nous avons eu le privilège d’être témoins de tellement de beaux moments grâce aux livres… Vraiment. Voici donc 5 raisons pour lesquelles faire partie d’un club de lecture fait du bien et transforme la vision qu’on a souvent des pouvoirs de la littérature.

  1. Du temps pour soi
    Une fois par mois pendant une heure trente (c’est souvent plus!), vous avez un rendez-vous pour prendre du temps, lentement, à discuter de littérature avec d’autres passionnés. Sans oublier tous ces petits moments au fil du mois qui seront consacrés à lire. C’est nécessaire et tellement précieux de prendre du temps pour soi, pour faire vraiment ce qu’on aime. On entend souvent les gens dire qu’ils n’ont pas le temps de lire, mais on croit que la réponse est de prendre ce temps, de se consacrer quelques heures mensuelles à cette passion qu’est la lecture. Ces rendez-vous mensuels sont des moments parfaits pour renouer avec cet amour qu’on porte à la lecture.
    (En plus, effet collatéral de faire partie d’un club de lecture : vous aurez TELLEMENT envie de lire davantage. On ne compte plus les séances où chaque personne est sortie avec une liste de livres à livre au fil du mois!)
  2. Découvrir de nouveaux cafés
    Chacune de nos séances a lieu dans un café différent, ce qui vous fait découvrir des nouveaux endroits de votre ville. Nous avons découvert de magnifiques cafés grâce à ces séances et gouté à de si bons cafés. Par exemple, les cafés Sfouf, Les oubliettes, Café Chez l’Éditeur, Café Zoha, La petite cuillère sont des cafés où l’on retourne avec chacun de nos groupes… C’est tellement inspirant d’être dans ces lieux pour discuter de livres… et est-ce qu’on a mentionné le café ?!!
  3. Développer sa compassion
    Probablement que vous le savez déjà, mais lire est un vecteur d’empathie et de compassion. On découvre par le biais d’un personnage (ou de plusieurs) différentes façons de percevoir la vie. On apprend par la lecture. On comprend mieux la vie des autres, leur existence, leurs histoires, leur humanité. Et bien, de discuter de livres avec d’autres personnes, c’est inévitablement s’ouvrir aux autres. Accepter qu’on ne comprenne ou qu’on ne voit pas les choses de la même façon, et s’ouvrir à la perception de l’autre et la respecter. On ne compte plus les fois où une personne nous a permis de mieux voir ou de mieux saisir le propos d’un livre. De s’ouvrir aux autres soit en expliquant ce qu’une lecture représente pour nous ou nous rappelle développe et crée automatiquement de la compassion que ce soit envers soi ou avec les autres. Faire partie d’un club de lecture, c’est aussi développer sa compassion pour d’autres participants, mais aussi pour des personnages!
  4. Faire partie d’une communauté
    Les livres ont ce pouvoir de nous parler directement. Souvent, en lisant un roman, on ne peut faire autrement que de se le lier à sa propre existence. Chaque fois qu’un.e participant.e s’est confié à nous en expliquant l’effet que la lecture a eu sur sa vision des choses, un sentiment d’appartenance s’est créé. Les confessions se sont multipliées et à l’image d’une décision entre ami.es, nous nous sommes sentis membres d’une communauté. C’est un fabuleux sentiment ! Cet automne, cela fera deux ans que nous faisons des clubs de lecture et c’est avec bonheur qu’on revoit les mêmes visages session après session, il y a clairement un sentiment de communauté qui se crée autour des livres. C’est d’une telle beauté d’unir des humains autour des livres!
  5. Sortir de sa zone de confort littéraire
    Lors de nos clubs de lecture, nous offrons une liste de choix de romans québécois aux participant.es et c’est à la suite d’un sondage que les 4 lectures de la session sont déterminées. C’est une expérience vraiment enrichissante, car parfois on lit des romans qu’on n’aurait pas sélectionnés nous-mêmes. Grâce à cette méthode, nous avons fait de superbes découvertes (et d’autres un peu moins!) et cela nous a permis de mieux découvrir la littérature contemporaine québécoise. Sortir de sa zone de confort littéraire peut mener à des rencontres littéraires exceptionnelles qu’on n’aura jamais pu faire autrement! Si vous voulez voir ce que nous avons lu au fil des séances, voici le lien pour nos comptes rendus des séances, vous allez voir que nos lectures sont variées ! 

Même si cela peut sembler un peu intimidant de faire partie d’un club de lecture, on vous assure que de faire partie d’un club de lecture Le fil rouge, c’est tout simplement une discussion sur un livre entre personnes qui se respectent… Rien de plus, aucun besoin d’avoir fait des études en littérature (et si c’est le cas, ce sera un plaisir de vous entendre :)), le seul prérequis pour ces groupes est celui-ci : aimer la lecture et sentir le besoin d’en parler avec d’autres passionné.es.

C’est avec bonheur qu’on a décidé pour la session printemps-été d’offrir plus de groupes partout au Québec. Les inscriptions sont en cours présentement pour :

-Montréal (4 groupes!!!!) : Samedi AM Groupe #1, Samedi PM Groupe #2, Samedi AM groupe #3,  Groupe Féminisme dimanche PM. 

-Rive-Sud de Montréal, Samedi AM

-Ville de Québec, Samedi AM

-Sherbrooke, Samedi AM

-Trois-Rivières, Samedi AM

On espère vous y croiser, un café et un bouquin à la main,

Martine & Marjorie