All posts tagged: littérature

Chaque automne j’ai envie de mourir et autres secrets

En m’immisçant dans Chaque automne j’ai envie de mourir de Véronique Côté et Steve Gagnon, je ne m’attendais pas à être aussi chamboulée, touchée et marquée par les secrets, par cette universalité humaine qui en émane et par les mots des auteurs. En fait, ce roman est, à la base, un projet théâtral. Un « spectacle déambulatoire extérieur», « une promenade libre et ludique dans les rues de la ville (Québec), ponctuée par six tableaux théâtraux ». C’est suite à la collecte de « secrets » anonymes, dans le but d’avoir des textes pour cette prestation théâtrale, qu’est né Chaque automne j’ai envie de mourir. Après avoir recueilli une multitude de confessions, qu’elles soient vraies ou non, les deux auteurs ont procédé à un travail d’écriture et de réécriture pour chacun des textes. Non seulement l’idée et le travail de Côté et Gagnon sont géniaux et originaux, mais le produit final est touchant, universel et tellement singulier à la fois. J’ai trouvé des parcelles de moi dans presque chacun des textes. Un roman de constellations comme celui-ci démontre tellement bien …

Douze chansons pour Évelyne

Je hurle non seulement pour elle mais pour toutes les filles que j’ai connues et perdues, toutes les âmes instables que j’ai voulu mêler à la mienne. Je hurle, car je ne sais pas comment exister sans elles. Avant d’écrire pour le Fil rouge, je ne lisais pas beaucoup de livres d’auteurs québécois. Ayant complété mes études en Lettres en France, je n’ai pas eu la chance de découvrir la littérature d’ici pendant mes études et je ne savais pas par où commencer. Mais le Fil rouge m’a permis de découvrir de jeunes auteurs québécois qui dépeignent une réalité beaucoup plus proche de la mienne que celle des livres que j’avais l’habitude de choisir. Je suis une grande adepte du dépaysement à travers les livres, comme je l’ai souvent expliqué dans d’autres chroniques, mais je connais aussi un grand plaisir à lire un roman qui semble me parler directement et mettre en mots des instants, des contextes ou des lieux qui sont les miens. J’ai d’abord acheté Douze chansons pour Évelyne de Frederic Gary Comeau …

La vie est brève et le désir sans fin

« Il a besoin d’avoir une histoire. Tous les hommes, à un moment donné, ont sans doute besoin d’avoir une histoire à eux, pour se convaincre qu’il leur arrivé quelque chose de beau et d’inoubliable une fois dans leur vie. » Chaque page du roman de Patrick Lapeyre La vie est brève et le désir sans fin m’a laissée songeuse. J’aimerais écrire un livre si simple, mais vrai. Louis Blériot, un traducteur à son compte, perdu, un peu insignifiant et écrasé par sa femme à la carrière fortunée, a eu une aventure avec une jeune anglaise, Nora. Puis, elle a disparu du jour au lendemain, à Londres vivre avec un autre homme, plus riche et plus rationnel, Murphy. Deux ans plus tard, alors que Louis se réhabilitait à sa vie conjugale monotone, elle réapparait. Le roman raconte alors la nouvelle descente de Louis et Nora dans le gouffre vertigineux, dangereux et captivant du désir adultère, tout en nous montrant la situation désespérée de Murphy qui n’accepte pas l’abandon de Nora. Les deux hommes se retrouvent alors dans …

Le meilleur reste à venir; l’éveil d’une militante

Enitan et Sheri sont deux jeunes filles en rupture contre l’ordre et le désordre d’un Nigeria à peine sorti de la guerre du Biafra, un pays où se succèdent coups d’Etat militaires et régimes dictatoriaux. Deux jeunes filles puis deux femmes qui, du début des années 1970 au milieu des années 1990, veulent échapper à l’enfermement d’une société oppressive et machiste. Sheri, belle et effrontée mais blessée à jamais, choisira l’exubérance et la provocation. Enitan tentera de trouver son chemin entre la dérive mystique de sa mère, l’emprisonnement de son père, sa carrière de juriste et le mariage lui imposant, en tant que femme, contraintes et contradictions. J’ai entamé Le meilleur reste à venir de Sefi Atta parce que j’avais envie de découvrir de nouveaux auteurs et que la littérature de l’Afrique de l’Ouest me semblait riche et vaste. Je n’avais jamais vraiment lu de littérature nigériane, si ce n’est de Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie. Martine a lu Autour de ton cou, alors que Marion a lu Americanah et toutes deux ont …

Gabriel García Márquez et les effluves caribéennes

Il y a des romans qui vous font voyager gratuitement dans des contrées éloignées et dans des univers singuliers, qui vous font rêver à un ailleurs fabuleux et qui vous déstabilisent en douceur de votre quotidien en vous amenant là où vous n’aviez jamais pensé aller sans bouger de votre salon. Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez vous transporte loin de la réalité québécoise, mais met en scène un monde si humain, intemporel et universel qu’il donne l’impression finalement que tout se passe juste la porte à côté. Le roman relate l’histoire de la famille Buendia sur six générations, dans un village isolé d’Amérique du Sud, Macondo. La famille Buendia, qu’un gitan a condamnée à cent ans de solitude, est emportée dans un tourbillon de révolutions, de guerre civile, de violence, de richesse, de naissances, de pertes et d’histoires d’amour tragiques. Tout au long du roman, tous les personnages sont prédestinés à souffrir de la même solitude; ils finissent pratiquement tous seuls, tristes, mais vidés par une existence trop intense. « Il mourut de …

Le jour où j’ai remis les pieds dans une bibliothèque

L’autre jour, je suis allée à la bibliothèque. Je ne sais plus vraiment quand était la dernière fois que j’y avais mis les pieds, probablement quelque part en 2013, du moins c’est ce que mes frais de retard non payés avaient l’air de dire. C’est étrange non? J’adore lire, j’aime les livres, mais je ne vais pas à la bibliothèque. En fait, c’est que, comme plusieurs, j’aime aussi beaucoup l’objet, j’aime le posséder, le garder, le faire valoir dans ma bibliothèque et il n’y a rien de mal à ça. Par contre, j’en étais à un point où le budget n’était plus très coopérant avec mes envies littéraires. Après en être venue à la conclusion que me lancer le défi de ne pas acheter de livres de l’été n’était pas très réalisable, considérant ce blogue, l’entreprise et le goût de garnir mes étagères, je me suis dit qu’un bon début serait de réduire mes dépenses en allant à la BAnQ. Sans nécessairement ne plus me procurer de livres chez Gallimard (encore plus dur quand tu vois …

Voyage au pays des elfes (ou Passion Islande)

Aller au-devant de l’inconnu, accepter d’être vulnérable, s’ouvrir et s’offrir au changement, à l’émerveillement.  Techniquement, je pourrais dire au monde entier que j’aime voyager. Que j’angoisse à l’idée de choisir les bons items à amener avec moi dans mon sac, que je n’arrive jamais à choisir le bon livre pour m’accompagner, que je déteste prendre l’avion et que je pleure chaque fois que je mets les pieds au sol. Mais la réalité est, combien de fois me suis-je vraiment permis de partir? Combien de fois aurais-je fait abstraction de l’insécurité pour me lancer dans le vide? Il y a mille sortes de voyageurs. Ceux qui planifient leur voyage un an à l’avance, ceux qui posent les pieds en sol inconnu avec aucun itinéraire et ceux qui s’enferment dans un hôtel ***** pour avoir la sainte paix. J’ai la conviction qu’aucun voyageur n’a la réponse absolue. Aucune manière n’est meilleure que l’autre, elles se valent toutes et permettent à chacun d’entre nous de se détendre, de s’émerveiller de se sentir complètement éveillé. Pour ma part, je me …

Cher Bruno

Cher Bruno, cher Brune, Je t’appelle Brune parce que c’est comme ça que j’ai l’impression de te connaître. Comme un vieil ami, comme un compagnon que j’aurais rencontré autour d’une bière et qui m’aurait raconté avec détails toutes ses aventures. Comme quelqu’un que j’aurais écouté la bouche grande ouverte, avec les yeux qui essayent de s’ouvrir plus pour être ébahis, mais qui peuvent pas. T’es comme mon pote. Je boirais cent bières avec toi pis je m’en lasserais pas. Certains jours, en jasant avec des gens, je me mets à parler de toi. L’an dernier, je t’ai pris en exemple auprès de ma mère quand je lui ai annoncé que le prochain pays que je visiterai serait porteur de malaria. Pour la rassurer, parce que toi, tu l’as vécue. Pis quand je me choisis une nouvelle destination, quelques jours après avoir les billets en mains, je me dépêche toujours d’aller jeter un oeil à ta Frousse pour voir si tu l’as parcouru, toi aussi, ce pays que je m’apprête à découvrir. Pas de mots sur …

Montréal a chaud

Je suis tombée sur La canicule des pauvres de Jean-Simon DesRochers par hasard dans les rayons de la bibliothèque. J’ai été agréablement surprise par cette découverte. Je ne m’attendais à rien et finalement, j’ai trouvé un livre innovateur, moderne et riche. C’est un roman profondément montréalais; l’auteur y mélange l’anglais, le français, le franglais ainsi que des gens qui viennent d’un peu partout avec des passés complexes et des bagages particuliers. Lors d’une période de canicule atroce de dix jours, on suit les péripéties de la vingtaine de locataires du même immeuble décrépi et miteux, dans le Quartier Latin à Montréal, Le Galant, anciennement un repaire abritant des prostituées. On s’y perd un peu parfois tellement il y a de personnages, mais on finit par s’attacher à eux (700 pages laissent le temps de les apprivoiser) et ressentir la chaleur moite puante avec eux. Jean-Simon joue avec les codes narratifs pour nous aider à mieux appréhender son monde romanesque. Soudainement, on rentre dans la tête de chaque personnage et on entend la musique de leurs …

La Journée des librairies indépendantes, une première fête de la lecture

Demain, le 18 juin, se tiendra la toute première Journée des librairies indépendantes. Cette initiative de la coopérative des librairies indépendantes du Québec — Les libraires — vise à promouvoir et à célébrer nos libraires et librairies qui se tiennent haut et fort, pour l’amour de la littérature et des livres. Comme l’a si bien dit Anaïs Barbeau-Lavalette, l’ambassadrice de l’événement, « Le libraire est celui qui couve et partage les racines de notre imaginaire collectif ». Alors, profitons de cette journée pour prendre le temps de dire merci à ces librairies indépendantes qui valorisent et favorisent l’amour de la lecture. Ce sont des lieux de partage et de culture nécessaires. On veut vous avouer un petit quelque chose, par souci d’honnêteté. Nous n’achetons pas toujours dans les librairies indépendantes. Parfois, on se laisse tenter en mettant les pieds dans de grandes chaines, mais on est conscientes de l’importance d’acheter chez des libraires indépendants et surtout, on avoue sans gène que le service y est bien plus personnalisé, intime et axé sur l’amour des livres. C’est important pour nous de …