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Club de lecture : Les noyades secondaires

Samedi, 20 janvier, Café Sfouf Première séance de 2018, nous arrivons au Café Sfouf, toutes deux un peu fébriles, tout en sachant un peu plus à quoi s’attendre qu’à nos débuts. Il faut dire que ça fait maintenant plus d’un an que nous offrons les clubs de lecture. En plus, cette session, ce groupe du samedi est majoritairement constitué d’anciennes participantes que nous accueillons à bras ouverts! Nous sommes bien entendu tout aussi heureuses de faire connaissance avec les nouvelles participantes qui, nous le sentons, se grefferont bien au groupe. Pour notre première rencontre, nous avons donc lu Les noyades secondaires de Maxime Raymond Bock, un recueil de récits qui cartographie Montréal, à travers les époques et les gens qui y vivent. Alors, qu’en avez-vous pensé? La première conclusion qu’on en tire, c’est l’impression d’avoir lu sept romans en un. Bien qu’il y ait de subtils liens entre chacun des récits, ils se tiennent tous seuls et sont  bien différents les uns des autres. Il est évident que les fouilles pour découvrir tous les liens …

Le jeu de la musique : Entrevue avec Stéfanie Clermont

En septembre, notre choix s’est arrêté sur un livre bien attendu de la rentrée littéraire : Le jeu de la musique. Premier roman de l’auteure Stéfanie Clermont, il fût rapidement encensé par la critique et par les lecteur.e.s, avec raison. C’est une magnifique fresque moderne, un juste portrait de notre génération, que nous offre l’auteure. Ce fût, pour nous deux, un coup de cœur que nous avions grandement envie de partager, malgré la rapide popularité de celui-ci – c’est toujours un risque à prendre lorsqu’on choisi des nouveautés pour les coffrets. Voici l’entrevue que nous avons réalisée avec Stéfanie Clermont. Composé d’une trentaine de nouvelles, Le jeu de la musique est qualifié de roman par nouvelles. Comment expliquez-vous cette appellation? Il s’agit plutôt d’un livre de nouvelles interreliées, ou de ce qu’on appelle en anglais un short story cycle. J’ai écrit le livre comme ça d’abord parce que le genre littéraire de la nouvelle me parle beaucoup et que je compte plusieurs auteurs de nouvelles parmi mes auteurs préférés : Lorrie Moore, Alice Munro, Raymond Carver. …

Club de lecture : Les faux mouvements

Mardi soir, le 17 octobre. 17h30, au café La graine brûlée, il fait déjà presque noir à l’extérieur. Peut-être dit-on ça de chaque endroit – signe qu’on choisi bien nos cafés – mais La graine brûlée est vraiment l’un des cafés les plus plaisants pour y tenir un club de lecture. Entourées de livres usagés tous un peu plus drôle les uns que les autres – si vous voulez tous les livres de Twilight, c’est LA place – c’est dans cette ambiance un peu loufoque qu’on se retrouve donc pour parler de notre second livre de la session, Les faux mouvements de Emmanuel Bouchard. Les qualificatifs qui ressortent pour parler du recueil de nouvelles de Bouchard sont : doux, sensible, atmosphère, émotions. Bref, on aurait pu aussi résumer en disant que c’est un roman qui se lit bien en automne. Du moins, c’est l’effet qu’il nous a fait. De la couverture aux diverses nouvelles, c’est vraiment cette attention aux détails et cette douce sensibilité dont fait preuve l’auteur qui a capté l’attention des participantes. Alors, est-ce que …

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Traité des peaux : une couverture contre l’obscurité

Il y a quelques mois, j’ai regardé un documentaire qui m’a beaucoup secouée : Angry Inuk, réalisé par Alethea Arnaquq-Baril. Le film parle de la chasse au phoque dans l’Arctique : controversée dans le Sud (Brigitte Bardot et ses sorties enflammées, Paul McCartney qui batifole dans la neige avec des blanchons), mais élément essentiel du mode de vie inuit. Sans complaisance et sans excès de bons sentiments, Arnaquq-Baril y explique l’importance de la chasse dans l’économie et les pratiques locales. Mais elle pose aussi des questions impossiblement lourdes : comment résister aux séquelles de la colonisation? Comment préserver une culture et ses savoirs traditionnels dans un monde à la modernité envahissante? Les nouvelles de Catherine Harton soulèvent les mêmes enjeux. Leurs fils s’enchevêtrent, partant du Groenland, bifurquant par le Nunavik et s’échouant en Abitibi. Les histoires suivent dans leur quotidien des personnages, Inuits ou Algonquins, qui naviguent en eaux troubles : ils ne sont ni tout à fait coupés des traditions ancestrales, ni tout à fait imperméables au monde des Blancs. La rencontre avec ces derniers, cependant, est faite …

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4 recueils de nouvelles à lire cet été

Pendant longtemps, je n’ai pas aimé lire des nouvelles. Je trouvais cela frustrant. Cela finissait toujours trop vite. Depuis, j’ai appris à les apprécier. C’est agréable de pouvoir lire une histoire jusqu’au bout pendant le peu de temps que j’ai chaque jour pour lire. Une petite nouvelle pendant mon trajet de métro. Une autre petite nouvelle avant de me coucher. Avec un roman, on a souvent envie de commencer le prochain chapitre tout de suite, mais je ne peux plus me permettre de dévorer un gros bouquin en une journée! Et puis, c’est un genre parfait pour l’été qui commence. Voici donc 4 recueils qui m’ont marquée dans la dernière année! Les gens fidèles ne font pas les nouvelles de Nadine Bismuth Je déambulais dans Hochelaga lorsque je suis tombée sur une petite librairie de livres usagés en désordre total, coincée entre une boulangerie et un vieux dépanneur. Je suis ressortie avec ce merveilleux recueil de Nadine Bismuth : des petits aperçus de la vraie vie de gens banals. On a l’impression d’être dans leur cuisine, …

Cartographies II : Couronne Nord

Couronne Nord : cartographie de la périphérie

J’ai grandi dans un des creux de la Baie des Chaleurs, près de l’embouchure de la rivière Restigouche. Ma maison n’était pas située dans une municipalité mais dans une uncharted community, un bout de territoire en périphérie d’une petite ville dont la population, encore aujourd’hui, dégringole inexorablement en-dessous de la barre des 10 000 habitants. En se forçant un peu, on pourrait presque dire que c’était une banlieue. Les nouvelles de Cartographies II : Couronne Nord ont ce don de nous ramener à nos recoins de mythes fondateurs, ceux qui dorment dans les lieux où on n’a pas choisi de grandir. Le recueil se pose sur la rive nord de Montréal, mais le projet est porté par une préoccupation pour les territoires oubliés, aplanis parce que traversés trop vite ou quittés à la hâte. Il ne s’agit pas ici d’idéaliser les municipalités mises en scène (les pamphlets touristiques des Basses-Laurentides et de Lanaudière peuvent dormir tranquilles), mais bien de les investir d’un sens et d’y déterrer des récits. Six nouvelles se déploient ainsi en bordure de …

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Et si on avait un autre chien? Quand douceur et réflexion s’entremêlent…

Dans le coffret d’avril du Fil rouge, nous avons reçu le petit mot habituel de Marjorie et Martine: S’offrir un moment de tranquillité. Elles nous suggéraient de prendre le temps de contempler la beauté d’une oeuvre et de se laisser bercer par des phrases qui nous touchent. Je pense que le recueil entier de Jean-Paul Beaumier est construit de ces petits moments de tranquillité, de réflexion et de douceur. Et si on avait un autre chien? est un recueil comprenant dix-neuf nouvelles, parcourant l’éventail des relations et émotions humaines. Jean-Paul Beaumier maîtrise l’art de la nouvelle efficace, l’art de la nouvelle douce; il l’a perfectionné par ses cinq recueils précédents.  Le Créateur Beaumier nous livre une parcelle de son quotidien créatif, par l’entremise d’un narrateur également écrivain. Tout est matière à création dans cet univers, et surtout, les relations interpersonnelles. On surprend le narrateur durant l’acte d’écrire, on découvre qu’il ne faut pas « craindre de retrancher tout ce qui est superflu, d’écrire au plus près de l’os ». Il explique ce qui fait une bonne nouvelle et effleure son …

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Prix littéraire des collégiens 2017 : ce que des étudiants ont pensé Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard

Enseignante de littérature dans un cégep, j’ai motivé un groupe de douze étudiants à participer au Prix littéraire des collégiens 2017 au cours de la session d’hiver. Toutes les deux semaines, nous nous rencontrons pour discuter des œuvres sélectionnées, pour les décortiquer et les critiquer et ainsi en déclarer une gagnante du Prix littéraire des collégiens 2017. Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard était la lecture pour la cinquième et dernière rencontre du Prix. Les étudiants n’ayant que très rarement lu des recueils de nouvelles, ils ont découvert ce genre et accroché par la brièveté de celui-ci. Ils ont trouvé que la nouvelle se prêtait bien au message que l’auteure voulait passer, l’essentiel étant dit directement et sans détour. La majorité des participants au prix étant des filles, elles ont vécu différentes émotions en lisant : « Ça nous rentrait dedans. » Une lecture simple et facile, mais percutante et très vulgaire : « Ça ne remonte pas l’estime. » Savoie-Bernard utilise un langage cru, représentatif des actions de ces femmes, toutes aussi crues. Ce sont des femmes en détresse, malades …

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Un univers canadien à travers la plume d’Alice Munro

Il y a quelques années, je me suis aperçue que mis à part Lucy Maud Mongmery avec Anne la maison aux pignons verts et Émilie de la Nouvelle Lune, je ne connaissais absolument rien à la littérature canadienne. Des auteurs québécois oui, bien sûr j’en avais lu plusieurs, mais je pouvais difficilement nommer un auteur d’une autre province. Alors, lorsque la Canadienne Alice Munro a gagné le prix Nobel de littérature en 2013, je me suis empressée d’acheter un de ses recueils de nouvelles et je l’ai ajouté à ma longue liste de « à lire ». C’est trois ans plus tard que j’ai finalement ouvert le livre, prête à plonger dans l’univers d’Alice Munro. Au moment où j’ai commencé son recueil Amie de ma jeunesse, je venais de lire plusieurs romans américains et je m’attendais à rester dans le même ton avec le même genre de références socioculturelles. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver dans un univers si proche et pourtant si différent du mien. Ni littérature québécoise, ni littérature américaine, j’avais l’impression de plonger …

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La nouvelle selon Charles Bolduc

En 2006, Charles Bolduc publiait son tout premier recueil de nouvelles Les perruches sont cuites, ouvrage qui a pris quelques années avant de se retrouver dans mes mains. Une toute petite brique d’à peine une centaine de pages, mais qui renferme de petits bijoux de la littérature québécoise contemporaine. Un genre mal aimé  On sous-estime souvent les auteurs de nouvelles. On a tendance à les distancier des auteurs de romans.  Oui, un roman est engageant et l’écrivain prend souvent plus de temps pour développer ses personnages, mais être capable de faire preuve de brièveté est un défi de maître. Pour que l’on se souvienne de son court texte, que l’on soit marqué par celui-ci, le nouvelliste a énormément de travail à faire. Beaucoup plus que l’on ne le croit. En peu de temps, il se doit de construire une histoire qui se tient, et dont les personnages sont assez développés pour être attachants. C’est avec brio que Charles Bolduc a su relever ce défi dans son recueil de nouvelles Les perruches sont cuites, mélangeant amour, sexe …