All posts tagged: Québec

Visites libres : les plus jolies bibliothèques québécoises

Les bibliothèques, parfois synonymes d’ennui chez certains (qui n’a jamais eu la larme à l’œil à la simple idée de passer une fois de plus la journée le nez dans ses livres, pressé d’en finir avec une fin de trimestre particulièrement éprouvante?), servent toutefois de véritables refuges chez d’autres. À travers leurs allées silencieuses et leurs tables jonchées de vieux livres oubliés, chacune d’entre elles se distingue par son unicité et figure toujours parmi mes endroits préférés. Si les plus grandes bibliothèques nous fascinent par leurs rangées infinies, leurs sols aux milles pas feutrés et leurs histoires chuchotées au détour d’une allée, celles au Québec n’ont en revanche rien à leur envier. Portes ouvertes sur ces lieux inspirants, où leurs doux silences côtoient à la fois la beauté, la découverte, l’innovation et bien évidemment, le plaisir de lire. 1. La Maison de la littérature  Probablement ma préférée au sein de cette liste, la Maison de la littérature abrite non seulement une bibliothèque publique, mais aussi une exposition permanente dédiée à l’univers littéraire québécois, des salles réservées aux …

Les filles de Caleb: un incontournable

Quand on parle de classique québécois, je pense tout de suite aux nombreuses sagas familiales que l’on retrouve en librairie. Ce sont généralement des trilogies, un livre pour chaque génération, où l’on suit l’histoire d’une famille québécoise à travers le XXe siècle. Drame, amour et Révolution Tranquille sont au rendez-vous et le destin du Québec se retrouve mêlé de façon indissociable à celui des héroïnes de la saga. Ma saga familiale préférée est sans doute Les filles de Caleb, d’Arlette Cousture. À travers ces trois livres, on suit le destin de trois femmes, Émilie, Blanche et Élise, qui tentent de faire leur place dans un Québec en pleine transformation et qui cherchent l’amour envers et contre tous. Je me souviens très bien de ce moment, en secondaire 3, où j’étais débarquée dans la bibliothèque de mon école et que j’avais demandé to the go à la bibliothécaire un bon livre à lire, parce que j’étais sur le point de mourir d’ennui. Elle m’avait répondu en prenant à peine une seconde pour y réfléchir: «Tu devrais lire Les filles …

Une fille pas si louche

Une fille louche, de Sylvianne Blanchette, est un recueil de textes tiré du blogue portant le même nom. Plusieurs billets y sont regroupés, sans ordre chronologique, dans le but de créer le magnifique et touchant roman qui s’est retrouvé entre mes mains, un après-midi, fin août. L’auteure a débuté ce journal virtuel à la suite d’une rupture amoureuse particulièrement éprouvante. Dans ce carnet, on la suit tout au long de la vingtaine, alors qu’elle tente de survivre au passage à l’âge adulte, à la dépression chronique, aux peines d’amour, aux relations qui vont et viennent, aux idées noires et aux paradoxes de la vie et de sa propre tête. Elle partage également des moments d’extase, de questionnements existentiels et de tendres banalités. À travers une écriture authentique parfois poétique, elle se livre avec une pointe d’humour et beaucoup d’émotions. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant retrouvée dans les mots de quelqu’un d’autre. Peut-être est-ce là tout le pouvoir des écrits si personnels, de l’autocritique et de la mise en mots de ses propres …

J’aime les librairies usagées!

Très tôt, mon père m’a introduite au plaisir de parcourir les rangées des librairies usagées. En chemin pour la visite familiale dans le Bas-du-Fleuve, on arrêtait diner et bouquiner sur la rue St-Jean à Québec. Au début, on cherchait à compléter notre collection de Tintin en mettant de grands X de la victoire sur la photocopie des titres que mon père trainait dans son portefeuille. Puis, ce fut pour tomber dans les nombreux romans jeunesse que j’avais besoin d’engloutir par dizaine hebdomadairement à douze ans. Aujourd’hui, je cherche, et je trouve de tout! Du haut de mes 23 ans, j’ai eu la chance de beaucoup voyager. Peu importe si je me retrouve le long de la Thames, de la Seine ou de l’océan Pacifique à Lima, entrer dans une librairie usagée ou flâner devant un kiosque de livres me transporte ailleurs encore. Je me sens bien tout à coup. Je prends mon temps. Je respire. Je lis quelques pages ou bien je ne fais que contempler les échines des livres. Chaque librairie usagée est différente …

Chaque automne j’ai envie de mourir et autres secrets

En m’immisçant dans Chaque automne j’ai envie de mourir de Véronique Côté et Steve Gagnon, je ne m’attendais pas à être aussi chamboulée, touchée et marquée par les secrets, par cette universalité humaine qui en émane et par les mots des auteurs. En fait, ce roman est, à la base, un projet théâtral. Un « spectacle déambulatoire extérieur», « une promenade libre et ludique dans les rues de la ville (Québec), ponctuée par six tableaux théâtraux ». C’est suite à la collecte de « secrets » anonymes, dans le but d’avoir des textes pour cette prestation théâtrale, qu’est né Chaque automne j’ai envie de mourir. Après avoir recueilli une multitude de confessions, qu’elles soient vraies ou non, les deux auteurs ont procédé à un travail d’écriture et de réécriture pour chacun des textes. Non seulement l’idée et le travail de Côté et Gagnon sont géniaux et originaux, mais le produit final est touchant, universel et tellement singulier à la fois. J’ai trouvé des parcelles de moi dans presque chacun des textes. Un roman de constellations comme celui-ci démontre tellement bien …

887, un retour aux sources

Le 31 mai dernier, j’ai été invitée à assister à la pièce 887 de Robert Lepage au Théâtre du Nouveau Monde, produite par Ex Machina. En toute honnêteté, je n’avais aucune idée du sujet de la pièce et je n’avais pas la moindre attente, mais reconnaissant l’un des plus grands noms du théâtre québécois, je n’ai pas hésité à accepter l’invitation. Voici donc ce que j’ai pensé de la pièce et une brève description de ce spectacle où le texte, la conception, la mise en scène et l’interprétation découlent tout directement du grand Robert Lepage. 887 a pour thème la mémoire; comme Lepage le mentionne, le théâtre et la mémoire sont étroitement liés, puisque ce premier demande un grand travail de mémorisation de la part des spectateurs. Dans le cas de cette pièce, c’est un effort de mémoire pour le public, ainsi que l’homme sur scène qui, pour bâtir sa pièce, concentre sa mémoire personnelle sur les méandres des luttes des classes et de la crise identitaire du Québec des années soixante. C’est la voix …

Des kilomètres de souvenirs en bus voyageur

J’ai de la chance. Grâce à mon travail d’infirmière à domicile, je développe des liens avec une multitude de personnes au passé singulier. Je leur prête mon oreille attentive et elles me partagent généreusement des pans de leur existence. Ainsi, elles semblent se délester d’un peu de bagages lourds qu’elles traînent depuis longtemps. Probablement en prévision du dernier grand voyage. J’imagine qu’en vieillissant, on doit vouloir prévoir notre dernier grand droit avec un cœur plus léger. Et c’est alors que Vasyl est entré dans ma vie, cette fois en ouvrant le dernier roman de l’auteure québécoise Judy Quinn, Les mains noires. Vasyl a commencé par me raconter sa vie à la gare d’autobus de Montréal, en attendant au quai numéro six en direction de Québec. Il doit faire le voyage pour voir son fils Tassik, avant qu’il ne parte pour l’Afghanistan ce même jour. Durant le trajet sur la 20, autoroute pour laquelle il ne porte plus son attention puisqu’il l’emprunte depuis 35 ans, il a pu me transporter encore plus loin, soit dans son …

Réflexion : l’industrie littéraire au Québec

La rage et la violence empreignent le roman Ça va aller de l’auteure Catherine Mavrikakis et dégouttent sur notre esprit coupable. Coupable d’être trop clément, d’être trop généreux et indulgent envers nos auteurs.es québécois. L’auteure s’attaque directement à l’institution littéraire de notre Québec ainsi qu’à la mollesse des débats et critiques entourant le milieu du livre. Ses mots crachent son dédain pour l’industrie capitaliste qui n’aurait qu’engendré des auteurs.es-machines ayant pour objectif de satisfaire les besoins cupides des éditeurs, qui, eux-mêmes, profitent de la passivité de leurs lecteurs, qui sont bien plus à la recherche de divertissements passagers que d’élévation intellectuelle. Moi, j’aime la littérature américaine ou étrangère. C’est bien mieux que celle que l’on fait ici en ce moment. On écrit mal ici : on est si complaisants. La critique est épouvantablement besogneuse, sans envergure. (- Ça va aller) Catherine Mavrikakis révèle l’envers du décor de l’institution littéraire au Québec, le tout dans une critique acérée et sans prétention. Depuis quand la littérature est-elle glamour? Plutôt qu’un objet de consommation, ne devrait-elle pas être un …

L’indépendance du Québec : le clan du peut-être

Je suis née de parents franco-québécois, la plupart de mon entourage est souverainiste et la majorité de mes idéaux politiques sont de gauche. Il n’en faut pas plus pour que les gens me classent dans la catégorie  »Oui ». Comme ça, sans me demander mon opinion, on insinue que je suis pour l’indépendance du Québec. Ce n’est pas vrai… Mais ce n’est pas totalement faux non plus. Le problème avec le débat sur la souveraineté, c’est que ce n’est pas un débat. Chacun est convaincu d’avoir raison et tente d’écraser les opinions opposées plutôt que de les écouter.  Les partis politiques qui s’expriment sur la question semblent penser que l’on nait souverainiste ou non, that’s it. Que la solution est de provoquer les partisans du oui pour qu’ils crient plus fort que ceux du non, et vice-versa. En aucun cas, on tente de convaincre les indécis. Parce que personne ne semble penser qu’il y a des indécis! Bien sûr, si la possibilité d’un référendum se concrétise, et ça ne devrait pas trop tarder, je vais m’informer, …

Reconstitution de mon âme rapaillée

À Marie-Andrée Beaudet À lire en écoutant le son de la musique à bouche La venue du printemps et de son compagnon le beau temps me ramène toujours à lui. «Tu as les yeux pers des champs de rosées tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière la douceur du fond des brises au mois de mai» (p.59) L’épanouissement de cette saison en fleur et l’éclosion de toutes ces passions ont fait renaître en moi ce besoin de m’évader à travers la poésie: eau-de-vie, source de bien-être, nectar de béatitude. «tu viendras toute ensoleillée d’existence la bouche envahie par la fraîcheur des herbes le corps mûri par les jardins oubliés où tes seins sont devenus des envoûtements tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras où tu changes comme les saisons je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine à bout de misères et à bout de démesures je veux te faire aimer la vie, notre vie t’aimer fou de racines à feuilles et grave de jour en jour à travers nuits et gués de moellons nos vertus …