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Euphoria : Désirer posséder

Je suis tombée tout à fait par hasard à la bibliothèque sur ce livre sélectionné comme l’un des 10 meilleurs livres de 2014 par le New York Times. En tant qu’ex-étudiante de passage dans le domaine de l’anthropologie, j’ai été immédiatement attirée par ce qu’en disait la quatrième de couverture. Euphoria s’est révélé être un roman passionnant qui m’a transportée bien loin de mon monde et qui m’a donné à voir à la fois le quotidien ardu des personnages au travail et les remous de leur vie intime. Un jour de 1933, un couple d’anthropologues anglais fait la rencontre d’Andrew Bankson, collègue de métier américain désabusé, malade de solitude et suicidaire, sur le territoire de la Nouvelle-Guinée. Nell Stone, dont les méthodes de travail sont marquées par l’acharnement intellectuel, la rigueur et la sagacité, et son mari Schuyler Fenwick, plus hâtif et frénétique, ont une relation tumultueuse que la rivalité professionnelle ne fait qu’agiter davantage. Pour remédier à son isolement, Bankson convainc Nell et Fen de s’établir dans une tribu des berges du fleuve Sepik, …

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Lignée de femmes soudées

Cet automne, nous avons reçu un communiqué de presse de Québec Amérique annonçant la traduction française d’un roman manitobain ayant eu énormément de succès depuis sa parution. Il s’agissait de Ligne brisée de Katherena Vermette, la version française de The break, traduit par nul autre que Mélissa Verreault. J’ai tout de suite eu envie de découvrir ce roman. On en parlait comme d’un incontournable et les thèmes ont, d’emblée, suscité mon intérêt. Il s’agit d’un roman traitant de la violence que subissent les femmes autochtones. C’est un roman choral qui suit plusieurs femmes toutes connectées de différentes manières, ces femmes sont de différentes générations, mais elles ont en commun de subir du racisme systémique. Elles s’unissent, se soutiennent, se séparent, s’éloignent, se révoltent, portent en elles des noirceurs, mais malgré tout, elles sont soudées. L’histoire débute avec le viol d’une jeune fille de 13 ans auquel assiste, par sa fenêtre, sans le vouloir, une jeune mère tenant son enfant dans ses bras. Dès les premières pages, on se sent impliqué dans l’histoire, on veut savoir ce qui est …

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Conte corporel: Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy

Il était une fois un récit dans lequel il est difficile de plonger. Les phrases débordent, c’est dense, on ne sait pas par quel bout le prendre. Puis, petit à petit, l’univers s’éclaircit, il nous habite et ses personnages nous intriguent. Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy entre sous notre peau: qu’adviendra-t-il de la famille Borya et de la petite Mie, 12 ans, qui veut que son oncle Osip lui montre «comment on fait le sexe des humains»? De sa mère, Noé, qui demeure dans la cabane, loin d’eux et du phare? Que fera ce clan qui habite à 8 heures du village le plus près? Le corps (brut) des femmes L’histoire est parfois difficile; les deux frères du clan, Osip et Sevastian-Benedikt, «prennent» Noé quand ça leur plaît, comme un objet qui ne sert qu’à satisfaire leur appétit sexuel. De ces relations sans consentement sont nés trois enfants, dont Mie, l’aînée. Noé devient le corps d’une bête, comme ceux qu’emprunte Mie. Car la dimension de conte entre en jeu ici, quand la petite fille nous …

The mother of all questions : Le féminisme de Rebecca Solnit

Rebecca Solnit, c’est un peu ma découverte de 2017. Je la trouve intelligente, posée, nuancée et tranchante à la fois. Elle m’impressionne sans cesse par sa prose et par la manière excessivement intéressante qu’elle a de mélanger histoire, actualité, statistiques, faits, art, littérature, environnement, politique, sociologie et j’en passe. Bien que je sois loin d’avoir lu l’ensemble de son œuvre, elle a quand même 17 livres à son actif, je crois quand même pouvoir affirmer qu’elle est une essayiste et une auteure fascinante qui mérite d’être lue. J’étais donc bien heureuse de retrouver sa plume dans son tout dernier essai : The mother of all questions, présenté comme une suite à son plus populaire — et controversé — livre qui popularisa le terme « mansplaining » : Men explain things to me. Une suite logique The mother of all questions est véritablement une suite au premier recueil d’essais féministe de Solnit. On y retrouve le même ton, le même humour, les mêmes thématiques. Très souvent, l’auteure s’attarde à la violence faite aux femmes. Au viol, à la violence conjugale et, plus …

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L’unE pour l’autrE : ensemble, envers et contre tous

Il y a quelques mois, nous avions reçu, en service de presse, un roman graphique bien intrigant. D’un trait foncé, gras, au plomb, l’œuvre de l’auteure et illustratrice Hilding Sandgren m’avait alors transportée dans l’univers de trois pré-adolescentes aux sens éveillés qui ne savaient pas encore faire la différence entre jeux d’enfants, caresses non-désirées et limites. C’était fort et doux à la fois, violent et touchant. J’ai donc été agréablement surprise lorsque nous avons reçu la suite de Ce qui se passe dans la forêt, L’unE pour l’autrE. Dans cette suite, on retrouve les trois mêmes personnages, quelques années plus tard. Aïda, Marlène et Tess ont 16 ans et font l’expérience de la vie, ensemble ou chacune de leur côté. Encore plus que dans le premier tome, c’est l’amitié qui a le rôle principal. Une continuation  J’avais quelques réticences, sachant que la mauvaise traduction très franchouillarde m’avait déplu auparavant. Ce fût aussi le cas dans l’unE pour l’autrE. C’est destiné à un public très européen et ça parait. Mais bon, une fois qu’on s’y attend, on …

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Une auteure et son œuvre : Chloé Savoie-Bernard

Il y a longtemps que je souhaite entreprendre le projet de tenir une chronique littéraire pour Le fil rouge. Suivant une initiative féministe plutôt populaire sur le blogue, j’ai décidé de vous présenter différents portraits d’auteures et leurs œuvres. Je tenterai de présenter le plus de diversité possible au sein de ma chronique, puisque toutes les écrivaines, qu’elles soient d’hier, d’aujourd’hui, d’ici ou d’ailleurs, souffrent d’un cruel manque de représentation. Pour ouvrir ce bal de femmes inspirantes, j’ai choisi : Chloé Savoie-Bernard. Chloé Savoie-Bernard : l’auteure Née en 1988 à Montréal, Chloé Savoie-Bernard est maintenant doctorante en littératures de langue française à l’Université de Montréal, où elle poursuit ses recherches sur la poésie féministe au Québec des années ’65 à ’85. Passionnée de littérature, ce doctorat est loin de lui suffire : en plus de faire partie du comité de rédaction de la revue littéraire Moebius, elle est membre du jury de présélection du prix Robert-Cliche et s’implique dans divers blogues, dont Françoise Stéréo et Poème Sale, et revues, notamment Contre-jour et Nouveau Projet. Depuis janvier dernier, …

Mister Pip, beauté sauvage et autres massacres

Je ne sais pas trop pourquoi je n’ai pas attaqué ce roman néo-zélandais à la seconde où il est entré en ma possession. Pourtant à peu près tout était en place pour me lancer : sa couverture attrayante, le prix qu’il a récolté (Commonwealth Writer’s Prize, 2007) et son quatrième de couverture. Les longs mois qui se sont effrités sous l’excuse de ne pas avoir envie de lire en anglais se sont vite remplacés par une lecture attentive et gourmande. C’est dans les années 1990, à Bougainville, une petite île du Pacifique, que prend place le drôle de personnage de Mr. Watts que les enfants surnomment Pop eye. Il est d’abord décrit par Matilda 13 ans, la narratrice, comme étant un homme maigrelet portant tous les jours un costume de lin blanc, un chapeau rabougri et parfois affublé d’un nez de clown. Son aspect singulier ainsi que son habitude incompréhensible de transporter sa femme dans un chariot font de lui un véritable mystère ambulant. Dans le contexte de la guerre civile et de blocus, personne ne …

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L’hibiscus pourpre : religion, abus et dogmes

L’hibiscus pourpre, tout dernier roman de l’auteure nigériane Chimamanda Gnozi Adichie est aussi la première fiction de l’auteure qui se retrouve entre mes mains. Après avoir lu – et adoré- Nous sommes tous des féministes et Chère Ijeawele, il était plus que temps de me plonger dans l’un de ses romans. J’aurais tout aussi bien pu me plonger dans Américanah ou Autour de ton cou, mais c’est par L’hibiscus pourpre que j’ai choisi de découvrir la prose de l’auteure. Un lent début Campé dans un Nigéria post coup d’État, Adichie s’immisce dans le quotidien de Kambili, jeune adolescente nigériane vivant dans une famille aisée dont le père, propriétaire d’usines, est un catholique fondamentaliste hautement placé et très respecté dans leur communauté. Les premières pages, disons les 60 premières, m’ont laissée plus ou moins de glace. Pourtant, c’est dans ces premières pages que s’installe le drame, mais tout s’installe tellement doucement, si lentement qu’il faut patienter quelque temps avant de comprendre toutes les subtilités et tous les non-dits dans lesquels se déroule l’histoire. Par contre, du moment où l’histoire …

Virginie Despentes et la catharsis littéraire

Récemment, j’ai lu presque d’un seul coup toute la bibliographie de Virginie Despentes, sans aucun doute mon écrivaine française préférée. En lisant Baise-Moi, Apocalypse bébé, les tomes de Vernon Subutex, Les Jolies Choses, King Kong Théorie, je me sentais littéralement exaltée, submergée par un sentiment puissant et libérateur. C’était un véritable sentiment cathartique. Cathar-quoi? La catharsis, selon le Petit Robert, est une « réaction de libération ou de liquidation d’affects longtemps refoulés dans le subconscient ». Chez les Grecs anciens, la catharsis était le plus souvent véhiculée par le théâtre : les spectateurs se purgeaient de leurs pulsions en voyant les héros tragiques, Œdipe, Antigone, Électre et compagnie, se perdre eux-mêmes dans la libération de leurs affects. À voir les héros tragiques suivre jusqu’au bout leurs passions les plus inavouables et, par le fait même, connaître une fin terrible, les spectateurs n’avaient plus besoin de vivre eux-mêmes ces ardeurs. Ils n’avaient pas besoin de défier l’autorité du roi, de sombrer dans la folie meurtrière — les personnages l’avaient fait à leur place et avaient payé le prix fort …

Anima, ou la quête pulsionnelle des origines

Il y a quelques années, j’ai visionné le film québécois Incendies, réalisé par Denis Villeneuve. La fin m’a vraiment secouée, car elle m’a forcée à aller ailleurs, dans une zone sombre dont je n’anticipais pas l’existence; j’y pense encore régulièrement, car comme certains d’entre vous le savent déjà, j’adore être bouleversée par l’art. J’ai par la suite appris qu’il s’agissait d’une adaptation de la pièce du même nom, écrite par l’auteur Wajdi Mouawad. N’éprouvant pas vraiment de plaisir à lire du théâtre (je préfère, de loin, assister à une pièce pour en savourer le texte porté par les comédiens), je n’avais jamais été tentée de découvrir les écrits de Mouawad. C’est plutôt quand il a fait paraître le roman Anima, en 2012, que je me suis lancée pour la première fois. « Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme …