Month: avril 2015

La dualité des amours passionnels

L’amour est multiple. L’amour est contradiction. L’amour est dualité. L’amour est passion. L’amour est haine. L’amour est vérité. L’amour est mystère. L’amour est espoir. L’amour est désespoir. L’amour est folie. L’amour est tranquillité. Et tout ça, Ernesto Sábato l’a bien compris. Dans son ouvrage Le tunnel, l’auteur nous présente une histoire d’amour passionnel comme moteur du déclenchement de la folie chez le protagoniste. Qui n’a jamais vécu ce délire incontrôlable créé par une obsession soudaine pour l’être aimé ou admiré secrètement? La maladie d’amour est puissante, dévastatrice et bien peu souvent, mutuelle. Lorsque l’éclatement de l’âme se fait de façon solitaire, il arrive que le mal-aimé cède à son penchant impulsif. L’artiste peintre Juan Pablo Castel est un assassin. «Il y a eu quelqu’un qui pouvait me comprendre. Mais c’est précisément, la personne que j’ai tuée.» (p.15) Consterné par la vie qui lui semble être vide et sans substance, Castel voit une lueur d’espoir dans cette jeune femme qui s’est arrêtée devant l’une de ses toiles lors de son exposition. «Ce fut le jour du vernissage. …

L’équilibre et le succès, au cœur de mes préoccupations humaines et artistiques

Suite à ma lecture du très intéressant article Équilibrer son agenda : Stop the glorification of busy de ma collègue blogueuse Martine Latendresse Charron, j’ai senti le besoin de partager moi aussi sur ces grandes quêtes: l’équilibre et le succès, tous deux au cœur de mes préoccupations humaines et artistiques. La recherche d’équilibre est le fondement même de ma démarche artistique et du même coup, de ma vie. Je me suis laissée prendre par cette quête en 2011. Cette année-là, je sentais en moi un grand bouillonnement semblable à un feu d’artifice. Cette année-là débutait ma carrière en arts visuels. Lorsque je crée une œuvre plastique, je cherche toujours à accéder à l’équilibre entre les gestes posés et les émotions ressenties et transmises. S’est joint la nécessité d’atteindre l’équilibre entre ma figure d’artiste et ma place dans la société, ou comment rallié mon besoin inassouvi de créer et le quotidien saturé d’obligations. Puis je me suis mise à chercher l’équilibre entre ma vie en ville et ma vie en région, deux mondes, deux parallèles, deux existences. …

Passions d’enfance

Quand j’étais petite, j’adorais inventer des histoires. Je passais le plus clair de mon temps à me promener dans la maison en narrant des récits à voix haute, quand je n’étais pas en train de demander à ma mère de coucher sur papier les petites aventures qui me traversaient l’esprit (je ne savais pas encore écrire à l’époque, me contentant de noircir des dizaines de petits calepins avec des dessins, produisant ainsi de petits embryons de BD sans texte.) Avec tout ça était venu un grand intérêt pour les jeux de rôle et le théâtre, où je pouvais, comme bien des enfants, m’amuser à incarner divers personnages et donner vie à mes propres récits. Ensuite, quand j’ai su écrire, j’ai développé un véritable amour pour la rédaction. Au secondaire, mes journées scolaires préférées étaient celles où nous étions en « production écrite », ce qui me valait souvent des regards stupéfaits de la part de mes confrères et consœurs, de même que des commentaires pas toujours très édifiants. Ça m’était bien égal: personne ne pouvait m’enlever le …

Chroniques d’une anxieuse: la fois où j’ai arrêté d’écrire des To do lists

Première journée de printemps après un hiver beaucoup trop long (genre vraiment frette avec le teint vert pis un manque flagrant de vitamine D). Je regardais le ciel bleu par la fenêtre de mon appart, comme si je n’avais jamais rien vu d’aussi magnifique. Un avion laissait une traînée blanche derrière son envolée. Et je me disais, tranquillement, «moi aussi, un jour, je laisserai une traînée blanche derrière moi pour partir loin, loin, loin». Loin de mes obsessions. Maudit que ça m’ferait du bien. L’idée de moi au soleil me plaisait assez. Pour faire le plein de bonheur. Pour me perdre dans un autre univers, une nouvelle culture, une langue étrangère qui chatouillerait mes tympans. Mais à la place, j’attendais l’été, patiemment, dans mon appart encore congelé. Et, partout autour de moi, il y avait des listes. Sur le mur, sur la table de chevet, sur le bureau. Des To do lists. PARTOUT. J’étais pas capable de vivre sans. Il me fallait ma liste des «choses à faire pour la journée», celle des «tâches à …

Tout commence avec un poisson rouge (partie 1)

Récemment, j’ai eu un coup d’cœur pour le dernier roman de Mélissa Verreault, « L’angoisse du poisson rouge », paru en 2014. J’ai lu beaucoup d’articles et entendu plusieurs critiques positives au sujet de ce livre qui m’ont donné envie de le lire à mon tour ! J’suis une fille curieuse (et légèrement influençable). Bref, j’ai pas été déçue. Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, on apprend à connaître Manue, jeune femme moderne persuadée que sa vie n’est qu’une série de drames et de catastrophes. La deuxième partie raconte l’histoire de Sergio, soldat de la Seconde Guerre mondiale. La troisième (et dernière) est davantage axée sur Fabio, jeune homme italien venu habiter à Montréal. Ce qui m’a le plus impressionnée est le lien qui existe entre ces trois personnages, pourtant chacun si différent l’un de l’autre. Leurs chemins se croisent grâce à Hector, le poisson rouge de Manue. Plus précisément, après sa disparition mystérieuse. Il est le «personnage» le plus important du livre, celui qui les relie tous. Parce que, sans lui, les 446 …

Mines de rien, le sexisme ordinaire

 Chroniques du sexisme ordinaire, c’était le titre des chroniques de Simone de Beauvoir dans Les temps modernes. Ça pourrait aussi être le titre de ce bouquin publié aux éditions Remue-Ménage, Mines de rien. Écrit par trois enseignantes de littérature, Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin, le livre se veut un ensemble de chroniques plus ou moins longues dénonçant ces petites choses qui font, « mines de rien », creuser ce sexisme ambiant et ces inégalités révoltantes. Féministes, elles osent ouvrir une parcelle de leurs intimités, de femmes, de féministes, d’enseignantes, pour nommer ces choses qu’on ne prend presque plus la peine de dire, tellement elles deviennent ordinaires, banales. Et c’est ce qui est le plus grave et le plus révoltant. Sous forme de petits chapitres, les auteures nous racontent des situations de leurs vies ou des faits sociaux qui viennent nous rappeler le sexisme ambiant, les inégalités de genre et la force du mouvement féminisme. Sans utiliser le discours universitaire habituel, elles sortent des carcans et nous offrent des chroniques teintées d’humour, d’irrévérence, d’honnêteté et de …

La crise nocturne

Tous les deux à chacune des extrémités du lit. L’un face au mur, l’autre face au néant. La guerre des sexes avant le sommeil est chose commune chez l’espèce humaine. Comme si nous pensions que le rêve allait nous faire oublier ce moment désagréable que l’on appelle le réel. La femme, elle, ne s’endort pas. Les deux camps savent que c’est un peu leur faute. Les excuses restent coincées dans les bâillements timides qui se forment au fond des gorges sèches. La colère goûte le désert. Puis, il y a l’orgueil. Grande passagère de nos voyages nocturnes avec turbulence. L’apogée du silence arrive à son aboutissement. Un corps nu recroquevillé sur lui-même n’est pas beau dans sa solitude. Accompagné de cette fierté vagabonde, il est exécrable. La femme, elle, réfléchit. Son partenaire ne bronche pas. Elle, plus vulnérable, mais plus boudeuse, se retourne. Elle est maintenant devant l’immensité d’un dos qui s’impose comme l’obstacle. La femme, elle, se souvient. Elle se souvient ces dix jours où l’homme fut parti. Elle revit cette absence comme un …

« Le profil Amina »: un documentaire sur le pouvoir de l’amour et du web

Amour, révolution et identité virtuelle, ce sont là les trois thèmes principaux du documentaire de Sophie Deraspe.  Amour parce qu’Amina Arraf charme Sandra Bagaria et que Sandra s’attache à Amina. Elles communiqueront pendant six mois par courriel, chat et photos. Elles se plaisent, se désirent et deviennent de plus en plus près l’une de l’autre. Assez pour se considérer comme un couple et assez pour s’ennuyer lorsque l’autre ne donne pas signe de vie pendant 24 heures. Parce qu’Amina habite en Syrie et Sandra, à Montréal. Révolution parce qu’Amina est une jeune lesbienne de Damas qui se crée un blogue pour assumer son orientation sexuelle, mais aussi ses croyances politiques. En plein printemps arabe, Amina souhaite une révolution et ses écrits deviennent rapidement source d’intérêt occidental et oriental. Elle raconte avoir été arrêtée, avoir été secourue et être en danger continuel. C’est ainsi qu’elle capture l’attention de tous les médias de la planète. En 2011, la disparition d’Amina avait suscité un grand tollé médiatique; il fallait la retrouver, la sauver et ainsi, envoyer un message social. …

«Six degrés de liberté» : À la hauteur des attentes

Ce roman, je l’attendais. Depuis longtemps. Bien sûr, j’ai eu à la rentrée de septembre dernier l’intrigant Révolutions, mais ce n’était pas assez pour combler mon âme de fan de Dickner. Tout de suite après la lecture de Nikolski en 2005, je suis littéralement tombée sous le charme de l’écriture de cet intellectuel-nerd, comme la découverte d’une âme soeur, comme les retrouvailles d’un lointain frère. Depuis ce temps, je lis presque chaque année son premier roman, que je redécouvre à chaque fois, que j’aime de plus en plus. Dickner publie donc cette année Six degrés de liberté,  aussi aux Éditions Alto, un roman étonnant sur un sujet des plus… particuliers: les conteneurs. Ceux qui sillonnent la terre entière sur les cargos et qui transportent oursons en peluches, gougounes en plastique et autres cossins et gogosses en tout genre. Le génie de Dickner et son écriture toujours autant intelligente réussissent à rendre passionnant ce sujet, disons-le, plutôt quelconque. Deux histoires s’imbriquent tranquillement. Lisa et Éric, deux adolescents dégourdis, l’une aventureuse et travaillante, l’autre agoraphobique et ami des perruches, décident d’expérimenter avec …

Style like u et le projet « what’s underneath »

La plateforme web Style like u est vraiment captivante. C’est le produit du duo mère-fille d’Elisa Goodkind et Lily Mandelbaum, deux américaines avec une vision du style qui dépasse définitivement le simple vêtement. Elles s’intéressent particulièrement aux gens qui explorent, défient et dépassent les marges de la « mode » et expérimentent avec le style en tant que véritable forme d’art. Elles cherchent à démontrer comment notre manière de s’habiller peut-être un moyen d’expression puissant et libérateur. Pour ce faire, elles explorent les gardes-robes d’artistes et de créateurs pour en savoir un peu plus sur leur relation particulière avec le style. Depuis quelques années, elles ont aussi débuté le projet « What’s underneath« , un segment vidéo de leur site web qui a fait beaucoup de bruit. Une fois de plus, elles invitent des personnalités de différents milieux créatifs à venir parler de leur relation avec le style, mais aussi avec leur propre corps, tout en les invitant à enlever un morceau de vêtement après chacune des questions. On se retrouve donc devant des témoignages particulièrement touchants et, plus souvent qu’autrement, …