Month: avril 2015

« Refus de témoigner : une jeunesse» – Ruth Klüger : récit de la Shoah au féminin

Le corpus des récits concentrationnaires est certes vaste, mais très peu de ces œuvres testimoniales ont été rédigées par des femmes. Ruth Klüger fait partie de ces rescapées. Bien plus qu’un témoignage de l’expérience des camps, dans son «Refus de témoigner : une jeunesse» publié en 1991, l’américaine d’origine autrichienne livre une réflexion sur ce que représentent l’acte commémoratif et le lieu de mémoire de la violence, mais aussi sur la place des femmes, dans l’Histoire comme dans la vie. C’est à travers une contre-posture extrêmement lucide et éminemment féministe que Klüger prend la parole et nous fait basculer à l’intérieur du train, dans un mémoire sans fard qui tend à «percer le rideau de barbelés que le monde de l’après-guerre a baissé sur les camps» (p. 97) C’est la première fois que je lis Ruth Klüger– et certainement pas la dernière. Malheureusement, cette auteure germanophone n’a qu’une seule autre œuvre (également autobiographique) traduite en français: «Perdu en chemin». À quand les traductions du reste de ses textes? Du coup, cette dame m’est devenue, l’espace …

Kafka sur le rivage

C’était il y a deux ans. Je venais de terminer la lecture de La Ballade de l’impossible (dont Martine a parlé ici!) et j’avais été conquise par la plume de Haruki Murakami, la profondeur de ses personnages, la simplicité de ses descriptions, la mélancolie qui traversait son récit. Un de mes collègues libraires, à qui j’avais fait part de mon appréciation du roman, s’était empressé de me mettre entre les mains Kafka sur le rivage, véritable petite brique littéraire. Enthousiaste, il m’avait dit: « Lis ça, tu vas capoter! » (En réalité, il m’avait plutôt servi une des savoureuses expressions absurdes dont lui seul a le secret, mais je sais que c’était précisément ce que ça voulait dire. J’allais capoter.) Il n’avait pas tort. J’ai adoré le roman, j’ai dévoré les 638 pages en quelques heures à peine. Parce que Kafka sur le rivage est, en bon québécois, « quelque chose ». Là, c’est le moment où je me sens un peu bête. Parce qu’il y a longtemps que je veux écrire une critique sur Kafka, que je veux …

Entrevue avec l’artiste de Womanstruation

  WOMANSTRUATION Ahhh les menstruations… ce moment que la plupart des femmes (et hommes) redoute. Nous avons chacun notre histoire face à ce phénomène biologique. J’ai appris à les accepter et à les «aimer» en quelque sorte et c’est un peu grâce à la coupe menstruelle (je vous en parle dans cet article). C’est aussi grâce à un travail de session à l’université. C’est dans ce même travail que j’ai découvert le blogue de cette artiste française, John Anna. Les messages qu’elle utilise dans l’ensemble de ses œuvres sont venus me chercher. Souhaitant en apprendre plus sur son travail et sur l’artiste, je lui ai posé quelques questions. ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ 1) Pouvez-vous me faire une brève description de qui vous êtes ? (Vos origines, votre travail, vos études) J’ai 23 ans. Je suis française. Je vis à Bordeaux depuis 7 ans pour mes études en design graphique. Je prépare actuellement une licence en design arts appliqués à l’université. 2) D’où est venue l’idée de créer ce blog et cette forme d’art ? Je n’ai pas créée cette forme …

Lire, voir et vivre l’America del Sur

C’est avec les yeux pleins d’eau qu’on a dit au revoir à la Bolivie. Elle nous avait tant donné, tant appris, qu’en quittant la ville je me suis sentie comme une voleuse, je dérobais quelque chose de précieux. J’ai pleuré sans relâche de l’auberge jeunesse jusqu’à l’aéroport. Une vraie Madeleine dans le taxi sous le regard perplexe du chauffeur. Partir m’avait semblé, à ce moment-là, tellement incongru. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard, ni seulement la faute de l’alcool, si je me suis trompée et que j’ai fait la file pour aller à Bogotá, et non à Montréal. Le douanier a senti nos haleines alcoolisées bien avant de nous voir. Il rit, fouille sommairement mon sac et joue un air sur la flûte de pan que j’ai ramenée. Voilà un adieu à l’image de mon voyage. Sur les routes de l’Amérique du Sud, j’ai cru mourir. Les trajets en lacets, au ras des falaises, et les glissements de terrain m’ont valu plusieurs serrages de mâchoires. Mais ces souvenirs ne sont pas les plus vifs, …

La très (trop) courte œuvre de Vickie Gendreau

Ça fera déjà 2 ans le mois prochain que l’auteure Vickie Gendreau a quitté ce monde. Beaucoup trop rapidement suite à une bataille contre une tumeur au cerveau (en forme de nuage, c’est elle qui le disait!) inopérable, car trop proche de son tronc cérébral, à l’âge de 24 ans. Vickie Gendreau aura été perçue comme une étoile filante pour certains, un volcan en éruption pour d’autres, dans le milieu artistique et littéraire québécois. Selon moi, il s’agit certes d’une étoile, mais d’une étoile sombre et magnifique. En 2012, lorsque le premier roman Testament a été publié,  on parlait énormément dans les médias de cette jeune femme à l’écriture crue et directe. On la comparait (beaucoup) aux auteures Marie-Sissi Labrèche et Nelly Arcan(pour leur style littéraire d’autofiction, le choix de sujets lourds et/ou leur passé commun) ou à la chanteuse Lisa Leblanc (pour son franc-parler, car elle n’a absolument aucun filtre elle aussi). Il y a eu énormément de critiques et de chroniques publiées sur elle et son fameux testament. On peut d’ailleurs encore voir son passage à tout le monde …

Quand le chaos aveugle

Dans les lectures les plus étonnantes de ma vie, il y a L’aveuglement de José Saramago, gagnant d’un prix Nobel. Mon professeur, en première année, nous avait expliqué brièvement l’histoire; un homme devient aveugle subitement au coin d’une rue et s’en suit une cécité globale dans la société… Je vous avoue que je percevais déjà de loin un récit près de la science-fiction et que je n’étais pas très motivée à entamer ma lecture. Or, lecture obligatoire oblige, je me suis mise à la lecture et d’emblée j’ai été séduite. L’ambiance du récit est attirante et c’est un des romans qui définissent le plus justement la grisaille entre le bien et le mal. Tout d’abord, l’oeuvre de Saramago est un paradoxe en elle-même, car s’entremêlent douceur, chaos, dureté et compassion. C’est le genre d’oeuvres où même le plus grand des chaos réussit à trouver lumière. L’histoire débute dans une ville inconnue, cela pourrait être Montréal comme Londres ou même Tokyo. C’est une ville moderne avec des immeubles à bureaux, des feux de circulation, etc. Ainsi, on se …

Moitié vrai, moitié père

Mimi, une jeune avocate agitée, anxieuse, exaspérée, hypersensible, maladroite et rêveuse, a le cœur qui déborde et une vie trop étroite pour elle. Heureusement, elle peut accuser son père pour tous ses maux! Son père autoritaire, abrupt, sarcastique, impossible… et au bout du rouleau. Mais le peut-elle vraiment? Son père est-il véritablement son père? Se lançant dans une folle recherche de ses origines familiales, Mimi remonte le cours du temps comme un saumon sa rivière, en gigotant pour éviter les hauts fonds. Du Québec à la France, on suit donc la quête d’un lâcher-prise aussi amusante que touchante et servie par une écriture simple sans être simpliste, juste et évocatrice. Mimi et son père sont aux antipodes l’un de l’autre, à en croire qu’ils ne sont pas vraiment de la même famille. Du moins, c’est de ce dont Mimi essaie de se convaincre, au point de partir en France à la recherche de celui qui pourrait enfin lui donner raison. Ce n’est pas sans surprise que rien ne se déroule comme prévu, que les réponses …

Green, glam et gourmande et le health mouvement

Mon amie Marjorie (oui oui, la Marjorie de votre super blog pref!), a pensé à moi quand elle s’est procurée le livre Green, Glam et Gourmande et elle me l’a prêté. Comme je suis super gentille, j’ai décidé de vous en parler, ben oui! 🙂 Voici donc mon analyse et critique de Green, Glam et Gourmande! La mode GREEN ou le vert dans tout les sens du terme. On pense donc légumes, légumineuses, mais aussi tout ce qui vient de la terre comme les céréales, les fruits, les épices et j’en passe. Le mouvement GREEN nous invite donc à mettre de la couleur, de la saveur, mais surtout de la varitété dans notre assiette, le tout en prenant aussi soin de notre corps, de notre âme en pratiquant le yoga et la méditation. Ce livre est comme une petite bible, il contient pleins d’infos pratiques sur les aliments, leurs bienfaits et des façons de les incorporer à notre alimentation. Il est certain que si vous commencez dans l’alimentation  »GREEN » vaut mieux y aller doucement. Certaines …

Chronique « Écrire l’indicible » – Une semaine de vacances de Christine Angot : écrire (et lire) l’inceste

Cette chronique vous présente des récits qui traitent de sujets difficiles, mais qui se doivent d’être partagés, que ça nous touche de près ou de loin. Parce que l’écriture permet de tout dire. Christine Angot est un monstre littéraire. Par monstre, j’entends le statut qu’elle a dans le milieu littéraire français, mais j’entends aussi le sentiment de peur, voire de dégoût qu’elle crée chez ses lectrices, parce qu’elle les amène toujours là où elles aimeraient mieux ne pas aller. Elle écrit d’abord L’Inceste, qu’elle publie en 1999 et qui obtient un succès immense. Il apparaît tout de même inimaginable qu’un livre qui raconte l’histoire incestueuse entre un père et sa fille (que l’on devine être Angot elle-même) gagne une place aussi importante dans le lectorat français… Une semaine de vacances paraît en 2012 et reprend la même thématique, mais d’une toute autre manière. Dans ce roman, l’écrivaine use d’une écriture clinique; le récit est d’une froideur limpide, comme si elle se mettait à distance, alors qu’elle sait que les lectrices en seront incapables. C’est qu’Angot …

So Blue– So Bluetiful Louise Lecavalier

Ouverture. Dans une atmosphère en suspens, une silhouette est tapie dans l’ombre, au fond, telle un félin guettant sa proie. Devant elle, des tapis sont disposés sous des raies de lumières bleutées. Une seconde bascule et, d’un seul élan, la silhouette se jette en avant, et l’espace d’une heure, emplira la scène de mouvements et d’arrêts, d’une flamme platine, d’un rituel secret qui s’élabore sous nos yeux au son d’une musique percutante. C’est la transe et Louise Lecavalier nous entraîne avec elle dans sa folie, dans un monde sans mots de l’autre côté de soi. Louise Lecavalier, tant sur la scène locale qu’internationale, n’est plus à présenter depuis un bon moment. Considérée comme l’une des plus grandes danseuses des temps modernes, elle a définitivement marqué le monde de la danse contemporaine, mais aussi les imaginaires de milliers de spectateurs. Depuis la production Human Sex de la compagnie montréalaise La La La Human Steps, qui l’a intronisée en 1985 au rang d’étoile, compagnie dans laquelle elle est la muse du chorégraphe Edouard Lock, Louise Lecavalier en …