Year: 2015

Deux auteures, deux visages de la Gaspésie – Partie I

La fille de Coin-du-banc À travers deux entrevues réalisées via la magie de l’Internet, je vous propose deux portraits d’écrivaines d’origine gaspésienne, Marie-Ève Trudel Vibert, auteure du roman La fille de Coin-du-banc et Joanie Lemieux, qui se cache derrière le recueil de nouvelles Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? (retrouvez la critique du livre dans un article paru précédemment). J’ai donc posé une série de dix questions aux deux jeunes femmes dans le but de mieux les connaître, mais aussi d’en apprendre d’avantage sur le métier d’écrivain et sur leur vision du métier. «Voici mes réponses, peut-être nébuleuses, à tes questions qui m’ont profondément fait réfléchir sur le coup. J’ai choisi, comme d’habitude, de traiter cela par de l’écriture automatique. Alors c’est ce que ça donne! » 1- D’abord, qui êtes-vous? Et quel est votre cheminement en quelques mots? Je m’appelle Marie-Ève Trudel Vibert et je suis née à Gaspé le 10 septembre 1983. Petite auteure, j’ai grandi à Coin-du-Banc, Corner of the Beach, un village aux portes de Percé bordé par une …

Les effets des Fables sur le stress

La relation que j’entretiens avec les Fables de Jean de La Fontaine m’est très chère. Nous sommes de vieux amis qui ne se sont jamais vraiment quittés. Voyez-vous, depuis que je suis haute comme quatre prunes, mon minuscule papounet de près de deux mètres me lisait et relisait quelques fables avant d’aller me coucher. Il me les lisait dans une édition de 1930, toute déchirée et réparée sommairement grâce à des bouts de papier collant transparent abusivement lustré. J’avais même un CD avec une vingtaine de fables racontées par Albert Millaire pour quand mon papa n’était pas là ! (Ma maman me lisait plein d’autres livres aussi, évidemment !) Vous imaginez bien que lorsque je suis arrivée en cinquième année et que mon enseignante, Caroline, avait demandé à la classe d’apprendre à chaque semaine une fable différente, j’ai pouffé de rire en morvant probablement un peu: bébé fafa! Je n’avais qu’à ressortir mon album et demander à mon papounet de me les faire réciter lorsque nous irions faire l’épicerie avec Grand-maman! J’ai donc passé de belles fins de semaine à …

Être dans leur univers

Je crois qu’il est important d’aimer son travail, et j’aime le mien. Parce qu’il me fait sentir bien et qu’il m’apporte plusieurs petites anecdotes. Je travaille aux côtés d’enfants géniaux. Des enfants qui m’apportent bonheur, qui me font rire et parfois perdre patience. À leur côté, je suis la meilleure humoriste qui soit. Ensemble, nous apprenons à côtoyer ces autres êtres humains. Ces autres gens si étranges et qui ne semblent pas nous comprendre. Il est rare qu’ils fassent preuve de démonstrations d’amour, parce que ce n’est pas naturel chez eux, mais ils réussissent d’une certaine manière à me démontrer qu’ils m’aiment. Le fait de prononcer mon nom est pour moi la preuve qu’il existe un lien entre eux et moi. J’ai parfois la chance d’avoir quelques câlins. J’en ai même la preuve, je finis souvent mes journées en ayant des restants de nourriture, de morve ou de peinture sur mes vêtements. J’ai avec eux de drôles de discussions, que ce soit sur les vidéos de Mater (l’acolyte de Flash McQueen) ou encore de la …

La tempête, de Gabriel Anctil vu par l’équipe du fil rouge

Cette lecture du mois de mars du défi En 2015, je lis un livre québécois par mois a été, en mon sens, la moins satisfaisante. Après avoir gouté à des univers féminins colorés et farfelus avec Catherine de La déesse des mouches à feu et Javotte, j’ai vite été déçue en tournant les pages de La tempête. D’emblée, l’idée d’un huis clos familial causé par le verglas m’avait charmée. Je ne sais pas si c’est parce que j’étais petite quand c’est arrivé, mais j’en garde un souvenir romancé. Plusieurs membres de ma famille étaient venus habiter chez moi, car ma maison était branchée sur la même ligne que les pompiers, alors on avait encore de l’électricité. Je me souviens d’avoir dormi dans le salon avec mes cousines et mon frère et qu’il y avait des matantes-mononcles partout chez moi. Contrairement à Jean, le personnage principal du roman, j’étais fort heureuse de tout ce brouhaha dans ma maison. Or, quand j’ai appris que l’histoire se passerait lors du verglas, j’étais heureuse d’avoir un point de vue plus …

Parler de Pauline Julien pour parler de nous

  Vendredi dernier, Martine et moi avons eu la chance d’assister à la pièce T’en souviens tu Pauline?, présentée par le théâtre archarnéE, à l’Espace libre. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre puisque mes expériences au théâtre sont plutôt sporadiques et peu fréquentes et ce, même si c’est un médium créatif que j’affectionne particulièrement. Je ne savais pas non plus à quoi m’attendre en apprenant que c’était une performance solo. C’est donc dans cette ambiance d’incertitude, mais également d’appréhension, que nous nous sommes rendues à l’espace libre, rue Fullum. À prime abord, on nous avertis que cette pièce n’est pas un hommage commun à Pauline Julien, ce n’est ni une performance où toutes ses chansons les plus populaires seront mises en scène, ni un conte anecdotique sur la vie de cette femme. Ça tombe quand même bien parce que de Pauline Julien, je ne connais pas grand chose. Ce que j’ai appris d’elle, mis à part l’évident fait qu’elle était chanteuse, est le fait que ce fut de son vivant une femme très …

Chronique « Écrire l’indicible »: Témoignage d’un héritage : Annie Ernaux et moi

Cette chronique vous présente des récits qui traitent de sujets difficiles, mais qui se doivent d’être partagés, que ça nous touche de près ou de loin. Parce que l’écriture permet de tout dire. En relisant L’Événement et Les Armoires vides d’Annie Ernaux, je me suis replongée dans ma propre expérience. Celle d’un avortement, alors qu’âgée de 17 ans je suis tombée enceinte et ai fait le choix d’interrompre cette grossesse. C’est aussi toute la question d’héritage du féminisme qui m’a amenée à me questionner et à remettre en perspective cet événement, pour utiliser les termes d’Ernaux. Elle en parle comme quelque chose de difficile, dans les circonstances qui étaient en place lors de la parution de son livre. Effectivement, l’avortement était alors illégal. Je vois en Ernaux, donc, une tentative de dire l’indicible, de rendre compte, non pas une, mais deux fois (de manière autobiographie d’abord, puis sous l’écriture testimoniale ensuite) de cette réalité obscurcie par les récits, mais aussi tenue à l’écart des discours. Pourtant, je ne me suis pas reconnue dans ces livres. Pour …

Pour un imaginaire du road trip québécois

L’Ouest a été mon tout premier amour. Après il y a eu l’Amérique du Sud et prochainement il y aura l’Asie, mais il a fallu commencer quelque part. Quatre jours de Greyhound bus, de Montréal à Vancouver, pour aller vivre le voyage que plus d’un Québécois décide de faire. L’image de la vallée d’Okanagan restera toujours un peu dorée pour moi, un souvenir agréable qui glisse sur la peau. Au retour de l’Ouest, j’ai longtemps espéré tomber sur un livre qui aurait relaté mon expérience. Je n’avais qu’à l’écrire, me direz-vous. Oui, tout à fait. Mais pour l’instant, par pudeur ou par simple lâcheté, mes écrits incomplets qui tiennent davantage du cadavre exquis que du roman resteront cachés. Les Kerouac, Djian et Bouvier de ce monde l’ont fait. Ils ont écrit la route, l’ont couchée sur papier. Du côté du Québec, les ouvrages Chercher le vent de Guillaume Vigneault et Volkswagen Blues de Jacques Poulin ont été mes premiers contacts avec ce genre de récit. Aujourd’hui, je peux affirmer que ces auteurs ont contribué à …

Sublimer une peine de cœur par la création

Sublimation : Transformation des pulsions internes en des sentiments élevés, en de hautes valeurs morales ou esthétiques. (Larousse) On a tous déjà entendu l’idée selon laquelle il faut souffrir pour créer une bonne œuvre. Dans un certain sens, c’est vrai. Un grand nombre de films, d’albums (Apprentie guerrière de Fanny Bloom, Des histoires de fantômes d’Hôtel Morphée, Le couloir des ouragans de Viviane Audet), de recueils de poèmes et de romans (Voyage léger de Mélissa Verrault) traitent, entre autres, du deuil amoureux. Pour la majeure partie de ces artistes, je ne crois pas que le thème du deuil ait été un choix, mais plutôt une sorte de grande pulsion de vie pour contrer la mort d’une partie d’eux. L’Homme est de nature créative et inventive (je ne suis pas seule à le clamer haut et fort) et ce, depuis la nuit des temps humains. C’est dommage de voir autant de gens le nier catégoriquement et fuir comme la peste les opportunités de création. Les artistes, eux, le savent et savent comment utiliser à bon escient ce …

La méditation – Un espace à soi

Il y a deux ans, mon coeur a commencé à palpiter. De grosses palpitations. J’ai commencé à avoir des crampes dans le pied gauche, et puis c’était tout mon côté gauche qui irradiait de spasmes. En même temps, j’avais une douleur à la poitrine qui ne démordait pas. Après quelques visites (d’urgence) à l’hôpital, qui se sont avérées inutiles, je me suis rendue à l’évidence. J’étais plongée dans une angoisse perpétuelle. C’était littéralement invivable, crise de panique après crise panique, la peur de mourir me collait à la peau, peau que je ne pouvais malheureusement pas quitter. J’étais prisonnière de moi-même, de mon corps qui disjonctait, de ma tête qui perdait sans cesse la carte. Mais le vrai problème avec les crises de panique, c’est que chaque fois que t’en fais une, ton cerveau « oublie» qu’il s’agit seulement d’une crise et tu crois fermement que c’est la fin de ta vie. On est vraiment mal foutu. J’ai essayé l’ostéopathie, la massothérapie, la chiropractie, les suppléments de magnésium, j’ai acheté des roches spéciales (malachite, quartz), …