Year: 2017

Regard sur une librairie d’ici: Drawn and Quaterly

En temps normal, mes visites chez Drawn and Quaterly sont synonyme d’après-midi chaleureux où, des heures durant, je me plais à parcourir ce joyeux fouillis composé d’ouvrages aux couleurs vives, à effleurer pour la énième fois ce cahier de notes tant convoité dont les pages ne demandent qu’à être noircies. Nous pouvons toujours trouver un coin où l’on peut bouquiner discrètement, tendant l’oreille à ce merveilleux silence, teinté par le doux crissement des pages qui se tournent et de conversations chuchotées à mi-voix. Les vieilles tables en bois, les étagères vacillantes, les nombreuses illustrations collées par-ci par-là sur les murs, ainsi que la fusée rouge (recueillant les albums de Tintin) posée tout au fond rendent l’espace encore plus charmant. Afin d’égayer ces premiers jours de décembre, ternis par le temps gris et la morosité de l’hiver, j’ai déposé l’espace d’un instant crayons de plomb, surligneurs et manuels scolaires pour me rendre dans l’une des plus jolies librairies montréalaises. (crédit photo: artreport.com) La bande dessinée à l’honneur  La maison  Drawn and Quaterly, fondée en 1989 par …

L’un comme l’autre, vous n’êtes probablement personne de Marie-Jeanne Bérard

C’est sur la route entre Montréal et Québec à 7 h le matin un samedi que j’ai ouvert Vous n’êtes probablement personne, premier roman de Marie-Jeanne Bérard (Leméac, 2016). L’esprit fatigué, j’allais assister à un enterrement. La neige s’est mise à tomber à la hauteur de Drummond. À Québec, c’était l’hiver. Au retour, j’ai terminé ma lecture. L’espace d’une journée, le texte de Bérard m’a accompagnée dans cet étrange rituel que l’on tend comme un pont entre la vie et la mort. Vous n’êtes probablement personne cadre les liens énigmatiques, à la fois distants et étrangement intimes, entre une jeune Montréalaise du nom d’Espérance et son maître de peinture japonaise, Toshio Ohta, de quarante ans son aîné. C’est avec une élégance singulière et un phrasé délicieusement fluide que se déplie le court roman de l’auteure québécoise. Par touches impressionnistes, celle-ci dépeindra l’univers épuré et infiniment silencieux du duo de personnages qui composent les tableaux en forme de vanité, semés de fleurs et d’instants diaphanes à peine chuchotés. Les chapitres se consomment à petites doses afin de se …

887 et la mémoire de Lepage

Paru le 16 novembre dernier, ce volume illustré de la dernière pièce de Robert Lepage, 887, réussit à immortaliser le brio de l’auteur. (Laurence a d’ailleurs parlé de ses impressions de la pièce ici.) Le défi, en portant le théâtre sur papier, était de ne pas dénaturer la mise en scène magistrale de Lepage ainsi que de réussir à conserver cette unicité si caractéristique de l’auteur : l’utilisation de la technologie. Savamment illustré par Steve Blanchet, 887 plonge dans les méandres de la pensée du Robert Lepage d’aujourd’hui, entrelacée de celle du petit Robert des années 60-70. Pour moi, le théâtre, ça commence ici: dans un lit à deux étages avec ma soeur Lynda dans une chambre d’enfant de l’appartement 5 du 887 de l’avenue Murray, dans le quartier Montcalm à Québec. […] Quand, tout à coup, l’un deux eut l’idée d’utiliser son ombre pour illustrer son histoire. À l’aide de la lumière des flammes, il fit apparaître sur les murs de la carrière des créatures plus grandes que nature. Les autres, ébahis, y reconnurent tour à tour …

Mieux se comprendre la peau, du dehors par dedans

Si vous avez un humain à découvrir cette semaine, c’est David LeBreton ! Coup de cœur assuré ! Anthropologue et sociologue français, LeBreton analyse, dissèque, cherche, propose tout et plus encore autour de l’être humain, sa mécanique et ses composantes. Dans « La peau et la trace, sur les blessures de Soi », il propose le corps comme une matière d’identité. Avec plus de quatre cent entretiens auprès de jeunes adultes, il nous propose diverses raisons de mise en jeu de notre peau et ce qu’on en fait. Ok, c’est flou pis un peu weirdo… j’arrive, j’arrive ! Roméo Castellucci (oh, tellement le 2e humain que tu devrais découvrir cette semaine !) disait qu’un stigmate que l’on porte devient plus fort encore que soi. Il finit par nous définir tout entier, il prend le premier pas sur l’être que nous sommes. Ce livre suit le même train de pensées. Est-ce que choisir de s’exprimer avec sa peau, son corps est signe d’un manque de langage? D’un manque de désir de langage? Altérer son propre corps, ne serait-ce …

Bonne fête Montréal!

Montréal, c’est… Le territoire non-cédé des Kanien’keha:ka (Mohawk), un endroit qui a longtemps servi comme lieu de rencontre et d’échange entre les nations. 1,8 million d’habitants : 40% francophone, 11% anglophone et 33% allophone. Une des deux seules villes, avec New York, où on ne peut pas tourner à droite sur une lumière rouge en Amérique du Nord. Une ville cycliste! (ou presque…) Le CH, club de hockey aimé par tous.tes! C’était les Expos, c’est de plus en plus l’Impact. Tellement de parcs! Heureusement qu’on peut patiner à cœur joie au parc Lafontaine en hiver et se faire des pique-niques arrosés au parc Jeanne-Mance l’été. Un métro qui ne fonctionne jamais assez tard pour nos sorties et rarement les matins qu’on a vraiment besoin d’être à l’heure! Tellement d’autres choses! Pour vous, c’est quoi Montréal? Vous allez bientôt être tanné.es d’en entendre parler, mais oui, Montréal va avoir 375 ans cette année! Afin de célébrer l’occasion et de réfléchir à cette ville où plusieurs d’entre nous habitent, les fileuses vous ont préparé une série d’articles sur …

L’envers de la médaille de Nadia; La petite communiste qui ne souriait jamais

Le mystère L’idée de base de ce roman avait tout pour piquer ma curiosité. Ici, Lola Lafon nous propose de lever le voile sur la vie de Nadia Comaneci, l’enfant prodige des Jeux Olympiques de Montréal. L’histoire de Nadia éveillait une double curiosité en moi. D’abord, j’étais curieuse d’en apprendre davantage sur la vie dans les pays de l’Est, sur la Roumanie communiste. Il me semble que l’URSS est entourée d’une aura de mystère et j’ai toujours envie de faire partie de ces initiés qui savent comment c’était de l’autre côté du mur. Ensuite, il y a la curiosité de connaître le parcours et les aléas d’une personne connue, qui a eu un destin qui nous semble extraordinaire. La narration Bien que ce soit une histoire romancée, où l’autrice interprète et parfois imagine ce qu’a pu être la vie de la gymnaste, parce que nous savons somme toute très peu de chose sur sa vie, j’ai été complètement charmée par ce récit/fiction. La force de ce roman réside dans sa double narration. La première est …

La femme rompue de Turin

Elena Ferrante, cette auteure italienne a été une véritable découverte pour moi en 2016. L’amie prodigieuse est une lecture marquante à laquelle je repense souvent et je ne suis pas la seule. Elle est devenue une célébrité en littérature internationale. Et ce, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons…  L’été dernier, j’ai passé quelques heures à Naples et je n’ai pu faire autrement que d’imaginer Lila et Elena dans les rues, à courir et à rigoler. Leurs personnages, leurs personnalités sont vraiment venues se forger dans ma tête et dans mon coeur… j’attend patiemment la sortie en format poche du deuxième tome de la série. D’ici là, j’ai décidé de me plonger dans un autre de ses romans traduit en français, Les jours de mon abandon. Ce roman raconte l’histoire d’Olga, une femme de trente-huit ans, mère de deux enfants, qui a consacré sa vie à sa famille et qui s’est ainsi mise de côté. Un beau midi, son mari lui annonce qu’il la quitte. Rien de plus classique, voire banal et, disons-le, …

Royal : obsessions d’un petit roi

Le milieu du droit en est bien un que je ne comprendrai jamais, même après avoir vu mon ancienne colocataire passer à travers trois ans de bac. C’est de cette incompréhension pour le milieu que m’est venue l’envie de lire Royal. Je voulais comprendre, un peu, ce que c’était. J’avais entendu des histoires d’alcool, des trucs pas très catholiques, sans plus. En me plongeant dans le second roman de Jean-Philippe Baril Guérard, j’ai tout de suite été absorbée par l’histoire, son ampleur et son absurdité. La faculté de droit de l’Université de Montréal est le dépotoir de l’humanité. Tu le sais : t’en es le déchet cardinal. Tu viens de commencer ta première session, mais y a pas une minute à perdre : si tu veux un beau poste en finissant faudra un beau stage au Barreau et si tu veux un beau stage au Barreau faudra une belle moyenne au bacc et si tu veux une belle moyenne au bacc faudra casser des gueules parce qu’ici c’est free-for-all et on s’élève pas au-dessus de la …

Comment rire avec un enfant un peu trop curieux

Après Un ange cornu avec des ailes de tôle et Bonbons assortis, Michel Tremblay revient avec des moments tirés de son enfance grâce à son petit dernier, Conversations avec un enfant curieux.  Déjà, en regardant la couverture, on retrouve l’époque des photos en noir et blanc, des uniformes d’écoliers et des bas blancs. Cette photo du petit Michel de 3 ans nous fait replonger aisément dans le passé de notre auteur prolifique et on sent que la lecture va être délectable… et elle l’est. Conversations avec un enfant curieux est un petit bijou de souvenirs. Chacun des nombreux chapitres porte sur un instant dialogué entre Michel et des personnes qui ont animé son enfance: sa mère, sa tante, les petites voisines, son institutrice, etc. Le petit Michel est décidément un enfant bien éveillé, posant ces millions de questions qui font le charme et la candeur des plus jeunes, cherchant à comprendre toutes les facettes de sa vie. Et ce, même si les adultes n’ont pas nécessairement la réponse qui va le satisfaire. «Je voulais écrire sur l’irréductible pensée qui nous habite …

Mon top 5 de romans policiers

Il y a quelques mois, ma collègue fileuse Marjorie écrivait un article sur la snoblitt, et nous demandait de lui faire une confession littéraire. Je me suis donc avouée fan de littérature policière, non sans gêne. J’ai toujours cette impression que ce type de littérature est boudé par les grands Littéraires de ce monde, par ses lois, qui, je l’avoue, me gossent pas mal. La honte, de lire de la littérature jeunesse, toi, étudiante en littérature! Quelle abomination de lire des romans fantastiques, ô toi, futur.e grand.e philosophe! *Soupir* On oublie souvent ce que signifie le plaisir de lire : tant mieux si certain.e.s sont heureux.euses de passer la nuit à lire Madame Bovary, mais personnellement, ce sont les romans policiers qui me tiennent éveillée. Non, pas seulement parce qu’ils sont apeurants, mais aussi parce que ces auteur.e.s maîtrisent à la perfection le jeu du cliffhanger, cet art qui nous force à tourner la page, même quand on se dit qu’on se lève à 6 h le lendemain matin. Je me fais toujours un immense …