All posts filed under: Littérature étrangère

Cette tristesse qui ne te quitte plus

Dans ce premier roman de l’auteure et mannequin française Loulou Robert, on y découvre de la pure et vraie tristesse. La jeune Bianca a été retrouvée les poignets ouverts dans la salle de bain de ses parents, et depuis se trouve à Primivères, un hôpital psychiatrique pour enfants. Elle y croise des cas d’inceste, de dépression ou comme le sien, d’anorexie mentale. Bianca pourrait facilement tomber dans les clichés noirs de l’adolescence, mais c’est vraiment plus que ça. La construction du personnage est profonde et nous entraîne dans des sentiers noirs, quoique maintes fois écrits et lus, d’une façon juste et incroyablement sensible. Le personnage de Bianca, la jeune adolescente mal dans sa tête et dans sa peau, qui voit tout en noir trouvera tout de même un certain réconfort dans cet hôpital qui deviendra tout doucement sa deuxième maison. Avec un père distant et une mère alcoolique, elle souffre d’anorexie mentale depuis assez longtemps. Elle est entraînée dans un cercle vicieux où la mort n’est plus si inaccessible que cela. Il y aura aussi l’amour …

Gabriel García Márquez et les effluves caribéennes

Il y a des romans qui vous font voyager gratuitement dans des contrées éloignées et dans des univers singuliers, qui vous font rêver à un ailleurs fabuleux et qui vous déstabilisent en douceur de votre quotidien en vous amenant là où vous n’aviez jamais pensé aller sans bouger de votre salon. Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez vous transporte loin de la réalité québécoise, mais met en scène un monde si humain, intemporel et universel qu’il donne l’impression finalement que tout se passe juste la porte à côté. Le roman relate l’histoire de la famille Buendia sur six générations, dans un village isolé d’Amérique du Sud, Macondo. La famille Buendia, qu’un gitan a condamnée à cent ans de solitude, est emportée dans un tourbillon de révolutions, de guerre civile, de violence, de richesse, de naissances, de pertes et d’histoires d’amour tragiques. Tout au long du roman, tous les personnages sont prédestinés à souffrir de la même solitude; ils finissent pratiquement tous seuls, tristes, mais vidés par une existence trop intense. « Il mourut de …

Elena & Lila : une prodigieuse amitié

J’aime beaucoup les romans qui suivent les personnages sur de nombreuses années, voire des décennies, ça nous permet davantage nous y attacher, comprendre leur complexité et se faire une idée bien claire de ce que l’histoire raconte. Dans L’amie prodigieuse, Elena Ferrante se lance dans une saga où les deux personnages principaux, Lila et Elena seront suivis sur près de cinquante ans. Dans ce premier tome, elle y traitera de leur enfance et de leur adolescence. Tandis que dans le deuxième tome, Le nouveau nom, les jeunes filles deviennent des adultes. Or, L’amie prodigieuse débute au présent, quand le fils de Lila téléphone Elena, qui a plus de soixante ans, pour lui demander si elle sait où est sa mère. Ainsi débute l’entreprise littéraire du roman, Elena tentera de nous décrire le plus fidèlement possible son enfance et son adolescence à Naples, vers la fin des années 50, et ce, en racontant une des plus belles histoires de loyauté, comme de jalousie, sa puissante et chaotique amitié avec Lila. Dans un quartier pauvre et défavorisé, les …

39 longueurs dans une piscine en Grèce

Elle nage 39 longueurs, une pour chacune des années de sa vie. Elle nage et réfléchit. Fait le point sur son existence. Kat est en Grèce, son pays natal, avec sa fille, adolescente éprise des premiers émois amoureux et érotiques. Kat pense à sa relation avec le père de sa fille, à leur séparation et à l’infidélité. Elle pense à son rapport à sa fille, à la maternité et avec ce que cela a eu comme impact sur son couple. Sur son identité de femme. De l’autre côté de la piscine, il y a sa fille, magnifiquement pure, qui se fait courtiser par un jeune homme et qui a encore en elle toute l’espérance naïve des relations amoureuses. Kat, en nageant, tente de trouver le moment exact/précis où son couple s’est brisé. Elle cherche la parole, le geste, le regard qui est venu changer l’entièreté de leur avenir. Bien convaincue de l’importance de plonger dans ses souvenirs pour trouver la nuance qui vient expliquer ce besoin si grand de venir en Grèce, avec sa fille. De prendre du recul face au quotidien. Marianne Apostolides …

L’art d’écouter son coeur…

Il peut arriver dans la vie quelque chose comme un tournant catastrophique, lorsque le monde tel qu’on le connait cesse d’exister. Un moment qui fait de nous quelqu’un d’autre, en l’espace d’un battement de cœur. Ma dernière lecture parle d’amour, du vrai, celui qui transcende le temps et même tous les sens et vous fera fort certainement verser quelques larmes (je sais, je pleure tout le temps!). Il y a des livres que nous savons que nous allons aimer dès l’instant où l’on y pose les yeux dans une librairie. L’art d’écouter les battements de coeur de Jan-Phillipp Sendker est exactement ce genre de livre et il ne déçoit pas. Une des raisons principales pourquoi ce livre est tombé entre mes mains, pour être bien honnête, c’était surtout, car son histoire se déroule dans un pays dont je rêve depuis de nombreuses années, la Birmanie. Un pays tellement peu connu et mal aimé, mais qui me semble tellement fabuleux quand je regarde les rares images sur celui-ci. Ensuite, car après quelques lignes, j’ai compris que …

Hiroshima, une ville d’amour malgré tout

En 1945, Hiroshima était la cible d’une attaque atomique des États-Unis. En 1959, Resnais réalise un film anti-guerre, Hiroshima mon amour, dans le but de réconcilier les peuples, mais à la fois de créer un poème d’amour et de mort. C’est Marguerite Duras qui scénarise le film à la demande du populaire défunt réalisateur. « Je me souviens de toi. Cette ville était faite à la taille de l’amour. Tu étais fait à la taille de mon corps même. Qui es-tu? Tu me tues. J’avais faim. Faim d’infidélités, d’adultères, de mensonges et de mourir. Depuis toujours. Je me doutais bien qu’un jour tu me tomberais dessus. Je t’attendais dans une impatience sans borne, calme. Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir. » En parcourant les allées de la librairie de mon quartier, j’ai décidé d’acheter le roman Hiroshima mon amour, pour finalement pouvoir goûter à l’écriture de la grande Marguerite Duras, dont j’avais longtemps entendu les mérites et les éloges. Quoi …

L’insoutenable légèreté de l’être

« Son drame n’était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être. » L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera n’est pas un roman léger. Je ne conseillerais pas de le lire à la plage par exemple. C’est un livre qui se savoure et qui demande de prendre son temps. Il faut se concentrer car chaque phrase est lourde de vérité et plonge dans une réflexion mélancolique. Je l’ai découvert à l’adolescence dans la bibliothèque de mes parents et j’en avais été bouleversée. C’était mon premier roman mature; un vrai roman d’adulte dans lequel je ne comprenais pas encore tous les passages. Mais je percevais qu’il existe une diversité des points de vue chez les gens à un âge où on pense toujours qu’on a plus raison que les autres. J’ai vu qu’un mot simple comme Amour peut avoir tellement de définitions différentes dans l’imaginaire d’une personne et il faut essayer de se mettre à la place de l’autre pour parvenir …

Le destin tragique des amoureux

Racine, c’est lourd. – Un gars qui a pas le préjugé à la bonne place. J’ai connu Racine à 14 ans, au coin St-Jean et Turnball à Québec (feu le Colisée du livre). J’avais acheté deux, trois bricks à la reliure en décomposition parce que, déjà, je savais que je deviendrais comédienne. Il fallait que je me prépare, que je connaisse mes classiques. Parce que le théâtre, c’est sérieux. Point. Je n’ai jamais ouvert un livre de Racine avant mes 18 ans. Je clamais haut et fort que c’était cool lire Racine, que moi aussi je rêvais de jouer Phèdre alors qu’au fond, je ne comprenais rien de son œuvre. Absolument rien. Je n’arrivais pas à trouver de sens dans ses jolies suites d’idées et dans ses phrases habilement maîtrisées mais particulièrement bourrées d’adjectifs. Plus tard, j’ai compris que ces regroupements d’idées portaient un nom : alexandrins. J’ai aussi compris que les tragédies de Racine sont celles que nous vivons quotidiennement. Ce sont celles qui habitent notre cinéma, qui font en sorte qu’Unité 9 persiste encore …

L’adoration des beaux habits (et d’Instagram)

Dans son dernier roman, Sophie Fontanel nous entraîne dans un monde des plus facilement jugé ; celui de la mode. La vocation joint deux histoires, soient celle de Sophie, rédactrice au magazine Elle, et celle de son arrière-grand-mère Méliné, Arménienne arrivée à Paris avec sa mère Knar. Cette jonction entre le présent et le passé s’incline aussi entre la fiction et le réel. Sophie Fontanel ayant réellement été à la tête du Elle magazine, s’est inspirée de son expérience pour écrire l’histoire au présent. Pour la partie au passé où elle traite du parcours de son arrière-grand-mère, elle a puisé dans la fiction, malgré la réelle existence de cette femme amoureuse des beaux vêtements. Allez fouiller le mot-clé #LavocationSophieFontanel  sur Instagram, l’auteure a eu la généreuse idée de partager des archives familiales qui viennent sceller l’entreprise littéraire de cet ouvrage. Sous un fond de crise migratoire, la famille de Sophie est fascinante par son rapport à la vocation, à ces passions qui rendent la vie plus belle, plus endurable. Méliné est fascinée par les magazines de mode, par …

Autour de ton cou ; la réalité nigérienne dévoilée

Une des découvertes les plus frappantes de 2016, et ce même si l’année ne fait que commencer, est l’oeuvre de Chimamanda Ngozi Adichie. L’année dernière, Marjorie a parlé de son essai We should all be feminists et plus tôt cette année, Marion a écrit une critique d’Americanah, son plus récent roman. Je les remercie donc de cette découverte parce que c’est le coeur plein de gratitude que j’ai refermé Autour de ton cou, un recueil de nouvelles. Ça faisait un bon moment que je n’avais pas découvert une plume des plus singulières, mais aussi une perspective des plus négligée. À priori, je ne lis jamais de nouvelles. Simplement parce que j’aime les longs récits où on prend le temps de se plonger dans le quotidien d’un personnage et cette lecture m’a rappelé ce sentiment. Dans Autour de ton cou, j’aurais pris un roman entier pour chacune des nouvelles écrites. Voyons le positif ; cela m’a justement donné envie de lire les romans de l’auteure. Néanmoins, il y a dans les nouvelles de Ngozi Adichie un …