All posts filed under: Littérature étrangère

Correspondance chinoise à trois

Il existe des peines et des joies à vivre en colocation. Celle que je vis présentement avec quatre formidables humains amène un plus grand lot de joies que de peines. Parmi ces joies vient celle de partager nos piles de livres qui vivent un peu partout dans la grande maison. Ce matin, au lendemain d’une épluchette de maïs, avec le temps qui était à la pluie, je me sentais l’envie d’errer en traînant les pieds sur le tapis du salon et de parcourir les titres de tous ces livres qui font un peu partie de ces gens avec qui j’habite. Tous les livres que nous avons lus ou que nous désirons lire, même, laissent leurs traces en nous et nous construisent un peu. Entrer dans la bibliothèque d’un autre, c’est un peu ouvrir la porte de son âme, à plus ou moins petite échelle et selon les gens et les genres littéraires. Les livres sont là, offerts, prêts à être empruntés, à être lus, à être partagés. Depuis que les heures diminuent à la galerie, …

Mon amour pour Anna Karénine

J’ai découvert Anna Karénine au secondaire en écoutant une série télé où une citation de l’auteur y était mentionnée, mais quand j’ai vu cette grosse brique de littérature russe trainer sur l’étagère de la librairie, j’ai vite perdu espoir en me disant : « Quand je serai plus grande. » Et bien je suis plus grande maintenant, et malgré que j’aie terminé cette lecture il y a plus d’un an, ce livre m’a marquée à un tel point que tout est encore clair dans ma tête. C’est probablement l’un des meilleurs livres que j’ai lus de toute ma vie, et c’est à ce moment que mon amour pour Tolstoï a commencé. L’histoire de Tolstoï est habilement construite dans ce roman. Malgré le titre qui porte le même nom que la protagoniste principale, on pénètre l’univers de trois couples de la haute société de Petersburg : Kitty et Lévine, Daria et Oblonski et finalement Anna, Alexis et Vronski. Les trois histoires se partagent parallèlement les 858 pages, si bien qu’il est difficile de passer d’une histoire à l’autre …

Wild ou le pèlerinage introspectif

Je voulais une lecture sympathique pour l’été, rien de trop aride qui me ferait m’endormir dans le métro le matin en allant au travail. Ma sœur m’a prêté son exemplaire traduit en français de Wild par Cheryl Strayed, écrit en 2012. Comme j’avais déjà vu le film de Jean-Marc Vallée et que j’adore les adaptations cinématographiques (je n’ai aucun problème à lire le livre après avoir vu le film), je me suis lancée dans la lecture de cette brique de presque 500 pages en format de poche. Wild est exactement ça : une lecture estivale qu’il est agréable de lire dans le métro. C’est une histoire inspirée de la vraie vie de l’auteure; le personnage principal, Cheryl, est une jeune femme divorcée qui entreprend une longue randonnée sur la côte Ouest des États-Unis, de la Californie à l’état de Washington. Le style du roman est simple, la trame narrative est quelque peu redondante. Il n’y a pas de grandes envolées, pas de grands suspenses. C’est un livre sur un pèlerinage introspectif et d’acceptation de soi. La trame …

L’importance d’un journal intime constant

Le journal intime est un passage obligé, un rituel auquel se prêtent les jeunes filles angoissées par ce qui les entoure, mais aussi par l’idée de devenir des femmes et de devoir affronter ce qui les attend. Le journal intime est aussi, dix ans plus tard, la source d’une analyse sans merci de notre jeune moi. Et c’est alors que l’angoisse de ne pas avoir changé, la honte d’avoir écrit des choses niaiseuses et les fous rires de nos premiers kicks viennent prendre le dessus. On oublie souvent qu’écrire, peu importe la façon, est un procédé créatif. Le je me moi, même avec sa banalité, peut nous permettre dans nos moments les plus inventifs de redécouvrir une partie de soi et de l’exploiter pour en faire quelque chose de beau et de sincère (voir la chronique de Marjorie ici).  C’est d’ailleurs le procédé utilisé par Lena Dunham pour son tout dernier livre, Is it evil not to be sure? Petit livret bonbon de 50 pages publié ce printemps, Lena nous revient avec des extraits de son …

Avez-vous déjà souhaité être quelqu’un d’autre ?

Qui n’a pas un jour souhaité être quelqu’un d’autre? Je ne parle pas ici d’une grande star Hollywoodienne, un athlète olympique ou le PDG d’une grande boîte… uniquement le souhait d’être soi-même, mais version améliorée? Intriguant, non? Encore une fois, je ne parle d’un soi-même version améliorée avec des supers pouvoirs, mais bien uniquement de celui ou celle que vous avez toujours désiré être mais que vous avez toujours repoussé du revers de la main ou mis au fin fond de votre esprit. C’est exactement ce que propose ma dernière lecture, avec le roman Quelqu’un d’autre de Tonino Benacquista. J’ai toujours adoré cet auteur dont j’avais parlé ici, et encore une fois j’ai dévoré ce roman dans le temps de le dire. On retrouve dans ce roman 2 antihéros à l’aube de leur quarantaine, en pleine crise identitaire, Nicolas et Thierry, qui l’espace d’un match de Tennis suivi d’une bonne cuite d’après-match décideront de changer leur vie à jamais. C’est sous l’effet de l’alcool bien avancé, qu’ils se feront des aveux sur leur vie respective qui …

Mémoire de fille : réécrire le passé

Annie Ernaux, je l’aime d’amour. Lorsque j’ai appris qu’elle lançait un nouveau roman cette année, je voulais bien entendu le lire, mais je tenais aussi à le conserver pour le parfait moment. J’avais hâte, mais surtout je voulais en profiter. C’est donc pas plus tard qu’en juillet que j’ai décidé de me lancer dans Mémoire de fille. Dans ce texte, elle tente de raconter l’été ’58 où elle a travaillé dans une colonie de vacances, l’été de sa première relation sexuelle et la façon dont la jeune fille en elle a vécu cet épisode qui est devenu un moment des plus marquants dans sa vie. Ce que j’aime le plus de l’oeuvre d’Ernaux, c’est l’universalité dans les thèmes les plus intimes. Elle réussit à parler de choses qui arrivent tous les jours comme l’amour, l’avortement, le premier rapport sexuel, mais avec tellement de justesse qu’elle en fait presque une représentation sociologique d’une société marquée dans le temps. Dans Mémoire de fille, on est avant la révolution de mai ’68 et on y découvre toute la …

La vie est brève et le désir sans fin

« Il a besoin d’avoir une histoire. Tous les hommes, à un moment donné, ont sans doute besoin d’avoir une histoire à eux, pour se convaincre qu’il leur arrivé quelque chose de beau et d’inoubliable une fois dans leur vie. » Chaque page du roman de Patrick Lapeyre La vie est brève et le désir sans fin m’a laissée songeuse. J’aimerais écrire un livre si simple, mais vrai. Louis Blériot, un traducteur à son compte, perdu, un peu insignifiant et écrasé par sa femme à la carrière fortunée, a eu une aventure avec une jeune anglaise, Nora. Puis, elle a disparu du jour au lendemain, à Londres vivre avec un autre homme, plus riche et plus rationnel, Murphy. Deux ans plus tard, alors que Louis se réhabilitait à sa vie conjugale monotone, elle réapparait. Le roman raconte alors la nouvelle descente de Louis et Nora dans le gouffre vertigineux, dangereux et captivant du désir adultère, tout en nous montrant la situation désespérée de Murphy qui n’accepte pas l’abandon de Nora. Les deux hommes se retrouvent alors dans …

Belva Plain et ses incontournables

Depuis mon enfance, j’ai la chance d’être entourée de livres, constamment. Chaque pièce de la maison, outre les toilettes, a des nombres incalculables de livres. J’enviais les romans de ma mère puisqu’ils étaient ceux de « grandes personnes ». Il n’y avait pas d’illustrations et ils contenaient plusieurs centaines de pages. À l’âge de huit ou neuf ans, j’ai décidé de faire la lecture d’un des romans de ma mère. Le roman que j’avais choisi m’attirait énormément, car il était uniquement vert foncé. Il n’y avait pas d’images sur la couverture ni aucune inscription sur la quatrième de couverture. Tout ce qu’on pouvait lire sur le rebord du livre était « Belva Plain », c’est-à-dire le nom de l’auteure. J’ai commencé à feuilleter quelques pages quand ma mère m’a surprise avec le bouquin. Elle m’avait dit qu’il n’était pas de mon âge. Elle m’a réprimandée de ne pas toucher à ses bouquins et m’a promis qu’un jour les portes de ses bibliothèques maison me seraient ouvertes. J’étais assez déçue, car en faisant le survol de Plain, j’ai pu découvrir que le …

Les méduses ont-elles sommeil?

Hélène est sous l’emprise d’une ennuyante solitude et, égarée au cœur de sa propre personne, elle ne sait mettre des mots sur son identité à l’exception de transparente ou bien de celles que l’on oublie dans un supermarché. À 18 ans, elle quitte Trapellun — anagramme de nulle part — pour la capitale française, en quête de devenir quelqu’un, d’exister. À Paris, elle fait des rencontres qui lui donnent enfin le sentiment d’être vivante : Marie et Coco. MDMA et cocaïne. Elle qui caressait le rêve d’être actrice ne se rend pas jusqu’à l’école de théâtre avant de goûter au plaisir instantané, mais éphémère de la drogue. Marie lui donne l’impression d’être fantastique, belle et intelligente. Alors, à quoi bon travailler? Les méduses ont-elles sommeil? est le récit d’une jeune femme qui se cherche et qui bifurque dans un paradis artificiel, dans les bas-fonds de la vie nocturne parisienne. C’est aussi le récit semi-autobiographique de sa jeune auteure, Louisiane C. Dor, qui a écrit un roman inspiré d’une partie difficile de sa vie afin de sensibiliser les gens …

Le meilleur reste à venir; l’éveil d’une militante

Enitan et Sheri sont deux jeunes filles en rupture contre l’ordre et le désordre d’un Nigeria à peine sorti de la guerre du Biafra, un pays où se succèdent coups d’Etat militaires et régimes dictatoriaux. Deux jeunes filles puis deux femmes qui, du début des années 1970 au milieu des années 1990, veulent échapper à l’enfermement d’une société oppressive et machiste. Sheri, belle et effrontée mais blessée à jamais, choisira l’exubérance et la provocation. Enitan tentera de trouver son chemin entre la dérive mystique de sa mère, l’emprisonnement de son père, sa carrière de juriste et le mariage lui imposant, en tant que femme, contraintes et contradictions. J’ai entamé Le meilleur reste à venir de Sefi Atta parce que j’avais envie de découvrir de nouveaux auteurs et que la littérature de l’Afrique de l’Ouest me semblait riche et vaste. Je n’avais jamais vraiment lu de littérature nigériane, si ce n’est de Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie. Martine a lu Autour de ton cou, alors que Marion a lu Americanah et toutes deux ont …