All posts filed under: Littérature québécoise

Anima, ou la quête pulsionnelle des origines

Il y a quelques années, j’ai visionné le film québécois Incendies, réalisé par Denis Villeneuve. La fin m’a vraiment secouée, car elle m’a forcée à aller ailleurs, dans une zone sombre dont je n’anticipais pas l’existence; j’y pense encore régulièrement, car comme certains d’entre vous le savent déjà, j’adore être bouleversée par l’art. J’ai par la suite appris qu’il s’agissait d’une adaptation de la pièce du même nom, écrite par l’auteur Wajdi Mouawad. N’éprouvant pas vraiment de plaisir à lire du théâtre (je préfère, de loin, assister à une pièce pour en savourer le texte porté par les comédiens), je n’avais jamais été tentée de découvrir les écrits de Mouawad. C’est plutôt quand il a fait paraître le roman Anima, en 2012, que je me suis lancée pour la première fois. « Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme …

La chambre verte: destructrice avarice

La Chambre verte est un roman bien difficile à décrire: est-ce une saga familiale ou un roman gothique? L’auteure veut-elle nous faire rire ou nous apprendre une leçon? Eh bien au final, c’est peut-être un peu de tout ça qui se retrouve dans le roman de Martine Desjardins, déjà bien connue du paysage littéraire québécois. L’auteure nous fait plonger dans un univers bien particulier: l’histoire de la famille Delorme, obsédée par l’argent et par les économies, est campée dans le vieux manoir familial, où se trouve la fameuse chambre verte, coffre-fort qui abrite la fortune des Delorme. Or, ce manoir tient un véritable rôle dans l’histoire: la maison est un personnage, est parfois la narratrice de cette histoire, et pose des actions qui ont un véritable impact dans le récit! C’est donc parfois elle qui nous guide à travers la vie de ces personnages excentriques, aux obsessions délirantes. On entre aussi dans le Montréal des années 1900, alors qu’on présente l’histoire des ancêtres de la famille Delorme. Les lectrices découvrent comment s’est déroulée la construction du chemin …

Summerlove fraichement pressé

Le 22 avril dernier, j’assistais au lancement du tout premier numéro du magazine Les Pressés. Il s’agit d’un magazine créé par deux finissants du programme de Communication et médias, le petit nouveau du collège Rosemont. Nicolas Sarganis et Éloïse Krumke se sont donné l’imposant défi de créer un magazine et d’en organiser le lancement, tout ça le temps d’une seule session scolaire. On peut dire qu’ils ont réussi! Le magazine (papier!), sous le thème du Summerlove, est rafraichissant et divertissant. Ils ont eu la chance de se faire conseiller par les gens d’Urbania et d’avoir comme principale collaboratrice la charmante Sarah-Maude Beauchesne, qui s’y connait en summerlove, après Coeur de slush et Lèche-vitrines. La soirée de lancement, qui se déroulait au bar M sur St-André, était aussi plutôt amusante. Comme c’était l’épreuve finale du projet scolaire, on sentait la fébrilité et, un peu tout de même, le soulagement d’y être arrivé. Les jeux de mots sur être pressé, être dans le jus, citron pressé fusaient de part et d’autre. Les invités sont d’ailleurs tous repartis …

Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie

C’est le milieu de la nuit et j’ouvre J’t’aime encore écrit par Roxanne Bouchard (Nous étions le sel de la mer). Je commence à lire, je souris, je ris, je pleure même un peu et je referme le livre. C’est déjà terminé. Je suis passée plus vite à travers celui-ci que si j’avais vu la pièce de théâtre se dérouler devant mes yeux. Je parcourais les allées de la librairie Alpha située à Gaspé quand m’est tombé dans les mains ce coloré petit livre, que j’avais vu circuler à quelques reprises sur les réseaux sociaux. Comme j’avais bien apprécié ma lecture du précédent ouvrage de l’auteure, originaire de Saint-Jérôme, j’étais tentée de me perdre dans les pages de ce monologue amoureux. Après tout, l’amour n’est-il pas l’une, sinon la quête d’une vie humaine? À travers tout le reste et peu importe notre nationalité, nos valeurs, nos coutumes et notre manière de vivre, le grand thème de l’amour vient nous renverser le cœur à un moment ou à un autre et même parfois, souvent plus d’une …

Des kilomètres de souvenirs en bus voyageur

J’ai de la chance. Grâce à mon travail d’infirmière à domicile, je développe des liens avec une multitude de personnes au passé singulier. Je leur prête mon oreille attentive et elles me partagent généreusement des pans de leur existence. Ainsi, elles semblent se délester d’un peu de bagages lourds qu’elles traînent depuis longtemps. Probablement en prévision du dernier grand voyage. J’imagine qu’en vieillissant, on doit vouloir prévoir notre dernier grand droit avec un cœur plus léger. Et c’est alors que Vasyl est entré dans ma vie, cette fois en ouvrant le dernier roman de l’auteure québécoise Judy Quinn, Les mains noires. Vasyl a commencé par me raconter sa vie à la gare d’autobus de Montréal, en attendant au quai numéro six en direction de Québec. Il doit faire le voyage pour voir son fils Tassik, avant qu’il ne parte pour l’Afghanistan ce même jour. Durant le trajet sur la 20, autoroute pour laquelle il ne porte plus son attention puisqu’il l’emprunte depuis 35 ans, il a pu me transporter encore plus loin, soit dans son …

Vi de Kim Thúy : Récits d’exils et recherche d’identité

Suite à la constatation que nous étions plusieurs collaboratrices admiratrices du travail de l’auteure Kim Thúy, nous nous retrouvons donc avec deux réflexions sur son dernier roman ! En espérant que vous l’aimerez tout comme nous! Ce que Marion en a pensé: Mon plaisir de lire la dernière oeuvre de Kim Thúy s’est combiné rapidement avec celui de retrouver son univers narratif, familier, composé de petits fragments d’histoires, d’exil, de rencontres, d’observations anecdotiques ou dramatiques, que nous avions déjà dans Ru et Mãn. Et malgré les petits bouts de récits qui composent le roman, c’est davantage un fil d’histoires, toutes reliées entre elles, que nous propose l’auteure, ce qu’elle affirme dans une rencontre à la librairie Paulines, à laquelle j’étais présente. Celle-ci avoue même écrire son roman tout d’un bout, et que c’est ensuite l’éditeur qui divise l’histoire en petits fragments, qui deviennent en quelque sorte porteurs de l’identité de l’oeuvre de Kim Thúy. À la lecture, on peut percevoir ce fil conducteur, qui se traduit autant par la filiation qui relie les personnages entre eux, que par …

Tarmac ou l’adolescence en banlieue nord-américaine

Pour agrémenter votre lecture… Tarmac, le deuxième roman de Nicolas Dickner (publié en 2009, après un ouvrage collectif signé d’un pseudonyme), est un livre « hommage » aux années 1990. Alors qu’on voit depuis quelques années un retour en force des années de gloire des Spice Girls et du grunge (surtout en musique et en mode), Dickner sort des boules à mites une décennie sombre, marquée par les conséquences de la guerre froide, où règnent en maître le béton et les bungalows. Nous sommes en banlieue-dortoir, la canicule est pesante, les condos sans âme poussent comme des champignons : c’est l’envers du rêve américain. Dans Tarmac, on suit les aventures de deux adolescents Louperivois, Michel Bauermann et Hope Randall, à l’humour cynique et cassant, mais toujours juste. Entre les cours au cégep, les beuveries au bar local et les baignades à la piscine municipale, Michel et Hope s’intéressent aux bunkers, à l’énergie nucléaire, aux nouilles ramen, aux bombes atomiques, aux menstruations, aux actualités internationales meurtrières, à la date de la fin du monde. Des adolescents normaux, quoi. Sans l’ampleur …

Petites histoires en huis clos : le roman Deux jours de vertige d’Eveline Mailhot

Travailler dans une librairie a plusieurs avantages, dont celui d’avoir accès à des services de presse envoyés par les éditeurs. Sans les avoir nécessairement pour moi, j’ai, pour ma part, la possibilité d’emprunter ceux que la librairie reçoit et ainsi, je suis tombée par hasard sur cette auteure québécoise que je ne connaissais pas. Curiosité piquée, j’ai eu envie de me plonger dans son roman. C’est donc de cette découverte intéressante que j’ai envie de vous parler aujourd’hui. En amorçant la lecture de Deux jours de vertige d’Eveline Mailhot, on fait la connaissance de Sara, une étudiante quelque peu troublée qui se trouve en pleine période de doute par rapport à ses études, à savoir si elle continue sa thèse ou lâche tout pour faire autre chose. J’étais en quatrième année de thèse et mon entourage voulait encore plus que moi que je la termine. […] Chaque conversation sur le sujet de mon errance intellectuelle tendait à me faire comprendre l’importance de terminer ce qu’on a commencé. La panique, l’incertitude sont au coeur d’elle, qui craint de manquer …

Big Bang, de Neil Smith : une entrée fracassante dans mon univers

Traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Big Bang est le tout dernier roman de l’auteur montréalais anglophone Neil Smith. Quand ce livre m’est tombé entre les mains, j’ai tout de suite su que cette lecture allait me plaire. Mon instinct ne m’a pas trahi, puisqu’en une seule journée, je tournais la dernière page de ce délicieux roman. Neil Smith décortique l’esprit humain à travers son œuvre, et s’intéresse aux absurdités qui orchestrent nos esprits. Big Bang est composé de plusieurs récits qui se penchent sur diverses existences, qui parfois se frôlent entre elles ou se fondent simplement dans la masse. L’indifférence, l’empathie, le deuil, le rire et la tendresse sont des émotions qui gravitent autour des récits de Smith, ce qui nous évoque constamment notre propre condition d’éphémère. Ma lecture était rafraîchissante, et je ne peux passer outre l’originalité de la plume de l’auteur : la lucidité livresque et l’humour se rejoignent pour former un style d’une formidable acuité intellectuelle. Big Bang est à la fois une œuvre divertissante et profonde. An est une …

Chercher la foi dans les Hautes Montagnes du Portugal avec Yann

C’est avec une immense joie que je me suis plongée tête première dans le dernier roman de Yann Martel, Les hautes montages du Portugal. Il faut que vous sachiez que présentement, dans mon top 10 de livres préférés, Yann Martel et l’Histoire de Pi sont en première position, alors évidemment que j’allais faire l’achat de son nouveau roman. Tout d’abord, ce qu’il faut savoir, c’est que l’histoire des hautes montagnes est lente et parsemée de petits détails ici et là, alors ne vous découragez pas trop vite si aux premières pages vous n’êtes pas tout de suite accrochés et que vous vous sentez un peu perdus. Il m’est même arrivé de devoir relire des passages pour bien me souvenir de l’ordre des évènements et mieux comprendre l’histoire, alors soyez sans craintes. Ce roman porte sur le deuil et sur la présence de la religion dans nos vies, mais il porte surtout sur la foi en général, la foi en la vie, la perte de celle-ci et la foi en quelque chose de plus grand. J’ai …