All posts filed under: Littérature québécoise

Des nouvelles de ta mère ou l’art de bien jouer la carte de l’éclectisme

Équivalent livresque d’une soirée à micro ouvert, Des nouvelles de Ta Mère est un ouvrage collectif invitant les auteurs et amis de la maison à explorer les formes et les sujets qui les intéressent, sans aucune contrainte. Ce sac à surprise littéraire, dans lequel se côtoient pêle-mêle des relations conjugales avec un crustacé, le Festival de Cannes, la haine objective des selfie sticks, de jeunes combattants de l’État islamique, le féminisme de Taylor Swift et le travail de forain d’Éric Lapointe, pour ne nommer que ceux-là, est un espace de liberté réjouissant et étrange et un concentré touffu de découvertes. Quand on donne carte blanche à des auteurs et qu’on décide d’en recoller les pièces pour en faire une courte pointe, on obtient soit quelque chose qui ne fait pas beaucoup de sens, soit quelque chose qui fait encore moins de sens mais dont on ne peut dénier la qualité et l’audace. C’est justement le pari qu’ont réussi les éditions de Ta mère en publiant le collectif Des nouvelles de ta mère. Rien ne permet de racoler chacune des nouvelles, …

Je veux une maison faite de sorties de secours

En 2009, lorsque Nelly Arcan s’est suicidée, comme tout le monde, j’en ai entendu parler à la télé et la radio et j’ai décidé, moi aussi curieuse, d’acheter ses bouquins. J’aurais aimé que sa mort ne soit pas le moment de notre rencontre, mais bon, on ne choisit pas l’ordre dans lequel les choses arrivent. Je me souviens de soirs d’hiver frisquets, voire glaciaux, où je m’installais à lire Putain et ensuite Folle. C’était durant les vacances de Noël. Je m’en souviens parce qu’au Nouvel An, j’ai reçu Paradis clef en main. Ce fut quelques jours très brefs où je suis restée cloîtrée chez moi, à y tourner les pages. L’écriture de Nelly Arcan m’avait secouée, m’a emmenée dans des zones jamais exploitées. Elle a éveillé la féministe en moi, sans même que je puisse mettre ce mots-là, à cet instant. Nelly Arcan m’a fascinée dès les premières pages de Putain. Ses phrases sans fin, sa violence mélangée à sa tendresse, sa franchise face à ma surprise d’un monde dont j’avais longtemps été spectatrice. C’est …

Libre, mais ensemble

Il y a quelques semaines, j’ai lu deux très positives critiques de La femme qui fuit. La première était de Geneviève Petterson, auteure du magnifique bouquin La déesse des mouches à feu, et la deuxième de Patrick Lagacé, journaliste à La presse. Sans le savoir, ils m’ont motivée à aller me procurer La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Depuis sa parution, il me tentait beaucoup et lire leurs deux papiers si élogieux envers ce roman n’a pas pu faire autrement que de m’envoyer à la librairie la plus proche me le procurer. Anaïs Barbeau-Lavalette était déjà une femme que je respectais et admirais. Son premier roman, Je voudrais qu’on m’efface, m’avait virée à l’envers lors de sa lecture. Elle y racontait l’histoire de trois enfants défavorisés, tout cela dans une langue juste et criante de dureté et de beauté. Et je dois dire qu’à la lecture de La femme qui fuit, je suis encore plus charmée et inspirée par cette artiste et femme incroyable. La femme qui fuit, c’est basé sur l’existence de Suzanne Meloche, sa …

Les Questions orphelines de Morgan Le Thiec: chercher l’absente

Le silence. C’est ce qui caractérise le mieux la thématique des Questions orphelines, mais surtout la vie de Billy, le personnage principal de ce premier roman de Morgan Le Thiec. C’est celui que l’on suit dans cette histoire qui se construit autour de la vie d’une famille brisée, éclatée par le mystère qui entoure le disparition de la mère, Blanche, qui a mis les voiles un beau matin de mai 1984. Billy revient à Montréal parce que son père Samuel, atteint de la maladie d’Alzheimer, est mourant. Il quitte Londres, où il est parti vivre (pour fuir?), et doit prendre en charge la vente de la maison familiale, où le drame a eu lieu des décennies avant. Billy, contre lui, se replonge dans ses souvenirs et en vient à broyer du noir. Beaucoup de noir. « Des souvenirs, on en a tous, perdus dans un coin de la tête, des cadavres exquis, pâles, presque translucides, presque rêvés. Mais j’ai pu me rappeler, physiquement, ma première enfance, en posant les pieds dans la maison de Cartierville, en reniflant ses odeurs, en touchant …

Le regard porté vers la fenêtre

Dans ce premier roman, Fanny Britt nous offre le portrait d’une femme entière, toute en délicatesse et en dureté et parsemée d’une pensée récurrente, et si ? Et si la vie que vous avez depuis 15 ans ne vous tente plus parfois? C’est le cas du personnage principal Tessa, agente d’immeuble, mère de trois garçons et en couple depuis 15 ans avec le père de ses enfants. Cette Tessa, toujours au bord d’un précipice, au sommet de la tristesse. Elle se demande toujours un peu ce que serait sa vie, si elle était autrement. Et c’est l’apparition de son premier vrai amour qui la ramène à se questionner de plus belle. Cet amoureux qui a toujours été présent au fond d’elle-même réapparait dans son quotidien de mère qui transporte des ponts. Elle sera alors complètement chamboulée. Accepter ou refuser de revoir celui qui est à la base même de cette envie de tout lâcher ? « Dans les chansons, les films, et les milliers de pas parcourus sur les trottoirs de ma ville ». Encore …

Nord Alice, un troisième roman signé Marc Séguin

C’est avec un immense plaisir que je vous parle aujourd’hui d’un homme que j’admire profondément, et j’ai nommé Marc Séguin. La sortie, en octobre dernier, de son troisième roman, Nord Alice, publié chez Léméac, m’est apparue comme l’excuse idéale de vous le présenter et comme la porte d’entrée vers l’univers de cet artiste aux multiples talents. Mais avant toute chose, ce que j’admire particulièrement chez lui, c’est son honnêteté et sa sincérité, mais aussi son esprit vif, sa sensibilité et ce côté homme de la terre, mâle, qu’il partage autant par son regard sur notre monde que sa manière de créer à partir de ce monde. Après cela, j’envie un peu sa carrière vaste et florissante (j’aimerais en avoir une semblable), ses tableaux me choquent autant qu’ils me troublent, tout comme ses trois romans La foi du braconnier paru en 2009, Hollywood paru en 2012 et finalement, le petit nouveau Nord Alice. « [Marc Séguin est] né à Ottawa, Canada. Ses œuvres sont vues et collectionnées dans plusieurs pays par les musées, galeries, et par …

Le livre Damask & dentelle, une bible parfaitement imparfaite de la déco

Dans l’introduction de son livre 300 trucs pour une déco parfaitement imparfaite, Vanessa Sicotte dit que, en commençant son blogue, elle avait naïvement l’intention de démocratiser la décoration. Pourtant, près de 7 ans plus tard, c’est exactement ce qu’elle et son équipe parviennent à faire dans ce livre. Comment ne pas être charmé par la promesse d’un décor parfaitement imparfait ? Avouant toutes deux l’importance qu’on accorde au fait de bien se sentir chez soi et comment ce sentiment passe souvent par la décoration, par  les petites choses, par le fait d’être cozy, loin du look froid des chambres d’hôtels et look ultra-moderne, on avait vraiment hâte de voir ce qu’allait contenir ce livre et surtout comment on pourrait appliquer les trucs à nos propres décors. Ce que Martine en a pensé: Personnellement, je suis une fan de Vanessa Sicotte, pour vrai là. Je la voudrais comme amie. Je ne rate jamais une émission de Sauvez les meubles et j’ai souvent été très inspirée par les décors qu’elle réussissait à créer aux participants de l’émission et très …

Tromper Martine et l’homme du 21ème siècle

J’attendais avec intérêt le petit dernier de Stéphane Dompierre. J’avais beaucoup apprécié ma lecture de Un petit pas pour l’homme, mais je n’ai pas encore lu Mal élevé. Bien que les personnages s’entremêlent un peu entre les trois histoires, nul besoin d’avoir lu l’un pour apprécier l’autre. Par contre, ce qu’il faut savoir en lisant Tromper Martine, c’est qu’on s’embarque dans une histoire très masculine. En tant que femme, en tant que féministe, c’est parfois un peu plus difficile de décrocher pour apprécier l’aspect un peu masculinise du récit sans pour autant s’en insurger, parce qu’il n’y a clairement pas matière à s’insurger dans ce roman. Sur les conseils de son médecin qui s’inquiète de ses dérapages récents, Nicolas part deux mois loin de son travail, de sa femme et de ses enfants. Un vent de liberté souffle dans ses cheveux et lui donne envie de mordre dans la vie comme si c’était un beau gros beigne débordant de crème. Il voyage, fait des rencontres, tente de réconforter de vieux amis aussi mal en point …

Deux pour un dans la littérature «trash»

Je n’ai peut-être pas l’air de ça comme ça, mais j’aime bien les trucs dits «trashs» que l’on retrouve parfois en littérature, en arts visuels, en musique, au cinéma et au théâtre (dans tous les domaines artistiques en fait!). Un an déjà s’est écoulé depuis que je suis tombée un peu par hasard sur le premier roman de Martin Clavet à la Librairie Pantoute sur Saint-Joseph à Québec. Le titre Ma belle blessure et l’illustration de l’artiste Pony alias Gabrielle Laïla Tittley m’ont inspirés «confiance» et on surtout attisé ma curiosité du côté plus sombre. Je repense souvent à ce roman et aux marques qu’il a laissées en moi. En traversant Rose Envy, un court roman de Dominique de Rivaz, dont le sujet est aussi très écorchant, j’ai repensé à ma précédente lecture et j’ai décidé de faire un petit spécial deux pour un en lectures «trashs». Ma belle blessure paru chez vlb éditeur en 2014, 123 pages (Prix Robert-Cliche 2014). Rastaban, dix ans, vient d’emménager dans une nouvelle ville avec son père et sa …

Peut-être jamais

Lorsque j’ai appris que grâce au Fil rouge j’aurais la chance de lire le roman Peut-être jamais de Maxime Collins, je n’ai pas hésité une seconde ! J’aime découvrir de nouveaux auteur-e-s. De plus, j’avais déjà vu quelques publicités du roman qui m’avaient intriguée. Avant de commencer ma lecture, j’ai fait quelques recherches sur l’auteur. Maxime Collins a fait des études littéraires, a publié quelques nouvelles et romans (dont Peut-être jamais est son sixième). Il est surtout le blogueur du «Pile ou Face». Peut-être jamais se trouve à être un roman moderne. Nous faisons la rencontre de Gab, un bisexuel qui se découvre homosexuel. Il aime se retrouver dans les bras de Sarah, avec qui il sera en couple pendant quelques années. Ainsi qu’être dans les bras du beau Sébastien. Ce qui m’a un peu dérangée dans ce début de roman, c’est que l’auteur semble minimiser la bisexualité. C’est comme s’il ne croit pas en cette identité sexuelle. Je dois vous avouer qu’au départ j’étais peut-être emballée par l’idée de trouver enfin une histoire concernant …