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Chronique « Écrire l’indicible »: Les Sangs d’Audrée Wilhelmy, le conte de Barbe Bleue revisité

Cette chronique vous présente des récits qui traitent de sujets difficiles, mais qui se doivent d’être partagés, que ça nous touche de près ou de loin. Parce que l’écriture permet de tout dire. On connaît toutes, du moins presque, le conte de Barbe Bleue. Cette histoire de Charles Perreault est assez lugubre si l’on considère que les contes s’adressaient souvent aux enfants, à cette époque. L’homme, d’une laideur horrible, est voué à l’échec auprès des dames et on sait ce qui est arrivé à celles qui ont osé se lier à lui… Audrée Wilhelmy, dans sa réécriture du conte de Perreault, offre une version toute aussi sinistre. C’est la réédition de son roman Les Sangs (initialement publié chez Leméac en 2013) aux éditions Grasset en mars 2015 qui m’a invitée à lire cette œuvre. Comme il s’agit d’une adaptation, je qualifierais son roman de «Barbe Bleue nouveau genre»; tous les éléments du conte de Perreault sont présents, mais modifiés. Nous retrouvons des femmes, sept femmes, desquelles nous connaîtrons l’histoire à travers leur propre écriture. En …

L’homme poème

Critique du roman Des lames de pierre de Maxime Raymond Bock Chercher Sam (Sophie Bienvenu) et Les filles bleues de l’été (Mikella Nicol) m’ont tous deux complètement séduite et percutée. Alors lorsque j’ai vu que Cheval d’août proposait une troisième et nouvelle publication, je ne me suis posée aucune question et j’ai sauté tout droit sur le livre, Roaarrr ! Sublime roman qu’est Des lames de pierre de Maxime Raymond Bock. Si beau dans chacune de ses phrases, dans chacun de ses mots, que j’ai voulu prendre tout mon temps pour lire le texte de 104 pages. J’ai pris des liasses de notes de phrases que je veux lire et relire et de réflexions personnelles qui me sont venues durant la lecture. Dès les premières lignes, je sais que j’ai affaire à une écriture encrée, franche, mature, brillante et magnifique, de la veine de ces grands auteurs que j’ai lus à travers les années et qui ont marqué le Québec. Et cette idée m’est restée jusqu’à ce que je referme le livre et même après. …

La fille d’Ulysse et l’idéalisation du voyage

La fille d’Ulysse, de Marie-Pascale Huglo, est un récit de voyage qui n’en est pas un. C’est plus une fuite qu’un voyage, c’est un empressement, un étouffement qui conduit nulle part. Dans ce récit écrit à la première personne, on ne connaît pas le nom du personnage principal, une jeune femme de 17 ans qui vit sur une petite île du sud. Blasée par un milieu isolé elle part, laissant derrière elle sa soeur jumelle. Clandestine, elle est loin d’avoir le choix de sa destination et se retrouve sur ce que Huglo appelle le neuvième continent. À travers le périple de la «fille d’Ulysse», on se retrouve donc sur le neuvième continent, une île formée par l’agglutination de tonnes de déchets. La tentation d’un nouveau départ est forte pour les volontaires sur ce nouveau continent, mais la réalité rattrape bien vite cette jeune voyageuse qui apprend petit à petit que changer d’endroit ne change pas toujours le mal de place. Quand je dis que La fille d’Ulysse est un récit de voyage qui n’en est pas un, c’est bien parce …

Derrière le poisson rouge (partie 2)

Dernièrement, j’ai eu la chance de m’entretenir avec la pétillante Mélissa Verreault, auteure du livre «L’angoisse du poisson rouge», duquel j’ai rédigé une courte critique le mois dernier. Suite à notre rencontre, je peux vous dire une chose: Mélissa a un parcours impressionnant. Mélissa Verreault est née à Montréal, mais a résidé sur la Rive-Sud de Québec tout au long de son enfance. À l’âge de 19 ans, elle est partie étudier à Montréal, où elle a complété sa maîtrise en Création littéraire. Elle s’est ensuite éloignée de ses racines en allant vivre en Italie pendant quelques mois avec son mari, durant lesquels elle a tenu le blogue «Chroniques italiennes», maintenant appelé «Chroniques lévisiennes» depuis qu’elle est revenue habiter là où elle a grandi: à Lévis. L’auteure dit être passionnée par l’écriture depuis longtemps et admet avoir toujours été davantage attirée par le papier et le crayon que par la lecture. Déjà à sept ans, elle écrivait des petits recueils de poèmes pour le plaisir. Ses expériences dans le monde littéraire se sont ensuite multipliées au fil …

Tout commence avec un poisson rouge (partie 1)

Récemment, j’ai eu un coup d’cœur pour le dernier roman de Mélissa Verreault, « L’angoisse du poisson rouge », paru en 2014. J’ai lu beaucoup d’articles et entendu plusieurs critiques positives au sujet de ce livre qui m’ont donné envie de le lire à mon tour ! J’suis une fille curieuse (et légèrement influençable). Bref, j’ai pas été déçue. Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, on apprend à connaître Manue, jeune femme moderne persuadée que sa vie n’est qu’une série de drames et de catastrophes. La deuxième partie raconte l’histoire de Sergio, soldat de la Seconde Guerre mondiale. La troisième (et dernière) est davantage axée sur Fabio, jeune homme italien venu habiter à Montréal. Ce qui m’a le plus impressionnée est le lien qui existe entre ces trois personnages, pourtant chacun si différent l’un de l’autre. Leurs chemins se croisent grâce à Hector, le poisson rouge de Manue. Plus précisément, après sa disparition mystérieuse. Il est le «personnage» le plus important du livre, celui qui les relie tous. Parce que, sans lui, les 446 …

«Six degrés de liberté» : À la hauteur des attentes

Ce roman, je l’attendais. Depuis longtemps. Bien sûr, j’ai eu à la rentrée de septembre dernier l’intrigant Révolutions, mais ce n’était pas assez pour combler mon âme de fan de Dickner. Tout de suite après la lecture de Nikolski en 2005, je suis littéralement tombée sous le charme de l’écriture de cet intellectuel-nerd, comme la découverte d’une âme soeur, comme les retrouvailles d’un lointain frère. Depuis ce temps, je lis presque chaque année son premier roman, que je redécouvre à chaque fois, que j’aime de plus en plus. Dickner publie donc cette année Six degrés de liberté,  aussi aux Éditions Alto, un roman étonnant sur un sujet des plus… particuliers: les conteneurs. Ceux qui sillonnent la terre entière sur les cargos et qui transportent oursons en peluches, gougounes en plastique et autres cossins et gogosses en tout genre. Le génie de Dickner et son écriture toujours autant intelligente réussissent à rendre passionnant ce sujet, disons-le, plutôt quelconque. Deux histoires s’imbriquent tranquillement. Lisa et Éric, deux adolescents dégourdis, l’une aventureuse et travaillante, l’autre agoraphobique et ami des perruches, décident d’expérimenter avec …

La très (trop) courte œuvre de Vickie Gendreau

Ça fera déjà 2 ans le mois prochain que l’auteure Vickie Gendreau a quitté ce monde. Beaucoup trop rapidement suite à une bataille contre une tumeur au cerveau (en forme de nuage, c’est elle qui le disait!) inopérable, car trop proche de son tronc cérébral, à l’âge de 24 ans. Vickie Gendreau aura été perçue comme une étoile filante pour certains, un volcan en éruption pour d’autres, dans le milieu artistique et littéraire québécois. Selon moi, il s’agit certes d’une étoile, mais d’une étoile sombre et magnifique. En 2012, lorsque le premier roman Testament a été publié,  on parlait énormément dans les médias de cette jeune femme à l’écriture crue et directe. On la comparait (beaucoup) aux auteures Marie-Sissi Labrèche et Nelly Arcan(pour leur style littéraire d’autofiction, le choix de sujets lourds et/ou leur passé commun) ou à la chanteuse Lisa Leblanc (pour son franc-parler, car elle n’a absolument aucun filtre elle aussi). Il y a eu énormément de critiques et de chroniques publiées sur elle et son fameux testament. On peut d’ailleurs encore voir son passage à tout le monde …

Moitié vrai, moitié père

Mimi, une jeune avocate agitée, anxieuse, exaspérée, hypersensible, maladroite et rêveuse, a le cœur qui déborde et une vie trop étroite pour elle. Heureusement, elle peut accuser son père pour tous ses maux! Son père autoritaire, abrupt, sarcastique, impossible… et au bout du rouleau. Mais le peut-elle vraiment? Son père est-il véritablement son père? Se lançant dans une folle recherche de ses origines familiales, Mimi remonte le cours du temps comme un saumon sa rivière, en gigotant pour éviter les hauts fonds. Du Québec à la France, on suit donc la quête d’un lâcher-prise aussi amusante que touchante et servie par une écriture simple sans être simpliste, juste et évocatrice. Mimi et son père sont aux antipodes l’un de l’autre, à en croire qu’ils ne sont pas vraiment de la même famille. Du moins, c’est de ce dont Mimi essaie de se convaincre, au point de partir en France à la recherche de celui qui pourrait enfin lui donner raison. Ce n’est pas sans surprise que rien ne se déroule comme prévu, que les réponses …

Deux auteures, deux visages de la Gaspésie – Partie II

Entre réalité et rêve, la vie À travers deux entrevues réalisées via la magie de l’Internet, je vous propose deux portraits d’écrivaines d’origine gaspésienne, Marie-Ève Trudel Vibert, auteure du roman La fille de Coin-du-banc et Joanie Lemieux, qui se cache derrière le recueil de nouvelles Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? (retrouvez la critique du livre dans un article paru précédemment). J’ai donc posé une série de dix questions aux deux jeunes femmes dans le but mieux les connaître, mais aussi d’en apprendre davantage sur le métier d’écrivain et sur leur vision du métier. 1-D’abord, qui êtes-vous ? Et quel est votre cheminement en quelques mots? Je suis née et j’ai grandi à Gaspé, en Gaspésie. J’ai d’abord fait mon cégep en sciences de la nature, avant de bifurquer et de choisir les lettres à l’université. J’ai ensuite poursuivi à la maîtrise, orientant alors mon parcours vers la création littéraire. Au cours de mes études universitaires, j’ai suivi plusieurs ateliers d’écriture avec des écrivains, et j’ai reçu pour la première fois des retours …

Les fausses couches

Le quatrième de couverture de ce roman m’a intriguée au moment même où j’en ai pris conscience.  Récit d’enfance, autofiction et épisode particulièrement intense de La famille Addams, « count me in ».  Les fausses couches se lit rapidement, mais il faut le lire en prenant son temps. Prendre son temps non pas pour essayer de décortiquer l’histoire, mais plutôt pour en savourer les mots. Will vit dans une famille de cinglés, c’est le moins qu’on puisse dire. Les fausses couches est une porte d’entrée dans cette dite famille chez qui rien ne tourne rond. Avec son premier roman, Steph Rivard nous transporte dans un monde où le langage est le plus important des personnages, où rien ne fait sens, où la folie règne en tant que matrice sur les oncles, tantes, cousines, frères et parents . Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris, je ne suis même pas sûre d’avoir compris une seule chose si ce n’est que ce n’est pas important à l’appréciation de ce roman. L’important, c’est de se perdre et de s’immerger dans …