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Éloge du corps et du désir

Lors de mon dernier voyage en Grèce, j’ai eu le plaisir, LE COUP DE FOUDRE TOTAL, de découvrir la si adorable librairie Atlantis Books à Oia. sur l’île de Santorini. L’extérieur de la librairie attire l’oeil par ses citations qui meublent le bâtiment, comme ses nombreux chats y dormant. Quand je suis entrée, j’ai été encore plus charmée, on se sent comme au paradis. (Le mien = des livres partout partout, du sol au plancher!)

Cette librairie a été classée à maintes reprises comme l’une des plus belles du monde et honnêtement, je comprends. L’ambiance qu’on ressent en y mettant les pieds confirme réellement que les propriétaires sont des véritables amoureux des livres. C’est donc avec chance que j’ai pu apercevoir deux-trois petites tablettes dédiées aux livres français. Je n’ai pas pu résister à la tentation de repartir avec un livre de cette librairie (surtout qu’il estampe leur logo dans les livres !) Et ce fût Éloge de la marâtre de Mario Vargas Llosa. Cet auteur que j’adore a été le petit plus à cette visite!

IMG_2070Ce livre, on le referme sous le choc, car on se demande un peu ce qu’on vient de lire. C’est un peu mon émotion au moment où j’écris ces lignes. J’ai quand même pris du recul pour y réfléchir et me faire une idée, mais il y a de ces lectures qu’on n’arrive pas nécessairement à expliquer ni même à décrire. Je pense que c’est le cas de l’Éloge de la marâtre.

Tout d’abord, il s’agit clairement d’un roman sur la passion et la sensualité et ce, autant en couple qu’intimement. Les personnages principaux sont un couple, Don Rigoberto et Dona Lucrecia, nouvellement mariés qui semblent vivre une histoire d’amour sensuelle, passionnée et profonde. Or, le fils de Rigoberto, Alfonsito, développera une obsession pour sa nouvelle belle-mère, de qui il est réellement amoureux. Ce personnage nous plonge entièrement dans le brouillard, car on le décrit comme un enfant, pourtant pervers et séduisant. Innocent dans sa manière de parler de son amour fou pour sa belle-mère et pourtant très éveillé au niveau des sens, on se sent démuni tout au long de notre lecture en se demandant si cet enfant en est vraiment un.

Car la charmante belle-maman, pourtant amoureuse de son mari, sera charmée par son beau-fils et vivra une idylle avec ce dernier. À mi-chemin entre le roman érotique, les amants se retrouveront au lit de manière à démontrer que l’amour ressenti par le jeune Alfonsito n’est pas seulement celle d’un enfant charmé par sa parfaite nouvelle maman. On en reste bouche bée de ne pas comprendre l’ampleur de cet amour et de ces désirs. Vaguant dans des airs de Lolita par moment, Éloge de la marâtre reste tout de même un roman axé sur le plaisir du corps, autant au niveau de la sexualité, de la sensualité, que du bien-être. Effectivement, Llosa nous offre des pages entières sur le plaisir de Rigoberto de prendre soin de lui et ce, en se lavant minutieusement les oreilles et en faisant sa toilette chaque soir, à la manière d’un rituel intime et sensuel. Coeurs sensibles s’abstenir, Rigoberto nous offre 3-4 pages où il fait un véritable hymne à son système digestif!

L’écriture de Mario Vargas Llosa est toujours aussi parfaite, délicate, sensible. Je n’ai pu refermer le livre avant la toute fin, je voulais connaître le déroulement de l’histoire, mais surtout je me suis laissée charmer par cette douce façon de nommer et de narrer. Un véritable exploit de la part de l’auteur de me faire lire ce roman pourtant si déstabilisant et propice à tant de questions, avec passion et curiosité.

« Je sais jouir. C’est une aptitude que j’ai perfectionnée sans relâche, au long du temps et de l’histoire, et j’affirme sans arrogance que j’ai atteint dans ce domaine à la sagesse. Je veux dire : l’art de butiner le nectar du plaisir de tous les fruits –même pourris- de la vie. »

« Le bonheur qu’il avait trouvé dans son hygiène solitaire et, surtout, dans l’amour de sa femme, lui semblait une compensation suffisante de sa normalité. Pourquoi, possédant cela, aurait-il eu besoin d’être riche, célèbre, extravagant, génial? La modeste obscurité routinière du directeur d’une compagnie d’assurances cachait quelque chose dont, il en était sûr, peu de congénères jouissaient ou soupçonnaient même l’existence: la possibilité d’être heureux.»

Autour des livres : Rencontre avec Gaëlle et Andréanne, les jumelles derrière @despoemes

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaître quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisation et au niveau de ses préférences littéraires.

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Crédit : Instagram @andreannegraton

Pour cette édition d’Autour des livres, on vous présente DEUX adorables amoureuses de la poésie. Ces deux jumelles, Gaëlle et Andréanne, ont créé le compte Instagram (que vous devez aller suivre!) @despoemes où elle partagent des extraits des plus beaux poèmes qu’elles lisent. Féministes et étudiantes en sociologie, elles adorent les livres, les mots et la langue française. Nous avons donc eu envie d’en connaitre davantage sur ces passionnées. Personnellement, on trouve ça merveilleux, la poésie est tellement oubliée et souvent considérée si inaccessible. Leur initiative est essentielle et on les remercie pour ces belles doses de poésie instagramiennes. Entourées de latté et de cactus, leurs publication sont ultra rafraichissantes.

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
Andréanne et Gaëlle : Ouf! Il doit remonter au temps où nous n’étions encore pas des bipèdes très, très stables. Dans tout ce mélange flou des souvenirs d’enfance, nous nous rappelons ces petits livres carrés de Caillou dont les pages blanches de vinyle étaient rembourrées de mousse. Nos parents adoraient ces livres autant que nous puisque nous les empoignions à l’heure du bain et oublions la possibilité d’éclabousser de l’eau partout! Sinon, par crainte que ce ne soit pas réellement notre premier souvenir, parce que nos parents nous ont déjà raconté cette petite tranche de vie, nos premières venues à la bibliothèque municipale resteront toujours précieuses. Ces dimanches matins, oui, à arpenter toutes les allées, puis à nous arrêter sur quatorze livres que nous avions trois semaines pour feuilleter en refusant vivement l’aide de la libraire sur place, voilà un souvenir plus juste. De retour à la maison, nous nous rendions au salon, étalions nos trouvailles sur le plancher, en une belle ligne droite, nous asseyions à une extrémité et parcourions toutes les œuvres. Aujourd’hui, libraires des indépendantes, vous savez que nous vous aimons.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Andréanne et Gaëlle : Plus jeunes, nous lisions surtout le dimanche et relisions les livres empruntés maintes et maintes fois pendant la semaine. Aujourd’hui, avec les études universitaires, nous ne planifions pas de moment précis dans notre horaire pour lire (oups!), mais consacrons tout de même la majorité de nos temps libres à la lecture et à l’écriture. Bien que nous n’ayons pas de rituel quelconque, nous bannissons tout de même les transports en commun comme lieux potentiels de lecture (et surtout quand on traîne un recueil de poésie). Bizarrement pour certains, nous considérons que le mouvement, le bruit incessant et les conversations tenues sur un ton parfois trop élevé nous empêchent de saisir l’œuvre dans tout son éclat et d’apprécier réellement le travail acharné de l’auteur.e.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?
Andréanne et Gaëlle : Nous traînons constamment un tout petit cahier de notes dans notre sac d’école et/ou sac à mains pour éviter que le temps érode une idée ou que la féroce censure l’assaille. Ce petit carnet est barbouillé de notre plus laide calligraphie presque journellement. Considérant que nous allons chercher, toutes les deux, notre inspiration dans les déviances du quotidien, nous pouvons ressortir ce petit cahier n’importe où : à l’épicerie, dans les escaliers roulants du métro, en classe, etc. Ceci dit, nous ne ressentons pas toujours le besoin d’être dans un état d’esprit précis pour commencer à griffonner, mais pour transférer les mots barbouillés ensuite, nous avons besoin, chacune, de notre espace clos et silencieux.

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Crédit : Instagram @andreannegraton


4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Andréanne et Gaëlle : L’écriture est entrée dans nos vies par la porte d’un cours de littérature au cégep. Depuis tout récemment, donc. À cet effet, les œuvres nous ayant donné cette envie d’écrire sont des lectures relativement récentes. Tout d’abord, La vie devant soi de Romain Gary pour l’amitié qui n’a pas d’âge, le souffle retenu, les picotements dans le cou, les larmes qui montent aux cils; pour une histoire où les fins sont un peu moins détestées grâce à la douceur de l’écriture. Il y a eu aussi Folle de Nelly Arcan (2004) et le recueil Tu me trompes avec un oiseau de Denis Vanier (1998) : deux œuvres fortes, singulières, tellement marquantes et bouleversantes, illuminant toutes sortes de marges qu’on oublie souvent de voir. Finalement, nous ne pouvons oublier le tout premier et magnifique recueil de Geneviève Blais intitulé L’incident se répète (2007). Ce recueil nous traîne dans « le fond des placards », dans l’écho de nos propres expériences, sur des routes longilignes bordées de réverbères qui nous parlent parfois durement et nous demandent de nous taire à la fois.

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Crédit : Instagram @despoemes

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?
Andréanne : La classe de Madame Valérie de François Blais (2013) pour le tour de force de l’auteur qui dresse le portrait de vingt-cinq individus à l’âge scolaire, à l’adolescence et au début de la trentaine. Ce roman met en lumière l’affection de l’auteur pour les gens ordinaires. Il accorde la même importance au jeu du ballon chasseur, au concours du plus beau costume d’Halloween de la classe de cinquième année et au dernier repas pris chez A&W. Il parvient à faire sauter le lecteur d’un micro-détail à un autre en passant par les jeux vidéo, le gâteau aux bananes le début d’une potentielle histoire d’amour. C’est en me taillant une place dans la classe de madame Valérie que j’ai compris l’importance des micro-événements et de la subtilité parce que des Laurent et des Jessica, il y en existe plein d’autres.
Gaëlle : Je ne peux taire toute la place qu’a pris La Bâtarde (1964) de Violette Leduc dans ma vie quand j’ai finalement trouvé le courage de l’ouvrir. Je parle de courage, oui, parce qu’on me disait, depuis un moment, que cette autofiction était une lecture crue et dure. Dans cette œuvre, Leduc parle de son enfance dans l’opprobre, de sa sexualité désinvolte et va jusqu’à se dévaloriser profondément : j’ai été, moi-même, magnifiquement dérangée par l’automutilation. Tant de plaies et de tourments en relations dans une même œuvre, tant de maux non-guéris font la beauté de la Bâtarde « navrée d’être au monde ». À de rares occasions seulement, j’avais été autant bouleversée par une écriture, et parfois, les émotions, seules, sont les sources de cheminement.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait ?
Andréanne et Gaëlle : Au Québec, en 1944, dans le couvent de sœur Julie de la Trinité. Pour y vivre, non, mais y passer une journée, peut-être, juste par curiosité (voir Les Enfants du Sabbat par Anne Hébert, 1975).

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Crédit : Instagram @despoemes

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?
Andréanne et Gaëlle (deux livres parce qu’on est deux!) : Les filles en série de Martine Delvaux, publié aux merveilleuses et féministes Éditions du Remue-ménage (2014) pour la sororité et la force au féminin, puis Océan mer d’Alessandro Barrico (2002) pour l’allégorie de la souffrance, la fin et le début de l’océan qu’on ne trouve vraiment jamais.

8. Quel est ton mot préféré de la langue française ?
Andréanne : Je choisis le mot «trajectoire» pour l’infinité de possibilités, les dérives qu’elle suggère et engendre parfois. «Trajectoire» pour l’écho, le mouvement, l’imprévisibilité aussi.
Gaëlle : C’est incroyable à quel point la question en elle-même fait réaliser la richesse de notre langue française! Je m’arrête, par contre, sur le mot « fuite », ce mot qui peut bien être synonyme de panique et de sauve-qui-peut, comme il peut vouloir annoncer un heureux départ vers une meilleure opportunité. Il y a, dans ce mot, pour moi, un lien très spécial entre sa sonorité et sa définition. En prononçant le mot «fuite», je ressens la perte dans la syllabe, le départ de quelque chose.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?
Andréanne et Gaëlle : De manière utopique, nous aurions aimé avoir fait partie du collectif d’auteures ayant co-signé La nef des sorcières en 1976. Et avoir eu la chance, aussi, de voir les pièces de théâtre La nef des sorcières et Les fées ont soif, mais bon, on ne répond plus à la question.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
Andréanne et Gaëlle : Il était deux fois.

(Publiez également ce qui suit en-dessous de nos réponses, ne soyez pas trop humbles pour une fois, on vous remercie sincèrement! En espérant que le contenu réponde à vos attentes! )
Pour Martine et Marjorie, les awesome du fil rouge, merci d’avoir pensé à nous pour votre toute nouvelle série d’articles. Vos paroles, sur les différentes plateformes publiques du Fil rouge, sont des sources essentielles. Pour l’histoire des livres que vous côtoyez : stimulée et stimulante, pleine d’issues et de réconfort, merci!


Le fil rouge tient à remercier Andréanne et Gaëlle pour leur participation à la série Autour d’un livre et pour le petit message de la fin, nous sommes comblées!

Pour suivre les jumelles :

  • Instagram : @despoemes
  • Andréanne : @adreannegraton
  • Gaëlle : @gaellegraton

Cinq livres à faire lire au secondaire

Comme plusieurs d’entre vous le savez déjà, je suis tout nouvellement diplômée en enseignement du français au secondaire. Bien que je n’aie toujours pas ce fameux brevet entre les mains (la bureaucratie l’oblige), j’ai maintenant, et depuis un certain temps, avouons-le, acquis toutes les compétences pour enseigner le français à des adolescents. Je ne vous apprends rien en évoquant le réel défi que représente transmettre le goût de la lecture à des jeunes en pleine crise de la puberté. D’ailleurs, à l’heure actuelle, la technologie ne joue pas vraiment en notre faveur. Tout se joue dans l’immédiat et plusieurs savent que la littérature est une affaire de lenteur. La patience a bien des vertus et lorsqu’il s’agit de promouvoir l’amour des lettres, je pourrais attendre toute une vie.

Encore ne faut-il pas passer outre la passion de l’enseignant lui-même dans ce genre de contexte. Vous pouvez bien présenter le roman de l’heure à vos élèves, si vous ne vous y retrouvez pas vous-même, l’enthousiasme ne gagnera pas la foule. Je dois vous avouer que je ne suis pas trop pour le courant du socioconstructivisme en enseignement. Partir des intérêts des élèves n’est pas la solution à tous les problèmes en éducation. C’est la raison pour laquelle la liste de livres que je propose est un bien bel amalgame de mes goûts personnels, de lectures portant à la réflexion et de thèmes dans lesquelles des jeunes de 13 à 17 ans peuvent se retrouver. Voici donc les cinq oeuvres qui sont, à mon avis, des incontournables au secondaire.

1984, George Orwell

Qui n’a jamais entendu parler du célèbre Big Brother? L’oeuvre de George Orwell ne prend pas une ride et passe à travers les âges en ayant toujours autant de pertinence aujourd’hui. Les enfants et d’autant plus les adolescents sont les premières victimes de l’endoctrinement. Que se soit la télévision, les publicités ou même les adultes, les jeunes sont sujets à l’influence de tous. En classe, il m’est souvent arrivée d’aborder le principe de liberté. Que pensent-ils de la société dans laquelle nous vivons? Ont-ils la liberté de n’être pas en accord avec celle-ci? Ont-ils des droits réels? Et Dieu sait à quel point les adolescents aiment se prononcer sur ce genre de questions. Seulement, ont-ils les compétences pour y réfléchir intelligemment? C’est là que la lecture de 1984 entre en jeu.

Ce roman de la dystopie d’Orwell offre sa vision d’un futur décevant. L’auteur trace le portrait d’une société régie par les castes. Évidemment, qui dit castes dit hiérarchisation des individus. Bref, l’Océania vit sous le principe pyramidal. La pointe de la pyramide appartiendrait donc au Parti Intérieur, parti dans lequel on peut retrouver la Police de la pensée, entre autres choses. En d’autres mots, les plus fidèles disciples de l’état totalitaire s’y retrouvent. Vient ensuite le Parti Extérieur, parti dans lequel le personnage principal Winston Smith s’inscrit. Travailler pour le Parti Extérieur, c’est être employé pour un des divers ministères de l’Océania. Finalement,  les bas-fonds de cette pyramide sont occupés par les prolétaires qui se définissent comme la classe ouvrière. Dans ce système totalitaire, 85% de la population est donc devenu des robots et de véritables machines au service d’un seul homme, d’une seule vision. Et il s’avère que tous et chacun sont à la merci de cet homme qui les observe en permanence et avec lequel ils doivent être obligatoirement en accord. D’ailleurs, ils est pratiquement impossible de s’opposer à cette unique pensée qu’est celle de Big Brother puisque le lavage de cerveau et la propagande sont si bien orchestrés que les différents individus ne pensent même pas une seconde à penser. La domination est totale puisque le Parti pratique une absolue désinformation grâce à son principe de double pensée. D’une part, il assimile les trois castes en leur imposant des idées. D’autre part, il efface complètement leur mémoire. Cette manière de faire fonctionne parfaitement jusqu’à ce qu’un individu sorte des rangs: Winston Smith.

Ce roman s’inscrit parfaitement dans son époque et l’auteur s’inspire, entre autres choses, du système soviétique et de son parti unique pour créer sa société dystopique. Pourtant, aujourd’hui, en sommes-nous si loin? À partir de ce questionnement, j’aimerais amener les élèves à porter un regard réflexif sur notre monde à la lumière de cette lecture.

téléchargementHygiène de l’assassin, Amélie Nothomb

Vous savez à présent mon réel amour pour l’esthétique de la laideur et quoi de mieux que Hygiène de l’assassin pour l’introduire à des élèves. Tout est entraînant dans ce roman construit presque entièrement sous la forme d’un dialogue endiablé dans lequel les diables et les démons se livrent un combat sans précédent. Il est possible d’aborder une panoplie de thèmes à travers cette oeuvre; la pulsion de vie et de mort, la misogynie, l’amour, l’esthétique de la beauté et de la laideur et la jouissance dans le déplaisir. Bref, il s’agit d’une véritable caverne d’Ali Baba pour tout enseignant ayant le courage de s’y aventurer.

Hygiène de l’assassin raconte la malheureuse histoire de Prétextat Tach, écrivain reconnu et prix Nobel de la littérature. Le récit commence sur l’annonce de la mort imminente de cet homme de lettres reclus depuis plusieurs années. L’écrivain devient, dès lors, la nouvelle coqueluche de l’heure. Les journalistes des quatre coins de la planète se battent pour obtenir un entretien avec le mourant. Le secrétaire de Tach, Ernest Gravelin, ne choisira que cinq d’entre eux. Les quatre hommes seront bien vite désenchantés à la suite de leur rencontre avec le prix Nobel de la littérature. Le personnage est vil, méchant, grossier, hideux et pervers. Finalement, il faudra qu’une femme se présente à lui pour que le réel duel que représente un interrogatoire s’enclenche. La dialectique logique et empreinte de mauvaise foi de Tach ne fera pas son effet sur la cinquième journaliste. Nina sera en mesure de faire ressortir le passé terrible de l’homme misanthrope en le questionnant sur son œuvre inachevée; Hygiène de l’assassin. Entre les discussions portant sur l’esthétique de la mort, sur l’écriture nocive, sur la strangulation, sur l’amour et sur la puberté, les rôles entre dominant/dominé sont subtilement inversés. Les échanges entre les deux protagonistes tourneront bientôt à l’avantage de la jeune femme et ceux-ci révèleront, d’autant plus, la monstruosité de l’auteur. D’ailleurs, la révélation sera multiple puisqu’elle contribuera à l’accomplissement artistique de Prétextat Tach en donnant une fin à son œuvre inachevée, et ce, de façon involontaire de la part de la jeune journaliste.

On ne peut le nier, le premier roman de l’auteure ouvre grandes les portes à une panoplie de thèmes à analyser avec les élèves. L’étude de la psychologie des personnages pourrait occuper un trimestre entier vu la richesse de leur personnalité. Et quel roman fantastique pour aborder la force du dialogue et de la rhétorique! D’ailleurs, on pourra en dire autant de la prochaine oeuvre se retrouvant sur la liste.

Douze hommes en colère, Reginald Rosetheatre1

J’imagine tout un projet avec la lecture de cette pièce de théâtre de laquelle a découlé un merveilleux film mettant en scène Henry Fonda. Dans mes rêves les plus fous, je travaillerais cette oeuvre avec des élèves de cinquième secondaire afin d’étudier le texte argumentatif. La lecture de Des souris et des hommes de John Steinbeck ferait également partie du projet. Rien de mieux pour enseigner l’argumentation qu’un théâtre mettant en scène un crime, un jury et une condamnation, et il s’avère que les deux récits nous offrent ces éléments.

Pour cet article, nous allons nous en tenir à l’histoire de Rose et celle-ci se présente comme suit: Un adolescent de seize ans est accusé du meurtre de son père et un jury constitué de douze hommes doit délibérer. Plusieurs preuves sont manquantes alors que le jeune homme se proclame non-coupable. Pourtant, les nombreux témoignages reçus pointent l’adolescent comme coupable. Or, si les jurés penchent pour la culpabilité, le jeune homme sera condamné à mort. Rapidement, onze hommes sur douze pensent que l’adolescent est le criminel qui a mis fin aux jours de son paternel. Un seul n’est pas d’accord avec le groupe. Peu à peu, la logique et la raison d’un seul individu influence les autres et porte le groupe à la réflexion.

Cette pièce de théâtre en huis clos est un véritable chef-d’oeuvre, il va s’en dire. Les lecteurs assistent à une guerre violente entre la passion et la raison. Le système de justice y est également bardassé à plusieurs reprises. L’étude psychologique des relations humaines au sein de cette oeuvre révèle des préjugés poignants de la société de cette époque. Je vous parie que les élèves n’y verront que du feu. Il ne resterait plus qu’à regarder avec eux le film de 1957 qui s’avère être une adaptation géniale de l’oeuvre de Rose.

Boris-Vian-L-Ecume-des-joursL’écume des jours, Boris Vian

Avec Vian et L’écume des jours, ce sont les mots que je souhaiterais travailler. L’oeuvre de Boris Vian est un éclatement du langage et un festival des images. Les lignes de l’auteur envahissent notre esprit et permettent de faire renaître notre capacité à s’imaginer. De prime abord, ce roman peut sembler trop complexe pour des élèves du secondaire. Cependant, lorsqu’on y jette un coup d’oeil plus averti, on comprend qu’il ne s’agit que d’une histoire d’amour contemporaine, mais, bien entendu, l’une des plus belles. Au fond, ce n’est pas tant le récit qui importe, dans ce cas, c’est comment il s’orchestre.

Après tout, rien de plus banal comme histoire. Colin est un jeune homme ordinaire détenant une petite fortune due à un héritage. Il partage sa vie avec son cuisinier, Nicolas, et son meilleur ami, Chick, un passionné de Jean-Sol Partre. Rapidement, les deux amis rencontrent de jeunes femmes, Cloé et Alise, de qui ils tombent follement amoureux. Colin marie Cloé. Colin gaspille beaucoup de sa fortune dans la réussite de ce mariage. Peu de temps après, Cloé tombe malade. Colin se ruine en soin pour Cloé. Pendant ce temps, Chick se ruine en achetant tous les romans de Jean-Sol Partre…

Mais il y a bien plus. C’est que les personnages vivent dans un univers unique où toutes les possibilités sont permises. Le monde de L’écume des jours obéit à ses propres règles et tout cela apparaît naturel aux individus en faisant partie. Il laisse une toute autre impression au lecteur. C’est que la maladie de Cloé est en fait un nénuphar qui s’est logé dans un de ses poumons. C’est que le cuisinier de Colin, Nicolas, est en vérité un capitaine de navire où le tableau de bord présente les différents cadrans de tous les appareils électroniques se trouvant dans la cuisine. C’est que la maison de Colin rapetisse au même rythme que croît la maladie de Cloé. Bref, tout y est invention, car les mots sont la création de Vian. Cette fantaisie un peu folle, il faut également la présenter aux élèves.

Sa Majesté des Mouches, William Goldingsa_majeste_des_mouches

J’aime confronter les élèves aux comportements humains à travers la littérature. J’aime encore plus les mettre au pied du mur en leur présentant la nature humaine dans des situations extrêmes se retrouvant dans le monde littéraire. Sa Majesté des Mouches s’inscrit très bien dans ce genre d’approche.

Un avion portant quelques passagers dont plusieurs jeunes garçons anglais s’échoue sur une île déserte. Le pilote et les adultes accompagnateurs meurent dans l’écrasement. Les enfants se retrouvent donc seuls et doivent subvenir à leurs besoins afin de survivre. En s’inspirant des structures mises en place dans la société qu’ils connaissent, les garçons tentent de créer une communauté en choisissant un chef, en distribuant les différentes tâches de chacun et en donnant le droit de parole à chacun, par exemple. Bien vite, la nature primitive de l’homme prend le dessus et la microsociété créée par les enfants se voit complètement déconstruite. La violence et la sauvagerie amène le groupe à se séparer en deux clans qui se déclareront la guerre.

La lecture de ce roman permet d’analyser la nature sauvage de l’humain et de répondre à plusieurs questions sur le sujet. L’angle d’attaque qui me semble intéressant est le suivant: lorsque retourné à ses origines les plus primitives, comment réagit l’être humain dans l’œuvre de William Golding, Sa Majesté des Mouches? Il sera possible de constater que la nature de l’Homme est complètement contradictoire. D’une part, il conservera inévitablement une part d’humanité, d’autant plus si l’individu a fait davantage l’expérience du monde. D’une autre part, des pulsions animales surgiront et il se transformera en sauvage, pour ne pas dire en bête, et ce, surtout si l’individu est plus jeune. À mon avis, il est tout à fait pertinent d’aborder cette problématique avec les jeunes puisqu’ils sont encore si près de l’enfance et de leur instinct intuitif.


Je ne mentirai pas en affirmant qu’il fut bien difficile de réduire ma liste à seulement cinq oeuvres. Comment ne pas introduire La métamorphose de Kafka au secondaire? On ne peut pas non plus passer à côté de la poésie de Baudelaire et de Miron. Quelques nouvelles de Poe doivent également être lues. Vous comprendrez que les choix ont été faits principalement en fonction des visées pédagogiques que permettent d’exploiter ces différentes oeuvres, mais également en lien avec mes goûts personnels. Et vous, si vous mettiez le chapeau d’enseignant pour un instant, quels seraient vos cinq livres indispensables à lire au secondaire?

 

 

Journal d’un étudiant en histoire de l’art

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La première fois que j’ai entendu parler de Maxime-Olivier Moutier, c’était par une ancienne collègue libraire qui m’avait chaudement recommandé de lire Marie-Hélène au mois de mars. Je me souviens avoir commandé le roman en n’étant pas super convaincue, le titre ne me disait pas mal rien, pour être honnête. Sauf que j’avais adoré l’écriture de Moutier, très franche, dure et lucide. Le récit nous entraînait dans les bas fonds de l’émotion parce que le personnage se retrouvait à l’hôpital psychiatrique suite à une rupture brisant TOUT sur son passage. J’avoue que je ne me souviens pas complètement du récit, je vais donc sûrement le lire d’ici quelque temps. Par contre, une émotion et une ambiance ressort quand je repense à cette lecture, celle de la détresse et en même temps, j’ai le souvenir d’un amour passionnel et fusionnel très fort. Bref. Tout cela pour dire que suite à cette lecture, je n’avais pas relu d’oeuvres de Maxime-Olivier Moutier. Suite à la parution cet automne de Journal d’un étudiant en histoire de l’art, j’ai eu envie de me plonger dans le monde lucide et farfelu de ce psychanalyste. J’avais aussi vu Moutier en entrevue à la télévision à Tout le monde en parle il y a quelques années pour discuter d’une autre de ses oeuvres et je me souviens avoir trouvé l’entrevue fort intéressante.

J’avoue aussi que c’est plus parce que l’oeuvre autobiographique se passait à l’UQÀM que j’ai eu envie de le lire. Ayant été étudiante dans les mêmes années que Moutier, je me suis retrouvée dans les couloirs de l’UQÀM, dans les dates limites, ces lectures interminables, ces foutues bibliographies, etc. Au départ, c’était réellement ma motivation, lire le journal d’un étudiant, point. Ensuite, le côté Histoire de l’art m’attire aussi, ayant suivi quelques cours hors programme en HAR, j’ai une curiosité face à l’art contemporain et aux performances. J’ai donc trouvé intéressant dans ce journal de découvrir plusieurs artistes et aussi, d’avoir droit à quelques leçons d’histoire parce que souvent Moutier nous raconte ce qu’il apprend dans ses cours. C’est tout de même intéressant quoi que souvent en survol, en même temps il ne faut pas oublier que cela est simplement un journal, donc loin derrière lui l’idée d’enseigner. Néanmoins, il nomme plusieurs ouvrages sur l’histoire de l’art, je pense qu’un passionné d’art pourrait trouver des titres intéressants à découvrir.

De mon côté, j’ai moyennement apprécié le côté journal justement. Moutier nous parle de ses aventures, de ses fantasmes, de sa vie de famille et de ses délires. Très personnel, il raconte des anecdotes familiales avec sa femme, ses enfants, de ses amantes et aussi avec ses collègues, on est souvent peu intéressés par ses propos, mais tout de même, ce certain voyeurisme nous donne envie de continuer à le lire ce satané journal, comme il l’appelle lui-même. Pourtant, j’adore les récits qui mêlent la fiction à l’intime, mais dans ce cas-ci, la forme est si brute qu’on se sent parfois mal d’avoir tant accès aux pensées de Moutier. Comme quand on lit le journal intime de quelqu’un au fond.

Toutefois, j’ai apprécié ma lecture, l’écriture est parfaitement fluide, ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages encore et encore, sans avoir envie de s’arrêter. L’équilibre entre le côté Histoire de l’art et Journal a été bien respecté, même si je dois avouer que j’ai grandement plus apprécié le côté Histoire de l’Art.

Connaissez-vous Maxime-Olivier Moutier ? Que pensez-vous de ses oeuvres?

 

Esprit d’hiver

Esprit d’hiver. Je suis tombée sur ce petit roman un peu par hasard, lorsque je travaillais en librairie. Cela faisait plusieurs fois que je le voyais, sa couverture hivernale dans les teintes de gris me parlait, mais je n’avais jamais vraiment pris la peine de lire le résumé à l’arrière; il y avait toujours autre chose à faire, des clients qui arrivaient, une multitude d’autres livres intéressants autour, je suppose. Cette fois-là, je ne sais pas pourquoi, j’ai décidé de lire la quatrième de couverture.

« Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant. »

Vendu : il ne m’en fallait pas plus pour être intriguée.

Je suis repartie avec le livre de Laura Kasischke, qui a trôné dans ma pile de romans à lire pendant quelques mois (que voulez-vous, c’est comme ça.) Puis, il y a quelques semaines, blasée de la chaleur et désireuse de me rafraîchir un peu, même mentalement (j’aime avoir froid, je l’avoue!), j’ai décidé de me lancer. Je n’avais pas d’attentes particulières, souhaitant simplement me divertir un peu.

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J’ai été happée dès la première ligne. « Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut: Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » Je crois même que j’ai eu un petit frisson. À partir de ce moment-là, je me suis mise à espérer que la suite soit aussi prometteuse que les premiers mots… et je n’ai pas été déçue.

L’histoire est un huis clos, très simple, où évoluent deux personnages: une femme de trente-trois ans, Holly, et sa fille adoptive de quinze ans, la splendide Tatiana. Dès son réveil, Holly sent que quelque chose ne va pas. Sa fille n’est pas venue les réveiller tôt comme elle le fait d’ordinaire le 25 décembre, et son mari Éric se réveille en sursaut, constate qu’il est en retard pour aller chercher ses parents à l’aéroport, puis s’éclipse. À partir de ce moment-là, la mère et la fille se trouvent complètement seules. Bien sûr, d’autres personnages interviennent, par le biais du téléphone, ou à travers les mémoires de Holly, mais jamais en personne; les deux femmes sont donc coincées à la maison durant une énorme tempête de neige, le jour de Noël.

Rapidement, la situation, en apparence anodine, dégénère : un à un, les invités se décommandent (coincés dans la tempête, ils ne peuvent pas non plus quitter l’endroit où ils sont), le comportement de Tatiana devient de plus en plus étrange et Holly réalise, en plongeant peu à peu dans ses souvenirs, que quelque chose cloche, que rien ne va plus et que, bizarrement, elle l’avait toujours su…

J’ai dévoré ce petit suspense psychologique, qui force le lecteur à accompagner Holly dans sa longue descente aux enfers. On parcourt son passé, on l’accompagne dans son présent, on se questionne avec elle et, peu à peu, on perd pied. Comme je disais, je n’avais pas d’attentes face à ce roman ; cela m’a permis de l’apprécier à sa juste valeur et de savourer d’autant plus la chute finale. Un roman à découvrir, pour ceux qui aiment les suspenses et qui se plaisent à plonger dans la psychologie de personnages complexes, qui se dévoilent petit à petit…

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Esprit d’hiver, Laura Kasischke

Éditions Livre de poche

302 pages

ISBN: 9782253194323

Le fil rouge se lance dans l’aventure Youtube : notre première vidéo

Notre première vidéo Youtube! On est très nerveuses et excitées !
Marjorie et moi on se lance dans l’aventure Youtube pour vous parler de bouquins (et oui, encore et toujours 🙂
On espère que vous allez apprécier et que ce sera un beau complément au blogue! Si vous avez des idées de vidéos ou des sujets que vous aimeriez qu’on aborde, dites-le nous!
Et abonnez vous à notre chaine si l’envie y est !

La méthode Kon-Mari : de la joie au moment présent

Capture d’écran 2015-09-06 à 20.40.30Comme moi, vous avez probablement vu passer un article ou une photo sur ce livre, The Life-Changing Magic of Tidying Up: The Japanese Art of Decluttering and Organizing, (Le pouvoir étonnant du rangement, désencombrer sa maison pour alléger sa vie, en version française). C’est fou à quel point ce petit livre était sur tous les réseaux sociaux, Facebook, Youtube, Pinterest, Instagram et sur plusieurs blogues! J’avoue que malgré mon côté un peu sceptique du départ, je me suis quand même laissée tenter par sa lecture. Vendu plus de deux millions de fois partout autour du monde, je me suis dit qu’il devait sûrement y avoir, effectivement, de la magie dans ce livre!

L’auteure, la Japonaise Marie Kondo, est la personne la plus organisée de l’univers, je pense! Elle raconte ses souvenirs d’enfance où elle s’amusait a ranger sa chambre ou la maison de ses parents. C’est ainsi qu’elle s’est bâtie une carrière en créant une méthode, qu’elle jure infaillible et miraculeuse, pour enfin combattre le rebond du désencombrement et du bordel. Avec la méthode Kondo, elle jure que le rebond (phénomène étrange où le bordel revient après le ménage!) ne reviendra pas et qu’il ne sera plus nécessaire de faire du rangement saison après saison. Bon déjà, j’étais un peu attirée dans cette idée de l’espace propre et bien organisée. Depuis quelque temps, j’ai réalisé à quel point il est important pour moi que la pièce dans laquelle je me trouve soit rangée, propre et jolie. Ça joue un rôle essentiel dans mon degré de concentration, de motivation et de bonheur. Essayer d’être créative avec du linge qui traîne partout et une vaisselle débordant de mon évier, c’est un peu chose impossible. Sauf que je ne suis aucunement une reine du ménage, c’est toujours un peu un calvaire de devoir ranger et ça ne me rend jamais ultra motivée. Bref, j’étais la cliente idéale pour Kondo. Sauf qu’en fermant le livre, je n’étais pas convaincue… je vous explique le tout.

De la joie au moment présent

Premièrement, comme je viens de le dire, il y avait des parcelles derrière la philosophie de Kondo qui me parlaient. Par exemple, elle répète tout le long de l’ouvrage à quel point il est important de garder seulement ce qui nous procure de la joie. Ce simple petit commandement n’est, je le sais, pas si simple à respecter. Qui n’a jamais gardé des vieilles notes de cours, au cas où? Un souvenir ou même un cadeau simplement par politesse? Même chose pour tous ces items inutiles qu’on continue de garder et d’acheter et ce, même si nous n’en avons aucun besoin. L’idée d’avoir dans sa maison que des choses qui procurent de la joie, je la trouve belle.

Sauf que, par exemple, des serviettes de bain, ça ne me procure pas vraiment de joie, ni des fourchettes. Je peux comprendre la notion de joie derrière les vêtements, les bijoux et les livres, mais je trouve qu’il est difficile avec les items plus pratiques de parler de joie. Devrions peut-être parler d’utilité?

Néanmoins, j’essaie dans ma décoration et dans mes rangements d’y aller avec la philosophie du Less is more. Quand je magasine, maintenant, j’essaie de ne plus me laisser tenter par le dernier truc à la mode et de penser à long terme et à la qualité. Je préfère de loin investir un peu plus dans un beau tricot que de constater deux semaines après mon achat que mon gilet se défait tranquillement. Donc, cette idée de la joie a été la source première de mon intérêt pour cette méthode, sauf que j’ai passé mon temps à rouler des yeux lors de la lecture! Peut-être que je suis trop cynique… à vous de juger!

Le pliage

Konmari prétend avoir analysé et étudié toutes les méthodes de rangement et elle prend la peine de souvent répéter que tous ses clients ont été entièrement changés grâce à son expertise. Or, elle pense sincèrement qu’en général, les gens ne rangent pas bien leurs choses. Elle prône une méthode verticale au lieu d’horizontale. Voici un petit vidéo Youtube pour les visuelles comme moi qui ne comprenaient pas instantanément comment mettre un t-shirt à la verticale :

J’avoue que je trouve que ça donne un résultat mignon, mais personnellement, je n’ai pas la patience et le temps de faire cela. Je préfère de loin mettre tous mes chandails sur des cintres pour voir l’entièreté de ma garde-robe. En même temps, je critique la méthode sans avoir essayé… mais disons que l’idée derrière le simple fait de plier ses chaussettes me semble être une perte de temps intense face à tous les livres que je veux lire, par exemple!

Les vêtements ont des âmes.., hum, non!

Kondo considère aussi que les vêtements ont des âmes et qu’ils doivent recevoir notre gratitude et notre amour. Par exemple, en touchant nos chandails de laine en plein été, on leur rappelle, aux chandails(!), à quel point nous sommes reconnaissantes de savoir qu’ils seront là pour nous cet hiver. Et vice versa selon les vêtements que vous ne portez pas en saison actuelle. À ce moment, je roulais des yeux à toutes les phrases ou presque. Je ne sais pas vraiment comment expliquer pourquoi je n’adhère aucunement à ces principes. Je dois avouer que j’ai trouvé aberrants plusieurs passages du livre, spécialement où l’auteure nous parle du fait que plusieurs de ses clients ont perdu du poids après avoir adopté la méthode. Kondo nous répète beaucoup trop souvent à mon goût que sa méthode est efficace, ça en vient un peu fatiguant à la longue..

Déchirer des livres, jamais!

J’avoue que je commençais de plus en plus à décrocher du livre, mais comme je voulais écrire cet article, j’ai continué ma lecture jusqu’au chapitre fatidique. Kondo nous apprend que garder plusieurs livres, qui ne nous procurent pas de joie immédiate, est contre sa méthode. Bon, j’avoue que ça ne sert à rien de garder des livres que vous n’aimez pas, par exemple des lectures obligatoires scolaires, mais il reste tout de même que ce qui suit est à mon sens un SCANDALE (oui les majuscules sont de mise!) : Kondo nous dit (préparez-vous) de découper les passages des romans qui nous touchent et d’en faire un cartable. Je veux bien être d’accord avec le fait que de diminuer son inventaire personnel est bénéfique, mais non je n’adhèrerai jamais à ce principe. Je m’excuse Marie Kondo, vous venez de me perdre à jamais.

En prendre et en laisser

Au final, il faut en prendre et en laisser en lisant ce petit guide « miracle ». À certaines pages, j’ai été concernée par la philosophie de Kondo et j’ai senti que certains de ses conseils pouvaient être mis en oeuvre, mais beaucoup trop de fois j’ai trouvé sa méthode trop intense et cruelle!  Je tiens tout de même à noter que je n’ai pas adhéré à sa méthode, donc peut-être que je passe à côté de tout le pouvoir magique. À lire les témoignages des centaines de milliers de personnes qui ont respecté la méthode, je me trompe peut-être. Toutefois, je pense sincèrement que cette méthode n’était juste pas pour moi, bien que je pense qu’elle peut être utile pour quelqu’un qui a des réels problèmes de ramassement compulsif et de ménage.

Aussi, dernière petite critique de ce livre, jamais Kondo propose de recycler ou de donner ses objets, JAMAIS. Elle parle toujours de sacs de poubelle et surtout elle nous vante la quantité. Il y a quelque chose d’extrêmement dérangeant dans le fait de dire à des millions de lecteurs de jeter lorsqu’il existe des centres dans toutes les villes pour donner ses vêtements, comme ses objets non utilisables. Le recyclage des livres et des papiers n’est aussi jamais abordé. Personnellement, je trouve que c’est une très grande lacune à l’oeuvre. Peut-être est-ce la faute de la traduction, je ne le sais pas, je ne lis pas japonais, mais honnêtement en 2015, c’est d’une tristesse de lire de jeter au lieu de réutiliser et recycler.

Ces textes de mots et d’os

Pour moi, la maladie de l’anorexie naît dans le langage. Lorsqu’on est anorexique, il n’y a plus de mots. Ils manquent à l’appel, ou bien nous restent coincés dans la gorge, nous étouffent lorsqu’il faut verbaliser le mal qui est en nous. On se dit que plus rien ne vaut la peine d’être dit, que les paroles ne mènent nulle part. Converser devient de trop, insipide. C’est alors que le corps prend le relais, avec son propre langage minimaliste composé d’os, un langage de terreur qui dit bien fort l’imprononçable, à la manière d’un texte vivant, hurlant. Si dire est impossible, écrire l’est encore moins. Pourtant, pour s’en sortir, il faut parvenir à briser ce mur de silence.

Du moins, c’est comme cela que je l’ai vécu. Au moment où les mots commençaient à faire sens, la maladie, traquée, commençait déjà à s’éloigner. La mise en mots lui fait peur…

En ces circonstances où la communication s’éteint et où les contacts s’étiolent, lire devient un salut. Et lire d’autres raconter leur anorexie, devient une arme inestimable. Sans être un remède, car il n’y en a malheureusement aucun, d’entendre d’autres voix de survivance permet non seulement de se sentir moins seule, mais aussi de comprendre la maladie et ultimement, de pouvoir déposer nos propres mots sur le silence. Voici donc trois textes, publiés à plus ou moins dix ans d’intervalles, qui m’ont parlé autrement de l’anorexie et qui, avec leur éloquence et leur humour bien à eux, désacralisent cette chose beaucoup trop souvent traitée avec pincettes et préjugés. Car si l’anorexie craint les mots, elle s’enfuit devant le rire.

Petite de Geneviève Brisac

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Pourquoi suis-je si profondément convaincue que ces filles qui se laissent mourir ont une raison commune et secrète, qu’elles cherchent à savoir où est la vie et la mort, à cause de quelque chose qu’il fallait leur dire, qu’on n’a pas pu leur dire, quelque chose qui leur fait peur.

Geneviève Brisac, écrivaine française, témoigne de cette invalidité des mots pour l’anorexique à travers son roman Petite (1994), un court récit autofictionnel dans lequel elle relate, par le biais d’un alter ego anorexique nommée Nouk, ses « petites années noires », c’est-à-dire ses années de troubles alimentaires.

Tôt dans son récit, l’auteure avoue jouer la carte de l’ironie en confiant au lecteur : «J’aurais voulu que ça soit drôle. Qu’au moins ça amuse des gens. Je ne suis pas sûre d’être très drôle. ». Par cette volonté d’autodérision soi-disant ratée, Brisac souligne ironiquement la tonalité humoristique de son projet. Oui, le résultat est assez comique. Brisac parvient à brosser un portrait sans fard et plutôt coloré de son anorexie, et ce sans se prendre au sérieux. Même si le sujet est lourd, lire Petite remonte le moral.

Cependant, l’auteure l’admet, l’épreuve est à la fois accablante et nécessaire comme de faire le ménage de notre petite maison de souvenirs : « En écrivant ces lignes, alors que presque trente ans ont passé, j’ai peur, je le fais parcimonieusement, avec une prudence excessive. Je le fais parce qu’il me semble que c’est nécessaire. Je ne peux évoquer ces années-là sans peur, ni sans honte, ni sans que mon cœur batte, idiotement, trop fort. »

Geneviève Brisac, pas tellement connue au Québec, est l’une de mes auteures contemporaines cultes. J’aime sa manière de raconter impressionniste, un peu décousue et au style libre très organique. Pour Petite, sa langue précise et son phrasé fluide nous bercent comme une musique et transforment l’expérience anorexique. Dans toutes ses œuvres, les images qu’elle donne à voir sont véritablement vivantes et son texte Petite, court et concis, est un délice à lire. Un récit intime et une fin chargée d’espoir qui saura réconforter tous les esprits, affligés ou non. Aucunement déprimant.

Biographie de la faim d’Amélie Nothomb

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Amélie Nothomb, romancière belge, présente avec Biographie de la faim (2004) une œuvre au pacte autofictionnel construite autour de la relation tortueuse que l’auteure a entretenue avec la faim dans son passage de l’enfance à l’âge adulte, troquant l’excès de nourriture sucrée et d’alcool pour l’anorexie à l’âge de treize ans. Plus qu’un récit de l’anorexie, il s’agit avant tout, comme son titre l’annonce, de la biographie de rapport amour-haine entre l’auteure et la faim qui la consti(tue) car, comme elle l’annonce : « La faim, c’est moi. »

« L’humour et l’autodérision, toujours indispensables lors de l’écriture, le sont encore plus pour écrire l’anorexie » m’écrit Nothomb dans une lettre de notre correspondance. La prose de Nothomb est d’ailleurs réputée pour son humour ironique, reconnu par plusieurs critiques comme étant sa signature, sa voix littéraire. En entrevue, l’auteure belge confirme ce procédé : « Plus je parle de sujets graves, plus j’en parle légèrement.» Cette manière d’atténuer la douleur par le décalage tonal effectué dans l’écriture évoque une certaine pudeur qui permettrait peut-être de se montrer autrement et qui ouvrirait la voie de la communication avec l’autre, élément essentiel à la littérature, toujours selon Nothomb.

Dans sa Biographie de la faim, elle se sert précisément de ce rire jaune pour retourner la douleur de la remémoration de l’anorexie et en constituer une étoffe plus légère et plus digeste pour le lecteur, mais aussi (et peut-être surtout) pour elle-même. En dépeignant des situations vécues bouleversantes, Nothomb tendra plutôt à faire naître des images comiques ou incongrues, parfois grotesques ou cyniques. C’est en racontant avec autodérision son expérience que Nothomb va conférer une apparence inédite et décalée au récit de son anorexie, entre autres en faisant ressortir le côté ridicule dans le tragique d’une situation, qui autrement n’avait absolument rien de risible. Les phrases à la fois brèves et tranchantes de Nothomb s’entrechoquent, et de cette concaténation émerge un rire inattendu et rafraîchissant: « Mes parents étaient furieux. Je ne comprenais pas pourquoi ils ne partageaient pas ma joie. La maladie m’avait guérie de l’alcoolisme. » Sa narration détourne la matière même du souvenir et offre un regard inversé (et renversant) sur cette maladie dévastatrice, mais aussi sur l’expérience personnelle et sur la perception que l’auteure a d’elle-même. Comme elle l’exprime à la fin de Biographie de la faim, pour elle, l’écriture est véritablement ce qui lui a permis de renouer avec son corps suite aux affres de l’anorexie.

L’anorexie m’avait servi de leçon d’anatomie. Je connaissais ce corps que j’avais décomposé. Il s’agissait maintenant de le reconstruire. Bizarrement, l’écriture y contribua. C’était d’abord un acte physique : il y avait des obstacles à vaincre pour tirer quelque chose de moi. Cet effort devint une sorte de tissu qui devint mon corps.

Ça ira d’Annie Loiselle

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Annie Loiselle est une écrivaine québécoise. Son roman intitulé Ça ira (2013) livre une version de son expérience anorexique à travers l’avatar de la jeune Zoé. L’histoire de Zoé n’est pas isolée; elle entrecroise celle de Béatrice, l’infirmière qui la prend en charge, celle de ses parents. Le fait que le récit anorexique ne prennent pas toute l’avant-scène est ce que j’ai trouvé unique et particulièrement intéressant dans le texte de Loiselle, la vie des autres personnes en contact avec l’anorexie étant carrément sous-représentée en littérature. Loiselle remet les choses en perspective. Son écriture est sèche, découpée, et on y lit dans le blanc entourant les phrases le silence environnant l’anorexique:

« Conséquemment, Zoé s’affame.
Et ça fonctionne.
Elle ne ressent rien, même plus cette morsure au ventre.
Elle accoste dans une mer tarie.
Elle s’effrite. […]
Elle oublie presque. […]
Elle se tait.
Elle n’a rien dit, avant. Jamais. »

Dans une prose à la limite de la versification, Loiselle jette une lumière nouvelle sur la maladie, fait surgir la beauté dans l’horreur. La sécheresse de son style et sa sobriété en demi-teinte évitent complètement l’apitoiement et le larmoiement vers une vision poétique, nouvelle, de l’expérience anorexique. Une vision juste et belle, honnête et poignante. Sans user d’humour ou d’autodérision comme le font Brisac et Nothomb, Loiselle cultive une sorte de distanciation face à son sujet dans laquelle les mécanismes de la maladie se défont sous nos yeux et à travers son effritement émerge une lucidité intéressante et affranchie du pathos. Le texte de Loiselle transforme le corps anorexique, le créé à sa guise. Il devient art. Et de cet acte créateur naît l’espoir d’une guérison.

J’espère que ces quelques références vous ont donné envie de vous intéresser au sujet. Il existe de nombreux récits de l’anorexie, et peut-être que vous en connaissez vous-même. J’ai eu la chance d’en lire plusieurs, mais partagez vos suggestions et impressions de lecture ici ou sur notre page Facebook afin que tous puissent en bénéficier. On ne sait jamais sur quelle personne un conseil de lecture peut tomber et à quel point cela peut changer une vie…

Bibliographie

BRISAC, Geneviève. Petite. Éditions de l’Olivier, Paris, 1994.
LOISELLE, Annie. Ça ira. Éditions Stanké, Montréal, 2013.
NOTHOMB, Amélie. Biographie de la faim. Éditions Albin Michel, Paris, 2004.

Jason Roy, les coccinelles et la passion de raconter

Le 27 septembre dernier, à Sherbrooke, j’ai eu l’occasion d’assister au lancement de L’alliance, le premier roman de Jason Roy, nouvel auteur dans le paysage littéraire québécois. Il faut dire que j’y étais car le Fil rouge avait reçu une invitation bien spéciale, lancée par Jason lui-même, lecteur assidu du blogue! Résidant tout près de l’endroit où avait lieu le lancement,  j’étais bien décidée à couvrir l’événement et à découvrir cette nouvelle plume ainsi que l’auteur qui se cachait derrière.

À mon arrivée, je n’ai pas tardé à faire connaissance avec la vedette du jour. Regard pétillant, sourire contagieux, Jason semblait fébrile ; je pouvais tout à fait comprendre pourquoi! Ce n’est pas tous les jours qu’on publie à compte d’auteur son premier roman, une petite brique de 417 pages de surcroît…! Jason semblait réellement heureux de l’accomplissement de son projet, et l’enthousiasme des gens présents lui faisait écho. J’ai eu la chance de m’entretenir avec lui à propos de L’alliance, son roman d’aventures bien singulier.

Jason Roy

Jason Roy

Il faut l’avouer d’entrée de jeu, l’univers de L’alliance a de quoi surprendre: très bien structuré, détaillé à souhait, c’est un lieu où jeux de pouvoirs, guerres et affrontements se déroulent…entre les nobles coccinelles et leurs vassaux, les pucerons (oui oui, vous avez bien lu!). Dans cette histoire d’alliance improbable, le puceron Sebastian et la noble comtesse coccinelle Petra, issus de deux milieux opposés, s’unissent afin de lutter contre le règne de la tyrannique reine Tarmela. Trahison, complots, secrets et aventures attendent le lecteur dans ce roman qui se lit (presque) tout seul!

De manière générale, j’ai apprécié ma lecture. L’écriture de Jason est agréable, d’une grande richesse ; par moments, toutefois, je la trouvais un peu chargée et avec quelques longueurs, à la manière d’un Alexandre Dumas ou d’un Victor Hugo (ce dernier que j’adore, soit dit en passant). En discutant avec l’auteur, j’ai compris que j’avais vu juste: grand amateur de romans-feuilletons et de récits d’aventures où les descriptions et les adjectifs fusent, Jason souhaitait inscrire son histoire dans cette lignée, ce qu’il a très bien réussi à faire! Même si la trame narrative en tant que telle n’est pas particulièrement innovante (une bonne vieille histoire de guerres et de complots), l’originalité des personnages et la justesse de l’univers imaginé par l’auteur compensent largement ce petit bémol! Aussi, les expressions humaines « travesties » afin de s’appliquer aux insectes (« la prendre par une pince », « avoir d’autres larves à fouetter », « mordre à belles mandibules », etc.) se trouvaient parsemées à travers le texte et ne manquaient pas de me faire sourire. Globalement, L’alliance est une œuvre originale que je recommanderais aux amateurs de romans d’aventures classiques et de contes pour adultes (je dois aussi souligner, sans vendre la mèche, que j’ai trouvé la fin particulièrement habile!)

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Ceci étant dit, ce qui m’intriguait par-dessus tout, une fois le bouquin refermé, était de savoir d’où Jason tenait cette idée de mettre en scène des insectes dans une histoire du genre… et surtout des coccinelles, que l’on associe généralement à de gentilles petites bêtes! Il m’a expliqué qu’il avait eu envie de déconstruire l’image préconçue que nous avons des coccinelles afin de dévoiler leur vraie nature, soit celle de redoutables prédateurs… et je dois admettre qu’il le fait plutôt bien! Le projet de L’alliance a d’ailleurs vu le jour dans le cadre d’un cours de littérature jeunesse, qu’il a suivi durant son certificat en création littéraire, à l’UQAM. Ensuite, il a soumis une bonne partie de l’histoire en guise de projet final de son certificat ; Denis Aubin, l’un de ses enseignants, l’a fortement encouragé à pousser l’histoire plus loin. Jason a donc développé son récit tout au long de son baccalauréat, pour en arriver au livre qu’il peut désormais partager avec les lecteurs.

Ce livre, d’ailleurs, il l’a soumis à plusieurs éditeurs afin de trouver qui pourrait le publier. En analysant l’ensemble des refus, il a constaté ce qu’était son « problème » : son récit, bien qu’apprécié par les éditeurs, ne semblait jamais cadrer dans les spécialités des maisons d’édition. Pas assez jeunesse, pas assez adulte ; bien écrit, mais difficile à vendre! Jason a donc décidé d’opter pour l’autopublication, ce qui lui a permis de donner naissance à un objet-livre tout en prouvant que s’auto-publier ne signifie pas forcément produire un texte de piètre qualité (comme on a souvent tendance à le penser.)

Finalement, je suis bien heureuse d’avoir pu faire la connaissance d’un individu réellement sympathique et d’avoir pu découvrir, au passage, une nouvelle voix littéraire! Pour ceux qui, comme moi, auraient envie de partir à la découverte de Jason Roy et de ses univers, vous pouvez vous procurer ses livres ici (je dis « ses », parce que Jason lançait également, pour l’occasion, un recueil de nouvelles!): http://meslivres.wix.com/jasonroy.

Mieux encore, vous aimeriez le rencontrer et discuter littérature en sa compagnie? Il sera au Salon du livre de l’Estrie, qui se tiendra du jeudi 15 au dimanche 18 octobre. Consultez la programmation pour plus de détails!

Autour des livres : Rencontre avec Gabrielle, collaboratrice chez Le fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires.

Pour cette édition d’Autour des livres, on vous présente une de nos collaboratrices, Gabrielle! Pour lire ses articles, cliquez ici.

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1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

J’en ai plusieurs, mais je me souviens que je « lisais » des histoires à ma sœur quand elle était toute petite… « Lisais », parce que je ne savais pas lire encore! Je garde aussi de très bons souvenirs de mes premiers Salons du livre, où je me donnais comme mission de collectionner le plus de marque-pages possible, autographiés par les auteur.e.s., bien sûr!

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Je devais lire tous les livres de La Courte Échelle. Sans exception! Au-delà de ça, mon rituel était simplement de lire chaque soir avant de me coucher. Et ça n’a pas changé depuis, sinon, j’ai de la difficulté à m’endormir.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

En fait, je n’écris pas de fiction! Mais lorsque je dois rédiger mon mémoire, par exemple, je dois être seule. C’est mon seul critère, sinon, je n’arrive pas à me concentrer et j’ai juste envie de jaser et de regarder partout.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Si j’écrivais, il est évident que les livres d’Annie Ernaux seraient mon inspiration première. Son écriture est magnifique.

5. Quel est le livre qui t’as le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Les Cascadeur de l’amour n’ont pas droit au doublage de Martine Delvaux. Je l’ai lu alors que je traversais une rupture amoureuse difficile et je me suis sentie moins seule, réconfortée par ses mots.
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6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

Réponse facile… Harry Potter! Qui ne voudrait pas aller à Poudlard?!

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

Je ne les relis pas parce que je n’aurai pas assez d’une vie pour lire tout ce que je veux! Pas de temps à perdre à relire des livres déjà lus!

8. Quel est ton mot de la langue française préféré?

J’hésite… Esperluette ou papaye?

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

Tellement plusieurs! Mais quand j’y pense, je crois que ce serait La Vie devant soi de Romain Gary, pour l’humour et la plume unique, ou L’inceste de Christine Angot, pour l’exercice littéraire qu’il représente.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

Gabrielle: Des livres et du bacon.