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« Soleil » de David Bouchet, nouvelle lecture de novembre du défi littéraire

C1-Soleil-226x339Ce mois-ci, peu de gens ont voté dans le groupe Facebook du défi littéraire au sondage pour définir la nouvelle lecture du mois d’octobre. Toutefois, c’est toujours vous qui choisissez et ce, même si ce n’est que 5 personnes (haha). On va mettre ça sur la faute de l’Halloween, vous étiez sans doute trop occupés à cuisiner des potages à la citrouille, à trouver le costume de l’année ou à offrir des bonbons aux enfants, on vous pardonne !

Le bouquin de Simon Bouchet semble fort intéressant et quoi de plus génial que de découvrir un auteur qui nous propose sa première oeuvre! Voici donc notre lecture de novembre, Soleil de David Bouchet. Sans tomber dans les clichés, je dirais qu’un peu de soleil dans ce mois sombre et, disons-le déprimant, nous fera le plus grand bien à tous, du moins, je l’espère!

Bonne lecture et on se retrouve sur le groupe Facebook, Je lis un livre québécois par mois pour en discuter!

Voici une description de l’oeuvre disponible sur le site des éditions La peuplade

Souleye et sa famille arrivent du Sénégal et s’installent à Montréal. Ils veulent «devenir d’ici», ne pas se retourner. Mais tout ne se passe pas comme prévu, et P’pa se retrouve dans le sous-sol de l’appartement, où il se met à creuser un trou. Ou est-ce un puits?  Son esprit semble en transit entre deux continents. Pour Souleye, les questions fusent et les réponses n’ont pas de formes connues. Simplement, il faut reboucher la folie de P’pa.
Souleye, que sa nouvelle amie Charlotte a rebaptisé Soleil, réfléchit beaucoup et connaît le langage des yeux. Il pose un regard subtil et ouvert sur l’être humain. Par le récit de ses espoirs et de ses peurs, il nous transporte à travers l’histoire de l’humanité, «une lente histoire de dissolution et de transformation».

Pour en savoir plus sur l’auteur : 

David Bouchet (DaoudaToubab) est éditeur, écrivain et scénariste (La pirogue, 2012, Sélection du Festival de Cannes – Un Certain Regard). Il a passé l’essentiel de sa vie à Dakar et est ancré à Montréal depuis 2010. Soleil est son premier roman.

Source : Le site des éditions La peuplade.

Redonner ses lettres de noblesse au français québécois

Avec un titre comme La Langue rapaillée – Combattre l’insécurité linguistique des Québécois, Anne-Marie Beaudoin-Bégin avait toutes les chances d’attirer mon attention (en cette journée où je m’étais promise d’entrer dans la librairie, acheter le dernier de Moutier et repartir aussitôt)! Et le contenu n’avait rien pour me décevoir. La préface de Samuel Archibald donne l’eau à la bouche et dès que j’ai commencé la lecture de cet essai, je me suis sentie interpellée. Tout au long de ma lecture, je comprenais et analysais des situations qui ont lieu dans ma vie quotidienne et j’ai même quelques fois été émue. C’est que, voyez-vous, je suis une grande amoureuse de la langue française. Et j’adore l’accent québécois que je voudrais bien qu’on accorde toujours au pluriel : les accents québécois, tous riches et différents, tous fiers représentants de leur région.

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Je ne vous ferai pas de résumé exhaustif car le livre est assez court, 114 pages. Beaudoin-Bégin se permet de détruire les fausses croyances qu’ont les québécois quant à leur langue, leur français «moins bon» que les autres français. D’entrée de jeu, l’auteure, linguiste de profession, nous éclaire sur ce qu’est réellement une langue : elle permet aux interlocuteurs de se comprendre. Et elle y revient souvent: tant que votre voisin peut vous comprendre, vous utiliser une langue correcte! Pourquoi alors les québécois croient-ils que leur langue est moins valable qu’une autre, que le français de France par exemple?

Il est important de comprendre, et Beaudoin-Bégin l’explique bien, que le registre familier et le registre soigné existent dans toutes les langues. Elle fait très souvent l’analogie du code vestimentaire, et j’avoue trouver cette comparaison très juste : dans un contexte de conférence, par exemple, on devra s’habiller de manière convenable, porter une cravate ou bien des talons hauts pas du tout confortables. À la maison par contre, loIMG_5417rsque l’on prend une bière avec ses chums, personne ne s’indignera d’un chandail troué ou de jeans tachés. C’est pareil avec la langue; on utilise rarement le registre soigné des conférences lors d’une soirée entre amis, on optera plutôt pour le registre familier. Les « autres » français ont également ces deux registres. Là où on se perd, c’est que les registres soignés des différents français sont tous similaires, puisqu’ils s’approchent plus du français écrit. Lorsqu’on discute avec un Français et qu’il ne comprend pas un mot de notre registre familier, on utilisera son synonyme dans le registre soigné. C’est ce qui nous donne l’impression que notre français est moins bon, on doit « l’améliorer » afin de se faire comprendre.

Ce n’est qu’une des différentes théories que j’ai découvertes, ou plutôt réellement comprises, dans l’ouvrage d’Anne-Marie Beaudoin-Bégin. Elle y va d’exemples simples et d’explications précises. Elle se permet même de détruire au passage les ouvrages de références, comme le Petit Robert qui est écrit en France, par des Français, et qui considère tout ce qui vient du reste de la francophonie comme étant des régionalismes. Je ne dirais pas que La langue rapaillée est une vulgarisation des standards de la linguistique, parce qu’à certains moments j’avoue ne pas avoir compris tous les mots reliés à ce domaine que je ne connais que trop peu. Mais il s’agit certainement d’un essai utile face à la stigmatisation de notre langue. Chaque fois que je terminais un chapitre (ils sont tous assez courts, l’équivalent d’un aller-retour au travail ou à l’école en métro – j’habite assez loin de ces deux lieux, je l’avoue), je devais prendre une pause et laisser mijoter ce que je venais d’apprendre. J’ai parfois été choquée de lire que ma propre conception était biaisée, que je discriminais moi-même mes pairs pour l’utilisation de mots qui n’auraient pas été mon premier choix et qui, pourtant, sont tout autant valides.

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Je l’avoue, le passage que j’ai eu le plus de difficulté à digérer a été celui sur le français écrit. Je suis correctrice chez Le Fil Rouge, je lis beaucoup, je ris des graffitis qui comportent des fautes d’orthographes et j’ai parfois les yeux qui saignent en lisant certaines choses sur les réseaux sociaux. Pour moi, le français écrit est important, même si je ne me dis pas parfaite sur ce plan. Mais ce qu’Anne-Marie Beaudoin-Bégin en trouve à redire, c’est que la difficulté du français écrit mine la confiance des Québécois. Être « pas bon en français » équivaut à ne pas savoir écrire. L’auteure dit que ce sont deux choses distinctes, qu’il ne faut pas mélanger langue et code (écriture). Je comprends. Sauf que l’écriture aide à avoir une meilleure syntaxe et à savoir être concis. Peut-être que l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir est complexe, soit. Mais il me semble qu’à l’oral, en tant qu’interlocuteur, il est agréable de comprendre que ce participe passé était appliqué à ce mot. Ce que certaines personnes ne savent pas faire, tant à l’oral qu’à l’écrit.

Malgré ces petites confusions que j’aurais voulu partager à l’auteure au court de ma lecture, j’ai trouvé cet essai des plus pertinents. Si mon budget le permettait, j’en achèterais des dizaines de copies et je les « oublierais » volontairement dans le métro, sur les bancs de parc, dans les toilettes publiques, j’en offrirais à tous mes proches pour Noël, je les distribuerais dans les marchés et les manifestations. Bref, j’ai trouvé La langue rapaillée – Combattre l’insécurité linguistique des Québécois très intéressant et il m’a permis de me réconcilier avec toutes les variations de notre langue. La langue qu’on parle, le on incluant toujours le je. La langue que l’on conserve en vie depuis des centaines d’années, malgré les menaces qu’elle a subit. Cette langue si polyvalente, qui s’adapte aux changements de températures du froid au frette, qui s’adapte aussi à notre niveau d’en boisson. Cette langue qu’on a défendue à grands coups d’poutine pis de mots d’église. Cette langue qu’on doit néanmoins réapprendre à défendre, contre le gros méchant anglais, qui veut nous assimiler et nous mondialiser à la fois.

J’aime mon français. Je ne l’échangerais pour aucune autre langue. Mon copain est anglophone, mais dès qu’il a appris le français il tenait à acquérir l’accent québécois, et il l’utilise très fièrement. Et je l’écoute très fièrement aussi. Parce qu’il parle ma langue, le québécois. Alors maintenant, que vous soyez à Gaspé ou à Rouyn, courrez à votre librairie (allez-y en quatre-roues s’il le faut) et achetez ce petit livre. J’ai lu ma copie accompagnée d’un surligneur et je vais très certainement en relire des passages!

Women in clothes et l’étude sociologique du vêtement

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Ça fait plus d’un an que ce livre me regarde de la bibliothèque. J’en avait entendu parler, je l’avais vu et c’est quand j’ai entendu Josiane Stratis en parler à la première chaîne que je me suis décidé à l’acheter. Pourtant, ce n’est que cet été (je sais, l’été commence à être loin derrière) que j’ai décidé de m’y plonger.

Women in clothes est un collectif dirigé par trois femmes, Sheila Heti, Heidi Julavits et Leanne Shapton, qui ont décidé de s’attarder aux questions qu’on se pose en s’habillant le matin. En fait, ce recueil est construit autour d’un sondage d’une multitude de questions, répondu par plus de 600 femmes et hommes.

Est-ce qu’un livre sur un questionnaire mode? Aucunement. C’est une panoplie de réflexions sur notre relation aux vêtements, aux modes, à notre corps. C’est des questionnements sur les femmes, sur la société, sur les médias. C’est un collectif qui pousse plus loin, qui cherche à comprendre pourquoi, qui intellectualise la mode et qui y porte un regard sociologique .

Il faut dire que je n’ai pas encore fini ma lecture. C’est un livre qui se lit en parcelles et non d’une traite, mais j’ai été vraiment fascinée par ce que j’ai lu à ce jour. L’échantillonnage de femmes et d’hommes qui ont répondu à ce fastidieux questionnaire est plus que varié et propose des gens de tous âges, sexes et nationalités.

Souvent, on a tendance à croire que la mode, le style, les vêtements, sont tous des choses superficielles, mais Woman in clothes permet de jeter un autre regard sur ce qu’on décide de porter à tous les jours. C’est rempli d’anecdotes et de réflexions sur la façon dont ce qu’on porte peut influencer qui nous sommes, notre confiance et nous, parfois même nous rapprocher de qui on est vraiment.

Je crois que c’est le type d’ouvrage qui ne se fait pas assez sur le vêtement; il ne met pas l’accent sur la « mode » ou  sur les « tendances », mais bien sur les gens et sur leurs relations avec l’acte de se vêtir.

C’est différent, c’est captivant, c’est intelligent et je le recommande à tous ceux et celles qui s’intéressent de près ou de loin à la sociologie du vêtement.

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Autour des livres : Rencontre avec Fanie, collaboratrice chez le Fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires.

Pour cette édition, notre collaboratrice Fanie s’est prêtée au jeu ! 

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1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Je ne savais pas encore lire. Mon grand-père, lorsque j’allais le visiter au chalet, me chantait de vieilles chansons et me lisait des contes. Dans la bibliothèque, il y avait une petite boîte de collection jaune, je me souviens même des titres : « L’Empereur et le rossignol », qui me terrifiait, « La petite sirène », dans sa plus authentique version, « La reine des glaces », la vraie méchante, pas Elsa…

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Chaque soir, mes parents nous faisaient la lecture à ma sœur et moi. Comme pour tous les enfants, c’était des livres illustrés, et le jeu consistait à nommer un objet pour que les autres le trouvent dans l’image. J’avais une fascination pour les dessins et les observait longuement. Le livre Where the Wild Things Are de Maurice Sendak est peut-être celui qui m’a le plus impressionnée (lui et l’Empereur et le rossignol). Je trouve toujours les dessins et les histoires de Sendak incomparables.

Je lis encore beaucoup d’œuvres illustrées. Rien n’a changé. Je n’ai plus vraiment de rituel de lecture car je lis sans arrêt, études obligent. J’essaie de lire un peu tous les soirs, même quand il est tard et que mes yeux ferment tout seuls.

Ma mère est une fervente lectrice, et j’ai grandi parmi les livres. Quand j’étais très jeune, elle m’a dit qu’en aimant lire, je n’allais jamais m’ennuyer. Elle avait parfaitement raison là-dessus!

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Je peux écrire dans à peu près n’importe quelles circonstances, dans le bruit comme dans le silence complet. Je n’ai pas de moment privilégié non plus. Toutefois, et c’est mon petit côté Nothomb, j’éprouve de la difficulté à écrire le ventre plein. Je ne jeûne pas pour autant, mais je remarque que j’ai une plus grande créativité et clarté d’esprit lorsque je ne me trouve pas en pleine digestion.

Aussi, j’aime écrire sous contraintes, être sortie de ma zone de confort et de mes réflexes habituels. C’est comme si, poussée par la pression des paramètres imposés, mon imagination éclatait et coulait en une écriture plus vive et inventive. Lorsque je n’ai pas de directives extérieures, je me lance moi-même des petits défis d’écriture.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Je ne suis pas sûre que ce soit tant les livres que les voix d’auteurs qui m’induisent l’envie d’écrire. Plusieurs écrivains ont stimulé ma créativité à différentes périodes de ma vie; J.K. Rowling (qui ne l’a pas été?) et Kevin Crossley-Holland alors que j’étais préado; les Victor Hugo, Marion Zimmer-Bradley, J.R.R. Tolkien et Clive Barker de ce monde ont gouverné mon imaginaire d’adolescente; aujourd’hui, les plumes de Claire Legendre, Ying Chen et Geneviève Brisac sont mes muses de mots.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Le Seigneur des Anneaux. Le terme cheminer est à prendre en son premier sens: celui de la marche. Je vivais un moment assez difficile, probablement le plus dur que j’ai connu, et ne voyais que des impasses à l’horizon. J’ai lu la trilogie et en suivant Frodon et Sam à travers leur périple, je me répétais que s’ils étaient capables de traverser le Mordor et d’en revenir, j’étais moi aussi en mesure de me battre et de m’en sortir. C’est la marche des Hobbits qui m’a fait cheminer, et j’ai bel et bien finit par échapper à mon Mordor.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Terre-du-Milieu forever. Partagée entre la forêt de la Lorien, perchée quelque part entre les cimes pour me reposer et la Comté pour prendre du bon temps!

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

Je suis tombée par hasard (en fouillant dans un panier d’échange de livres dans un camping de Californie!) sur la Biographie de la faim d’Amélie Nothomb au moment où j’étais en rechute d’anorexie. J’ai découvert Nothomb par ce livre et depuis, j’ai tout lu d’elle. Biographie de la faim reste mon coup de cœur. Quelques années après ma première lecture, il a été le sujet de mes études de maîtrise. Je l’ai littéralement disséqué et aujourd’hui il coule en moi lorsque je le relis.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Archipel.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

J’aurais aimé être Virginia Woolf et être l’auteure du magnifique Orlando; à la fois grave et ludique, intemporel et incroyablement humain. Woolf a dit avoir écrit ce roman pour le pur plaisir, comme un jeu, une expérience. Cela se sent, comme une sorte de détachement face au récit, de lâcher-prise. Le texte respire de lui-même. Une telle liberté m’enthousiasme et m’inspire.

10. Si tu écrivais ta propre biographie,  quel serait le titre ?

Carnet d’une désincarnée est le titre du texte sur lequel je travaille présentement, qui n’est pas à proprement parler une autobiographie, mais qui parle de moi.

Chroniques d’une anxieuse : les mots

 

Les mots Ça sentait le vieux Tim Hortons pas propre. Y’avait du monde, beaucoup trop, ça parlait fort et ça criait que ça voulait du café pas bon, pas cher avec ben du sucre. Je venais de perdre trois heures de mon temps à essayer de trouver l’hôpital où je devais passer quelques tests, à me perdre dans ses couloirs infinis et à pleurer parce que je ne savais pas où aller. Pour finalement me faire dire par la madame crêpée jusqu’au plafond au sourire forcé à l’accueil que j’étais pas au bon endroit. Que j’avais tout fait ça pour rien. Parce que, comme d’habitude, j’étais trop perdue pour m’organiser comme du monde. Comme tout l’monde.

J’avais le karma à terre cette journée-là.

Mon sac était resté pris entre les portes du wagon du métro. Il était encore accroché à mon dos quand j’ai entendu « une porte de train bloquée cause un ralentissement de service sur la ligne orange ». C’était de ma faute. Deux gars super héroïques sont venus me secourir en tentant chacun de leur bord de rouvrir les portes qui s’enfonçaient douloureusement dans mes côtes. Pendant qu’une madame dévouée à l’os essayait de m’enlever ma veste de jean en criant sur repeat « faut qu’tu laisses tomber ton sac! VITE! VITE! Avant qu’le train continue son ch’min! ». Pas stressant pantoute.

Les portes ont décollé de mes côtes cinq minutes plus tard. Je suis allée m’asseoir en feintant que j’étais ben à l’aise avec ce qui venait de se passer. Mais mes joues rouge feu ardent avec beaucoup de braises dedans me trahissaient.

C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée d’aller me chercher un café pas bon au Tim Hortons. Juste pour décompresser. Mais, en commandant au comptoir un p’tit deux laits s’il-vous-plaît, j’ai aperçu du coin de l’œil quelqu’un que j’avais souhaité ne plus jamais revoir. Le genre de personne qui t’attire toujours un peu plus profondément dans ses malheurs jusqu’à ce que tu t’y noies avec elle. Un jour d’automne, je lui avais dit que c’était fini. Elle m’avait demandé pourquoi. Je lui avais répondu parce que. Ça sert à rien d’élaborer sur ces affaires-là. C’était la première fois que j’avais su dire non, c’est assez.

Elle m’avait balancé en pleine figure une série de mots qui blessent. Elle y était allée à coup de tu seras jamais heureuse dans vie. Ouch.

Elle avait mis le doigt sur une de mes plus grandes peurs, celle de ne pas pouvoir profiter de la vie pleinement, celle de ne pas savoir attraper le bonheur à temps. Elle m’avait frappée de plein fouet avec les mots qui font mal.

Et il y en a eu plein d’autres. Plein de gens qui ne pensent pas avant d’ouvrir la bouche, qui ne tournent pas sept fois leur langue avant de proférer des paroles qui vont rouler en boucle dans ma tête. J’en ai entendu souvent des t’es ben trop folle. Moi, je le prends pas à la légère ce mot-là. Parce que ça existe la folie, la vraie, celle qui te fait entendre des voix, celle qui te fait croire que tout le monde est contre toi, celle qui te paralyse d’idées noires comme le poêle.

Parce que j’ai déjà eu peur d’être folle pour vrai.

Les mots, ça se gravent dans la mémoire indélébile. Ils s’estompent parfois, mais ils reviennent à la charge nous hanter, nous rappeler ce qu’on aimerait oublier. Parfois j’entends encore leurs voix qui résonnent dans mes tympans m’avouer que mes humeurs ont alourdi trop souvent leur présent.

Mais il y a les mots qui font du bien aussi. Ceux qui mettent un baume sur le cœur abîmé, ceux qui essaient de reconstruire ce qui a été brisé. Les mots pour se faire pardonner, pour expliquer ceux-là qu’on ne pensait pas vraiment. Les mots qui font rêver, qui nous emportent page par page, qui expliquent le monde mieux qu’il ne s’explique lui-même. Les mots qui calment les angoisses et qui empêchent de s’haïr le soi-même. Ceux qu’on écrit à la va-vite pour lancer un je t’aime avant de partir, ceux qu’on souffle à l’oreille pour émoustiller et les mots qu’on se répète encore et encore pour se requinquer.

Il y a ceux aussi de Micheline Lanctôt dans un article du Nouveau Projet 08. Des mots de sagesse qui m’ont fait sourire une journée où tout allait tout croche. Je les ai lus un après-midi d’automne orangé dans le frette fraîchement arrivé après avoir bu mon café pas bon trop sucré du Tim Hortons.

Ce jour-là, je m’étais adonnée à mon activité préférée : remettre en question toutes les sphères de ma vie et douter de chacun de mes choix. J’avais peur de ne pas aller dans la bonne direction en prenant trop longtemps un chemin qui ne me mènerait à rien. Sauf qu’il n’y a pas de mal à s’égarer, « on angoissera, on sera troublé, mais le doute porte en soi le germe de toutes les solutions, et il se trouve que plus on doute, mieux on évolue ». Merci, Micheline.

Entre passé et présent, lumière et noirceur, « Choir » de Rosalie Lavoie

Entre passé et présent

Choir de Rosalie Lavoie, c’est un coup de coeur. Le quatrième de couverture m’a plu. Je l’ai acheté. En ne sachant pas du tout qui était Rosalie Lavoie et si elle avait déjà écrit auparavant. Rares sont les fois où j’erre dans une librairie sans avoir d’idées préconçues de ce que je veux lire, mais bien heureusement, c’est ce qui s’est produit ce jeudi-là et voilà, je découvrais une plume enchanteresse, lucide et profondément touchante.

Dans un balancement, entre l’avant et le maintenant, Rosalie nous entraîne dans les moments phares de sa vie. Enfant avec son père, plus vieille avec ses amours. Dans un continuel retour entre le présent et le passé, on pénètre dans les déboires sentimentaux, corporels, toujours si intimes de Rosalie.

Déjà dès l’enfance, le jeu du silence opère suite à un traumatisme incestueux avec le père et ce silence restera longuement dans la vie de Rosalie. Ensuite, elle tombera amoureuse de l’emprise de Frank sur sa vie. Cette relation ornée de nocivité sera bâtie sur un continuel besoin de quitter pour y revenir. Toujours en se détestant de se laisser vivre dans une relation toxique, Rosalie vit un combat contre elle-même, continuel. Apprendre à se pardonner, à s’accepter et à s’aimer, c’est tout ça en même temps, ce jeu d’écriture, ce besoin de ne plus garder le silence et de laisser percevoir la lumière dans une très grande noirceur.

Entre lumière et noirceur

Amoureux des mots, vous serez servis. Voici la première page du bouquin, histoire de vous faire voir toute l’ombre comme la lumière de récit, mais surtout pour vous laisser admirer le judicieux talent d’écriture de Lavoie.

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Malgré les indéniables drames qui ont forgé la vie et l’identité de Rosalie, on ne peut qu’ignorer la lumière qui survole l’oeuvre. L’écriture est pour Lavoie une manière de se libérer de l’emprise constante du passé sur le présent. Je pense humblement que de mettre sur papier les tourments et les questionnements vécus est une façon, dans ce cas-ci, de s’émanciper. Et on sent l’amour de Rosalie tout au long du roman, cette grande tendresse qui vit toujours en elle, celle qui est toujours frétillante, et ce surtout lorsqu’il est question de ses enfants.

Au final, Choir, n’est pas un roman traditionnel au sens du terme. Les événements sont mélangés, jamais réellement clairs et nommés. Difficile de se faire une ligne chronologique des événements, mais cela n’a pas d’importance. C’est le genre de bouquin où on DOIT se foutre de ne pas tout comprendre, de ne pas tout deviner, on se contente que de ressentir les mots et leurs beautés. Et ça, dans Choir, vous serez servis.

Autre petit point positif, les pages de la fin. Rosalie nous faire la liste des oeuvres qu’elle a lues durant la rédaction de son roman. Je trouve ça si humble de sa part et en même temps si passionnant de voir les inspirations et les états d’esprit dans lesquelles Rosalie a été plongée dans ses divers univers. Il est vrai que notre écriture est toujours un peu le mélange de tout ce qu’on a lu.

Et pour ceux qui sont intéressés par Rosalie Lavoie, je vous encourage à découvrir Le sang du cerf, son premier roman. Personnellement, il vient de s’ajouter à ma liste de lecture. Et Rosalie Lavoie vient de devenir une de mes auteures contemporaines québécoises préférées.

Laissez venir, à moi, les livres !

On attend toujours la belle saison avec l’espoir de réaliser des projets gardés sur la tablette tout l’hiver. Pour être tout à fait honnête, la réalité ne ressemble en rien avec ce que l’on avait imaginé ou si bien planifié. Je parle peut-être pour moi seule, mais l’été 2015 a été une belle surprise à laquelle je ne m’attendais pas. Mais ça, vous le savez déjà !

En début d’été, j’ai écrit une liste. La liste des titres que j’allais lire dans les deux, trois mois à venir :
Anna Karénine de Léon Tolstoï – Tome I et II
Femmes qui courent avec les loups : histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage de Clarissa Pinkola Estés
Libérez votre créativité de Julia Cameron (à relire)
L’art pratique de la créativité de Julia Cameron (à relire)
L’homme rapaillé de Gaston Miron (ça, je l’ai lu à voix haute dans mon bain !)

Mais au lieu de choisir les livres que j’allais lire, ce sont d’autres livres qui m’ont choisie et qui sont venus vers moi :
Nous étions le sel de la mer de Roxane Bouchard
De Rose à Rosa de Michel-Olivier Gasse
La dictature du bonheur de Marie-Claude Élie-Morin
L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle
Éloge du mariage, de l’engagement et autre folies de Christiane Singer
Les yeux de la nation de Jean-François Aubé
La vie habitable de Véronique Côté

Jusqu’à ce que j’écrive la deuxième liste, j’étais persuadée que je n’avais pas pris suffisamment de temps pour lire cet été. Ces sept publications, des petits volumes, oui, mais lourds de sens, sont venus à moi aussi subtilement que la vague qui monte petit à petit jusqu’à atteindre l’ourlet de ma jupe lorsque je marche sur le bord de l’eau, trop occupée à cueillir des petites pierres colorées.

Je me suis offerte Nous étions le sel de la mer à la Saint-Valentin. Un cadeau de moi à moi, avec tout mon amour. Et je ne l’ai ouvert que lorsque j’ai appris que le roman de Roxane Bouchard était choisi comme lecture du mois de juillet sur le blog. Il est arrivé exactement au bon moment dans ma vie ou alors m’a vie s’est arrimée avec lui et ensemble ils ont créé le bon moment.

Il m’a parlé de la mer, me demandant de l’affronter. Il m’a parlé de l’amour, de la solitude, des départs, en me demandant de les apprivoiser. Il m’a parlé des pêcheurs, ces hommes qui s’affairaient chaque jour tout près de mon lieu de travail. J’ai choisi de laisser partir le roman, au lieu de rester accrochée à lui comme un poisson à un crochet. Il est parti voyager.

Qu’il aille parler de la mer ailleurs, dans d’autres cœurs que le mien.

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Michel-Olivier Gasse m’a séduite une fois de plus, lors de son passage à la Vieille Usine pour la présentation de son projet-spectacle Saratoga, en duo avec Chantal Archambault. Puisque je ne voulais pas quitter trop rapidement sa belle énergie, je me suis plongée dans son recueil de nouvelles De Rose à Rosa, narrant sa vie en plein cœur de Montréal. C’est doux, c’est vivant, c’est drôle et c’est rassurant. Par ses mots, par ses anecdotes, il m’a émue et ébranlée quelques fois aussi. Il m’a donné le goût de retomber en amour et d’avoir un petit potager.

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La dictature du bonheur, je devais le lire celui-là, pour que me quitte enfin cette terrible culpabilité face à mon projet d’écriture mis à l’écart cet été. Je ne pouvais pas être sur tous les fronts à la fois. Il a fallu me rendre à l’évidence et faire des choix. La vulnérabilité c’est beau. Accepter sa vulnérabilité, c’est faire preuve de force.

Et puis, moi aussi, même si je souris beaucoup, j’ai le droit de me sentir toute croche et de pleurer pour rien ou pour quelque chose finalement !

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J’ai lu L’homme qui voulait être heureux parce qu’il traînait sous le comptoir-caisse de la galerie d’art depuis le début de l’été, comme abandonné à lui-même, incertain, sans domicile. Je l’ai pris, je l’ai ouvert, je l’ai lu jusqu’au bout. Et malgré la simplicité de l’écriture et la similarité entre ce texte et celui d’Elizabeth Gilbert, le fameux Mange, prie, aime (que j’ai beaucoup apprécié, soit dit en passant!), je suis tout de même allée chercher quelques enseignements personnels.

En résumé, nous, humains, nous inventons des histoires que nous finissons par croire à notre propos, tellement que nous diminuons grandement nos chances de nous réaliser. Si seulement nous cherchions à dépasser ces idées, qui sait ce que nous pourrions réussir !
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Sur les dernières notes de ma peine de cœur, on m’a conseillé de lire Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies de Chistiane Singer. Histoire de me détacher, une fois de plus, d’idées préenregistrées sur les relations et l’amour, pour pouvoir à nouveau, m’ouvrir le cœur tout grand.

Vivre et laisser vivre.
Je dois me reconquérir complètement et rayonner pour moi avant d’attendre qu’un autre me fasse me sentir complète. À ce moment-là, je pourrai marcher à côté de lui sans craindre de me perdre à nouveau.

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C’est par curiosité humaine et artistique que j’ai ouvert le recueil de nouvelles Les yeux de la nation de Jean-François Aubé. J’ai à l’intérieur de moi une grande soif que bougent les choses, mais je ne sais pas toujours par où commencer et comment m’y prendre, quels messages faire passer et par quel véhicule le faire. Les yeux de la nation trace un portrait vif et virulent de notre société. Tout y passe, la religion, la politique, l’iniquité sociale, le climat, le couple (ou toutes formes de relations (familialse, amicales et amoureuses)), etc..

Le recueil est basé sur une citation d’Oscar Wilde :
«Il n’y a que deux tragédies dans la vie.
L’une est de ne pas obtenir ce que l’on désire.
L’autre est de l’obtenir enfin.»

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L’été s’achève avec un document précieux et nécessaire, qui deviendra à mes yeux aussi important que l’est déjà Le Petit Prince, La vie habitable. Et comme je le fais avec l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry (j’achète toutes les copies que je trouve à faible prix pour ensuite les offrir aux néophytes), j’ai le goût d’offrir au monde ce tout petit livre d’une beauté grande et jaillissante si on décide justement d’y mettre le nez.

Que la poésie soit avec vous, où que vous soyez et peu importe ce que vous vivez !
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La lecture et la littérature me nourrissent, même si je reste intarissable. Elles me forgent, me construisent, me font grandir. Elles alimentent ma pensée, ma vie, mes relations. Elles emplissent les vides, élargissent l’horizon.

Je n’ai peut-être pas encore lu Anna Karénine, (je n’étais pas prédisposée à accueillir une œuvre qui a autant besoin d’espace, de temps et de lenteur pour être lue et comprise), mais je me porte bien. Et je ne me sens pas du tout coupable.

Renard, traversée poétique de Simon Philippe Turcot

J’ouvre le recueil et tombe dans le paysage:

Le visage peint je suis entré en forêt, fou dans le mur de pics, la peur dans les jambes d’être perdu, piégé. Poitrine battante j’ai marché, couru les yeux rougis de sueur et suis enfin sorti des neiges, des troncs cordés.

Devant moi la route s’enfuyait. Comme nous. L’oreille tendue je l’ai prise, avec la ferme intention de vivre fort.

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Paru le 8 septembre aux éditions La Peuplade, Renard est le troisième livre de Simon Philippe Turcot, éditeur et auteur saguenéen. Précédemment, il a publié, chez La Peuplade, le roman Le désordre des beaux jours en 2007, ainsi que le recueil de poésie Le paysage est un atelier chez Les Heures bleues, en 2007. De plus en plus reconnue, la maison d’édition La Peuplade, que Turcot a cofondé avec Mylène Bouchard au Saguenay-Lac Saint Jean il y a plus de dix ans, s’est donnée pour mission de peupler le territoire. Son recueil Renard participe activement à cette mission. Quelque part entre récit et poésie, Turcot, à travers les tableaux de nature vivante et les images mouvantes, nous fait pénétrer dans une forêt intérieure. On y suit les déambulations sauvages d’un peintre-narrateur dont les sentiments se mêlent à la fougère et aux conifères.

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Un peintre-poète, avatar créateur, s’adressant à l’amour que l’on devine lointain: « Tu me trouveras dans les tableaux que je peindrai. Tu les accrocheras peut-être aux murs. L’amour parfois dort sur des clous. »
Même s’il est contemplatif, le style de Turcot ne manque pas d’élan, chaque page étant une course effrénée vers le cœur, une quête vers l’amour qui s’éloigne ou s’éteint. Le pas est furtif comme celui du renard et on arrive à la fin rapidement, presque à bout de souffle, des épines de sapin et de la neige plein les bottes. On se dit qu’on en voudrait plus, qu’il semble y avoir encore des espaces inexplorés dans cette vaste étendue sauvage. L’envie de rester, un peu plus, dans cet univers frais à la fois intérieur et extérieur.

Ce que j’ai trouvé remarquable chez Turcot, que je découvrais avec Renard, est sa capacité à créer des images sensorielles, parfumées et goûteuses, à la géométrie variable et recherchée. « Le temps voyage entre mes doigts engourdis comme les fruits sauvages gèlent sur leurs branches. » L’aspect visuel étant à l’avant-plan, c’est un recueil qui donne véritablement à voir les mots, mais qui les tissent également dans leur dimension matérielle. On sent l’hiver dans toute sa froideur qui, loin d’être accablante, est ici sublime; la lumière du blanc, le gel qui pénètre l’atelier du créateur et devient motif et sujet de l’œuvre, guidant ses gestes. Car même glacés, la vie perdure et les souvenirs s’activent, comme la nature s’endormant sous le frimas. Et l’amour, comme la forêt, ne meurt pas malgré la froidure. Chez Turcot, humanité et nature s’amalgament dans une unicité organique et élégamment illustrée. Faune et flore, animé et inanimé s’organisent avec agilité et prennent place dans les tableaux que brossent le peintre de mots.

Renard parle de ces œuvres, souvent secrètes, que l’on dédie à l’être aimé. Aux mondes infinis que l’on élabore dans le silence de nos ateliers intimes, parfois en vain. Toute en demi-teintes, c’est aussi une lecture d’automne à lire au grand air, alors que les arbres entrent en dormance et que les bois se peuplent d’une étrange vie.

Le parfum de Janis

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@marjorierheaume

Tout de ce roman m’a attirée au premier coup d’oeil. Autant le titre qui, dans mon esprit, m’a fait penser à Janis Joplin -qui est en effet la Janis en question- que le quatrième de couverture. La couverture elle-même, fidèle aux  publications  du Cheval d’août, capte aussi les regards.

Les années cristalliseront ce tableau de ma mère. Un tableau figé et flou en même temps. Figé, car il comporte la scène de l’enfance, celle qui a laissé l’empreinte. Flou, car avec le temps on dirait que la mémoire en a grugé les rebords, comme si elle avait faim d’oubli.

Le parfum de Janis est à la fois un roman du présent et du passé.  Une quête sur le passé pour mieux comprendre le présent, un roman sur le désir de fouiller son histoire pour l’écrire. Ici, le passé c’est la famille, c’est l’implosion de ce modèle familial, c’est la rupture, la dépression, l’image qui se fixe est celle d’une mère trouble, d’un sentiment d’impuissance que ressent tout enfant face à la misère d’un parent.

C’est aussi un roman de remises en questions, de choix, de besoin d’évasion et d’écriture. En fait, c’est un roman d’un peu tout ce qui me plaît à la fois, il aurait donc été un peu difficile de ne pas en apprécier ma lecture. L’espace d’un moment, d’un voyage, l’auteure fait le point sur sa vie et sur son passé pour mieux l’écrire, résultant ainsi en ce roman qui se balade entre les moments de son enfance et son voyage d’écriture à Lisbonne .

L’écriture y est juste, simple et poétique à la fois. Trio qui, à mon avis, sert bien à donner vie aux extraits qui fusent du passé et qui se prête bien au genre autofictionnel de l’œuvre.

Le parfum de Janis n’est pas tant un roman de rencontre, il n’y a pas de point A, ni de point B, c’est plutôt un amas de souvenirs, de moments qui ne cherchent qu’à exister. En lisant ce roman, j’ai eu l’impression de ressentir de la part de l’auteure un besoin de mise en mots, un besoin de coucher sur papier souvenirs et instants. Le désir d’immortaliser son passé pour passer à autre chose, peut-être. C’est, à mon avis, dans ces désirs et ces besoins que naissent les plus belles phrases, les plus beaux écrits et c’est le cas dans Le parfum de Janis.

Il y a quelque chose qui, entre la récollection de moments et l’instant présent, entre l’exil à Lisbonne et l’enfance à Québec, qui a résonné en moi. Autant dans le processus d’écriture que dans le regard adulte posé sur les moments de l’enfance.

Bref, Le parfum de Janis est une belle découverte, un roman bien construit, qui se joue dans l’intime, dans l’introspection et dans le temps.